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Façades incendiées à Nantes, tirs de mortiers sur des surveillants à Drancy, camion de pompiers brûlé à Marseille… Ces dernières heures, la mobilisation lycéenne a changé de visage. Tout part du lycée Saint-Exupéry de Créteil, le 17 septembre. Des enseignants y font grève pour obtenir plus de moyens, leurs élèves leur emboîtent le pas. Portée par les réseaux sociaux, la contestation gagne toute la France. Jeudi, près de 900 « actions » sont recensées par les autorités. Sur le fond, les élèves dénoncent des classes surchargées, des professeurs absents, des journées de 8 heures à 18 heures et des bâtiments à bout de souffle, comme au lycée Paul-Éluard de Saint-Denis. Mais entre les heurts avec les forces de l’ordre, les interpellations par centaines et la venue d’élus insoumis devant les grilles, que l’exécutif accuse d’attiser les tensions, leurs revendications passent au second plan. Retour sur la genèse d’un mouvement qui, selon un proviseur, est en train d’échapper aux lycéens.

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Transcription
00:00Des façades de lycées brûlées comme ici à Nantes.
00:04Des surveillants visés par des tirs de mortiers à Drancy.
00:08Ou encore ce camion de pompiers incendié à Marseille.
00:12Partout en France, la mobilisation des lycéens s'embrase.
00:17Entre les violences qui émaillent les manifestations.
00:23Le broie politique qui les entoure.
00:25Bloquez les lycées, manifestez !
00:28Je crois qu'on peut le qualifier d'emblée de violences urbaines.
00:30Les nombreuses revendications des lycéens semblent s'effacer.
00:33Le vrai risque pour les lycéens aujourd'hui, c'est qu'on ne retienne plus que ces violences.
00:37Qu'ils viennent dans le lycée Coléluard voir les conditions et les résultats de son travail.
00:45Retour sur le mouvement qui enflamme les lycées depuis une semaine.
00:49Tout commence en banlieue parisienne le 17 septembre.
00:52C'est un lycée du Val-de-Marne, le lycée Saint-Exupéry à Créteil,
00:57qui a deux semaines environ s'est mobilisé.
00:59C'est parti d'abord des enseignants qui ont fait une grève pour réclamer même plus de moyens.
01:03Et puis les lycéens leur ont emboîté le pas.
01:07C'est le premier lycée qui s'est mobilisé.
01:09Et ensuite, ça a fait tâche d'huile.
01:11Le 25 septembre déjà, des débordements apparaissent.
01:17Et surtout, les images font le tour des réseaux sociaux.
01:19Il y a eu la viralité, on va dire, des vidéos essentiellement sur TikTok,
01:24qui a fait que beaucoup de lycéens se sont sentis solidaires,
01:28des autres élèves de banlieue notamment.
01:30Et le mouvement s'est peu à peu répandu à toute la France.
01:35Avec la même musique.
01:38Les mêmes phrases.
01:40Le OV, ton lycée a parfois le blocus.
01:44Et les mêmes affiches détaillant les revendications.
01:468h-18h, nous passons une heure de trajet pour certains.
01:49Trop de charges de travail.
01:5035 par classe.
01:51Des pauses de 35 minutes pour manger.
01:53Les lycéens se donnent rendez-vous pour dénoncer de multiples dysfonctionnements.
01:57La raison principale de pourquoi on fait des blocus, c'est par rapport au téléphone.
02:01Il fait super chaud dans les salles et qu'il n'y a pas de climatisation.
02:04En hiver, il fait trop froid.
02:06Le manque de matériel, le manque de professeurs.
02:08Il y a un manque de moyens.
02:09On n'a pas assez de chaises.
02:10Il y a au moins une classe de 40 élèves dans une classe qui ne fait pas beaucoup de mètres
02:13carrés.
02:14On finit tard.
02:15On a une pause d'une heure, mais à la cantine, c'est 40 minutes la queue.
02:18Ça dure après, il nous reste 10 minutes pour manger.
02:20Et qu'on en a marre, tout ça, on a envie de nous entendre.
02:22Certains n'ont pas des cours de français, certains n'ont pas cours de mathématiques.
02:26Donc ça, c'est la revendication première.
02:29Et puis, il y a tout ce qui concerne aussi la dégradation des établissements scolaires.
02:34Ces dernières années, il y a eu beaucoup d'images qu'on a pu voir avec des plafonds en mauvais
02:39état,
02:40des murs en mauvais état, des toilettes qui ne fonctionnaient pas.
02:43Ces images, elles viennent du lycée Paul-Éluard à Saint-Denis,
02:46qui a concentré l'attention depuis ce lundi 28 septembre.
02:53Les élèves dénoncent la vétusté de leur établissement via un compte dédié.
02:56Là, là, là, là, là, bébé, là, voilà.
03:01Et ils ne sont pas les seuls.
03:03On a un blesse Sandrard, évidemment qu'on n'a pas de plafond dans nos toilettes et qu'on fait
03:06pique dans le noir.
03:06Je suis une élève à un blesse Sandrard en 93, évidemment qu'on n'a pas de table pour faire
03:10court.
03:12Excusez-moi, est-ce que vous avez des chaises ?
03:13Il y a plein de murs, la peinture, elle est moisie et c'est assez frite et tout.
03:17Il y a des couloirs où il y a des fuites.
03:19Moi, je me souviens, l'an dernier, il y avait un couloir entier où il y avait plein d'eau
03:22partout et on ne pouvait pas passer.
03:24Il y a plein de choses qui ne vont pas dans le lycée et moi, je trouve que ce n
03:26'est pas abissime.
03:27Ces conditions indignes ont poussé des lycéens parisiens à apporter leur soutien aux autres lycées de banlieue.
03:32Les mêmes qui dénonçaient en deux poids de mesure entre les conditions à Paris et le reste de la France.
03:37Une autre revendication, c'est la répression que les jeunes subissent, que ce soit depuis des années, que ce soit
03:43dans les banlieues, que ce soit dans les lycées.
03:45Et on voit qu'il y a vraiment un traitement de faveur.
03:47Nous, on est des petits privilégiés.
03:49Les filles qui ne nous tombent pas dessus, en tout cas, cette année, pour les revendications qu'on fait là,
03:53pour les blocus, ils ne sont pas encore tombés dessus.
03:56Cette solidarité entre lycéens n'est pas l'unique raison de la multiplication des blocus.
04:00La grève de la fonction publique du 29 septembre a joué une sorte de rôle de catalyseur et une sorte
04:09de convergence des luttes, on va dire.
04:12Et puis, il y a eu des images avec des lycéens blessés, notamment en banlieue parisienne.
04:19On a vu un jeune lycéen qui a été blessé au niveau de la bouche avec un tir de cougar
04:25qui a certainement, en tout cas, c'est ce que disent les lycéens, qui a exacerbé la colère et qui
04:33a fait que le mouvement s'est répandu.
04:37Et l'effet de violence entre policiers et lycéens se multiplie.
04:41Nous déplorons 83 membres des forces de sécurité intérieure qui ont été blessés aujourd'hui, à date, ce qui est
04:50évidemment extrêmement significatif.
04:53Et systématiquement, les forces de sécurité intérieure sont intervenues, systématiquement, quand il y avait des troubles à l'ordre public,
05:00des exactions.
05:01Et le nombre d'interpellations, donc au moment où je vous parle encore une fois, est de 625. 625 interpellées.
05:08Le gouvernement hausse le ton.
05:09Il y a des troubles à l'ordre public, des violences, des exactions.
05:12Il y a une intervention systématique des forces de sécurité intérieure et qui prend en compte, bien évidemment, le fait
05:18qu'en phase 2, pour la plupart, ce sont des mineurs.
05:21Et point du doigt des responsables politiques.
05:24Je ne vais pas ici laisser penser qu'au fond, notre jeunesse n'aurait pas de légitime débat à avoir,
05:31de légitime crainte et puis des adhésions.
05:34Tout ça fait partie de la vie démocratique et c'est une bonne chose.
05:38Par contre, aucun de ces débats, aucune de ces craintes ne légitime la violence.
05:44Et en aucun cas des responsables politiques, le terme en espèce est mal choisi, ne saurait légitimer une violence au
05:51carré.
05:51On a vu beaucoup de responsables aller devant les lycées pour exciter les élèves.
05:55Je pense que c'est grave.
05:56On a beaucoup vu le gouvernement se plaindre de récupération en parlant très clairement de la France insoumise.
06:05On peut parler de capitalisation, en tout cas.
06:08Ce qui est clair, c'est que quand on voit des élus de la France insoumise, puisqu'on parle de
06:13ce parti politique,
06:14venir devant des lycées, on l'a vu avec les députés Louis Boyard ou Clémence Guettet ou le maire de
06:20Saint-Denis, Bali Bagayoko.
06:23Ce qui est clair, c'est qu'ils savent très pertinemment qu'environ 47% des jeunes envisagent de voter
06:30pour Jean-Luc Mélenchon.
06:31Donc le message quand ils viennent sur ces mobilisations lycéennes est très clair.
06:35C'est en gros, votez pour nous et ça changera.
06:44Malgré les appels au calme demandés par le gouvernement, le mouvement continue de progresser.
06:49Ce mercredi, 356 lycées étaient bloqués dans toute la France.
06:52Et ce jeudi, les forces de l'ordre ont procédé à plus de 1900 interpellations, avec des dégâts toujours plus
06:58importants.
06:58Le problème, c'est que la sortie de crise semble complexe et les solutions pour calmer la colère lycéenne incertaines.
07:04C'est difficile à dire parce que le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé hier la mise
07:13en place d'une plateforme de concertation.
07:16Si on a bien compris, c'est un endroit où les lycéens pourront avancer des doléances.
07:23En tant que spécialiste, je doute que cela puisse apaiser la colère lycéenne.
07:28Non, ce que réclament les lycéens, ce sont des moyens, mais vu le budget et l'austérité budgétaire, en tout
07:36cas qui a été annoncé par le gouvernement pour le projet de loi de finances 2027,
07:40et le peu de marge de manœuvre qui s'offre au ministre de l'Éducation nationale,
07:46ça va être compliqué de pouvoir coller avec les revendications des lycéennes, en tout cas de mettre en place des
07:53solutions sonnantes et trébuchantes.
07:56Sauf que des fonds, il en faudra pour pallier les manques de moyens et aussi les dégradations des lycéens de
08:00ces derniers jours.
08:01Il y a beaucoup de lycéens aujourd'hui qui se plaignent de ces débordements et qui affirment ne pas être
08:07les auteurs.
08:09On ne consonne pas la casse, nous on est vraiment venus pour défendre nos droits, parce qu'on a des
08:12horaires de...
08:12On n'a pas des horaires terribles, on fait des 8h, 18h et c'est pas normal.
08:16Déjà à l'école, il n'y a pas de chauffage, en hiver il fait froid.
08:18En été, il fait trop chaud.
08:19On est 30, on est trop, il manque beaucoup trop de profs. Parfois on a des profs, ils sont absents,
08:24on n'a pas cours.
08:25Comme souvent lors des manifestations, en tout cas lors de ces mouvements collectifs,
08:30il y a ce qu'on peut appeler des casseurs qui semblent se joindre, en tout cas infiltrer la mobilisation
08:37lycéenne.
08:38Un proviseur me disait encore ce matin que les lycéens sont en train de se faire confisquer le mouvement.
08:44Le vrai risque pour les lycéens aujourd'hui, c'est qu'on ne retienne plus que ces violences et que
08:49leurs revendications passent au second plan.
08:51Ils ne vont pas nous écouter, ils ne vont pas nous entendre.
08:55Et quand on fait des blocus, là on a un peu plus de chance que les gens nous écoutent.

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