00:007h, 9h, Europe 1 Matin. Place à votre signature Europe 1 du mardi. Bonjour Jélie Bastier.
00:06Bonjour à tous.
00:07Dans les manifestations de lycéens violentes et chaotiques de cette dernière semaine, un mot d'ordre surnage.
00:12Et vous voulez vous arrêter dessus aujourd'hui, la suppression de Parcoursup.
00:16Oui, une amie professeure au lycée me racontait son désarroi. Elle demandait à ses élèves pourquoi il manifestait.
00:21La réponse fut quasiment unanime. Parcoursup, madame.
00:24Elle leur explique que Parcoursup n'est au fond qu'une plateforme de candidatures et d'appariements
00:28et qu'on ne pourra jamais le supprimer. Il faudra bien répartir les élèves entre les différentes filières du supérieur.
00:34Si, madame, Mélenchon a promis de le supprimer, lui répondent-ils.
00:38Et oui, effectivement, les insommies promettent de supprimer Parcoursup avec leur slogan
00:42« Parcoursup tri, nous l'abolirons ».
00:45Ainsi que de créer 150 000 places supplémentaires dans l'enseignement supérieur
00:48afin, je cite, de garantir à chacun l'accès à la formation de son choix.
00:53Une promesse aussi séduisante qu'impraticable,
00:56mais qui rencontre un certain succès auprès d'une jeunesse
00:59à laquelle on apprend depuis des années à considérer toute sélection comme une violence,
01:03toute frustration comme une injustice.
01:04Mais pourquoi cette promesse de supprimer Parcoursup est tellement son père ?
01:08D'abord, il faut rappeler que la France n'est pas un enfer de la sélection.
01:1295% des bacheliers reçoivent au moins une proposition dans le supérieur.
01:15Nous sommes dans la moyenne haute de l'OCDE.
01:17Le problème, c'est que les insoumis promettent davantage,
01:20non pas une place, mais la formation de son choix.
01:22Alors, imaginons qu'on crée ces 150 000 places à l'université supplémentaire.
01:27Bon, passons sur le financement, en pleine crise budgétaire, comment va-t-on payer ?
01:30Mais qu'arriverait-il ensuite ?
01:31On ne ferait que repousser de quelques années le mensonge du bac.
01:35Entretenir les jeunes dans l'idée que toute orientation désirée devient un droit.
01:38Car le problème n'est pas seulement d'entrer à l'université.
01:41Encore faut-il y réussir.
01:43Moins de 4 étudiants sur 10 obtiennent leur licence en 3 ans.
01:46Il y a pire que la sélection par Parcoursup, c'est la sélection par l'échec.
01:50Que fera-t-on ensuite des étudiants auxquels on aura garanti une place,
01:54mais qui n'ont pas le niveau pour aller jusqu'au bout ?
01:56Ou de ceux que l'on aura encouragé à poursuivre dans des filières
01:58qui offrent très peu de débouchés économiques ?
02:01La sélection, chassée par la porte, reviendra par la fenêtre.
02:04Alors peut-être que Jean-Luc Mélenchon proposera ensuite de leur garantir un emploi public.
02:08Après le droit aux études de son choix, le droit au métier de son choix,
02:12ce sera le retour des ateliers nationaux.
02:13On voit là qu'on est dans la démagogie pure.
02:15Et sur le fond, cette angoisse des lycéens,
02:18est-ce qu'elle ne traduit pas un problème de fond malgré tout ?
02:20Écoutez, il y a bien sûr derrière cette affaire une question beaucoup plus profonde.
02:23Celle de la massification scolaire.
02:26Dans toutes les sociétés, il y a davantage d'aspirants aux positions prestigieuses
02:29que de positions disponibles.
02:31Lorsqu'on augmente massivement le nombre de diplômés,
02:33sans augmenter dans les mêmes proportions les emplois correspondant à ces aspirations,
02:38on produit un précaria diplômé,
02:40persuadé d'avoir fait tout ce qu'on lui demandait,
02:41mais convaincu que la société lui refuse la place qu'il mérite.
02:45L'historien américain Peter Turkin prévient que cette surproduction d'élite
02:49est le moteur le plus puissant pour la violence et le chaos.
02:52Nous y sommes.
02:53Et les progrès de l'IA, qui va remplacer les métiers diplômés,
02:56va accélérer ce processus.
02:58Cette frustration est un puissant carburant politique
03:01que Mélenchon attise.
03:03Il promet aux jeunes un monde sans sélection, sans hiérarchie, sans effort.
03:08Il leur ment sciemment.
03:10Et j'ai envie de leur dire ce matin aux jeunes,
03:12ne le croyez pas, n'écoutez pas ce terrible démagogue
03:15qui flatte vos désirs, mais se rit de votre avenir.
03:18Signature Europe 1, Eugénie Bastier.
03:20Tiens, je recite le livre de Peter Turkin, absolument passionnant.
03:23Le chaos qui vient.
03:24Vous aviez chroniqué il y a quelques mois de cela dans les colonnes du Figaro.
03:28Merci Eugénie Bastier.
03:308h39 sur Europe 1, dans un instant,
03:31la revue de presse d'Olivier Delagarde et Pascal Praud.
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