- il y a 18 minutes
Uwe Barschel, 43 ans, marié, quatre enfants, surnommé le "Kennedy allemand". A l'automne 1987, ce politicien appelé à être chancelier, est retrouvé mort dans la baignoire d'un palace suisse. Suicide pour la police. La victime était empêtrée dans un scandale. Un tout autre scénario, beaucoup plus trouble, bien caché, va pourtant se dessiner. Qui est entré dans la chambre 317 ?
Retrouvez tous les jours en podcast le décryptage d'un faits divers, d'un crime ou d'une énigme judiciaire par Jean-Alphonse Richard, entouré de spécialistes, et de témoins d'affaires criminelles.
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00:0114h15, c'est l'heure du crime sur RTL, avec Jean-Alphonse Richard.
00:06Il y a eu violence. On a tenté de le transporter, on a essayé de le tirer.
00:11Il devait y avoir deux personnes, parce que seul, ce n'est guère possible de porter quelqu'un qui était
00:16probablement inconscient.
00:19Bonjour, Uwe Barchel, 43 ans, marié, 4 enfants, surnommé le Kennedy Allemand.
00:26A l'automne 87, ce politicien appelé à être chancelier est retrouvé mort dans la baignoire d'un palace suisse.
00:34Suicide pour la police, la victime était empêtrée dans un scandale.
00:38Un tout autre scénario, beaucoup plus trouble, bien caché, va pourtant se dessiner.
00:44Qui est entré dans la chambre 317 ? Uwe Barchel, un suicide empoisonné, l'heure du crime.
00:50Votre rendez-vous 100% fait divers, c'est tout de suite sur RTL.
01:02Dimanche 11 octobre 1987, 13h35, la direction du Beau Rivage, un hôtel de luxe à Genève, contacte la police.
01:11Un client sans vie vient d'être découvert dans l'une des chambres.
01:16La sûreté de Genève est rapidement sur place.
01:18La victime se trouve au troisième étage, chambre 317.
01:22L'homme gît sur le dos, dans la baignoire, immergée jusqu'aux épaules.
01:28Les yeux sont clos, les cheveux bruns peignés en arrière.
01:32La tête est inclinée vers la droite, le bras gauche replié sur le ventre.
01:36Le client est habillé.
01:38Chemise blanche, cravate sombre légèrement dénouée, pantalon, chaussette.
01:43Une chaussure délacée près de la baignoire.
01:45L'autre a été abandonnée un peu plus loin, dans le vestibule.
01:49On ne relève aucune anomalie dans la chambre, ni effraction, ni trace de lutte.
01:55C'est un journaliste allemand, de l'hebdomadaire Stern, qui a trouvé le corps.
02:00Sébastien Knower voulait interviewer ce client, même s'il n'avait pas rendez-vous avec lui.
02:06Et puis, quand il s'est présenté, la porte était entrebâillée, le panneau « Ne pas déranger » était affiché.
02:14Le journaliste donne le nom du mort dans la baignoire, inconnu en Suisse, mais très célèbre en Allemagne.
02:20Ouvé Barchel, 43 ans, politicien à l'ascension fulgurante.
02:26Personnalité de la CDU, le parti conservateur.
02:29Il était présenté comme le successeur du chancelier Helmut Kohl.
02:34On le surnommait même le « Kennedy allemand ».
02:37Barchel est arrivé la veille au beau rivage, inscrit sous sa profession d'avocat.
02:41Le corps est transporté à l'Institut médico-légal de Genève.
02:48La nouvelle de la mort d'Ouvé Barchel fait l'effet d'une bombe en Allemagne.
02:52Depuis plusieurs semaines, le politicien défraie la chronique.
02:56Le 25 septembre, il a démissionné de son poste de ministre président du Land du Schleswig-Holstein,
03:03au nord du pays, à la frontière avec la RDA, l'Allemagne de l'Est.
03:09Barchel est en effet englué dans un scandale.
03:12Il est accusé d'avoir organisé une campagne de calomnie contre son adversaire aux élections,
03:18en le présentant comme un fraudeur du fisc.
03:21Un homme aux relations douteuses, à la vie intime sulfureuse.
03:24Barchel aurait même propagé la rumeur selon laquelle son rival était atteint du sida.
03:30« Le chantage au sida », a titré un journal.
03:34Barchel n'a cessé de démentir ses accusations.
03:37En vain, lâché par son parti, il est mort,
03:40alors qu'il allait être entendu par une commission d'enquête.
03:47Lundi 12 octobre, l'endemain de la découverte du corps,
03:50les autorités suisses annoncent que Barchel n'est pas mort noyé dans sa baignoire
03:54et que le corps ne présente aucune trace de violence.
03:5748 heures plus tard, les analyses toxicologiques sont dévoilées.
04:01La victime a ingéré des produits médicamenteux.
04:04Quatre sont formellement identifiés,
04:07somnifères, tranquillisants,
04:08mais aussi un puissant barbiturique du cyclo-barbital.
04:13On ne le trouve que sur prescription médicale,
04:16généralement en milieu hospitalier.
04:18C'est ce produit qui a tué le politicien.
04:22Les experts estiment que le suicide est probable.
04:25La famille ne croit pas une seconde à un tel geste.
04:28Son frère, Eike Barchel, qui habite près de Genève,
04:32s'est présenté à la police dès la découverte du corps.
04:35Il avait parlé avec son frère au téléphone.
04:37Il était tout à fait normal.
04:39Mon frère, dit-il, était de passage au Borivage pour un rendez-vous.
04:43Il était combattif et déterminé à se défendre dans son affaire.
04:47L'épouse de la victime, Freya, confirme.
04:51Son mari n'était pas dépressif,
04:53bien décidé à affronter des accusations infondées.
04:56Elle confirme qu'il avait rendez-vous au Borivage
04:59avec un certain Robert Roloff,
05:04individu qui lui avait promis un document qui pouvait l'innocenter.
05:08Il avait vu ce Roloff.
05:10Le matin, il devait le revoir.
05:12Ouvet est tombé dans un piège.
05:15On l'a tué, affirme l'épouse.
05:18Les premiers doutes, les premières interrogations
05:20dans cette histoire qui va se révéler de plus en plus sombre.
05:23Une affaire entre l'Allemagne et la Suisse.
05:25Un politicien en vue, promis à un brillant avenir,
05:28rattrapé par le scandale.
05:30On va bientôt s'apercevoir que la banale scène de suicide
05:34a tout d'une scène de crime, en fait.
05:36On va en parler dans le chapitre suivant de l'émission.
05:40Ouvet Barchel, c'est un homme aux abois,
05:42sous la pression quand on découvre son corps.
05:45Bonjour Isidore Raposo.
05:47Bonjour.
05:48Merci beaucoup d'être avec nous dans cette heure du crime.
05:51Vous êtes journaliste indépendant.
05:53Vous avez suivi cette affaire pour le média Blick.
05:56Isidore Raposo, effectivement, en Allemagne,
06:00il fait parler beaucoup de lui ces derniers temps,
06:02Ouvet Barchel, parce qu'il est englué dans un scandale.
06:05C'est bien ça ?
06:07C'est tout à fait ça.
06:08Et d'ailleurs, si tôt que son identité a été révélée,
06:13c'est un véritable tsunami médiatique.
06:16On voit débarquer des dizaines et des dizaines de confrères allemands
06:20représentants de tous les médias.
06:22C'est à ce moment-là qu'on réalise l'importance du personnage.
06:26Tout de suite, il y a ces analyses toxicologiques.
06:30Elles sont importantes.
06:31Les autorités, il y a quatre produits qui ont été ingérés,
06:34notamment du cyclo-barbital.
06:35C'est un barbiturique très puissant.
06:37C'est le produit qui l'a tué.
06:39Tout de suite, on dit que c'est probablement un suicide.
06:42C'est bien ça, Isidore Raposo ?
06:44Bien sûr.
06:45C'est ce qui a été dit lors de la première conférence de presse,
06:48qu'on ne dirait plus aujourd'hui.
06:51Imaginez-vous aujourd'hui avoir le résultat des analyses toxicologiques
06:56et les révéler dans les 48 heures.
06:59Il y a longtemps que ça ne se fait plus,
07:00parce qu'on entre dans d'autres types de détails.
07:03Mais à l'époque, je pense que pour la police,
07:07il y avait une évidence, le suicide.
07:09Il y a des médicaments, il est habillé, il a bu de l'alcool.
07:14Tout concourt à cette thèse.
07:16Et en fait, on n'a pas la précaution d'analyser d'autres hypothèses.
07:20Et on n'a pas ce qui est aujourd'hui celle qu'on appelle la reine des preuves,
07:24l'ADN, peut-être par prélèvement de cheveux,
07:27de toutes sortes de choses qu'on aurait pu prélever dans cette chambre,
07:30aurait peut-être permis d'inciter les plus calés sur d'autres pistes.
07:35Et je dirais un suicide trop évident pour l'être.
07:37Alors écoutez, on va voir ça évidemment.
07:39Un suicide trop évident, ça paraît effectivement être le cas à ce moment-là.
07:43Bonjour Jean-Noël Cuénault.
07:45Oui, bonjour.
07:46Merci beaucoup d'être avec nous dans le studio L'heure du crime.
07:48Vous êtes journaliste pour la Tribune de Genève.
07:50Vous avez suivi toute cette affaire et de très près, on va en parler évidemment avec vous,
07:55votre témoignage est très important.
07:57L'épouse de Barchel, c'est la première à expliquer ce que faisait son mari au Beau Rivage.
08:03Et elle dit, il avait un rendez-vous là-bas.
08:05Et tout de suite, on peut se poser des questions parce que c'est un rendez-vous plutôt mystérieux.
08:09Oui, il est effectivement contacté par un certain Roloff dont on n'a jamais su.
08:13On ne sait pas qui c'est ce Roloff ?
08:14On n'a jamais su qui c'était.
08:15Qui dit, j'ai des choses importantes à vous dire et ça vous serait totalement innocenté.
08:22Et bien voilà, donc évidemment, ça sent quand même un tout petit peu le piège.
08:26Oui, alors c'est une personnalité.
08:28Un petit mot là-dessus, Jean-Noël Cuénault.
08:31Il est très connu en Allemagne, cet homme, Ouvé Barchel.
08:34Alors, Barchel, on ne le connaissait pas à Genève.
08:36En revanche, nos confrères suisses-alémaniques, eux, le connaissaient.
08:40Et puis surtout, il y a eu un déferlement d'allemands et de journalistes allemands, de reporters allemands sur Genève.
08:47Et ça nous avait étonnés.
08:48Et puis c'est là qu'on avait évidemment pu prendre conscience, disons, de l'épaisseur politique de Barchel
08:54qui était destinée, nous avait-on dit, à devenir le remplaçant de Kohl.
09:00Les autorités suisses, elles sont prudentes, hein ?
09:02Suicide probable, on dit.
09:04Alors...
09:05On ne s'avance pas beaucoup, hein ?
09:06Oui, oui, non, non, alors les autorités suisses ont été d'une remarquable discrétion
09:12et pas d'un enthousiasme délirant pour mener une enquête sérieuse.
09:17Donc, effectivement, ça semble être un suicide.
09:20Voilà, dit-il, il y a tout pour ça, il y a effectivement une espèce d'ambiance, et voilà.
09:25Bon, cela dit, c'est vrai que la famille dit, mais il n'était pas du tout dépressif.
09:32Il allait au-devant de cette commission d'enquête, et il allait bien démontrer son innocence,
09:37il était bien déterminé à le faire, et il avait plutôt une arme de combattant
09:42plutôt qu'une arme de dépressif.
09:45Près du corps, une foule d'indices oubliés ou négligés.
09:50Ouvet Barchel, un suicide empoisonné, il était dans un semi-comma incroyable,
09:54incapable de prendre tout seul le produit qu'il a tué.
09:57On l'a aidé, l'enquête de l'heure du crime.
09:59On se retrouve dans un instant sur RTL.
10:08Toute la journée, RTL vous accompagne.
10:14RTL, votre radio.
10:16Salut !
10:16L'heure du crime, c'est avec Jean-Alphonse Richard sur RTL.
10:21L'heure du crime consacrée à l'affaire Ouvet Barchel, ce jeune loup de la politique allemande,
10:2643 ans, a été retrouvé en 1987, mort dans un hôtel de Genève.
10:32Il avait absorbé des barbituriques, on pense à un suicide.
10:36Les investigations vont basculer vers la piste de l'assassinat.
10:43Novembre 1987, un mois après la mort d'Ouvet Barchel, la juge d'instruction de Genève,
10:50Claude Nicole Nardin, est dans l'incapacité de trancher.
10:54Suicide ou geste criminel ?
10:57Elle déplore la faiblesse de l'enquête judiciaire.
11:00Constatation approximative.
11:02Oubli grossier.
11:03La juge ne possède aucune photo de la scène de suicide ?
11:07La seule qui existe a été prise à la sauvette par le journaliste allemand qui a découvert le corps.
11:13Il y avait pourtant un photographe de l'identité judiciaire dans la chambre du beau rivage.
11:18Mais il a oublié de mettre un film dans son appareil.
11:21Les autres clichés sont inutilisables, complètement sous-exposés.
11:26Et ce n'est pas tout.
11:27L'heure du décès n'est pas précisée dans le dossier.
11:30La température de l'eau de la baignoire n'a pas été mesurée.
11:34Les pièces de la chambre n'ont pas été inspectées.
11:37Les relevés d'empreintes sont aléatoires.
11:40Aucune mention de la serviette de bain retrouvée dans la chambre,
11:44imprégnée d'un produit corrosif non identifié.
11:48Une des chaussures du défunt est toute craquelée.
11:50Elle semble avoir été rongée par ce même produit.
11:53Oui, Barchel a ingéré quatre substances médicamenteuses.
11:58Pérasine, diphenidramine, pyrithildione et le mortel cyclobarbital.
12:06Mais aucune boîte, aucun emballage de médicaments n'a été retrouvé.
12:10Le client s'était fait monter une bouteille de Beaujolais avec deux verres dans la chambre.
12:15La bouteille a disparu.
12:20Décembre 1987, la juge suisse reçoit une lettre anonyme postée depuis Kiel,
12:26la capitale du Schleswig-Holstein, le land allemand que dirigeait Ouvé Barchel.
12:32Le courrier accuse Werner Mauss, agent des services secrets allemands,
12:37d'être impliqué dans la mort du politicien.
12:39Au moment du drame, Werner Mauss se trouvait à l'hôtel Richemont, à Genève,
12:44à seulement cinq minutes à pied du beau rivage.
12:47La présence de cet agent à Genève est confirmée,
12:50mais ni lui, ni sa hiérarchie ne souhaitent répondre aux questions de la juge.
12:54Werner Mauss ne s'exprimera qu'une dizaine d'années plus tard dans un journal.
12:59« Je n'ai jamais vu ni rencontré M. Barchel.
13:02Si je l'avais connu, il vivrait encore aujourd'hui », dira-t-il.
13:08L'épouse et le frère d'Ouvé Barchel sont convaincus qu'il est tombé dans un piège mortel.
13:14Le politicien était-il sur le point de dévoiler des documents compromettants ?
13:18Fallait-il le faire taire ?
13:20Qui est son mystérieux visiteur ?
13:22Robert Roloff, son frère.
13:25Eike Barchel dépose plainte pour assassinat
13:28et il poursuit aussi l'Institut médico-légal de Genève
13:31pour des prélèvements qui auraient disparu.
13:33La famille consulte le professeur juricois Hans Brandenberger,
13:38légiste et toxicologue qui fait autorité.
13:41L'expert reprend point par point le dossier médical.
13:45Il établit que la victime a bien absorbé trois premiers produits.
13:49Des somnifères, des tranquillisants.
13:51Ces substances ont pénétré le corps.
13:54Barchel se serait alors trouvé dans un état semi-comateux,
13:57incapable d'ingérer tout seul le mortel cyclobarbital.
14:02Quelqu'un aurait pu lui faire prendre de force ce barbiturique.
14:06Lors des deux autopsies, il a été détecté des lésions dans la narine gauche et le larynx,
14:13comme si on avait essayé d'introduire un tube.
14:18Autant d'indices extrêmement troublants qui alimentent la piste criminelle,
14:23évidemment, même si l'on reste à ce stade.
14:26Dans les hasards, les coïncidences, les supputations,
14:29le dossier ne bouge pas, ni en Suisse ni en Allemagne,
14:32jusqu'à ce qu'un détective privé s'intéresse de très près à l'affaire.
14:35Un peu trop près, même, on va le voir tout ça dans le prochain chapitre de l'émission,
14:39avec un destin funeste pour cet homme.
14:41Il faut revenir à l'enquête.
14:43Enquête erratique, la scène de suicide ou de crime n'a pas été explorée par la police.
14:49Jean-Noël Cuenot, vous êtes avec nous, dans cette heure du crime,
14:51vous avez suivi toute cette affaire, vous étiez aux premières loges,
14:54quand, effectivement, la mort a été annoncée dans cet hôtel de Genève,
14:58vous étiez sur place, journaliste pour la tribune de Genève.
15:01Comment ça se fait que ce dossier soit dans un tel désordre ?
15:05Je veux bien que des policiers soient maladroits,
15:08mais là, on a l'impression que tout est fait pour, effectivement,
15:10que cette scène de crime, entre guillemets, elle soit négligée.
15:14Alors, oui, c'est d'ailleurs ce qui nous avait mis,
15:17quand même, une grosse puce à l'oreille,
15:19parce que la police genevoise, la criminelle,
15:24n'a pas l'habitude de travailler aussi mal, pour bien le dire.
15:29C'est quand même des professionnels de qualité,
15:32et là, ça nous avait un peu stupéfaits.
15:35Et je me suis intéressé à ce propos à un certain chef de section.
15:41Je ne donnerai pas son nom, parce qu'il a été condamné.
15:44Policier.
15:44Policier.
15:46Et il a été condamné, justement, en raison de ses rapports avec Maos,
15:51et je dois respecter le droit à l'oubli.
15:54Mais il était chef de section à cette époque.
15:57Chef de section, c'est un grade assez élevé dans la police judiciaire genevoise.
16:01Il chapeaute toutes les brigades, notamment la brigade criminelle.
16:07Alors, moi, on m'avait dit que ce flic haut gradé était en lien avec Bernard Maos.
16:11C'était de notoriété pure.
16:13Bernard Maos, c'est le fameux espion, on va en reparler.
16:15Voilà, effectivement, qu'on retrouve,
16:17dont le juge d'instruction reçoit une lettre anonyme,
16:20où il fait allusion à ce nom.
16:23Donc, j'enquête, je demande à la police genevoise,
16:26qui me répond, il n'a jamais touché ce dossier.
16:29Alors, c'est à partir de ce moment-là,
16:31où on se dit, il y a quand même quelque chose d'encore plus bizarre qu'on ne le pensait,
16:36avec cette implication de ce chef de section,
16:39avec notamment Marchel.
16:42Alors, la police a peut-être menti, effectivement, aux journalistes.
16:45Isidore Raposo, vous êtes avec nous, journaliste,
16:47vous avez, vous aussi, suivi cette affaire pour Blic.
16:49Il y a quelque chose d'étonnant, moi, qui m'a toujours frappé dans cette affaire,
16:52c'est qu'il est bourré de médicaments, cet homme, Ouvé-Barchel,
16:56et il n'y a pas une seule boîte de médicaments qui est retrouvée dans la chambre.
17:00Vous savez, ce n'est pas la seule incongruité qu'il y a dans cette affaire.
17:05On peut même s'interroger sur l'arrivée à point nommé de notre confrère du magazine Stern.
17:12C'est quelque chose d'absolument douteux.
17:15On peut imaginer aussi, dans une thèse,
17:17qui faisait partie du dispositif,
17:20pour qu'il y ait au moins une photo qui puisse fuiter.
17:23Ils ont d'en rapposer sur les pièces retrouvées dans la chambre.
17:26Là, il y a beaucoup d'anomalies, il y a plein de choses qui manquent, etc.
17:29Il y a des vérifications qui n'ont pas été faites.
17:32Il a même été dit à un moment donné que les emballages de médicaments y étaient,
17:36mais ils avaient été détruits.
17:38Puis après, ça a été contesté.
17:40Vous savez, il y a eu énormément, même dans les implications pratiques,
17:45ou je dirais les preuves matérielles,
17:48il y a eu des versions qui ont changé.
17:50Mais à mon avis, c'est simplement parce que ça a été bâclé.
17:55Imaginez-vous, c'était un dimanche.
17:57On est en effectif réduit.
17:59À une époque, certes, à Genève, il y a eu, de temps à autre, de grandes affaires.
18:04Mais j'entends, on n'a pas imaginé une seconde que ce monsieur dans la baignoire,
18:08c'était un homme politique important,
18:09qui potentiellement pouvait devenir chancelier d'Allemagne de l'Ouest.
18:13Donc, à partir de là, on a conclu beaucoup trop vite à ce qui paraissait évident,
18:19un suicide.
18:20Et puis, voilà, même l'histoire des photos.
18:24Un policier, dont c'est le seul rôle dans le cadre de son travail,
18:28de prendre des photos, il n'a pas mis de film dans l'appareil.
18:32Oui, c'est complètement incongru et incompréhensible.
18:34Jean-Noël Cuenot, un mot avec vous sur l'espion allemand,
18:38le maître espion Werner Mauss.
18:40Il est à Genève au moment du crime.
18:43En quelques mots, présentez-nous cet homme, c'est quelqu'un d'important.
18:46C'est un véritable espion, Mauss.
18:47Alors, Werner Mauss, c'est quelqu'un de relativement connu dans le monde du renseignement,
18:52ça c'est sûr, et qui a une surface assez exceptionnelle.
18:57Il avait un réseau de policiers dans toute l'Europe et dans une bonne partie du monde,
19:02absolument extraordinaire.
19:03Il avait notamment, on disait à l'époque,
19:06c'était mes collègues, mes confrères allemands qui disaient qu'il avait le numéro privé
19:11de Kohl,
19:13qui était alors chancelier fédéral allemand.
19:15Donc, effectivement, il va intéresser l'enquête,
19:18même si on ne peut pas l'entendre.
19:19Il est hors de portée, cet homme.
19:21Deux ans et demi plus tard,
19:22l'entrée en scène d'un détective privé.
19:25Ouvé-Barchel, un suicide empoisonné.
19:27Tout ça, c'est très dangereux.
19:29Je risque ma peau.
19:30L'enquête de l'heure du crime.
19:31Le détective s'est-il approché d'un peu trop près du feu de la vérité ?
19:35Il a fini par se brûler.
19:37À suivre, dans un court instant, sur RTL.
19:40Bonne journée, sur RTL.
19:49RTL.
19:53L'heure du crime, présenté par Jean-Alphonse Richard, sur RTL.
19:59Pour moi, mon mari a été victime d'un complot.
20:03Je ne sais pas comment l'expliquer.
20:04Ou alors, il est tombé dans un piège.
20:09Retour dans l'heure du crime, sur la mystérieuse affaire Ouvé-Barchel.
20:12Ce jeune politicien allemand, 43 ans, est retrouvé mort dans un hôtel de luxe à Genève, en octobre 87.
20:19Un suicide apparemment.
20:21Un assassinat, selon la famille.
20:23Deux ans et demi plus tard, celle-ci reçoit la visite d'un homme qui dit en savoir beaucoup.
20:32Avril 1991, le détective privé Jean-Jacques Grissen prend contact avec Eich Barchel,
20:40le frère de Ouvé-Barchel.
20:42Grissen, qui se présente lui-même comme un expert en mission particulière,
20:48a pignon sur rue à Genève, des entrées à la police, mais aussi dans les services secrets.
20:54Une solide réputation pour démêler les affaires les plus complexes.
20:58Le détective s'intéresse à la mort de Ouvé-Barchel.
21:02Il dit pouvoir apporter des éléments solides, des preuves même, qui vont dans le sens de l'assassinat.
21:08Jean-Jacques Grissen est donc mandaté par la famille pour enquêter.
21:13Au fil des semaines, il fait savoir que les choses avancent.
21:16Il connaît bien Werner Mauss, le maître espion allemand qui se trouvait comme par hasard à Genève,
21:24le jour de la mort du politicien.
21:26Il laisse entendre que ce personnage en sait beaucoup.
21:30Il lui aurait même parlé de la pose de micro dans la chambre 317 du Beau Rivage,
21:36juste avant qu'Ouvé-Barchel ne l'occupe.
21:39Au fil des mois, le détective explique qu'il a découvert une affaire des plus sensibles.
21:44Il va même confier que tout cela est très dangereux,
21:48et qu'il a le sentiment de risquer sa peau.
21:54Dimanche 8 novembre 1992, le détective Jean-Jacques Grissen s'entretient avec Jean-Noël Cuenot,
22:02journaliste de la Tribune de Genève.
22:04Il lui confie qu'il a sans doute découvert la vérité sur la mort d'Ouvé-Barchel.
22:09Il doit se rendre le lendemain à Zurich pour un dernier rendez-vous,
22:13une rencontre avec trois personnes dans la banlieue zuricoise,
22:17trois individus qui pourraient être un agent du Mossad, les services israéliens,
22:22un agent du BKA, la police criminelle allemande, et un journaliste.
22:27Le lendemain, à 22h30, le détective Jean-Jacques Grissen, 60 ans,
22:33est retrouvé mort dans un salon de massage dans le quartier chaud de Zurich.
22:38Le médecin, appelé sur place, conclua une crise cardiaque.
22:41Aucune autopsie n'est réalisée, une mort naturelle, pas d'enquête ouverte,
22:46« Papa, on a provoqué ta mort »,
22:50écrira 20 ans plus tard le fils du détective,
22:53dans une notice souvenir publiée par la Tribune de Genève.
22:58Et là, c'est important, parce qu'effectivement, il y avait déjà la mort d'Ouvé-Barchel,
23:02et puis il y a la mort, douteuse, on va dire comme ça,
23:06de ce détective Jean-Jacques Grissen,
23:08qui n'est pas une star du renseignement privé, Grissen,
23:11c'est quelqu'un d'important à l'époque, en Suisse.
23:14Il connaît beaucoup de dossiers.
23:15Jean-Noël Cuenot, vous êtes avec nous, journaliste pour la Tribune de Genève.
23:20Évidemment, vous connaissiez très bien Jean-Jacques Grissen,
23:22je viens de citer votre rendez-vous avec lui la veille seulement de sa mort.
23:26Pourquoi est-ce qu'il s'est lancé dans cette enquête,
23:29dans l'enquête d'Ouvé-Barchel ?
23:30Alors, Grissen faisait partie de mes informateurs.
23:34C'est lui qui m'avait dit, vous savez, je connais beaucoup de choses de l'affaire Marshall.
23:37Il faut vous dire que Grissen, c'était un technicien du renseignement,
23:42c'est-à-dire que c'était le spécialiste des pauses de bretelles pour écouter les conversations, etc.
23:48Donc, c'était assez normal qu'on recourt à ses services.
23:53Alors, évidemment, vous allez échanger avec cet homme, vous vous connaissez bien, etc.
23:58Et puis, il y a cette dernière soirée, j'ai envie de dire, vous êtes avec lui.
24:02Il vous confie que tout ça est un peu chaud, cette histoire.
24:05Qu'est-ce qu'il vous dit exactement ?
24:06Alors, il me dit, je vais enfin découvrir la vérité.
24:12C'est dangereux pour moi, mais j'ai un rendez-vous, m'a-t-il dit, avec un agent du
24:17Mossad,
24:17et on va pouvoir enfin, je vais enfin...
24:21Je touche au but, c'est ça qu'il vous dit.
24:22Je touche au but, je touche au but, enfin.
24:25Et je vais pouvoir enfin offrir la vérité, enfin, en tout cas,
24:31ce qui apparaîtra comme la vérité, lors de ce rendez-vous à Zurich, dans la banlieue zuricoise.
24:37J'attends son appel, il m'a dit, dès que j'ai fini, je vous appelle.
24:41D'accord.
24:42J'attends son appel, 3-4 jours, 5 jours, j'ai pas de nouvelles.
24:46Je téléphone à sa femme, qui me répond en pleurs qu'il a été mort,
24:50découvert dans un salon de massage dans le quartier chaud de Zurich.
24:55Il y a eu une crise cardiaque, voilà.
24:57Alors, je téléphone au procureur général de Genevoix, Bernard Betos à l'époque,
25:01en lui disant, mais est-ce que vous savez que Grisson a été tué ?
25:06Vous connaissez très bien Grisson, comme tout le monde à Genève.
25:09Et il me dit, personne ne m'en a parlé.
25:12Ça, c'est pas normal.
25:13Mais qu'est-ce que vous vous dites, vous, quand vous apprenez la mort de Grisson ?
25:18Vous dites, c'est possible ou pas possible ?
25:21Non, enfin, c'était très douteux.
25:24Pourquoi ? Parce que lorsqu'il a pris ma vue, juste avant de partir à Zurich,
25:29il souffrait d'une rage de dents terrible.
25:32Il n'était pas en forme physiquement.
25:34C'est pour ça que je le voyais mal, batifoler, dans un salon de massage à Zurich.
25:40Il se sentait menacé ?
25:41Oui.
25:42Il vous a dit qu'il avait peur ?
25:43Je risque ma peau.
25:44Ça, il vous l'a dit ?
25:45Ça, il me l'a dit, oui.
25:46Il avait peur ? Vous sentiez quelqu'un qui était menacé ?
25:48Absolument.
25:49Donc, ce qui fait que lorsque j'apprends ça, effectivement, j'ai des doutes.
25:53Et en plus, j'apprends qu'il n'y a pas eu d'analyse toxicologique et d'autopsie.
25:59Ni même d'autopsie.
26:01J'en parle dans la tribune de Genève.
26:03Et là, le procureur du district de Zurich, à ce moment-là,
26:08ouvre quand même une information, qu'il avait tout de suite classée.
26:12On fait une analyse toxicologique.
26:15Et non, il n'y a rien.
26:16Il n'y a rien.
26:17Il est mort d'une crise cardiaque.
26:17Alors, circuler, il n'y a rien à voir.
26:19Isidore, apposons un mot avec vous là-dessus.
26:21Ce que raconte Jean-Noël Cuenot, qui lui est le témoin direct, effectivement,
26:25non pas de la mort, mais en tout cas, il était là avec la victime la veille.
26:28Vous aussi, vous pensez que cette mort d'une détective, elle est suspecte ?
26:32Elle est peut-être douteuse, mais je veux dire, pour moi,
26:35il n'y a rien d'incongru à trouver un homme de cet âge-là dans un salon de massage.
26:42Ce qui est plus incongru, c'est qu'un peu comme pour Ouvé Varchel,
26:48on n'est pas allé au-delà du constat de la mort, puis en disant,
26:52ben, c'est pour la première fois qu'un client meurt dans ses œuvres avec une péripathéticienne.
26:57Et puis, il n'y a pas eu d'analyse, sauf ultérieurement,
27:01mais on sait très bien que les premières minutes d'une enquête,
27:06la fixation des lieux, les prélèvements sont hyper importants.
27:10Bien sûr.
27:11Après, c'est trop tard.
27:12Après, c'est trop tard, évidemment.
27:14Sept ans après, un procureur allemand va relancer l'affaire.
27:19Ouvé Varchel a un suicide empoisonné.
27:21Il y a eu violence, il y a eu un coup porté.
27:24Avant le décès, deux personnes étaient dans la chambre.
27:26L'enquête de l'heure du crime.
27:27On se retrouve dans un instant sur RTL.
27:29Merci d'écouter RTL.
27:40RTL. Votre radio.
27:43Bonjour.
27:44L'heure du crime, présenté par Jean-Alphonse Richard sur RTL.
27:48Au programme de l'heure du crime, l'affaire Ouvé Varchel,
27:51un politicien allemand de 43 ans, appelé à un brillant destin,
27:54retrouvé mort dans un hôtel de Genève en octobre 87.
27:58Décès mystérieux aux médicaments.
28:00La piste de l'assassinat n'a jamais été refermée.
28:03Elle est relancée, sept ans après les faits.
28:091993.
28:10Le procureur général de Lübeck, Heinrich Ville,
28:14en poste depuis un an, reprend tout le dossier Varchel.
28:18Il découvre une série d'éléments troublants.
28:21Les analyses toxicologiques indiquent que Ouvé Varchel a ingéré de l'alcool avant de mourir.
28:28Alcool mélangé a du métiprilon.
28:31Ce sédatif avait été retiré du commerce au début des années 80.
28:36Il était impossible pour la victime de s'en procurer.
28:39Le médicament est ici présent sous une forme massive et très concentrée.
28:43Il a été mélangé à de l'alcool.
28:46Une petite bouteille de whisky provenant du minibar avait été découverte dans la chambre.
28:52Elle est vide, mais elle a été abondamment rincée à l'eau.
28:56Quelqu'un a tenté d'éliminer toute trace de produit dans le flacon.
29:00On voit mal M. Varchel se livrer à cette opération juste avant de mourir, dit le procureur.
29:05La fameuse substance corrosive déposée sur une serviette de bain
29:09et sur l'une des chaussures du défunt est enfin identifiée.
29:14Il s'agit d'un produit qui permet de faire pénétrer un médicament sous l'épiderme sans faire de piqûre.
29:21Un bouton de la chemise de Varchel a été arraché.
29:24Le procureur est formel.
29:26Il y a eu violence.
29:27Il y a eu un coup porté avant le décès.
29:30Il devait y avoir deux personnes en plus de la victime dans la chambre.
29:381998, le procureur Ville, sans doute trop curieux, est dessaisi par sa hiérarchie.
29:45Le magistrat avait demandé à consulter les archives est-allemandes de la Stasi
29:49sur l'affaire Ouvé-Barchel.
29:51Requête, rejetée.
29:53Ces dernières années, Ouvé-Barchel a été réhabilité.
29:56En mai 1993, son rival de l'époque avait en effet avoué, à la surprise générale,
30:02que Varchel n'avait jamais cherché à lui nuire.
30:06Le rival avait laissé prospérer les rumeurs, quitte à briser la carrière du politicien.
30:11Après ses aveux tardifs, les conservateurs de la CDU avaient rendu hommage au Kennedy allemand.
30:20Et on retrouve dans le secteur du crime l'un de nos invités.
30:22C'est Isidore Raposo, journaliste indépendant en Suisse.
30:25Vous avez suivi cette affaire.
30:26C'est vrai que là, on est sept ans après les faits.
30:28Mais l'enquête du procureur de Lubeck, Heinrich Ville, elle est accablante.
30:34Parce que là, il n'y a pas de faux fuyants.
30:36Il va dire que cet homme a été quasiment assassiné.
30:40En tout cas, on l'a violenté dans cette chambre.
30:42Il n'était pas tout à fait aussi affirmatif.
30:44Il a surtout relevé tout le travail qui n'avait pas été fait au départ
30:49et toutes les pistes qui n'avaient pas été exploitées.
30:53Et évidemment, en Allemagne, à ce moment-là, personne dans les milieux des partis n'avait envie qu'on ressorte
31:02cette vieille affaire.
31:04On avait surtout l'envie de retrouver le calme.
31:07D'ailleurs, la réhabilitation d'Ouvert-Marchel par la CDU allait bien dans ce sens-là.
31:14Le procureur, il dit qu'il y a des hématomes, il y a des coups.
31:17Jusqu'à présent, on n'avait pas parlé de ça.
31:20On n'avait pas parlé de ça, mais on sait aussi que dans d'autres circonstances,
31:26une personne qui, par exemple, n'est pas totalement consciente,
31:30soit avoir pris de l'alcool, soit après avoir pris des médicaments ou les deux,
31:33peut tituber et peut tomber, frapper un objet,
31:39peut-être en entrant dans la baignoire si on retenait la thèse du suicide.
31:45Mais il y a tellement de doutes qu'on ne peut pas aujourd'hui,
31:49encore moins aujourd'hui qu'avant, être affirmatif sur ce qui s'est réellement passé.
31:55Le procureur qui dit encore, Isodoro Raposo, mais c'est important,
31:59il dit qu'il y avait sans doute deux hommes dans cette chambre,
32:01ne serait-ce que pour tirer le corps dans la baignoire, etc.
32:05Il conclut ça, le procureur ?
32:07Oui, il conclut ça, mais vous avez suffisamment d'expérience,
32:11et on en a des récentes.
32:13Une affaire qui fait l'objet aujourd'hui même de la reconstitution,
32:17vous voyez laquelle je veux faire.
32:21un homme est capable de porter tout seul la victime dans une voiture.
32:27Donc pour vous, c'est...
32:28Un homme hôtel pour la glisser dans la baignoire,
32:30je vais déjà dire deux hommes,
32:32parce qu'il faut absolument deux pour être porté,
32:34c'est une hypothèse, c'est une de plus.
32:37Alors c'est une hypothèse de plus, je suis bien d'accord avec vous,
32:39mais elle est troublante en tout cas.
32:40Le procureur, il a quand même une dimension particulière.
32:43C'est un chef d'enquête, il connaît la musique,
32:45il connaît les investigations.
32:47Jean-Noël Cuenot, vous êtes également avec nous.
32:49Dans cette heure du crime, journaliste pour la tribune de Genève,
32:51vous avez suivi tout ce dossier.
32:54Pourquoi l'Allemagne n'a jamais ouvert une enquête digne de ce nom ?
32:58Parce que c'est étonnant, ça se passe en Suisse certes,
33:01mais on a l'impression que la justice suisse,
33:03elle est plus véloce, j'ai envie de dire,
33:05que la justice allemande.
33:06Alors effectivement,
33:08alors lorsque le procureur Villet s'est emparé de la chose,
33:11on pensait que ça allait avancer.
33:14Moi-même, j'ai été entendu par la justice allemande
33:18sur commission regatoire à Genève,
33:20pendant six heures,
33:21par une inspectrice et un inspecteur allemand,
33:25et il m'avait paru, en tout cas, très très mobilisé.
33:29Offensif.
33:29Offensif.
33:31Cela dit, personne ne saura vraiment ce qui s'est passé.
33:35Disons que l'hypothèse qui tient le moins,
33:37est celle du suicide.
33:40Cela dit, rien n'indique que Bernard Mauss a joué un rôle
33:46dans cette histoire d'espion.
33:47Il n'y a pas de preuve juridique,
33:50il n'y a pas de preuve judiciaire,
33:51il n'y a pas de certitude absolue.
33:53Il y a sa présence à nombreuses reprises,
33:57mais c'est tout ce que l'on peut en dire actuellement.
34:01De nouvelles recherches ADN.
34:04Ouvée Barchel, un suicide empoisonné.
34:07Nous espérons que cette trace ADN parle.
34:10Elle était sur les habits de la victime
34:11et sur une serviette de bain.
34:13L'enquête de l'heure du crime,
34:14je vous retrouve tout de suite sur RTL.
34:18Gardez RTL toujours avec vous.
34:20Le direct, les replays, les inédits.
34:23Téléchargez l'appli RTL.
34:26L'heure du crime, présenté par Jean-Alphonse Richard,
34:29sur RTL.
34:30Dans l'heure du crime, l'affaire Ouvée Barchel,
34:33figure montante de la politique allemande,
34:35promis à devenir chancelier.
34:36Il a été retrouvé mort dans un hôtel de luxe suisse
34:39en octobre 87.
34:41Le suicide avait été évoqué,
34:43mais l'hypothèse de l'assassinat
34:45est celle qui semble s'imposer.
34:49Mardi 21 juin 2011,
34:52les investigations sur l'affaire Ouvée Barchel
34:54reprennent en Allemagne.
34:56Des expertises sont menées
34:58sur une empreinte génétique
34:59masculine inconnue
35:01mêlée à l'ADN de la victime.
35:03Le parquet de Lübeck
35:05indique que le matériel génétique
35:07est en bon état.
35:08Nous avons retrouvé cette empreinte
35:10sur les habits
35:11et sur une serviette de bain
35:13retrouvée dans la chambre.
35:14Nous espérons que cette trace
35:16parle grâce à de nouvelles techniques,
35:19commente un enquêteur.
35:23Les justices allemandes et suisses
35:26ne sont jamais parvenues à éclaircir
35:28la fin violente d'Ouvée Barchel.
35:3140 ans après le décès,
35:33de multiples zones d'ombre subsistent.
35:36Le maître espion allemand
35:37Werner Mauss
35:38n'a jamais été interrogé.
35:40Quant au mystérieux
35:41Robert Roloff
35:42qui avait attiré
35:44la victime à Genève,
35:45il n'a pas été identifié.
35:50Je savais dès le début
35:51que mon mari
35:52ne pouvait pas
35:52s'être suicidé.
35:54Il a toujours dit
35:55quoi qu'il arrive,
35:56quelles que soient
35:57les circonstances,
35:58ça, ça ne se fait pas.
35:59Il y a beaucoup de choses
36:00qu'on ne peut toujours
36:01pas évoquer aujourd'hui.
36:03Mais un jour,
36:04ça sortira peut-être.
36:05C'est mon espoir.
36:08La voix de Freda Barchel,
36:10l'épouse d'Ouvée Barchel,
36:11c'était dans l'émission
36:12Zone d'ombre
36:13diffusée par la radio-télévision suisse.
36:16Effectivement,
36:17la famille,
36:18encore aujourd'hui,
36:19a toujours été accrochée
36:20à la thèse de l'assassinat.
36:22Effectivement,
36:23ça, c'est quelque chose
36:24qui ne l'a jamais lâché.
36:25Ils sont toujours
36:25à la recherche de la vérité,
36:27vérité qui n'a pas surgi.
36:28Justement, un mot là-dessus,
36:29Isadora Pozo,
36:30vous êtes l'un de nos invités,
36:31journaliste,
36:31que vous avez suivi
36:32cette affaire publique
36:33et que vous êtes en Suisse.
36:35L'ADN,
36:35il y avait un véritable espoir
36:37que, effectivement,
36:38cette trace génétique
36:40sur la victime,
36:41elle parle.
36:41Ça n'a pas été le cas ?
36:43Ça n'a pas été le cas
36:44parce qu'une chose
36:46est d'avoir des traces
36:48d'un ADN,
36:49mais il faut ensuite
36:50pouvoir le faire matcher
36:52avec la personne
36:54qui correspond à cet ADN.
36:56Évidemment,
36:56il faut que cette personne,
36:58d'une manière ou d'une autre,
36:59ou ses parents,
37:00parce que maintenant,
37:00on pousse les anavises
37:03jusqu'à la parentèle,
37:05a eu affaire
37:06à la justice
37:07et se trouve
37:09dans le fameux fichier
37:11pour que ça matche.
37:13voilà simplement
37:14qu'à l'heure actuelle,
37:16il n'y a pas eu d'issue.
37:18J'aimerais quand même
37:19rappeler une chose
37:20par rapport aux lenteurs
37:21ou aux incongruités
37:23des enquêtes à l'époque,
37:25et notamment
37:26quand deux pays
37:27sont concernés,
37:28c'est qu'entre la Suisse
37:30et l'Allemagne
37:31ou entre la Suisse
37:32et la France,
37:32il fallait passer
37:34par l'entraide judiciaire.
37:35Ça passait par Berne,
37:37l'Office fédéral de la justice
37:39et s'allait au ministère
37:40de la justice
37:41pour redescendre ensuite
37:42la hiérarchie
37:43dans les autres pays.
37:44Donc,
37:44on perdait énormément
37:46de temps.
37:47On perdait beaucoup de temps
37:49et cette affaire,
37:49effectivement,
37:50elle s'est dissoute
37:51dans le temps
37:51qui a passé,
37:52qui a défilé
37:53sans qu'on trouve
37:54vraiment la vérité.
37:56Jean-Noël Cuénaud,
37:57je reviens vers vous.
37:58Alors,
37:58vous connaissez par cœur
37:59ce dossier.
38:00Vous avez même été,
38:00on l'a dit,
38:01des acteurs
38:02dans cette affaire.
38:03Alors,
38:04il faut dire un mot,
38:05un mot sur le mobile,
38:06c'est important
38:06parce que tout ça
38:07est quand même bien obscur,
38:09cette mort.
38:09Alors,
38:10s'il y a eu crime,
38:11il y a forcément un mobile
38:13et c'est vrai
38:14qu'en Allemagne,
38:15par exemple,
38:15à une époque,
38:16on a beaucoup parlé
38:17dans la presse allemande
38:18d'un mobile possible.
38:20Barchel,
38:20tout simplement,
38:21aurait découvert
38:22un trafic d'armes
38:23international
38:24à destination de l'Iran.
38:26C'était dans son propre land,
38:27en Allemagne
38:28et il menaçait
38:29de révéler
38:30toute cette affaire
38:31en public,
38:31une espèce de chantage
38:32en quelque sorte.
38:34Jean-Noël Cuénaud,
38:35est-ce qu'on peut croire
38:36à cette explication,
38:38le chantage,
38:39la menace
38:39de révéler
38:40un secret d'État ?
38:43Ça,
38:43c'est absolument
38:44pas vérifié.
38:45Bien sûr.
38:46Je tiens à le dire.
38:47C'est une hypothèse,
38:48le fait est,
38:48c'est qu'on n'a pas
38:48d'hypothèse précise
38:49pour ce crime,
38:51si c'est un crime,
38:52en tout cas,
38:52il a toutes les apparences
38:53évidemment d'un assassinat.
38:55Alors,
38:56il n'y a pas de mobile
38:57qui s'impose,
38:58tout simplement
38:58parce qu'il n'y a
38:59aucune certitude
39:00sur l'auteur
39:01de l'assassinat.
39:03Jean-Noël Cuénaud,
39:04encore une petite question.
39:04Est-ce qu'on saura
39:05un jour ?
39:06Parce que là,
39:07le temps a passé,
39:08les années ont défilé.
39:09Est-ce que vous avez
39:10le sentiment
39:11qu'on aura une vérité
39:12qui va surgir
39:13peut-être à travers
39:13des archives,
39:14à travers un témoignage ?
39:15On ne sait jamais,
39:16on peut toujours espérer.
39:18Je n'ai pas l'impression,
39:19j'ai l'impression
39:19que c'est un de ces dossiers
39:21qui restera irrésolu,
39:23mais peut-être
39:24qu'effectivement,
39:26on va recevoir
39:27une pièce,
39:28un témoignage déterminant
39:30qui nous permettra
39:31d'avancer,
39:32peut-être,
39:33mais j'en doute.
39:35Merci beaucoup
39:36Jean-Noël Cuénaud
39:37et Isodore Raposo
39:39d'avoir été
39:39les invités
39:40de l'Ordre du Crime.
39:40Merci à l'équipe
39:41de l'émission,
39:42rédactrice en chef
39:42Justine Vigneault,
39:43préparation Marie Bossard,
39:44Lili Labeille,
39:46réalisation en direct.
39:46Sous-titrage Société Radio-Canada