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  • il y a 18 minutes
Investissement, souveraineté française, critiques environnementales... Les candidats à l'élection présidentielle ont presque tous des propositions concernant l'intelligence artificielle dans leur programme. Décryptage de ces propositions sur BFM2 avec Laurence Devillers, professeure à la Sorbonne et chercheuse spécialiste des interactions homme-machine.

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Transcription
00:00L'intelligence artificielle est en train de devenir un véritable sujet au cœur de la campagne présidentielle de 2027.
00:09Laurence Devilleur, bonjour. Vous êtes professeure à la Sorbonne, chercheuse spécialiste des interactions homme-machine
00:16et autrice du livre « Savoir vivre avec l'intelligence artificielle ».
00:20Beaucoup de propositions dans les programmes de nombreux candidats à la présidentielle,
00:26des propositions avant tout économiques, d'investissement majeur.
00:31C'est là-dessus que se porte le sujet de l'intelligence artificielle,
00:36ou vous pensez que les candidats sont encore à côté du sujet ?
00:41Je pense qu'ils sont pour la plupart à côté du sujet.
00:43Le sujet, il est majeur pour les citoyens et pour la démocratie.
00:48On est dans un effort de guerre. On doit former tout le monde.
00:51Alors, si on ne le fait pas, j'en comprends que c'est bien plus simple d'avoir des gens
00:55qui n'ont pas compris comment ça marchait pour les manipuler.
00:58Donc, j'ose espérer que ce sujet de l'éducation et de la formation sera majeur dans tous les programmes.
01:03Si on ne parle que d'économie, je pense que c'est là une énorme manipulation.
01:07On a besoin d'investir, mais on a aussi besoin de faire comprendre qu'aujourd'hui,
01:12avec le cerveau que nous avons, nous sommes capables de rationaliser ce qui est en train de se passer.
01:17J'ai fait ça maintenant, moi, à l'université, de former des gens capables de l'esprit critique.
01:22Il va falloir faire cela à tout niveau.
01:26C'est donc un effort de guerre qu'il est nécessaire de mettre en avant pour former les gens.
01:33On a déjà, avec cette IA, un outil extraordinaire pour les jeunes.
01:38Ce n'est pas du tout ce que j'entends.
01:39Et les jeunes ne l'entendent pas comme ça.
01:41Ils entendent qu'ils sont pris au piège, que c'est leur génération qui est sacrifiée, etc.
01:44C'est faux. J'aimerais beaucoup, moi, avoir 30 ans aujourd'hui pour pouvoir bénéficier d'outils aussi performants.
01:53Maintenant, il ne faut pas le faire à n'importe quel prix.
01:55On va faire des découvertes en médecine, on va faire des découvertes en mathématiques,
01:59pour l'espace, pour la santé, pour les égalités, mais pas à n'importe quel prix.
02:05Et donc, il faut former la population en grandeur.
02:08Et je ne vois aucun effort de fait comme ça.
02:11C'est très peu dans les sujets abordés.
02:15Effectivement, dans les sujets abordés, on est plutôt dans la mise en place,
02:20dans le développement d'une intelligence artificielle made in France, en quelque sorte.
02:25Beaucoup de candidats reprochent à la France de ne pas être assez investie dans la question.
02:29Face aux États-Unis et la Chine, c'est une vue effectivement actuelle.
02:36Mais ce n'est pas suffisant, selon vous ?
02:40Non, ce n'est pas suffisant.
02:41Parce que si on regarde un peu ce qui se passe et en Chine et aux États-Unis,
02:44il y a un énorme mouvement, surtout en Chine, de technologie.
02:49On apprend à faire des esclaves codeurs, en ce moment.
02:53On apprend à faire toute une infrastructure d'efficacité économique.
02:59Demain, il va y avoir des programmes aussi de remplacement dans les usines,
03:03en Chine et en Inde.
03:05Par exemple, la fabrication du textile, avec des robots, des robots avec de l'IA.
03:10Ça, ça va être une grande déflagration dans la société.
03:15Peut-être que ça va les amener à comprendre qu'il ne faut pas seulement créer des ingénieurs à tout
03:21va,
03:21mais il faut aussi des gens qui réfléchissent à ce qu'on va en faire demain.
03:24Et pour moi, l'important, c'est de préparer les talents à tout niveau.
03:29Et c'est vraiment la suite de notre histoire.
03:33Aujourd'hui, il faut investir, évidemment, il faut continuer un effort d'avoir des objets souverains.
03:39Et il faut le faire en écoutant bien, pour moi, Yann Lequin,
03:41qui est sûrement celui qui est le plus visionnaire à long terme,
03:45parmi les personnes qui sont en train de monter sur ces technologies.
03:51Parce qu'on a besoin d'alliances.
03:53Et si l'alliance ne se fait pas au niveau politique,
03:55elle pourrait peut-être se faire au niveau scientifique, au niveau entreprise.
04:00Donc, on a besoin de cet effort-là et on a besoin d'y croire.
04:03Comment engager la population pour y croire,
04:05plutôt que de faire des gens qui sont tous en train de se plaindre en disant
04:08« ils nous font un outil pour mesurer ce livre, elle fait part ou une IA ou pas une IA
04:12? »
04:13Franchement, on est au Moyen-Âge, là.
04:16Aujourd'hui, l'IA est là.
04:18Elle va changer, elle va bousculer la société,
04:21pour une grandeur.
04:22On a besoin d'éducation pour comprendre comment on innove avec l'IA.
04:27Qu'est-ce que c'est ? Comment on est manipulé par l'IA ?
04:31Mais encore une fois, je pense qu'on peut avoir le contraire,
04:34c'est-à-dire bénéficier dans la société,
04:36de façon plus égalitaire,
04:38des progrès qu'on pourra obtenir avec ces machines.
04:42Est-ce que les progrès, c'est ceux, par exemple,
04:45que propose Bruno Retailleau, le candidat LR,
04:48de libérer des postes, donc supprimer des postes dans la fonction publique,
04:52250 000, grâce à l'intelligence artificielle ?
04:56La proposition aussi de Reconquête, Eric Zemmour,
04:59qui propose de remplacer certains emplois par des robots dotés d'intelligence artificielle,
05:04c'est une réalité ?
05:07L'intelligence artificielle peut, comme ça,
05:09remplacer des tâches compliquées
05:12pour redéployer des personnes ailleurs ?
05:14Édouard Philippe le propose aussi chez Horizon.
05:18Alors, moi, je pense que c'est, pour l'instant,
05:21une très mauvaise idée de présenter des choses comme ça.
05:23On va déjà comprendre
05:24qu'est-ce qu'apporte une IA dans différents métiers.
05:28Je vais prendre le métier de radiologue,
05:30pour lequel on a entendu depuis 2016
05:31qu'ils seraient tous remplacés par une IA.
05:33Ce n'est pas le cas.
05:34Il y a un manque de radiologues à New York, aux États-Unis,
05:38et c'est un métier qu'on a découvert
05:39qui n'était pas exclusivement pour lire des radios, n'est-ce pas ?
05:42C'est un métier où il y a une relation avec le patient,
05:45où on va challenger l'IA pour bien comprendre s'il y a un risque ou pas.
05:49Et donc, je pense que dans beaucoup de métiers,
05:52l'automatisation n'est pas la seule chose.
05:54Et donc, il faudrait vraiment faire attention
05:55à ne pas remplacer, outre mesure,
05:58des personnes à des emplois
06:00qui sont plus clés que ce qu'on a compris.
06:02Le point de vue économique ne doit pas être le seul.
06:05On doit vraiment analyser les différents métiers.
06:08Sinon, on fera marche arrière.
06:09On a fait marche arrière pour l'école.
06:11On avait mis des écrans auprès de tout le monde
06:13et on pensait qu'avec des MOOC ou avec des agents conversationnels,
06:16ça suffisait pour l'éducation.
06:17On fait marche arrière.
06:18On fait marche arrière dans plein de pays, en Norvège, etc.
06:21parce qu'ils se sont rendus compte
06:23que c'était délétère pour les enfants, pour les jeunes enfants.
06:25Ce n'est pas comme ça qu'on apprend.
06:27L'école, c'est apprendre à apprendre,
06:29c'est apprendre à réfléchir.
06:31C'est l'inverse, si vous voulez, de la médecine,
06:33où on apprend par cœur.
06:35C'est vraiment un effort de comprendre
06:37la logique qui est derrière, ce que ça peut apporter.
06:41Et les jeunes, c'est ce qu'il faut leur dire.
06:42Aujourd'hui, on a besoin énormément de cerveaux
06:46qui sont extrêmement instruits,
06:49qui ne sont pas seulement informaticiens, bien entendu,
06:52qui sont capables d'appréhender le monde
06:55et de comprendre comment ces IA vont pouvoir nous aider.
06:59Nous avons un point de vue trop négatif sur ces machines.
07:03Il faut absolument qu'on les apprivoise
07:06pour comprendre le potentiel et ne pas en dépendre.
07:10Bon, une fois que j'ai dit ça,
07:12j'ai quelques idées pour le mettre en place.
07:14Je n'entends pas beaucoup des idées positives
07:17et des idées de développement social
07:21qui intègrent tout le monde.
07:23puisque, en fait, un gouvernement est là pour gérer économiquement,
07:26mais pour faire aussi qu'il y ait le moins de danger
07:29pour les citoyens, pour les protéger.
07:32Et on ne protagera pas les citoyens
07:34en interdisant l'utilisation des outils
07:37ou en mettant des labels à droite, à gauche
07:40sur le fait que c'est bon ou pas bon
07:43et c'est fait par un humain ou pas un humain.
07:45On a besoin de réfléchir.
07:47Je ne pense pas que l'IA qui surveille l'IA
07:50soit une meilleure IA que la première.
07:52Je vais vous poser une dernière question.
07:55Laurence de Villeur, si vous aviez justement
07:57les candidats à la présidentielle en face de vous,
08:01qu'est-ce que vous voudriez leur dire ?
08:02Quelles questions vous voudriez leur poser
08:03sur ce sujet de l'intelligence artificielle ?
08:07Je leur demanderais déjà si, avec quelques questions,
08:10je m'assurerais qu'ils ont compris le sujet.
08:13Deuxième chose, et pour l'instant,
08:14je ne vois personne qui est challengé
08:16par aucun journaliste pour leur demander
08:18dans l'IA génératif, par exemple,
08:20quels sont les différents niveaux de la fusée
08:22à l'intérieur ?
08:22Qu'est-ce que c'est qu'une instruction
08:24qu'on peut apprendre à une machine ?
08:26On lui apprend à traduire, on lui apprend à converser,
08:28on peut lui apprendre à faire de la poésie
08:30ou à résumer.
08:31Est-ce que ce niveau-là d'apprentissage
08:33dans l'IA génératif est comprise ?
08:35Je ne pense pas.
08:36Il y a un certain nombre de concepts essentiels
08:41à comprendre pour pouvoir faire ces programmes.
08:43J'espère que les futurs présidents,
08:47ou les candidats en tout cas,
08:48sont très bien entourés.
08:49Alors, ce que j'entends être bien entourés,
08:51entourés de chercheurs, d'académiques
08:54qui sont spécialisés dans l'IA
08:57et non pas en neurologie ou en d'autres métiers,
09:01qui sont aussi capables de comprendre
09:04les problématiques éthiques et les risques
09:06derrière l'utilisation de ces machines.
09:10Merci beaucoup, Laurence Devilleur,
09:12d'avoir été avec nous sur BFM2,
09:14professeure à la Sorbonne,
09:16chercheuse spécialiste des interactions,
09:18homme-machine, pour cet éclairage
09:20sur les nombreuses questions.
09:21On le comprend soulevé par le développement
09:24de l'intelligence artificielle.
09:25Merci.

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