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Depuis 1880, de Rome à la rue Marbeuf, la maison Cifonelli habille les hommes les plus élégants de leur époque, de Mastroianni à Mitterrand. Figure de la quatrième génération, Lorenzo Cifonelli perpétue un luxe qui ne se mesure pas en logos mais en heures : plus de quatre-vingts pour un costume, cousu entièrement à la main. Dans Tempo Luxe, il revient sur l'héritage d'une maison familiale restée farouchement indépendante, sur les codes d'une élégance que la société ne cesse de redessiner, et sur les nouveaux territoires d'un atelier d'art qui grandit, en France comme à l'international, sans jamais presser le temps.
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00:03S'il y a bien un élément qui rassemble tous les produits de luxe, c'est le temps passé à
00:08les produire sur un sac, une montre et ici un costume.
00:11Laurent Meffre, c'est Tempolux, je vous laisse présenter votre invité.
00:14Merci Sybille. Aujourd'hui, on reçoit un grand nom de l'art tailleur mondial, M. Lorenzo Cifonelli. Bonjour Lorenzo.
00:22Bonjour à vous, merci de m'inviter.
00:24C'est avec grand plaisir qu'on vous invite aujourd'hui dans Tempolux parce qu'on aime raconter les histoires
00:30du luxe artisanal qui prennent du temps, qui prennent de l'humain et qui ont une histoire.
00:36Et cette histoire chez Cifonelli, elle est assez conséquente. Est-ce que vous pouvez nous raconter en quelques mots l
00:41'histoire de la maison ?
00:42Oui, bien sûr. Ça a commencé en 1880 avec mon arrière-grand-père à Rome, puis avec mon grand-père
00:48en 1926 à Paris.
00:50Mon père a pris la suite et aujourd'hui, je dirige la société avec mon cousin depuis une trentaine d
00:56'années.
00:57Nous sommes à rue Marbeuf depuis 1936 même, dans les mêmes locaux.
01:03Et donc, nous faisons du sur-mesure. Nous avons 45 personnes à l'atelier.
01:07Nous faisons les choses à la main. Il faut 80 heures pour faire un costume.
01:11Nous avons aussi deux boutiques de prêt-à-porter à Paris, rue François 1er et à Londres, Clifford Street, et
01:18quelques boutiques au Japon.
01:19Et on se déplace dans le monde entier pour voir nos clients et nos clients viennent nous voir aussi.
01:24Donc, c'est un métier passionnant, difficile, mais là que j'exerce avec passion.
01:30Et de la passion, il en faut, puisque, effectivement, c'est un travail de détail, de finesse.
01:36Et vous disiez à l'instant, vous avez une boutique à Londres.
01:40Comment on arrive avec une épaule italo-française à Londres pour défier Savile Row ?
01:49Oui, alors ce n'est pas défier parce que ce sont tous mes amis.
01:51C'est juste, on a chacun porte sa coupe, son style.
01:54Et nous avons, en fait, avec Tiffany, nous avons des racines italiennes.
01:59Nous sommes à Paris depuis 1926 et nous avons aussi une coupe anglaise.
02:02C'est assez marrant parce que mon grand-père est parti faire ses études à Londres.
02:06Et encore aujourd'hui, je travaille en ligne, je ne travaille pas en centimètres.
02:09Donc, vous voyez, la base de la coupe est plutôt anglaise et on a mixé tout ça.
02:14On a une souplesse à l'italienne, on a une finition à la française de qualité, très couture.
02:19Voilà, donc j'essaie de, je suis un peu européen dans mon costume.
02:25En termes de style, vous êtes très différent par rapport aux costumes anglais qu'on connaît ?
02:29Alors, Tiffany a une particularité au niveau de l'épaule, au niveau de la manche, au niveau des revers.
02:33Donc, on est assez différent et les gens remarquent, les connaisseurs remarquent notre style.
02:38Donc, on apporte quelque chose.
02:40Voilà, donc on essaye d'apporter ça à Londres, mais à New York, à Tokyo, à Hong Kong, là où
02:46je vais.
02:47Et donc, à Tokyo, à New York, comment ça s'organise ?
02:52Parce que vous n'avez pas de boutique en propre, mais vous avez des corners dans certains grands magasins
02:58qui sont évidemment les temples du commerce au Japon et ailleurs.
03:04Comment ça se passe quand on fait du sur-mesure depuis une destination lointaine ?
03:09Il faut que je voyage, je vais rencontrer ces personnes.
03:13Donc, soit au Japon, je travaille avec des départements de stores comme Isetan, Mitsokoshi,
03:17mais aussi à New York, je vais dans un hôtel, je reçois mes clients d'une suite
03:22où je peux éventuellement me déplacer chez eux.
03:24Et voilà, je fais beaucoup de rendez-vous.
03:26Par exemple, au mois de juillet, là, j'ai 50 rendez-vous en trois jours.
03:29Vous voyez, 50 clients viennent me voir.
03:31Ah oui, c'est énorme.
03:31Et oui, oui, c'est beaucoup de rendez-vous.
03:33Certains clients peuvent avoir trois costumes, d'autres dix, un seul pantalon.
03:37Donc, c'est beaucoup d'essayages.
03:39Et donc, les clients m'attendent.
03:42New York, j'y vais quatre fois par an.
03:44Hong Kong, trois fois.
03:45Tokyo, deux, trois fois.
03:47Je vais en Europe sans arrêt.
03:49Là, je reviens du Portugal.
03:51J'étais à Londres hier.
03:52Donc, on essaie de voir tous ces clients qui aiment les costumes
03:54et qui viennent me voir surtout à Paris pour voir les ateliers
03:57parce que les gens aiment venir voir les ateliers, aiment voir le produit.
04:01Aujourd'hui, il y a vraiment une demande de qualité, d'artisanat et de savoir-faire.
04:06Et est-ce que dans tout ça, le costume final, c'est le point d'orgue qui vient terminer cette
04:14expérience.
04:14Mais justement, tout le processus avant de la prise de mesure
04:19et même avant la prise de mesure, mais dans le choix,
04:23est-ce que c'est ça aussi que la clientèle vient chercher ?
04:27Ils viennent chercher un conseil, ils viennent chercher une aptitude à faire quelque chose de beau.
04:35Parfois, il faut oublier les mesures.
04:36Je vais prendre vos mesures, puis après, je vais vous oublier.
04:38Je vais essayer de trouver le style qui vous convient aussi.
04:41C'est important.
04:42Et ils ont surtout confiance en moi.
04:43C'est important.
04:44Il faut créer un lien de confiance entre le client et son tailleur.
04:48Est-ce que le client, aujourd'hui, sait ce qu'il veut
04:50ou est-ce qu'il arrive avec une page blanche ?
04:53Maintenant, grâce aux réseaux sociaux, grâce à mon internet, au blog, au site,
05:00il sait un peu ce qu'il veut.
05:02Après, je le conseille.
05:03Il est là pour m'écouter.
05:05Donc, c'est assez intéressant.
05:07Vraiment, cette envie d'artisanat.
05:09Ils aiment venir voir derrière l'atelier, voir les ouvriers de travail avec moi.
05:15Vraiment, ça n'existait pas il y a 30-40 ans.
05:18Ce n'était pas la même clientèle.
05:21On en parlait justement en préparant l'émission.
05:24On pourrait penser, vu l'évolution du style général dans la société,
05:31que justement, le costume est un peu en retrait par rapport à ce qu'on voit aux jeans et aux
05:38sneakers.
05:38Parce que les gens viennent au travail, surtout.
05:39Il n'y a plus de cravate.
05:40On n'est plus dans le costume cravate habituel des années 80-90-2000.
05:46Comment vous le voyez évoluer ?
05:49Alors, moi, je suis dans une niche, forcément.
05:51Mais j'ai dix fois plus de clients aujourd'hui en 1926 qu'en 1995.
05:56On avait les grandes familles brésiliennes, argentines, américaines, européennes.
06:01Et aujourd'hui, on a les gens du monde entier qui viennent chez nous.
06:04Et ça fait plaisir.
06:05Ils viennent parce qu'ils veulent une coupe.
06:07Donc, ils attendent beaucoup.
06:08Il ne faut pas qu'ils soient déçus.
06:09C'est pour ça que ça a un métier vraiment difficile.
06:11Il faut parce que, bon, c'est pas la main.
06:13Il faut du temps.
06:14Il y a des erreurs.
06:15Donc, moi, je suis vraiment intransigeant sur mon travail.
06:18Je ne lui livre jamais un costume quand je ne suis pas satisfait.
06:21Parce que c'est ma réputation.
06:23La seule chose qu'on a, c'est la réputation.
06:25C'est difficile à avoir et c'est facile à perdre.
06:26Donc, je fais très attention.
06:28Et c'est pour ça que j'espère que Tiffany va de l'avant.
06:31Et on essaie de faire de mieux en mieux et s'améliorer tous les jours.
06:35Alors, en parlant d'aller de l'avant,
06:36il y a deux choses dont je voulais vous parler là.
06:39Parce que c'est une évolution aussi certainement dans votre activité.
06:45Un, la clientèle féminine, d'une part.
06:48Et deux, le prêt-à-porter qui est arrivé chez Chiffoneli aussi.
06:52Oui, alors, oui.
06:53C'est depuis qu'on le prêt-à-porter ?
06:54Ça fait dix ans qu'on a vraiment développé notre prêt-à-porter.
06:58On a une belle boutique rue François 1er.
07:00On a tout un immeuble.
07:03Bon, c'est le départ.
07:04Pour nous, c'est un nouveau challenge.
07:06Là, on est confronté à d'autres bastodoncs qui sont beaucoup plus puissants que nous.
07:10Mais on essaie aussi d'apporter une singularité, une coupe.
07:13Chaque pièce qui rentre dans la boutique est faite par moi ou par mon cousin.
07:17On apporte des détails.
07:19Voilà, vraiment, des boutiques, il y en a plein.
07:21Donc, si c'était pour faire une boutique de plus, ça ne nous intéressait pas.
07:23C'était vraiment apporter notre style, notre savoir-faire, notre créativité aussi.
07:27Voilà.
07:27Donc, aujourd'hui, on commence par deux.
07:29Puis, on va y aller doucement.
07:30Parce qu'on a le temps, on est là depuis longtemps.
07:32Et puis, on sera encore là longtemps, on l'espère.
07:35Et vous dites souvent que vous êtes très attentif.
07:37Au détail, vous prenez les mesures.
07:38C'est-à-dire que vous restez tailleur avant d'être chef d'entreprise.
07:41Parce que vous avez parlé de...
07:42Vous avez quand même 50 salariés.
07:44Parfois, on peut rester...
07:45On peut devenir chef d'entreprise quand on a autant de personnes à gérer.
07:50Et vous avez encore la main au maître, en tout cas.
07:53Ah bah oui, forcément.
07:54Parce que c'est moi et mon cousin et moi qui faisons tout.
07:57Qui prenons les mesures.
07:58Qui faisons les patronages.
08:00Alors, c'est le problème du tailleur.
08:01C'est qu'on ne peut pas trop se multiplier comme ça.
08:04Mais c'est aussi la beauté de la chose.
08:05C'est que vraiment...
08:06Et nous donnons le travail aux ouvriers.
08:07Donc, je suis vraiment tailleur avant d'être chef d'entreprise.
08:10Mais il faut que je fasse les deux.
08:11C'est pour ça que je travaille beaucoup.
08:13Mais on est obligé de faire ça.
08:15Et c'est l'amitié qui prend du temps.
08:16C'est pour ça qu'il faut absolument de la passion.
08:17et aimer ce qu'on fait.
08:19Parce que sinon, ce n'est pas possible.
08:21Et ce métier...
08:22Alors, je reviens juste avant de passer à l'autre question.
08:25Sur la clientèle féminine.
08:27Je vais vous répondre.
08:28Qui est...
08:30Oui, qui arrive et qui arrive.
08:31On a toujours fait.
08:32Mais aujourd'hui, c'est intéressant.
08:33Et moi, j'aime beaucoup aussi.
08:34Après, vous voyez, c'est...
08:36J'aime habiller les femmes.
08:38J'aime rendre une femme...
08:41Toujours est toujours belle.
08:42Mais apporter quelque chose avec ma veste, mon pantalon, ma jupe.
08:46Et puis, peut-être lui apporter quelque chose
08:48qu'elle ne peut peut-être pas trouver ailleurs.
08:49Et voilà.
08:50Donc, pour moi, c'est aussi un nouveau défi.
08:52Je fais de l'homme depuis des années.
08:54Et la femme, j'en faisais.
08:55Mais il y a de plus en plus de femmes qui viennent me voir.
08:58Donc, j'aime ça.
08:59Et c'est un nouveau challenge.
09:00Parce que c'est difficile.
09:01Ce n'est pas les mêmes contraintes.
09:02C'est différent.
09:04Et voilà.
09:05Je suis en plein dedans.
09:06Et même en prêt-à-porter,
09:07on va faire...
09:08Je vais commencer peut-être une petite ligne féminine aussi.
09:10Voilà.
09:10Bientôt.
09:11Et quand on fait du sur-mesure,
09:13qu'on se définit par le sur-mesure,
09:16dans le prêt-à-porter,
09:17vous travaillez avec d'autres ateliers, j'imagine ?
09:21Oui, oui.
09:21J'ai trouvé un petit atelier en Italie
09:23avec qui je travaille très bien.
09:25J'ai apporté mes patronages.
09:27On y va souvent.
09:28J'ai mon assistant Jean-Paul aussi,
09:30qui est une personne importante qui travaille avec moi,
09:32qui est très souvent.
09:33Et on améliore les choses.
09:35Et on fait vraiment un produit de qualité.
09:36Ce qui m'intéressait,
09:37c'est d'apporter vraiment quelque chose de différent.
09:39Et je suis assez satisfait du produit qu'on peut proposer.
09:44Effectivement, il y a une patte chiffonnelly
09:46qu'on retrouve dans le prêt-à-porter.
09:50Et tout cet univers se transmet assez bien, en fait.
09:56On retrouve chiffonnelly dans les éléments.
10:01Est-ce que cet univers chiffonnelly
10:03a vocation à évoluer vers quelque chose d'autre ?
10:06S'il y avait une autre gamme de produits à aller chercher,
10:10par goût ou par évidence,
10:14ce serait laquelle ?
10:17C'est assez difficile.
10:18Parce que, vous voyez,
10:20je fais attention au développement annexe,
10:22le parfum, des choses comme ça.
10:23Je pense qu'il faut apporter quelque chose.
10:27Je freine assez.
10:28On m'a proposé de faire des choses,
10:30même l'horlogerie, des montres.
10:31Alors, je pense qu'il faut être bon dans son domaine.
10:35Et c'est déjà pas mal.
10:37Et trop vouloir faire de produits pour vendre.
10:40Et à la fin, tu te perds.
10:41Et tu perds ce que tu sais faire.
10:44Donc, aujourd'hui,
10:45il n'y a pas vraiment d'évolution
10:47dans des produits annexes.
10:49Éventuellement, les choses portent,
10:50parce que je suis passionné de ski.
10:52Et je trouve qu'il n'y a pas d'offre
10:53pour l'homme en ski intéressante.
10:54Vous faites une collection de capsules
10:55avec le Mans, d'ailleurs.
10:56Oui, alors ça, c'était pour la voiture.
10:58C'est vrai, mais...
10:59Oui, c'est un peu la même chose.
11:00On fait un peu les choses en sport,
11:02parce que, bon, la voiture est proche.
11:03On fait du vêtement.
11:05On fait des choses.
11:06On a été partenaire du Mans
11:07depuis 4-5 ans, déjà.
11:10Et là, je travaille sur une collection
11:11de ski d'hiver.
11:12Parce que je trouve qu'il n'y a rien
11:13qui me plaît.
11:14Et comme moi, j'adore le ski.
11:15Mais ça reste quand même du vêtement.
11:17Il n'y aura pas de l'épaule.
11:21qui mieux corresponde
11:22et que je mettrai en boutique
11:23à partir de l'année prochaine.
11:25Effectivement, chaque hiver,
11:26on voit sur vos réseaux sociaux
11:29plusieurs propositions
11:31de style autour des sports d'hiver.
11:34Mais là, ça va vraiment être
11:35une vraie capsule
11:36avec des vrais produits,
11:37quelque chose de construit.
11:39En allant jusqu'aux techniques ?
11:41Techniques, oui, oui.
11:42Comme ils ont de ski,
11:43des choses comme ça.
11:44Pas de ski pur, pas des scupures,
11:45parce que là, c'est difficile.
11:47C'est un peu professionnel.
11:47Mais tout ce qui est textile, oui.
11:50Oui, oui.
11:50Voilà, c'est ce que j'aime.
11:52En plus, j'aime ça.
11:53Donc, voilà, j'essaye
11:53d'apporter quelque chose
11:54de différent là aussi.
11:56C'est tout.
11:56Mais le reste, non,
11:58parce que je trouve que
11:58même les chaussures,
11:59c'est compliqué.
12:00Je ne veux pas trop...
12:01Je devais terminer
12:02sur une question.
12:04Pour les personnes, justement,
12:05qui veulent être élégants
12:06en costume,
12:08qu'est-ce que vous regardez
12:08en premier ?
12:09Quels seraient un petit peu
12:10les petits types,
12:12les astuces
12:12pour être toujours élégants
12:13en costume ?
12:14Non, mais en fait,
12:15il faut aimer porter
12:17les choses, voilà.
12:18Et se sentir bien
12:19dans ses vêtements,
12:19que ce soit en costume,
12:20que ce soit en t-shirt,
12:21c'est ça.
12:22Quelqu'un qui porte bien,
12:23qui se sent bien
12:24dans son costume,
12:25ça passe, voyez.
12:26Tout de suite,
12:27c'est élégant.
12:27C'est différent, voilà.
12:28Tout de suite, c'est élégant.
12:29C'est ça, voilà.
12:30Et assumer ce qu'on porte,
12:31c'est important, voilà.
12:33Merci beaucoup, Lorenzo.
12:34Je vous en prie,
12:34merci de m'avoir invité.
12:35Vous êtes tailleur,
12:36président de la maison
12:36Cifoneli.
12:37Merci beaucoup, Laurent.
12:38Merci, Sybille.
12:39Merci, Lorenzo,
12:40d'avoir été avec nous.
12:41Et on reste dans le luxe,
12:42mais en gastronomie,
12:43tout de suite,
12:44c'est Bouche B.
12:44Cifoneli.