Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 4 minutes
Lisa Azuelos nous bouleverse par sa sincérité et sa manière de poser les mots justes sur ce qu'elle éprouve. Dans son récit vrai "Sur la plage, abandonnée" (Éditions Charleston), la réalisatrice et écrivaine, fille de la chanteuse et actrice Marie Laforêt, revient, entre autres, sur l’abandon maternel et son enfance cabossée. Après s’être racontée à travers les personnages de ses films (Comme t’y es belle !, LOL, Mon bébé…), elle se dévoile ici plus intimement encore.

Dans ce témoignage pour "Marie Claire", elle livre aussi un message engagé. À celles et ceux qui reconnaîtront, dans son histoire, les blessures de leur propre enfance : "Ce n’est pas parce qu’on vous a fait du mal que c’est de votre faute."
Transcription
00:00Comme ma mère était une personnalité publique, les gens disaient
00:02« Ah, t'as de la chance d'avoir une mère comme ça ».
00:04Je peux pas dire « Ben non, vous savez, j'ai pas de chance, j'ai été placée en pension,
00:07elle m'a fait du mal, elle me terrorise ».
00:09Je peux pas répondre ça.
00:10Ce qui est difficile, c'est d'avoir à couvrir un crime.
00:13Et quand on voit l'énormité des scandales comme Bétara,
00:16on sait très bien que beaucoup, beaucoup d'enfants, surtout de mon époque,
00:20ont été placés dans des lieux où la torture sur enfant était commune.
00:23J'ai toujours quasiment mis dans tous mes films une chanson de ma mère.
00:27C'est X moins deux.
00:31Ces chansons, c'est probablement ce que j'ai entendu au moment où j'avais la meilleure relation avec elle,
00:35puisqu'elle faisait des Olympias, elle faisait des tournées quand j'étais dans son ventre.
00:39Ces chansons m'ont bercée à un moment où elle n'était pas encore une mauvaise mère,
00:43puisqu'elle était obligée de me porter et me supporter.
00:45Dans un de mes livres avant, j'avais écrit « J'ai été orpheline de parents vivants ».
00:49Ils m'en ont fait le reproche, surtout mon père, pendant des années.
00:52Ça l'a beaucoup choqué, mais la vérité, c'est que de 0 à 8 ans, je suis élevée sans
00:56parents.
00:56Ce qui est terrible quand t'es enfant, c'est ce sentiment que tu n'appartiens à personne.
01:00Tu marches, personne n'est là pour regarder tes premiers pas ou pour applaudir.
01:03Quand on posait un regard sur moi, c'était un regard de comparaison.
01:06Regarder, on disait « C'est dommage, tu n'as pas les yeux de ta maman ».
01:09J'ai recréé et replanté les racines de mon arbre.
01:12J'ai pu refaire des feuilles avec mes enfants, des enfants qui m'ont donné ce que je n'avais
01:17pas reçu enfant.
01:18À travers leur enfance, j'ai pu revivre la mienne.
01:20J'ai dit « Tiens, quand on a 3 ans, on joue au cube, on joue aux petits animaux ».
01:24Le miracle d'avoir vécu une enfance un peu pourrie, c'est que je sais qu'on se remet de
01:28tout.
01:28Et je n'ai jamais eu peur d'être une mauvaise mère, parce que moi qui ai eu une mauvaise
01:31mère, je trouve que je suis une super fille.
01:33C'est atroce de faire du mal à un enfant, pour moi, il n'y a rien de pire.
01:36Mais ce n'est pas parce qu'on t'a fait du mal que tu y étais pour quelque chose.
01:39Pardonner, c'est redonner à l'autre sa part.
01:41Ça ne veut pas dire excuser.
01:42Ça veut dire savoir que l'autre, c'est lui qui t'a fait du mal.
01:45Toi, tu y étais pourrie.

Recommandations