00:00On va en parler de l'avenir de la France avec Emmanuel Le Chypre.
00:03Il nous rejoint, notre éditorialiste maison qui vient combattre le consentement.
00:07Elle est terrible !
00:10Emmanuel Le Chypre.
00:13Ça va Emmanuel ?
00:14Très bien.
00:15Alors les candidats à la présidentielle commencent justement à présenter leur programme.
00:18La réforme des retraites y tient une place de choix.
00:20Edouard Philippe d'ailleurs a proposé des choses très concrètes.
00:23Désormais un âge de départ à 65 ans et une durée de cotisation de 45 ans.
00:27Voilà le programme d'Edouard Philippe pour cette présidentielle.
00:30Beaucoup considèrent que cette réforme des retraites d'ailleurs sera la mère de toutes les réformes.
00:33Et vous, vous n'êtes pas d'accord et vous leur répondez que c'est des gros mythos tous.
00:38Vous dites effectivement que la réforme des retraites, cette fois-ci, ne sera pas un rendez-vous majeur de la
00:43présidentielle.
00:44Je vais même au-delà.
00:45Je vous dis qu'il ne faut surtout pas toucher aux retraites au cours du prochain quinquennat.
00:51Il ne faut surtout pas y toucher.
00:53Pourquoi je vous dis ça ?
00:55D'abord, il faut tirer les leçons des dix années d'Emmanuel Macron au pouvoir.
00:59L'essentiel de son énergie réformatrice, elle a été consacrée à quoi ?
01:02Elle a été consacrée à conduire deux réformes des retraites.
01:05L'une a avorté en 2020.
01:07L'autre a abouti à la réforme d'Elisabeth Borne,
01:10avec finalement un âge à 64 ans au départ.
01:14Et puis finalement, cette réforme, elle a été en plus gelée ensuite pour le budget 2025-2026.
01:20Donc, tout ça, finalement, pour ça, j'ai envie de vous dire.
01:26C'est-à-dire qu'en gros, on a consacré l'essentiel de notre capacité à réformer,
01:31à conduire une réforme des retraites qui n'a débouché sur pas grand-chose.
01:37Le résultat, dans quel état est la France aujourd'hui ?
01:40Vous venez d'en parler abondamment, 5% de PIB de déficit,
01:44une dette qui explose, un pays sous tension sociale,
01:48un gouvernement qui cherche désespérément à racler les fonds de tiroirs
01:51pour boucler son budget de 2027.
01:53Donc, en gros, le rapport énergie politique dépensé par toute la classe politique
02:00sur efficacité est effectivement très faible.
02:04Julien.
02:06Mais vraiment, c'est une des rares réformes structurées qu'on a essayé de mener,
02:09alors on n'y est pas arrivé, c'est ce que vous venez de démontrer,
02:12on a fait une réforme paramétrique, on ne va pas se mentir,
02:16ça peut, de façon quand même, être assez indispensable,
02:17si vous voulez, de réformer les retraites,
02:19pour ne pas être à long terme.
02:20Alors, je ne vais pas vous dire que ce n'est pas une réforme indispensable.
02:22Quand vous avez, effectivement, les retraites qui représentent 14% du PIB,
02:27un quart des dépenses publiques,
02:28quand les retraites, sur les 11 points d'augmentation de dépenses publiques
02:33dans le ratio dépenses publiques sur PIB au cours des 20 dernières années,
02:37quand les retraites expliquent plus de 9 points,
02:39je ne vais pas vous dire que les retraites,
02:40ce n'est pas une réforme importante à faire,
02:42sauf que ça n'est pas une réforme urgente.
02:45Et c'est ça qu'il faut bien comprendre.
02:48Quand vous prenez le dernier rapport du Conseil d'orientation des retraites,
02:52qui date de juin 2026, il vous dit quoi ?
02:55Il vous dit qu'effectivement, à terme, on a un problème sérieux,
02:58il vous dit qu'en 2025,
03:00le déficit des retraites, ce sera à peu près 0,2 points de PIB,
03:05mais il vous dit aussi qu'en 2030, ce sera encore 0,2 points de PIB.
03:10Alors oui, après, en 2045, 2070, on arrive à 2,5 points de PIB,
03:15mais ce que je veux dire, c'est qu'en fait,
03:16cette réforme, si elle est effectivement importante,
03:21elle n'est pas urgente.
03:23Et donc, la bonne question à se poser, c'est surtout,
03:26est-ce qu'il y a mieux à faire au cours des cinq prochaines années
03:30pour redresser la France que de danser, encore une fois,
03:33autour du totem de cette réforme des retraites
03:36et de consacrer toute l'énergie réformatrice
03:40qui émanera de la nouvelle équipe au pouvoir,
03:44tout ça pour, encore une fois, une réforme qui n'est pas urgente,
03:47alors qu'il y a des réformes beaucoup plus urgentes,
03:50beaucoup plus indispensables,
03:51qui seraient de nature à redresser les comptes publics,
03:55qui seraient de nature à relancer notre compétitivité
03:58et notre croissance,
03:59et qui, au final, seraient bien plus efficaces
04:01pour le redressement des dépenses publiques
04:03que cette réforme des retraites.
04:06Bon, Emmanuel, qu'est-ce qu'il y a de mieux à faire ?
04:08Eh bien, ce qu'il y a de mieux à faire,
04:10c'est d'abord de proposer aux Français
04:13un projet enthousiasmant,
04:15c'est-à-dire plutôt que de leur vendre, encore une fois,
04:17un projet comptable.
04:19Non, mais je vais vous le vendre.
04:19Eh, il y a du boulot !
04:20Oui, mais vous allez avoir des candidats qui vont vous dire
04:23« Allez, il va falloir suer le burnous jusqu'à 65 ans, etc. »
04:29Si vous arrivez en disant « Écoutez,
04:31la première des priorités, ça va être quoi ? »
04:35Ça va être de rebâtir un service public moderne
04:38qui répond à vos besoins,
04:40qui soit beaucoup plus efficace que ce qu'on fait aujourd'hui.
04:43Parce que la réalité, c'est que c'est ça l'urgence.
04:46Qu'est-ce qui fait que la société française se délite aujourd'hui ?
04:49C'est que le ciment qui la tenait est lui aussi en train d'exploser.
04:54Et ce ciment, c'était les services publics.
04:55Mais la réalité, c'est qu'aujourd'hui,
04:57on n'a jamais été aussi mal soigné,
04:58aussi mal éduqué, aussi mal protégé,
05:01et que c'est cette impuissance publique,
05:03aujourd'hui, qui fait le lit des extrêmes.
05:05Et donc, c'est ça qu'il faut attaquer comme problème.
05:09Donc, on voit bien qu'on va, en plus,
05:12avoir des opportunités historiques de réformer.
05:16Alors, réformer l'État, j'en peux plus de cette expression.
05:18Mais en gros, de réinventer, encore une fois,
05:21un service public du XXIe siècle adapté à nos besoins.
05:24De réfléchir sur qu'est-ce qu'il faut que l'État fasse en plus ?
05:26Qu'est-ce qu'il faut que l'État fasse en moins ?
05:28Avec quels moyens ?
05:29On a quand même deux opportunités historiques,
05:31qui sont, un, les départs à la retraite des fonctionnaires.
05:35Vous en avez entre 100 et 150 000 qui vont partir chaque année.
05:38Sur un quinquennat, ça veut dire que vous avez à peu près
05:40600 à 700 000 fonctionnaires qui vont partir à la retraite.
05:44Vous avez quand même cette intelligence artificielle
05:46dont on nous dit qu'elle est capable de faire des miracles
05:48en matière de productivité, etc.
05:51Donc là, vous avez les moyens autour d'un projet enthousiasmant.
05:54Antoine, si je vous dis quand même, on va rebâtir l'école.
05:58On va faire des hôpitaux qui fonctionnent.
06:00C'est quand même excitant comme projet.
06:02Mais je voulais dire, personne ne le propose ça ?
06:04Non, si, si.
06:05Certains le proposent, mais sans définir très précisément les moyens
06:09ou alors avec des arguments complètement fallacieux.
06:10Il y en a qui racontent de la flûte dans cette campagne.
06:12Il y en a qui ont un beau récit.
06:13Puis il y en a d'autres qui proposent seulement des curseurs.
06:15Alors, on va construire de nouvelles écoles et de nouveaux hôpitaux ?
06:17Moi, je ne l'ai pas entendue, celle-là.
06:18Non, mais l'idée, encore une fois...
06:21Le problème, c'est qu'ils ne disent pas comment.
06:22C'est ça, le problème.
06:22Non, mais l'idée, c'est qu'on voit bien qu'il y a à la fois un mélange d
06:27'inefficacité.
06:30Il y a un mélange de gaspillage.
06:32Il y a une organisation de l'État, une organisation territoriale,
06:36qui est très consommatrice de ressources.
06:39C'est un chantier considérable.
06:41Mais regardez l'énergie, encore une fois,
06:44que la classe politique a mis autour de ces réformes des retraites en vain.
06:48Et là, vous avez un projet qui est quand même un projet constructif.
06:52Et donc, franchement, si vous avez un candidat qui vous dit
06:55« Moi, je vous promets que dans cinq ans, on aura des services publics qui marchent. »
06:58Et je pensais à Édouard Philippe, par exemple, et sa proposition.
07:00– Mais il ne propose que des curseurs, Édouard Philippe.
07:02C'est le drame, il n'y a pas de récit derrière.
07:03– C'est bien ce que je vous dis.
07:05C'est qu'en fait, il fait une double erreur historique.
07:07C'est-à-dire que la première, c'est qu'il loupe le poste de sa vie,
07:11qui est président de la République,
07:12parce que s'il croit que c'est avec sa proposition-là qu'il va être élu, il se trompe.
07:15Et deux, il loupe la réforme de sa vie, parce que moi, je pense qu'effectivement,
07:19quand on parle de modernisation de l'État et du service public,
07:22il ne faut pas se tromper, il faut aller vers des services publics
07:26qui nous coûtent moins cher et qui soient plus efficaces.
07:29Donc, on ne va pas jouer sur les mots.
07:31Il faut une réforme d'inspiration plutôt libérale.
07:35Et quand vous dites « Ce n'est pas possible. »
07:38– Quoi ?
07:39– Vous avez l'air d'être sceptique en disant « Ouais, machin des trucs. »
07:43Mais moi, je vous dis, en fait, en plus, toutes les conditions sont réunies
07:46pour qu'on ait de grandes réformes.
07:49J'ai été fasciné par les travaux du FMI et de l'OCDE.
07:52Vous savez, en gros, ils ont écrit une sorte de petit manuel du dirigeant réformateur.
07:57C'est-à-dire, qu'est-ce qui fonctionne ?
07:59En regardant toutes les grandes réformes qui ont été faites un peu partout,
08:02qu'est-ce qui marche et qu'est-ce qui ne marche pas ?
08:04– Ça, c'était très bien avant d'essai dans un laboratoire, Amélie.
08:05– Non, justement, justement, ils ont regardé les pays qui avaient réussi à faire des réformes.
08:10– Alors, qu'est-ce qui marche ? On a 30 secondes.
08:12– Alors, on a 30 secondes.
08:13Donc, il vous faut un vrai mandat électoral.
08:15Donc, ça veut dire qu'il faut l'avoir dit avant de le faire.
08:19Ça, vous pouvez le faire pendant une campagne électorale.
08:20– Excusez-moi, Emmanuel Macron, il avait présenté une réforme des retraites,
08:23il n'a même pas réussi à la faire voter.
08:24Alors qu'il l'avait présentée pendant sa campagne présidentielle.
08:26– C'est bien parce que je vous dis qu'il ne faut pas faire la réforme des retraites.
08:28– Oui, c'est vrai, vous avez raison.
08:29– Voilà, il faut un bon degré de coopération entre les différents niveaux d'administration.
08:34Il pourra l'avoir.
08:36Il faut, effectivement, du courage politique.
08:38Bon, on a une cohésion gouvernementale irréprochable.
08:40Et surtout, ils nous disent, il faut aussi, surtout,
08:44ne pas lancer plusieurs grands chantiers en même temps.
08:47Donc, encore une fois, un chantier, le service public du XXIe siècle.
08:52Et alors, si vous réussissez ça, dans cinq ans, vous arrivez en disant,
08:55voilà, je suis candidat à ma réélection.
08:58Et là, les amis, cerise sur le gâteau,
09:00on fait, enfin, la réforme des retraites dont on a besoin.
09:03Donc, il ne faut pas croire, l'erreur fondamentale,
09:05c'est de croire que la réforme des retraites est la mère de toutes les réformes,
09:08alors que ce sera la fille, au contraire, de toutes les autres réformes.
09:11– On pensait que c'était les bœufs, la réforme des retraites, c'est la charrue.
09:14– Exactement, exactement.
09:15Et vous pouvez, avant, faire des réformes qui relancent la croissance
09:18et nous permettent de payer.
09:19– Et vous disiez, il y a une occasion historique avec la baisse, tout simplement, démographique,
09:22donc la baisse du nombre de fonctionnaires automatiques,
09:24et en plus, l'arrivée de l'IA.
09:25C'est une chance incroyable pour la France qui a besoin de se réformer.
09:27C'est une chance incroyable.
09:28– Il ne manque qu'un ingrédient dans tout ça, vous avez bien remarqué.
09:31C'est un dirigeant qui a un peu de vision et un peu de courage.
09:35– Et puis une majorité législative, ce sera important.
09:37– Voilà.
09:37Bon.
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