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00:00Il y a déjà trois ans que j'ai fait une demande de logement.
00:02Ce qu'ils m'ont dit, il faut rester cinq ans dans un département où j'habitais pour en avoir
00:06une habitation.
00:08Déjà trois ans que j'attends une habitation, mais jamais ils m'ont répondu.
00:11Toujours, monsieur, on vous attend, vous attendez.
00:13Vous voyez bien la preuve où nous habitons, dans des baraques bien pourries.
00:17S'il y a la poudre, il y a du vent, un jour ou l'autre, ça va tomber, ça
00:19va éclater.
00:21Les Français qui sont chez nous, comment ils sont ? Bien traités.
00:25Comment ils sont ? Au paradis, au ciel, au roi.
00:28Mais nous, comment nous sommes ? Nous souffrons ici.
01:07Les immigrés venus soutenir l'expansion économique dans les années 50 et 60 subissent des conditions de vie insoutenables.
01:16Cantonnés dans des constructions improbables au pied des immeubles flambant neufs,
01:20ces damnés de la terre ont peu d'espoir d'obtenir un logement décent.
01:25Les 30 glorieuses ne sont pas glorieuses pour tout le monde.
01:29Faisant face à l'exil et à l'adversité, ils s'accrochent à l'espoir d'un monde meilleur
01:34et refusent l'éternel provisoire d'une vie de transit, involontaires et forcés.
01:40On est arrivés avec ma maman à la garde au Stirlis.
01:46Donc mon père nous prend la garde au Stirlis, on prend le taco.
01:51Il nous a amenés chez sa soeur parce que mon père n'était pas bien.
01:54Et ma tante, donc, habitait un HLM, mais qui est très connu à Nanterre,
02:01qui était très très connu, qui s'appelait des Marguerites.
02:03On passe deux jours, on prend nos sacs, on quitte la tente,
02:08on passe une cité à HLM qui s'appelle les Potagers.
02:11Oh, je vois tous ces bâtiments, ça doit être là.
02:13Parce que je pensais que c'était comme chez la tente.
02:16Mon père, il traverse la cité, il ne s'arrête pas.
02:19Alors on continue, des petits pavillons,
02:21et on passe une autre cité, des canibous, je ne sais plus quoi,
02:24des bâtiments partout.
02:26Et puis mon père, il ne s'arrête pas.
02:28Nous, on continue à le suivre avec nos sacs,
02:30maman, avec son haïk.
02:32Et puis il y a une autre cité, il ne s'arrête pas.
02:37Puis à un moment, au loin, on voit une sorte de cimetière
02:41ou de petite baraque en bois penchée,
02:43ce que les ouvriers récupèrent dans les chantiers
02:46pour se faire des baraques, pour se faire des maisons.
02:49et on y va sous la boue.
02:52Et puis mon père, il rentre là-dedans, dans ce village,
02:55avec des fumées noires.
03:00Mon père a poussé une porte d'une des baraques
03:02et il rentre.
03:05C'était sombre, c'était...
03:08Il n'y avait rien par terre, de la terre, des petits cailloux.
03:11Alors on est resté comme ça, on le regardait.
03:13Il s'est mis à remuer le poêle à charbon.
03:14Je n'avais jamais vu ça, moi, les boulets de charbon,
03:17je regardais tout, le poêle, je regardais tout,
03:19on ne connaissait pas, nous.
03:20Et puis ma mère, car tout ça, là,
03:23une jeune femme qui avait rêvé de je sais pourquoi,
03:26qui lui dit...
03:28Il m'a, l'eau, il avait honte.
03:32Hacham, barra, il lui a dit, dehors.
03:36Elle lui a dit, vau, la lumière.
03:39Là, il était content, mon père.
03:40Il avait une petite lampe, il a, tac.
03:43Oh, qu'est-ce que j'avais envie de repartir.
03:46Et ma mère s'est assise au bord d'un lit,
03:50superposé, le plus bas.
03:53Elle a posé les deux sacs et elle a dit,
03:55je vais enlever mes chaussures.
03:56Je me dis, merde, on reste.
04:00Et puis on est resté, quoi.
04:14Les bidons-vides, d'abord,
04:16qui s'inscrivent dans un continuum d'habitats
04:20insalubres, précaires, autoconstruits,
04:22en fait, qui a toujours existé en France.
04:25Avec l'arrivée de populations coloniales,
04:29et notamment des Algériens,
04:31on va commencer à parler à ce moment-là de bidonvilles.
04:33En fait, c'est un terme qui vient des colonies bidonvilles.
04:37Et ceux qui vont attirer l'attention
04:39des pouvoirs publics en premier,
04:42c'est ceux de la boucle de la Seine.
04:44Et s'ils attirent l'attention des pouvoirs publics,
04:46c'est parce qu'ils regroupent principalement des Algériens.
04:51Et donc, à partir de 54-55,
04:55vont se développer des bidonvilles
04:56de taille de plus en plus importante.
05:00Ces bidonvilles, ils attirent l'attention des pouvoirs publics
05:05parce qu'on est dans le contexte de la guerre d'Algérie
05:10qui commence et qui, peu à peu,
05:14va être importée sur le territoire métropolitain.
05:19Il y a au sein de l'administration française
05:22des gens qui vont s'inquiéter de cette situation,
05:26de la montée du nationalisme au sein de l'immigration.
05:29Et donc l'idée qu'il faut contrôler ces populations,
05:34et en particulier les bidonvilles et les hôtels meublés,
05:36qui sont vues à ce moment-là comme un bastion nationaliste
05:41qui fournit une espèce de base arrière au FLN
05:45où il y a à la fois des militants, des cotisants,
05:49des caches d'armes, des caches pour les militants les plus chevronnés.
06:06À ce moment-là, il faut imaginer qu'on est plus simplement
06:09dans le contrôle de l'immigration,
06:11on est plus simplement dans la surveillance politique.
06:16On passe à une phase de lutte antiterroriste,
06:18pour reprendre les termes même de l'époque.
06:20Mais en fait, on va avoir un prisme de la lutte antiterroriste
06:24et de la surveillance des Algériens
06:26qui va déborder sur l'ensemble de l'appareil policier,
06:29en particulier en région parisienne, mais pas seulement.
06:32Et donc là, ça veut dire que l'ensemble des travailleurs algériens
06:37vont être soumis à une emprise forte du contrôle d'identité.
06:42Vérification d'identité approfondie
06:44qui conduit à être enfermé dans des lieux d'enfermement,
06:47des commissariats, au centre d'identification de Vincennes
06:51pendant plusieurs jours, voire à être interné
06:53dans des centres d'assignation à résidence surveillée.
06:59On avait toutes les nuits la police française,
07:06les harkis, et on avait les gendarmes,
07:11tout le monde s'était encerclé, le bidonville,
07:15et il y avait des fusées éclairantes comme en plein jour.
07:31Et toute la nuit, alors ils emmenaient,
07:34ils arrêtaient certains, ils entabassaient d'autres,
07:38ils enfonçaient les portes des baraques,
07:42et moi j'ai vu devant moi, mais vraiment devant moi,
07:46ils tailladaient les matelas pour chercher soi-disant des arbres.
07:52Ils faisaient déshabiller entièrement des bébés.
07:57Bon, il y avait les chiens bergers allemands,
08:00on entendait le souffle derrière les parois.
08:04C'était la terreur, oui, parce qu'on mesure,
08:08on se dit toujours, on attend, on attend,
08:10qu'est-ce qui va arriver.
08:1217 octobre 1961.
08:15À l'appel du Front de Libération Nationale Algérien,
08:18hommes, femmes et enfants sortent des bidonvilles
08:21qui entourent la capitale pour protester contre un couvre-feu.
08:28La répression sanglante orchestrée par le préfet Maurice Papon
08:31contre cette manifestation pacifique
08:33fait des dizaines de victimes.
08:36Certaines pendues aux arbres du bois de Vincennes,
08:38les autres jetées dans la Seine.
08:41Ici ont été noyés les Algériens.
08:46Il y a vraiment à ce moment-là une focalisation
08:49sur les bidonvilles de Nanterre
08:51et une tentative pour les résorber.
08:54Et donc pour les résorber,
08:56on va construire d'abord pas mal de foyers,
08:59Sonacotral.
09:00Sonacotral parce qu'à l'époque,
09:01c'est Société Nationale de Construction
09:04pour les travailleurs algériens et leurs familles.
09:06Donc il y a ce premier plan de 1951 à 61
09:10qui consiste à construire beaucoup de lieux d'hébergement
09:14transitoires pour les hommes d'un côté,
09:16pour les familles de l'autre.
09:18Mais ça ne fonctionne pas véritablement
09:20parce que d'un côté, les hommes,
09:22une grande partie d'entre eux,
09:24refusent d'aller dans les foyers.
09:26Donc en fait, se dispersent.
09:28Et les familles qu'on reloge
09:30dans des cités de transit
09:33continuent d'arriver en fait.
09:35Parce que la guerre d'Algérie,
09:37il y a beaucoup de familles à ce moment-là
09:38qui vont chercher à rejoindre
09:40le chef de famille en métropole.
09:42C'est une immigration de refuge,
09:44même si elle n'est pas pensée comme ça à l'époque.
10:05Les autorités françaises ont cherché, en Algérie comme en métropole,
10:11a créé un ensemble de dispositifs, d'institutions
10:17pour rendre le projet colonial acceptable finalement,
10:22in fine, c'est-à-dire vraiment en dernier ressort.
10:24Il s'agit donc de montrer que l'État est attentif
10:28à la condition même de ces Français musulmans d'Algérie,
10:33qu'il veut leur bien, qu'il est là pour les protéger,
10:36qu'il est là pour les civiliser, qu'il est là pour les éduquer,
10:39et qu'il est là aussi pour finalement promouvoir leur culture.
10:43Parmi ces projets, il y a le projet de logement.
10:46Dans un cadre agréable à Pont-de-Vivo,
10:48un nouveau centre d'hébergement de travailleurs nord-africains
10:51attend ses premiers pensionnaires.
10:52Les foyers hôtels de la Sona Cotra.
10:56Ce sont des unités de vie de dix personnes
10:58qui confinent les résidents dans des chambres individuelles
11:00lilliputiennes d'à peine 5 mètres carrés.
11:04Un mode de vie que l'on pense familial
11:06et qui correspondrait à celui des Maghrébins.
11:09Cette cuisine, largement équipée,
11:11relève de cette même préoccupation
11:13dont témoigne justement ici cette chambre individuelle,
11:16assurer aux travailleurs nord-africains
11:18l'éducation et l'adaptation nécessaires
11:21à la vie nouvelle qui les attend dans la métropole.
11:23Le projet de créer finalement
11:26cette société nationale de construction des logements
11:28pour les travailleurs algériens et leurs familles,
11:31elle va avoir d'énormes difficultés,
11:33d'abord de financement,
11:34mais aussi, même si elle est appuyée
11:38par tout un ensemble d'institutions bancaires,
11:42qu'elle est une société d'économie mixte,
11:44donc les tutelles sont notamment le ministère de l'Intérieur,
11:48mais elle va avoir aussi des problèmes fonciers
11:52pour trouver des terrains, pour construire ses foyers.
11:55On ne sait pas trop où placer ses foyers dans la ville
11:58et quelle forme ils vont prendre,
12:00parce que comment, et c'est toujours le même paradoxe
12:04qui va suivre, d'ailleurs poursuivre,
12:06le problème de l'immigration du début de sa formulation
12:10jusqu'à aujourd'hui,
12:11si on en fait trop envers les Français musulmans d'Algérie,
12:15on peut être accusé en tant que responsable politique
12:17de favoriser des étrangers,
12:19ou en tout cas des Français de seconde zone,
12:22si on n'en fait pas assez,
12:24on risque finalement de créer des conditions
12:27pour une émeute ou une révolte,
12:30ou en tout cas une sédition plus forte.
12:32Tout d'un coup, je vois dans l'Assemblée
12:34tout le monde dévoué pour les sinistrés,
12:37même ceux que je connais nommément
12:39et qui viennent protester
12:41parce que l'on va construire un foyer hôtel dans leur ville,
12:44même ceux qui pendant 7 ans
12:47m'ont empêché de construire un foyer hôtel dans une ville
12:50pour finalement nous offrir un terrain beaucoup plus loin.
13:05Je sais ce que c'est que de recevoir les pétitions des voisins,
13:08les pétitions des travailleurs,
13:10les pétitions des travailleuses,
13:11les pétitions des professeurs d'un collège de filles
13:14qui protestent contre les autres
13:15parce qu'ils croient tous que les étrangers sont des violeurs.
13:18Eh bien non !
13:19J'enloge plus de 50 000,
13:20il n'y a jamais eu une affaire de mœurs
13:22autour d'un foyer hôtel de chez nous.
13:23Il va y avoir une mise à disposition
13:25dès la moitié des années 60
13:27d'un ensemble de personnels militaires.
13:31C'est généralement des sous-officiers
13:34qui ont fait soit la guerre d'Algérie,
13:37soit l'Indochine, soit les deux,
13:39soit d'autres guerres
13:40et qui se trouvent à disposition,
13:43qui coûtent moins cher pour la société en question,
13:46pour des raisons matérielles.
13:48Ils représentent une aubaine pour la Sonagotra.
13:50Et puis, ils ont des compétences
13:53que les directeurs de cette société,
13:57qui sont eux aussi passés pour une grande part
14:00dans les colonies, notamment en Algérie,
14:03dans les services civils,
14:05eh bien vont tout de suite avoir des sortes d'affinités
14:08trouvant qu'ils ont des compétences musulmanes
14:11et des compétences de, on dirait aujourd'hui,
14:14de ressources humaines ou de management.
14:16C'est-à-dire, ils ont une capacité à manager leurs hommes.
14:21Ces sous-officiers développent une forme
14:24de paternalisme autoritaire
14:26prête à, finalement, à la fois tenir leurs hommes,
14:29mais aussi leur offrir tout un ensemble de services,
14:33des services, voilà, qu'on pourrait considérer aujourd'hui
14:36comme sociaux, c'est-à-dire,
14:37ils les aident à la fois à trouver un emploi,
14:39ils les aident aussi en cas de pépins,
14:42en cas de problèmes, des problèmes de santé.
14:44Et finalement, bon gré, mal gré,
14:47sans qu'il y ait véritablement de plan pensé à l'avance,
14:51va se créer un système, son Alcotra,
14:53qui va vraiment s'institutionnaliser
14:55tout au long des années 60 et des années 70.
15:10Si on revient aux origines de cette immigration,
15:12il faut bien sûr revenir à la situation coloniale.
15:15Les Algériens qui viennent en France
15:16ne sont pas au sens strict des immigrés,
15:18ce sont des Français qui passent des frontières internes,
15:21des limites de départements.
15:23Ils arrivent, comme d'autres étrangers de régions pauvres,
15:28mais ils arrivent aussi de régions
15:29où la dépossession est plus forte
15:31en lien avec cette situation coloniale.
15:35Au début des années 60,
15:38350 000 ressortissants algériens
15:40ont déjà franchi la Méditerranée
15:42pour un travail pénible et sous-payé.
15:45Ceux que l'on nomme Français musulmans d'Algérie
15:47sont citoyens français jusqu'à l'indépendance du pays
15:51en juillet 1962.
15:53Ils ne sont pas immigrés au sens propre du terme.
15:57L'indépendance n'apporte que peu de changements
15:59à cette situation.
16:01Les accords déviants prévoyant une libre circulation
16:03entre les deux pays.
16:06Les Algériens se présentent librement
16:08aux portes des usines et aux pieds des chantiers.
16:11C'est une immigration d'indésirable, d'une certaine façon.
16:14Le rêve de tout État et de tout employeur,
16:17c'est de pouvoir aller chercher les personnes,
16:19les sélectionner et faire venir
16:21ceux qui sont supposés être utiles.
16:23à l'économie.
16:25S'ils viennent chez nous, c'est pour travailler.
16:27Et à la base, ce sont des gens très courageux.
16:31Alors ça, c'est à leur actif.
16:33Mais par contre,
16:36ils ne parlent pas notre langue.
16:37Ils ne sont pas tellement qualifiés.
16:40Et puis ils viennent avec une idée en tête,
16:42c'est d'amasser un pécule
16:45et de nous quitter quand ils auront un pécule suffisant.
16:47Donc, ça n'est pas une main-d'oeuvre stable.
16:51Et c'est une main-d'oeuvre que nous ne pouvons pas former.
16:55Et nous n'avons pas l'espoir que si nous la formons,
16:57nous pourrons la conserver.
16:59Et finalement, des hommes qui vous apportent leurs bras
17:02tous les jours
17:04et qui laissent leur pays natal à 2000 kilomètres
17:07ou leurs femmes, leurs enfants,
17:09leur foyer, disons leur cœur à 2000 kilomètres,
17:11on ne peut pas dire qu'ils soient vraiment disponibles.
17:17C'est comme ça qu'on arrivait en France.
17:19Le chef demandait à un ouvrier algérien
17:22de lui ramener 3, 4 ouvriers.
17:24Il écrivait à l'épicier du village
17:27parce que c'était la boîte aux lettres
17:28pour tout le monde.
17:30L'épicier recevait la lettre
17:31et il demandait aux gens,
17:33toute la famille qui venait,
17:35on demande 4 ouvriers pour l'enterreur.
17:38Puis les gens y allaient,
17:39ils empruntaient de l'argent.
17:40Mon père est venu comme ça.
17:41Et mon père a fait venir
17:43des jeunes comme ça.
17:45Évidemment, la France,
17:46c'est un pays vachement sympa.
17:48On voulait des ouvriers,
17:49mais on ne les recevait pas
17:50parce que la moindre des choses
17:52serait qu'on veut des ouvriers
17:53et on le retrouve à logement.
17:57Comme vous le savez,
17:58Ville-Romane est une ville industrielle importante
18:00et naturellement,
18:01il y avait un grand nombre
18:03de travailleurs étrangers
18:04et notamment des nord-africains
18:06qui malheureusement,
18:07dès leur arrivée à notre ville,
18:09se sont logés comme ils ont pu
18:11dans des bidonvilles.
18:13Il faudrait donc
18:13que dès qu'ils viennent en France
18:14pour travailler,
18:15ce qui est normal,
18:16car notre industrie en a besoin,
18:18il faudrait mettre à leur disposition
18:19un appartement convenable.
18:23Appartement convenable,
18:24foyer décent.
18:26Ce que veulent les immigrés
18:27peuplant les logements insalubres,
18:29la France va leur accorder
18:30sous condition.
18:32Pour les autorités,
18:34il s'agit avant tout
18:35de pouvoir surveiller
18:36et contrôler cette population.
18:37Dès l'entre-deux-guerres,
18:39se constitue un service
18:41des affaires indigènes
18:42nord-africaines
18:43qui est une sorte
18:44de réplique parisienne
18:46de l'encadrement colonial
18:47existant dans les communes mixtes
18:49d'Algérie.
18:51Dans les faits,
18:51la plupart des organismes
18:55administratifs et policiers
18:56spécialisés
18:58disparaissent
18:59ou se reconfiguraient
19:00au cours des années
19:011962-1963.
19:03Mais un certain nombre
19:04d'entre eux
19:06qu'on va qualifier
19:06plus ou moins
19:08de conseillers sociaux
19:09ayant aussi
19:11des missions disciplinaires
19:13et des missions
19:14de surveillance
19:15vont perdurer.
19:19Dès 1956,
19:20le sort des Français
19:21musulmans d'Algérie
19:22en France
19:23passe entre les mains
19:24de hauts fonctionnaires
19:24de l'État
19:25exerçant dans les colonies
19:27d'Afrique du Nord.
19:29Fraîchement recrutés
19:30par le ministère
19:31de l'Intérieur,
19:32les conseillers techniques
19:33aux affaires musulmanes,
19:34les CTAM,
19:36font partie du service
19:37des affaires musulmanes
19:38et de l'action sociale.
19:40Expérience revendiquée,
19:42l'administration si particulière
19:44des communes mixtes
19:45d'Algérie.
20:00Ces administrateurs
20:01concentraient entre les mains
20:03des prérogatives
20:05qui, ailleurs,
20:06étaient confiées
20:07à des personnes différentes.
20:09Pouvoir exécutif,
20:10pouvoir de justice,
20:12c'était l'une
20:12des grosses confusions
20:14particulièrement choquantes
20:15par rapport
20:16au régime juridique
20:17et politique métropolitain,
20:18c'est qu'à la fois
20:19ils administraient
20:20sur le plan administratif
20:21et ils rendaient
20:22la justice.
20:24Ils avaient aussi
20:25des fonctions économiques,
20:26bref,
20:28c'était les grands chefs.
20:30Et donc, les CTAM
20:32sont les chefs d'orchestre
20:37sur un territoire donné
20:39de ces différentes structures
20:40qui existent
20:41pour les Algériens.
20:42Ce qu'on leur demande,
20:43c'est de s'occuper
20:45des Algériens,
20:45d'encadrer les Algériens
20:48sur des domaines
20:49qui, en métropole,
20:51sont assurés
20:51par des administrations
20:53différentes.
20:53Ah oui, je suis embêtant,
20:57mon frère,
20:58mais tu ne devrais pas
20:58être là.
20:59Allez, viens.
21:00Enfant, ne te fâche pas,
21:01ne te fâche pas,
21:02viens voir ici.
21:03Viens voir ici.
21:05Tu pars en Algérie.
21:06Tu me racontes pas de blague?
21:08Non.
21:08Alors, montre-moi
21:09ton billet d'avion
21:10que je te mène
21:11à la gare ce soir.
21:12À quelle heure tu pars?
21:13À 9h?
21:14Tu pars en Algérie.
21:15Bon, alors je le crois,
21:16t'as ton billet.
21:16Tu t'en vas pour combien de temps?
21:19Hein?
21:19Oui?
21:19Tu t'en vas pour combien de temps?
21:22Bon, écoute,
21:23il faut le savoir
21:23et il faut que tu viennes
21:25tout de suite avec moi,
21:26que je te donne une attestation
21:29disant que tu habites bien
21:30un vrai logement.
21:31Autrement,
21:32quand tu vas vouloir revenir,
21:33tu vas débarquer à Marseille,
21:34on va te renvoyer
21:35à Alger ou à Oran.
21:36Tu vas donc perdre
21:37tout ton temps
21:37et tout ton argent.
21:39Hein?
21:39Tu viens chercher une attestation
21:40et on t'overt ton lit
21:41jusqu'au retour.
21:42Tu reviens dans combien de temps?
21:43Ils doivent s'occuper
21:44d'action sociale,
21:45de formation professionnelle,
21:46de logement.
21:59Certains assuraient des permanences
22:00dans un centre social
22:02chaque semaine,
22:03comme ce qui se faisait
22:04dans les communes mixtes
22:05où ils recevaient
22:06les Algériens
22:07qui avaient des problèmes,
22:08des doléances.
22:17C'est-à-dire que ces permanences
22:18ressemblent un petit peu
22:19aux permanences des élus
22:20et en fonction du problème
22:22que l'administré soumet,
22:23l'élu va écrire
22:24à telle ou telle administration,
22:26mais c'est lui
22:27l'interlocuteur direct.
22:28Donc, ces administrateurs
22:30assuraient ces fonctions.
22:31Donc, soit en direct,
22:33comme je viens de le dire,
22:34par exemple,
22:35par l'intermédiaire
22:35de ces permanences,
22:37soit en encadrant
22:39des associations,
22:41des associations
22:42dont les intitulés
22:43peuvent varier.
22:44Très souvent,
22:44leurs intitulés
22:45évoquent l'aide,
22:46l'amitié, etc.,
22:48en direction
22:49de la population
22:50nord-africaine.
22:51Là aussi,
22:52c'est l'un des termes
22:53utilisés à l'époque
22:54pour désigner les Algériens.
22:56Et donc,
22:57leur fonction,
22:58c'est d'encadrer
22:59ces associations
23:00qui sont en quelque sorte
23:01leur propre administration
23:02sur les terrains,
23:04d'attribuer les subventions.
23:10Et sachant que ces associations,
23:12le gros de leur activité
23:13consiste à héberger
23:15des nord-africains.
23:16Leur objectif,
23:17c'est d'assurer au maximum
23:18leur hébergement en foyer
23:20et puis ensuite,
23:20d'essayer de développer
23:21des logements
23:22pour les familles.
23:23Quand on est en 1959
23:24ou en 1960,
23:25il y a encore l'idée
23:26que l'Algérie
23:28va rester française.
23:30Et donc,
23:30il faut aussi montrer
23:32à cette population
23:35que c'est des citoyens français.
23:40L'indépendance,
23:41ça a été quelque chose,
23:44une espèce de libération.
23:48J'ai vu tous les drapeaux
23:49dans chaque famille sortir
23:53qui avaient été faits d'avance,
23:57qui étaient sûrement bien cachés.
24:01Là, ça a été le délire.
24:05Ça y est,
24:07leur pays était à eux.
24:10Après l'indépendance,
24:11globalement,
24:12il y a plusieurs années
24:13où les bidonvilles
24:15vont être assez largement
24:17mis de côté
24:19avec l'idée que les Algériens,
24:22ils vont bien finir
24:23par repartir.
24:24Ils ne sont pas du tout
24:25conçus ou perçus
24:26comme des populations
24:27qui auraient vocation
24:28à s'installer durablement
24:29sur le sol métropolitain.
24:32Ça, c'est une erreur
24:33peut-être de contemporain
24:35de se dire
24:36« Ah oui,
24:36mais ils sont arrivés
24:37dans les années 50
24:37pour s'installer ».
24:38Et tout ça est dans la tête
24:40des décideurs politiques
24:41qui font tout également,
24:42qui créent toutes les conditions
24:43administratives et politiques
24:45pour que cette présence
24:46ne soit pas définitive.
24:49Elle soit au contraire
24:50une présence provisoire
24:51dans des logements provisoires.
24:54Il y a une minorité
24:55qui dit « Mais non,
24:57c'est des gens qui sont là
24:58avec leur famille,
25:00qui sont là pour certains
25:01depuis des dizaines d'années.
25:03Tous ne vont pas repartir.
25:05Et il faut arrêter
25:06de penser
25:07qu'on peut se contenter
25:08de les laisser
25:09dans des cités de transit
25:10ou dans des bidonvilles.
25:15Dans la chaleur de mai,
25:16les étudiants de Nanterre
25:18sont les premiers
25:18à battre le pavé.
25:21Leur université
25:22a été construite
25:23face au plus grand
25:24bidonville de France.
25:26Acquis à la cause
25:27des habitants des Taudis,
25:29étudiants et militants
25:30tentent d'en faire
25:31un terrain d'action révolutionnaire.
25:32Il y a combien de bidonville
25:33ici ?
25:34Un seul ?
25:35Non, vous avez
25:36un très grand bidonville
25:37du côté du carrefour
25:40qui va vers Paris
25:40où vivent 10 000 personnes,
25:42pour la plupart nord-africains.
25:43et il est hors de question
25:45de vivre dans un certain milieu
25:48en ignorant l'entourage.
25:49Les militants gauchistes
25:50de l'époque
25:51mettent au premier plan
25:52la condition
25:53des étrangers,
25:54des immigrés
25:55pour dénoncer cette situation.
25:56Parce qu'aussi,
25:57à la fin des années 60,
26:00c'est devenu quelque chose
26:02qui est de plus en plus insupportable.
26:04Et donc, il y a l'idée
26:04qu'il va falloir finir
26:06par vraiment régler
26:07ce problème de l'habitat insalubre.
26:10Il y a la loi de résorption
26:11de l'habitat insalubre
26:12qui est votée en juillet 1970,
26:15qu'on appelle la loi Vivien,
26:16qui met en place
26:17de nouveaux outils
26:18pour résorber les bidonvilles.
26:21Soit en donnant accès
26:22à des logements sociaux
26:23qui vont être résorbés,
26:25soit en créant
26:26des cités de transit
26:28de plus en plus nombreuses.
26:30Mais,
26:31donc on va s'occuper
26:32à ce moment-là
26:32des bidonvilles de Nanterre,
26:33c'est vraiment
26:34la première priorité
26:36au moment du vote
26:37de la loi.
26:38Mais on va d'abord
26:39s'occuper du bidonville
26:40qui est juste à côté
26:42de la fac de Nanterre.
26:45Voilà, parce qu'il y a vraiment
26:46une alerte du rectorat
26:50sur ce qui se passe là-bas.
26:53Et en fait,
26:54le temps passant,
26:55on arrive au un an
26:57de la loi Vivien.
26:58Et là, en fait,
27:00pour l'anniversaire
27:00de la loi Vivien,
27:01il y a vraiment
27:02la volonté de montrer
27:04qu'on a fait disparaître
27:05les bidonvilles de Nanterre.
27:06J'ai vu détruire
27:08un bidonville.
27:10Je suis passé ensuite
27:11devant deux autres
27:12entièrement rasés.
27:14Et ensuite,
27:14je suis allé visiter
27:16ce qu'on appelle
27:17une cité de relogement.
27:18Ou alors là,
27:19c'était les familles
27:20et des familles
27:22généralement nombreuses.
27:23Si bien que je suis sorti
27:24de là avec
27:26une nuée d'enfants
27:27à côté de moi
27:28qui étaient des enfants
27:29du bonheur
27:30alors qu'avant,
27:30ils étaient des enfants
27:31de la pouillerie.
27:32Et ce qui a été
27:33très émouvant,
27:34c'est qu'un tout petit bonhomme
27:36qui avait peut-être
27:367-8 ans,
27:37à un moment donné,
27:38s'est tourné vers moi
27:39et il m'a dit
27:40« Ah, monsieur,
27:42est-ce que tu vas
27:42en faire d'autres
27:44pour ceux qui restent ? »
27:46Et bien,
27:47je lui ai dit
27:47« On est en train. »
27:48C'est purement
27:49une opération
27:49de communication
27:51et qui a abouti
27:53en fait
27:53à la construction
27:54de ces énormes
27:55cités de transit
27:57qui sont localisées
28:01dans des lieux
28:02où elles sont coupées
28:03de tout.
28:04Et en fait,
28:04le résultat,
28:05c'est évidemment
28:06que les bidonvilles
28:06étaient des conditions
28:08d'habitat
28:08extrêmement précaires,
28:09extrêmement difficiles
28:10et dangereuses,
28:12mais quelque part
28:13qui étaient connectées
28:15avec le reste de la ville
28:17et où il y avait
28:19beaucoup de gens,
28:20en fait.
28:21Alors,
28:21les étudiants,
28:22mais aussi,
28:22voilà,
28:23toutes les associations
28:24de soutien,
28:25les militants
28:26qui étaient très présents
28:28dans les bidonvilles.
28:29Et en fait,
28:29les cités de transit,
28:30elles sont installées
28:32à l'écart,
28:34souvent derrière
28:35des autoroutes,
28:36derrière des chemins
28:37de fer
28:37et les populations,
28:39du coup,
28:39vont être de plus en plus
28:40isolées.
28:44Règlement intérieur
28:46de la Cétrafa.
28:47Le passage
28:48par la cité de transit
28:49est une solution
28:50exceptionnelle
28:51qui doit être réservée
28:53aux seules familles
28:53ne pouvant accéder
28:54directement en HLM
28:55qu'après une action
28:57socio-éducative
28:58d'une durée moyenne
28:59de deux ans.
29:02C'est pour nous civiliser,
29:03ça c'est clair.
29:04C'est comme je dis,
29:05c'est pour qu'on apprenne,
29:06je le dis d'une façon humoristique,
29:08à apprendre
29:08à tirer une chaise d'eau,
29:10à distinguer
29:12l'eau froide,
29:13l'eau chaude,
29:15de savoir
29:16ce que c'est
29:16qu'une douche,
29:18une baignoire.
29:20C'est un discours
29:21qui est extrêmement théorique,
29:23sur l'idée
29:24que ce sont des familles
29:24qui ne sont pas prêtes
29:25à habiter le logement
29:26moderne
29:26et qui ont besoin
29:27d'un habitat
29:29propédeutique
29:30et donc
29:30de l'intervention
29:32de spécialistes
29:33qui vont leur permettre
29:35de prendre
29:36de bonnes habitudes
29:37et d'être
29:37de bons voisins
29:38et d'habiter
29:40et d'habiter leur logement
29:40selon les normes
29:43modernes
29:44et bourgeoises.
29:45Mais la réalité,
29:47c'est juste
29:48qu'il n'y a pas
29:49assez de logements sociaux
29:50et que dans les attributions,
29:53les commissions d'attribution,
29:54qu'il s'agisse
29:55des municipalités
29:56ou d'autres types
29:58de bailleurs,
29:59n'ont pas envie
30:00d'accepter
30:00des familles étrangères,
30:02a fortiori algériennes,
30:04donc issues
30:06de migration coloniale
30:07et a fortiori
30:08si elles viennent
30:08de Bidonville.
30:09Quant à logement
30:10définitif en HLM
30:12lui est attribué
30:12par les pouvoirs publics.
30:14Le refus
30:15entraîne l'expulsion
30:16d'office de la cité
30:17et en tout état de cause,
30:19son loyer
30:20est immédiatement
30:20porté au taux
30:21du HLM
30:21qu'il a refusé.
30:24Ce n'est pas un bail,
30:25effectivement,
30:26c'est un droit
30:27d'occupation
30:29à titre précaire.
30:33Les habitants
30:34sont expulsés
30:36à tout moment,
30:38sans aucun motif,
30:40sans aucun droit
30:41de recours juridique.
30:44C'est une zone
30:45de non-droit.
31:04C'était une cité en dur,
31:07on disait un peu rassuré
31:10que c'était mieux
31:12que ces grands ensembles
31:14que sont la Courneuve
31:16ou bien Olnay 3000,
31:18etc.
31:19C'est-à-dire
31:19qu'on avait
31:20une vraie vie de quartier,
31:21quand même.
31:22Et là, vraiment,
31:23on avait une vie de quartier.
31:25Donc,
31:25c'était une cité en dur.
31:27C'était des petits logements,
31:28mais ils étaient...
31:31Bon, après,
31:31il faut être prudent,
31:32mais je vais dire
31:33que c'était pas mal fait.
31:35Mais j'ai un souvenir
31:36que c'était plutôt
31:37bien entretenu.
31:38Il y avait des pelouses
31:39qui étaient bien délimitées.
31:41Il y avait vraiment
31:42une interdiction
31:43de marcher sur la pelouse.
31:45Il y avait un gardien,
31:47et je me rappelle,
31:48il était très actif,
31:49parce que j'ai encore
31:50le souvenir
31:52de ses sorties
31:53avec le sifflet.
31:55Et il sifflait
31:56quand il avait sous ses yeux
31:59une infraction commise
32:00ou par nous,
32:02ou bien même
32:03par nos parents.
32:05Mes parents étaient illettrés.
32:07c'est des gens,
32:08ils se débrouillaient
32:09pour parler français.
32:10Mais c'était pas...
32:12Voilà,
32:13ils se débrouillaient.
32:14Et donc,
32:15ils voulaient pas
32:16qu'il y ait de malentendus
32:17avec le gardien,
32:18avec l'administration.
32:20Je me souviens
32:20que mes parents disaient
32:22dans la pire des situations,
32:24on paye d'abord le loyer.
32:26Voilà.
32:27On se débrouillera
32:28pour manger.
32:29En clair,
32:29on mangera un peu
32:31ce qu'on peut,
32:32mais le loyer,
32:33on le paye.
32:35En pratique,
32:37je pense qu'il y a relativement
32:38peu de familles
32:39qui ont été expulsées.
32:42Mais ça crée évidemment
32:45une situation d'insécurité.
32:47C'est une façon aussi
32:48évidemment de contrôle.
32:49C'est une menace
32:50sur laquelle jouent
32:52évidemment abondamment
32:53les gérants
32:54en cas de non-paiement
32:56du loyer.
32:56Et effectivement,
32:57la question du loyer,
32:59à la fois du loyer
33:01à proprement parler
33:02et des charges,
33:03c'est une vraie question.
33:05Et d'ailleurs,
33:05il y a eu
33:05des grèves des loyers
33:07parce que
33:09si le loyer
33:10n'est pas très important,
33:11en fait,
33:11les charges vont augmenter
33:13très rapidement.
33:16On a bien vu
33:17que ça ne changeait pas.
33:19C'était mieux
33:20pour l'eau,
33:21l'électricité
33:22et les toilettes.
33:25Au bout d'un an,
33:26ces barraques
33:26ne tenaient plus.
33:29Les volets tombaient,
33:30il fallait qu'on
33:30en mette des clous.
33:31Il fallait...
33:32Moi,
33:33ce qui m'a vraiment fait mal,
33:35c'est quand j'ai su
33:3510, 15 ans plus tard
33:36qu'on payait
33:38le même loyer
33:39que mes camarades
33:40de classe français
33:42payaient pour leur HLM.
33:43Ça, c'est dur.
33:45J'ai pleuré d'orage,
33:46je crois.
33:47Ils payaient 15 000,
33:4818 000 pour un 3-4 pièces
33:50au HLM.
33:50Ils avaient une salle de bain
33:52et nous,
33:53on payait la même chose.
33:54On payait la même chose
33:55à la CETRAFA.
33:56Je vous dis le nom.
33:58CETRAFA.
34:00Et c'est...
34:02Nos pères ont enrichi
34:03la CETRAFA.
34:04C'est doublement paradoxal.
34:06C'est qu'une des raisons aussi
34:09de loger les gens
34:10en cité de transit,
34:11un des prétextes,
34:13c'est qu'ils ne sont pas
34:13capables de payer
34:15le loyer
34:16d'un logement social.
34:17Sauf qu'en réalité,
34:18très rapidement,
34:19on leur demande
34:19de payer la même chose.
34:26Juste en face de chez nous,
34:27il y avait une CETRAFA.
34:29Et là,
34:29il y avait des familles
34:30françaises.
34:31Et pour nous,
34:32c'était des bourgeois
34:32parce qu'ils avaient
34:34une paire de baskets
34:36propres,
34:37ils avaient un pantalon.
34:38Et chose assez étonnante,
34:39ils avaient...
34:41Non, pas étonnante.
34:42Pour nous, étonnante,
34:43ils pouvaient manger à table.
34:45Ils avaient chacun
34:45un yaourt,
34:46ils avaient un bout
34:47de fromage.
34:49Et pour nous,
34:49ça...
34:51Je pensais...
34:52Pour moi,
34:52l'image de la famille
34:53française,
34:54c'était la publicité
34:55à la télévision.
34:56C'est vous dire...
34:58Et donc,
34:58dans cet immeuble-là,
34:59il y avait des familles
35:00comme ça.
35:02C'était très, très...
35:04Mais je n'en ai pas pris.
35:05Enfin, je sentais quelque chose,
35:07mais c'est vraiment
35:08un copain
35:09qui était aussi
35:11originaire d'une famille
35:12maghrébine
35:12et qui habitait
35:13la cage-escalier
35:14juste après
35:15qui me l'a fait remarquer.
35:18Il m'a dit...
35:19Et il a été...
35:20Il a été même
35:21plus direct que ça
35:22parce qu'il m'a dit
35:23« Mais tu rigoles,
35:24il ne nous aurait jamais
35:25logés là, nous. »
35:27Là, l'État construit
35:29un logement
35:30qui est totalement ségrégatif
35:31et qui est totalement
35:32contradictoire
35:33avec le discours.
35:37Mais ce n'est pas juste
35:38un discours
35:39avec l'idée
35:41qu'effectivement,
35:43il ne faut pas regrouper
35:44les étrangers entre eux,
35:46que c'est contraire
35:48aux valeurs républicaines,
35:49en gros.
35:50Les métropolitains,
35:53ils réagissent.
35:55Ils sont...
35:55et les CTAM
35:57le voient très vite
35:58à la réaction
35:59des élus locaux
36:00qui eux-mêmes
36:01sont très à l'écoute
36:02des réactions
36:02de leurs administrés
36:03et certains
36:04de leurs administrés
36:05n'ont pas envie
36:06d'habiter
36:06avec des Algériens,
36:07en fait.
36:12Nous habitons
36:13dans une cité
36:14entourée
36:14de 10 bâtiments
36:15où il n'y a
36:16que des immigrés.
36:17Pas loin,
36:18il y a un foyer
36:19d'ouvriers immigrés.
36:22Il y a 4 étages.
36:23Ils sont en couleur
36:24vert, rouge, jaune, rose
36:27pour que de loin
36:28on voie que c'est
36:28une cité d'immigrés.
36:30On est entourés
36:31d'autoroutes,
36:32d'usines,
36:33il n'y a même pas
36:33de magasin,
36:34de cinéma,
36:35de café pour les jeunes,
36:37de clubs pour nous retrouver,
36:38rien du tout.
36:40En plus de ça,
36:41ils nous disent
36:41votre cité est transite.
36:44Ça fait déjà
36:44plus de 8 ans
36:46qu'on y habite
36:46et pas de changement.
36:48Faut-il les croire ?
36:50Nous ne savons même pas
36:51comment faire.
36:51Il les construisait
36:53en dehors des villes,
36:54des communes.
36:54Ben oui,
36:55il ne voulait pas
36:56que les Français
36:56nous voient.
36:58Ils nous mettaient
36:59dans des coins
36:59où il ne fallait pas
37:00qu'on nous voie.
37:01Il ne fallait pas
37:01montrer la honte
37:02de la France
37:02ou je ne sais pas
37:03ce qu'il fallait cacher.
37:05Quand on regarde
37:06les familles
37:07qui sont relogées
37:08dans des cités de transit,
37:10ce ne sont pas du tout
37:11des familles
37:11qui ne sont pas capables
37:12d'habiter des logements modernes.
37:15Ça, ce n'est pas vrai
37:16du tout non plus.
37:17À l'époque,
37:18vivent dans les cités de transit
37:21des familles
37:22pour qui la vie
37:23dans un appartement
37:25ne pose vraiment
37:26aucun problème.
37:30L'État
37:31et ses conseillers sociaux
37:32tentent pourtant
37:33d'imposer
37:33à tous les relogés
37:35un passage obligé
37:36par la cité de transit,
37:38seul garanti,
37:39selon eux,
37:39d'une véritable insertion
37:41dans la société française.
37:42Les étrangers
37:43qui doivent être relogés
37:45parce qu'ils ont
37:45du logement insalubre,
37:47il ne faut pas
37:47qu'ils soient
37:48dans les mêmes cités de transit
37:49que les asociaux,
37:50donc c'est le terme
37:51de l'époque.
37:52Il y a un autre aspect
37:53à cette opération,
37:56c'est ce qu'on appelle
37:57la promotion logement.
37:59Mettre les familles
38:00dans des cités de transit
38:02pour leur permettre
38:03de développer leurs ressources
38:05et pour leur permettre
38:06de poursuivre leur évolution,
38:07c'est bien,
38:07mais ça doit déboucher
38:08sur l'insertion
38:10dans la société
38:11de ces familles,
38:12c'est-à-dire le passage
38:13dans des logements HLM.
38:16Lui, il incarne parfaitement
38:18cette dualité
38:19des fonctions du CTAM,
38:21c'est-à-dire à la fois
38:21« administration séculière »,
38:24c'est-à-dire traiter du logement,
38:26des problèmes sociaux,
38:27de la formation professionnelle,
38:28du chômage aussi,
38:30mais aussi de la surveillance politique
38:31pour faire en sorte
38:32que ces personnes
38:34placées dans une situation
38:36minorisée et dominée
38:37ne se rébellent pas
38:38contre cette situation.
38:58Dans les personnels
38:59qui sont affectés
39:00à la résorption des bidonvilles
39:02puis à la gestion
39:04des cités de transit,
39:05il n'y a aucun doute
39:05sur le fait qu'il y a
39:06une continuité post-coloniale.
39:09Oui, il y a cette continuité
39:11coloniale de gestion
39:13de ces populations.
39:14Oui, ils ont obtenu
39:15leur indépendance,
39:17mais il reste toujours
39:19des populations
39:20dont on a à se méfier,
39:22en tout cas en tant que Français,
39:24parce qu'ils sont toujours prêts,
39:25c'est la définition même
39:26de l'étranger,
39:28étrange, étranger,
39:29à se rebeller,
39:31à fomenter
39:32des coups
39:35ou en tout cas
39:36des actions
39:37peut-être contre
39:39qui viseraient
39:41la sécurité
39:41de l'État
39:42et la sécurité
39:43du territoire.
39:44Les Algériens
39:44sont souvent décrits
39:48comme des enfants
39:50qu'il faut guider,
39:52qu'il faut éduquer.
39:53L'autre trait,
39:55c'est le caractère
39:56irrationnel,
39:57irrationnel au sens
39:58tempétueux,
39:59violent,
40:01donc ça qui va très bien
40:03aller avec la violence
40:04physique extrême
40:05qui va se développer
40:06pendant la guerre
40:07d'indépendance.
40:09Des représentations
40:09et des pratiques,
40:10pratiques de contrôle,
40:12pratiques d'éducation
40:13qui se maintiennent
40:14malgré tout,
40:15alors même que
40:16finalement,
40:17le cadre
40:18de ces pratiques-là,
40:20le cadre initial,
40:21a volé en éclats.
40:23Les années 50 et 60,
40:25le danger politique,
40:25c'est les indépendantistes.
40:27Dans les années,
40:28fin des années 60
40:29et années 70,
40:30c'est les gauchistes,
40:31dont l'un des terrains
40:32d'action et de militantisme
40:34sera justement
40:35les foyers de travailleurs
40:37immigrés.
40:39Sans statut,
40:41étouffés par des règlements
40:42martiaux,
40:43encadrés par un personnel
40:44dont la principale qualité
40:45s'appuie sur leur passé colonial,
40:47les résidents des foyers
40:49naviguent entre désespoir
40:50et exaspération.
40:53Et bientôt,
40:54l'exaspération
40:55cède le pas
40:56à la révolte.
40:57Les premières grèves,
40:58c'est vraiment 1969.
41:00Les dernières grèves,
41:01c'est 1981.
41:03Nous,
41:04on estime
41:04qu'on n'est pas
41:05des prisonniers
41:06dans ces foyers.
41:07C'est ce que
41:07la Sonakotra
41:08appelle les palaces.
41:09La Sonakotra
41:10dit
41:11dans sa publicité
41:12qu'il a monté,
41:14qu'il a construit
41:15des foyers
41:16aux travailleurs
41:17immigrés
41:17qui étaient
41:18dans les bidonvilles
41:18qu'aujourd'hui,
41:19ils ne veulent pas
41:20payer les loyers.
41:20C'est le contraire,
41:21c'est complètement
41:22le contraire
41:22à ce que nous,
41:23on demande.
41:24Nous,
41:24on demande
41:25de la liberté
41:26dans ces foyers.
41:27Je crois qu'on ne réclame pas
41:29de dominer la France
41:30ou de remplacer
41:32le président
41:32de la République.
41:33C'est une mobilisation
41:35à haut risque
41:36pour ces étrangers.
41:38À haut risque
41:39et qui ne va
41:39absolument pas
41:40de soi
41:40parce que
41:41en se mobilisant
41:43contre la Sonakotra
41:44dont la tutelle,
41:46une des tutelles
41:47c'est le ministère
41:47de l'Intérieur,
41:49c'est quand même,
41:50je le rappelle,
41:51une façon
41:51de se mobiliser
41:52contre l'État.
41:53Donc contre
41:53les institutions
41:54nationales
41:55et risquer
41:56de devoir être
41:57expulser
41:57du territoire national.
41:59C'est ce qui est arrivé
42:00à de multiples reprises
42:01et notamment en 1976
42:02pour un certain nombre
42:03de meneurs
42:04comme on les appelait.
42:05On sait lorsque
42:06on fait grève
42:07que l'employeur
42:07grève du travail
42:08que l'employeur
42:09ne vous paiera pas.
42:10Là, il n'y avait
42:11aucune espèce
42:11de contrepartie
42:13désavantageuse
42:13pour les intéressés.
42:14On ne payait pas
42:15et on continuait
42:16à être logés,
42:17on continuait
42:18à être chauffés,
42:19on continuait
42:19à avoir des draps blanchis,
42:20on continuait
42:21à avoir toutes les fournitures
42:21d'eau froide,
42:22d'eau chaude
42:23sans qu'il n'y ait
42:24aucune espèce
42:24de contrepartie désagréable.
42:25D'où effectivement
42:26l'obligation
42:27dans laquelle nous nous sommes
42:28trouvés
42:28d'engager
42:29un certain nombre
42:30d'instances
42:31auprès des tribunaux
42:32pour obtenir
42:33des condamnations
42:34soit au paiement
42:35des arriérés,
42:36au paiement
42:36des sommes dues,
42:37soit à l'expulsion
42:38du foyer hôtel.
42:39Il est là aussi
42:41très naïf
42:42de penser
42:43que parce que
42:44les loyers
42:45ont augmenté,
42:46parce que
42:47les règlements
42:48étaient finalement
42:50sévères,
42:51alors les conditions
42:52de vie
42:53étaient déplorables
42:54et ressenties
42:55comme déplorables
42:55et insoutenables
42:56et donc
42:57les populations
42:59qui habitaient
42:59ces foyers
43:00se sont mobilisées.
43:02C'est allé
43:03vraiment très vite
43:03en besogne.
43:04C'est difficile
43:05à organiser
43:05pour un tas de raisons.
43:06Il faut connecter,
43:07mettre en relation
43:08les gens
43:09les uns les autres.
43:10Il faut dépasser
43:11des barrières
43:12qui sont des barrières
43:14souvent conçues
43:15ou perçues
43:15comme infranchissables.
43:17Par exemple,
43:17une des barrières
43:18c'était la barrière
43:19de la langue.
43:20Dans ces foyers,
43:20il n'y a pas
43:20que des Algériens.
43:21Il y a aussi
43:23des Africains
43:24de l'Ouest.
43:24Il y a des Sénégalais,
43:26il y a des Maliens,
43:26il y a des Maghrébins,
43:28donc des Tunisiens,
43:30des Marocains.
43:30Il faut aussi
43:31mettre les gens
43:32en mouvement
43:32et leur donner confiance.
43:34C'est-à-dire leur dire
43:35voilà, nous on est
43:36une organisation,
43:37un comité de coordination
43:38comme celui
43:39qui a vraiment
43:40chapeauté
43:40l'ensemble
43:41et organisé
43:42l'ensemble
43:43de cette mobilisation.
43:44On est là
43:45pour vous soutenir
43:46en cas de pépins,
43:47en cas de problèmes,
43:48en cas de menaces,
43:48en cas d'expulsions.
43:51J'étais absolument
43:52frappé par
43:53la capacité
43:54de ce comité
43:56et ce collectif
43:58d'hommes,
43:58essentiellement des hommes,
44:00à maintenir
44:01la mobilisation
44:03sur un temps long.
44:07Un des miracles
44:08de cette mobilisation
44:10a été qu'elle a tenu
44:12effectivement
44:12pendant une dizaine
44:14d'années.
44:17contre vents et marées,
44:19contre la répression,
44:20contre la mise
44:21sous scellée,
44:22contre l'action
44:23des gérants
44:24autoritaires
44:25qui, bien sûr,
44:26ont usé
44:27de toutes
44:28les pratiques possibles
44:29pour éviter
44:30ces mouvements,
44:31pour contrôler
44:32et pour empêcher
44:33les résidents
44:34de récidiver,
44:36pour empêcher
44:36la tenue des réunions,
44:38pour empêcher
44:38les manifestations.
44:39Malgré tout cela,
44:40elle a abouti
44:41au fait que
44:42le gouvernement,
44:43avec la Sona Cotra,
44:44se sont entendus
44:45pour qu'on mette
44:47en place
44:47une aide
44:49temporaire
44:49au logement.
44:50Un assouplissement
44:51du règlement intérieur,
44:52des gérants
44:53dits racistes,
44:55ainsi qu'on les appelait,
44:57qui vont petit à petit
44:59quitter
44:59finalement la Sona Cotra
45:00et également
45:02une baisse
45:03de ces loyers,
45:04un ensemble de droits
45:04qui vont être reconnus,
45:06mais pas de reconnaissance
45:07du statut de locataire
45:08ni du comité
45:09de coordination.
45:10La chose la plus importante
45:11en fait de ce mouvement,
45:13c'est aussi qu'elle a réussi
45:14à briser
45:16l'idée selon laquelle
45:18finalement l'immigré
45:20serait une personne
45:21silencieuse,
45:23vouée au silence,
45:24vouée au loyalisme,
45:26vouée à l'acceptation,
45:28j'allais dire,
45:29forcée de son destin
45:30et elle a véritablement
45:33constitué le premier moment
45:35de crise
45:36entre l'État
45:39et les immigrés.
45:40Écoutez monsieur,
45:41je peux rien dire,
45:42mais ils ont l'habitude
45:42de vivre comme ça.
45:44Alors, ils sont bien
45:45qu'en famille,
45:46quand ils sont 50
45:46dans une chambre,
45:47ils sont bien,
45:48c'est pas comme nous
45:48qu'il nous faut une chambre
45:50à trois,
45:51et plus ils sont,
45:52plus ils sont contents.
45:53Vous pensez pas que c'est
45:54parce qu'ils n'ont pas
45:55d'autres logements
45:56qu'ils vivent comme ça ?
45:57Regardez, nous,
45:58on vit comme ça
45:58depuis qu'on est venus.
45:59Nous avons promis
46:00des logements,
46:00ils n'ont jamais donné.
46:02S'ils n'en ont pas,
46:03ça se disait qu'ils n'en ont pas.
46:06Vous ne vivez pas comme ça
46:07tout à fait quand même.
46:08Comment ?
46:09Vous ne vivez pas comme ça
46:09tout à fait.
46:10Ah non !
46:12On est des chrétiens,
46:13nous, on n'est pas des indigènes.
46:16La population commence
46:17à s'affoler.
46:18Il y a 6 000 émigrés
46:19à Grasse,
46:2016% de la population.
46:21La plus forte concentration
46:23de la côte d'Azur.
46:24Trois fois plus
46:25que la moyenne nationale.
46:26Une véritable poudrière.
46:28Avec le choc pétrolier,
46:29les crises s'enchaînent.
46:31Les mesures de rétorsion également.
46:34À grand renfort de circulaire,
46:36l'État s'active
46:37à maîtriser le flux migratoire.
46:40Un climat délétère
46:41dans lequel l'extrême droite
46:43et une partie de la presse
46:44attisent les haines
46:45en étalant leur xénophobie
46:47au grand jour.
46:49Le sud-est de la France
46:51devient le théâtre
46:52d'une flambée de violence
46:53dirigée contre
46:54la communauté algérienne.
46:57À Grasse,
46:58police locale
46:59et habitants
46:59entament une chasse
47:01à l'homme
47:01dans les rues de la ville.
47:03Une ratonnade,
47:04pour reprendre
47:05le terme colonial.
47:07Les prémices
47:08aux crimes
47:09perpétrés à Marseille,
47:10où au moins
47:1112 Algériens
47:11trouvent la mort.
47:15Le racisme
47:16a été
47:17au cœur
47:18de la domination
47:19sur certaines populations
47:21dans des territoires
47:22colonisés,
47:23enfin dans tous
47:23les territoires colonisés,
47:24mais a fortiori
47:25en Algérie.
47:26Mais le racisme,
47:27il existe aussi
47:28en métropole,
47:29sauf que ce n'est pas
47:30un racisme d'État,
47:31entre guillemets.
47:32La différence,
47:33c'est que ça s'est traduit
47:34dans du droit,
47:36dans des institutions,
47:37et qu'une partie
47:38de ces institutions,
47:39effectivement,
47:40ont été importées
47:41en métropole
47:42à l'occasion
47:42de la guerre
47:43d'indépendance
47:43et ont pour partie
47:45perduré.
47:47C'est évident
47:47que les habitants
47:48des cités de transit
47:48sont une cible
47:51particulière.
47:51Et puis,
47:52évidemment,
47:52il y a le cas
47:54des assassinats racistes,
47:56comme celui
47:57d'Abd-Enbighémia
47:58à la cité Gutenberg,
48:00qui,
48:01en 1982,
48:03se fait tirer dessus
48:04par un voisin
48:06parce que les enfants
48:07font du bruit.
48:08Et dans ce geste aussi,
48:10la dimension raciste
48:12est très présente.
48:15Ils ne veulent pas
48:15de nous dans leur monde.
48:17Ils veulent nous oublier,
48:18mais quand ils nous voient
48:19dans la rue,
48:20ça se voit dans leurs yeux
48:21qu'ils nous haïssent
48:22encore plus que tout.
48:25Ils voudraient
48:26qu'on ne soit plus
48:27sur leur chemin,
48:28qu'on ne vive plus avec eux,
48:30qu'on aille plus
48:31faire nos courses comme eux.
48:33Ils veulent qu'on ait
48:35tout à part,
48:37qu'on retourne dans nos pays,
48:39c'est tout ce qu'ils veulent.
48:40Personne, en fait,
48:41ne veut prendre en charge
48:43le logement
48:43de ces familles
48:45qui sont nombreuses.
48:46Souvent, il est vrai,
48:46donc c'est une des difficultés
48:48du relogement,
48:49c'est que c'est des familles
48:51nombreuses
48:51et donc il n'y a pas
48:52de logement
48:52qui permette
48:53de les accueillir.
48:55Nous, un jour,
48:56c'était en 1975,
48:58on a reçu
48:59un avis de déménagement.
49:01Mon père,
49:01il fallait qu'il se présente
49:03au commissariat de police.
49:05Bien sûr,
49:06on vous a affecté
49:06avec le juif,
49:08un appartement,
49:09il faut déménager.
49:10Moi, je suis allé avec lui,
49:11j'ai dit,
49:11attendez,
49:12c'est l'année scolaire,
49:13attendez,
49:13qu'est-ce qu'on fait ?
49:17Ils n'ont rien voulu entendre.
49:19Là, c'est trafale,
49:21à chaque fois,
49:21ils nous ont envoyé
49:21la police.
49:22On a vu un débarquement
49:25de voitures,
49:27de police,
49:27pour impressionner.
49:29Moi, j'ai dit,
49:30il n'y a que le porte-avions
49:32qu'on n'a pas amené
49:33pour nous amener.
49:35C'est vrai,
49:37ma mère,
49:37elle en a gardé,
49:39elle était,
49:40ça l'a troublé,
49:41donc il fallait qu'on parte.
49:43Il faut déménager,
49:44c'était l'arbitraire
49:46le plus total.
49:47Souvent,
49:48ils restent
49:48sur les territoires
49:50des communes
49:51où se trouvaient
49:51les bidonvilles,
49:52donc les communes communistes
49:55qui sont celles
49:57où se sont développées
49:59les bidonvilles
50:00et qui ont accepté
50:02aussi la construction
50:03des foyers Sonakotra,
50:05la construction
50:06des cités de transit
50:07parce que les villes gaullistes,
50:10évidemment,
50:11elles ont très largement
50:12refusé ce type
50:13de dispositif.
50:15Ce n'était pas du tout évident
50:16dans les villes communistes
50:18non plus.
50:18Ce que je demande,
50:19moi,
50:19c'est qu'on prenne en compte
50:22prioritairement
50:23les gens
50:23qui habitent actuellement
50:25dans les cités de transit
50:25pour les reloger
50:26dans tout le patrimoine
50:29départemental.
50:30Vous comprenez ça ?
50:30Parce qu'on ne s'en sortira pas
50:31à Nanterre.
50:32Ce n'est pas possible.
50:33On n'a pas,
50:33au moment où il aurait fallu,
50:35pris toutes les mesures
50:36d'accompagnement
50:37à caractère social
50:38qui nous permettraient
50:39aujourd'hui
50:40d'être dans une situation
50:41meilleure.
50:42Mais il n'empêche
50:42que cette situation,
50:43elle est là.
50:44Et si nous ne mettons
50:45pas tout en oeuvre
50:46pour y remédier,
50:47il est triste à dire,
50:48mais des événements
50:50comme ceux qui viennent
50:51de se dérouler,
50:52des événements tragiques
50:52comme ceux qui viennent
50:53de se dérouler
50:54il y a une dizaine de jours,
50:56vont se multiplier.
50:59J'en suis absolument convainc.
51:00La lutte pour la résorption
51:01des cités de transit,
51:03elle va encore durer
51:04des années, en fait.
51:06Et là, c'est vrai
51:06que c'est les jeunes
51:07qui vont le plus monter
51:09au créneau,
51:10même s'il y a des adultes
51:12à leur côté.
51:12On va toujours pousser
51:14à la concertation
51:15avec les pouvoirs publics,
51:16malgré le fait
51:17qu'ils se rendent
51:17à la balle,
51:18préfets, mairies,
51:20secrétariats d'État.
51:22On va participer
51:23en particulier
51:24aux commissions,
51:25aux différentes commissions
51:26qui ont été mises
51:27en place par Autun,
51:28à la fois pour enquêter
51:29sur la gestion
51:30de la CETRAFA,
51:31la société gestionnaire,
51:32mais aussi pour trouver
51:33des solutions
51:34de relogement immédiat
51:35et de résorption
51:36des cités de transit.
51:37C'est vraiment
51:38au moment
51:38de l'arrivée
51:39de la gauche au pouvoir,
51:40entre, voilà,
51:42après la mort
51:43d'Abden Biguemia
51:43et puis il y a
51:45un incendie encore
51:46dans une cité
51:47de Colombes
51:48au Côte d'Oti
51:49qui va faire trois morts.
51:50Et donc là,
51:51le gouvernement
51:52est obligé
51:53de réagir
51:54pour certaines familles
51:56qu'elles y ont passé
51:57plus de dix ans,
51:58presque quinze ans.
52:08Les gens,
52:09il faut les mettre à part.
52:10Les cas spéciaux,
52:12comme ils disent,
52:13les habitants
52:13des étranges-villes
52:14sont des étranges-villes
52:14et automatiquement,
52:16les étranges-villes
52:16n'ont pas la même culture
52:17que les français.
52:18Pour eux,
52:19les gens qui n'ont pas
52:19la même culture
52:20qu'eux-mêmes
52:21sont des gens inférieurs
52:22à eux.
52:23Tous les mauvais points
52:24sont pour nous.
52:24Vous avez vraiment
52:25le sentiment d'être rejeté
52:27à l'école
52:29ou au travail,
52:30par exemple ?
52:31Avant, non.
52:32Quand ils ne connaissent pas
52:33les sablières,
52:34quand ils ne connaissent pas
52:34la réputation, non.
52:35Non, ils me considèrent
52:36comme tout ce qui est
52:38à partir du moment
52:39où ils savent
52:40qu'on vient des établières,
52:41c'est des transits
52:42et c'est une nouvelle nouvelle.
52:43Parce qu'on vient des établières,
52:44ils généralisent
52:45tout le monde
52:45en dessous des voleurs.
52:47Les gants, c'est un.
52:48D'ailleurs, on surnomme
52:49les établières
52:50le plus fric-agou.
52:52On a quand même été exclus.
52:54On a quand même été
52:56mis de côté, quand même,
52:57clairement.
52:58Et donc,
52:59je reste beaucoup avec ça.
53:02En fait,
53:03je reste avec ce sentiment-là
53:04et il est
53:07comme toute autre situation
53:09d'injustice.
53:10En fait,
53:12il est réanimé
53:13par moments
53:14pour la simple raison
53:16que même adulte,
53:18vous voyez,
53:21vous pouvez vivre
53:22des conséquences
53:23de cette exclusion.
53:25Parce que l'exclusion,
53:28elle ne s'arrête pas
53:28parce qu'on détruit une cité.
53:40Il faut attendre
53:41les années 85-86
53:43pour voir
53:44les dernières cités
53:45de transit résorbées
53:46et leurs habitants
53:47relogés.
53:49Les cités en dur,
53:51comme celles
53:51des Sablières
53:52à Créteil,
53:53ont perdu leur statut
53:54de cité de transit
53:55et sont devenues
53:56des logements sociaux ordinaires
53:57jusqu'à leur destruction
53:58dans les années 2000.
54:02Ben oui,
54:03on nous a fait venir,
54:04mon vieux,
54:04pour remplacer nos papas.
54:06On ne nous a pas fait venir
54:09parce qu'on s'est dit
54:10oh,
54:11les pauvres ouvriers
54:12célibataires algériens,
54:13ce serait quand même bien
54:15qu'ils aient un peu
54:16d'affectif,
54:17un peu de tendresse,
54:18de caresse,
54:19d'amour.
54:19On va faire venir
54:20leurs épouses
54:21et leurs enfants,
54:22ils seront mis en famille
54:23et tout et tout.
54:24Non, non,
54:26il y a trop de boulot.
54:27Vos pères,
54:28ils vont bientôt
54:28être en retraite.
54:30Il faut que vous le remplaciez
54:31parce que nous,
54:32on ne sera pas assez.
54:33Il nous faut des gens
54:34comme vous.
54:35On m'a fait venir
54:36pour remplacer mon père.
54:38Et c'est pour ça
54:39quand on a commencé
54:39à écrire,
54:40quand on a commencé
54:41à faire des marches,
54:42ils ont dit
54:42mais qu'est-ce qui leur arrive ?
54:43Ils ne sont pas contents.
54:44Ils sont en France,
54:46ils ont un petit boulot,
54:47ils ont une petite baraque.
54:48Qu'est-ce qu'ils veulent de plus ?
54:49Qu'est-ce qu'ils veulent de plus ?
54:52Il écrit des livres, lui, là.
54:54Non, mais attends.
55:01Depuis l'entre-deux-guerres,
55:03il y a des dizaines
55:04de milliers d'Algériens
55:06qui se sont mariés
55:07à des Françaises,
55:08à des Polonaises,
55:09à des Italiennes
55:10qui ont eu des enfants.
55:12On a des tas de familles
55:14qui, du fait de cette histoire longue,
55:16sont en fait déployées
55:17sur les deux rives
55:18de la Méditerranée.
55:19On a des tas de personnes
55:21qui ont des histoires
55:22extrêmement différentes
55:23sur les deux rives
55:25de la Méditerranée.
55:26Et donc,
55:26la désimbrication
55:27est complètement impossible,
55:30même si elle continue
55:31d'être l'horizon
55:33des personnes
55:33qui ont la vision
55:34la plus fermée
55:35de ce qu'est
55:36faire nation commune.
55:41En marchant pour l'égalité
55:43et contre le racisme
55:44en 1983,
55:46les enfants des cités
55:47nous montrent une nouvelle
55:48réalité urbaine,
55:50multi-ethnique
55:50et multiculturelle,
55:53ce dont les pouvoirs publics
55:54peinent à prendre conscience.
55:58La promotion HLM
56:00a donné un peu de confort
56:01aux descendants
56:02d'immigrés décolonisés.
56:03Mais il faut une grande résistance
56:05pour ne pas être relégué
56:06une fois pour toutes
56:07dans les banlieues
56:08des grandes villes,
56:09surveillés,
56:10comme le lait sur le feu,
56:11dans des quartiers
56:12appelés désormais prioritaires.
56:14Une mise à l'écart
56:16qui, en s'affranchissant
56:17des devises de la République,
56:19ne cesse d'interroger
56:20sur les discriminations,
56:21la justice,
56:23l'équité
56:23et le respect du droit.