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  • il y a 31 minutes

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00:00Bonjour Kenza, c'est nous, c'est avec vous tous les matins.
00:04Et ce matin, une nouvelle fois, on va explorer notre cerveau.
00:06Il y a une complexité rare, y compris sur des automatismes qu'on va essayer de décortiquer avec vous.
00:14Il y a parfois des caractéristiques de certaines personnes qu'on associe à certaines fonctions,
00:21notamment, et ça devient donc des automatismes.
00:24Ces associations peuvent influencer notre perception sans même qu'on ne s'en rende compte.
00:29Et aujourd'hui, on va s'intéresser à la science, derrière les stéréotypes particulièrement.
00:34Tout à fait, c'est le sujet de ce matin.
00:36Et notre cerveau fonctionne énormément avec des raccourcis.
00:40Mais pourquoi ? Parce qu'il doit constamment traiter une quantité énorme d'informations.
00:45Alors, pour aller plus vite, il catégorise, il classe les personnes, les situations, les objets,
00:50un peu comme une immense bibliothèque où chaque nouvelle information va rejoindre une catégorie déjà connue.
00:56Et pour interpréter rapidement ce qu'il voit, il s'appuie sur ce qu'il connaît déjà.
01:01C'est là que les stéréotypes peuvent apparaître.
01:03Ce sont des associations que notre cerveau a apprises au fil du temps,
01:07à partir de notre environnement, de notre culture, de ce que nous voyons et de ce que nous entendons.
01:12Une grande partie de ces associations peut fonctionner de manière automatique.
01:16Et lorsqu'on parle de leadership, il y a un élément important à comprendre.
01:20Pendant une très grande partie de l'histoire, les positions de pouvoir ont été majoritairement occupées par des hommes.
01:26Notre cerveau a donc été beaucoup plus exposé à cette association.
01:30Pouvoir, autorité, décision égale homme.
01:33Et à l'inverse, les femmes ont historiquement été davantage associées à d'autres rôles et à d'autres qualités.
01:38L'écoute, la coopération, la bienveillance ou encore la prise en charge des autres.
01:43Ce sont des schémas appris et répétés, pas des différences, qui dirait qu'un homme serait naturellement fait pour diriger
01:49et une femme naturellement faite pour d'autres fonctions.
01:52Alors, si je comprends bien, notre cerveau simplifie l'information, ou en tout cas la réalité, pour pouvoir la traiter
01:58plus rapidement.
01:59C'est un peu le contrôle F sur notre clavier d'ordinateur.
02:01Mais à quel moment ce mécanisme devient-il un stéréotype ?
02:05Alors, on retrouve justement des caractéristiques.
02:08Par exemple, on va citer l'assurance, l'affirmation de soi, l'autorité, la capacité à décider ou encore exercer
02:14du pouvoir.
02:15Des caractéristiques, traditionnellement, davantage codées masculines.
02:19C'est ce que résume une expression connue en psychologie sociale, think manager, think mal.
02:24En clair, si notre cerveau a été exposé pendant des générations à des hommes dans ses fonctions,
02:30il peut finir par associer plus facilement l'image du leader à celle d'un homme.
02:34Mais ça crée aussi un paradoxe.
02:36Lorsqu'une femme adopte justement ses comportements associés au leadership, être affirmée, directe, autoritaire,
02:42elle peut parfois être perçue différemment d'un homme qui adopte exactement les mêmes comportements.
02:47Parce qu'il y a deux attentes qui se rencontrent.
02:50D'un côté, ce que notre cerveau associe au rôle de leader, et de l'autre, ce qu'il a
02:54appris à associer au rôle de femme.
02:56C'est notamment ce que explore la théorie de la congruence des rôles développés par les chercheuses et chercheurs en
03:03psychologie sociale.
03:04Autrement dit, le problème n'est pas que les femmes ne correspondraient pas au leadership,
03:08c'est que nos représentations du leadership ont longtemps été, pendant des siècles, construites à partir d'un modèle très
03:16majoritairement masculin.
03:18Oui, effectivement. Quand on veut représenter un banquier, c'est un banquier et non pas une banquière et autres.
03:22Alors, ces associations, on le comprend, ne viennent certainement pas de nulle part,
03:26mais quelle place notre environnement joue-t-il dans leur construction ?
03:30Alors, c'est là que ça devient particulièrement intéressant, parce que notre cerveau possède une capacité appelée neuroplasticité.
03:39Il peut modifier certaines de ses connexions et habitudes de traitement tout au long de la vie.
03:45Cela ne veut pas dire qu'un seul exemple suffit à effacer un stéréotype.
03:48Mais lorsqu'un cerveau est régulièrement exposé à de nouveaux modèles, de nouvelles expériences et à des informations qui contredisent
03:55ces anciennes associations,
03:57ces représentations peuvent évoluer.
03:59C'est un peu comme un chemin dans une forêt.
04:01Plus on emprunte toujours le même chemin, plus il devient facile à retrouver.
04:05Mais si l'on commence à prendre d'autres chemins, le cerveau apprend aussi qu'il existe d'autres possibilités.
04:11Et c'est justement là que l'histoire devient intéressante.
04:13Parce que, contrairement à ce que notre cerveau pourrait nous laisser croire, des femmes ont exercé du pouvoir, notamment au
04:19Maroc, bien avant notre époque.
04:21Zeynep Nfzaouya, au XIe siècle, a joué un rôle politique majeur auprès des Almoravides et dans la construction de leur
04:28pouvoir.
04:28Quelques siècles plus tard, Seydal Choura gouverne Tétouan au XVIe siècle pendant près de trois décennies.
04:33Et au XVIIIe siècle, c'est Hneta Ben Bakar qui joue un rôle politique important auprès du sultan Moulaï Ismaïl,
04:39puis dans la régence après sa mort.
04:41Trois femmes, trois périodes, trois manières d'exercer une influence et une autorité.
04:45Et elles sont loin d'être les seules.
04:47Et pourtant, ces exemples restent moins présents dans notre représentation spontanée du mot leader.
04:53C'est particulièrement intéressant, effectivement, quand on parle de leadership.
04:56Mais alors pourquoi notre cerveau a-t-il davantage tendance à associer le leadership à des caractéristiques masculines ?
05:03Alors, on va développer ça, mais avant, place à une actualité.
05:06Aujourd'hui, un nouveau modèle vient justement de s'ajouter à cette image.
05:11Le 29 septembre, Fatem Zahral Mansouré a été nommé chef du gouvernement avec pour mission de former le nouveau gouvernement.
05:17Et ce qui m'intéresse ici, ce n'est pas seulement le fait politique.
05:20C'est que cette nouvelle image peut représenter pour notre cerveau une femme à la tête du gouvernement
05:25devient un nouveau modèle concret auquel notre cerveau peut associer le mot dirigeante, pouvoir, décision ou leadership.
05:32Et plus notre environnement nous présente des profils différents dans ses fonctions,
05:37plus notre cerveau dispose de références différentes pour construire ces catégories.
05:42Cela ne change évidemment pas une représentation du jour au lendemain.
05:46Mais la répétition compte parce qu'un modèle que l'on ne voit jamais peut sembler exceptionnel.
05:51Alors qu'un modèle que l'on rencontre régulièrement peut, avec le temps, devenir simplement familier.
05:57C'est peut-être ça, finalement, la plasticité du cerveau.
06:00Ce que nous avons appris à considérer comme évident n'est pas forcément immuable.
06:06Mais alors, si ces représentations sont apprises, est-ce qu'elles peuvent réellement être modifiées ensuite par notre cerveau ?
06:12Tout à fait. Et c'est là que l'environnement, les codes sociaux et, comme on l'a dit, la
06:16répétition jouent un rôle central.
06:18Arachide, le cerveau peut faire preuve d'une force d'adaptation qui n'est pas comparable à n'importe.
06:25Et on continue de l'explorer avec vous dans Science & Nous, très régulièrement.
06:30Merci beaucoup, Kenza.