00:00A l'occasion de la semaine de la santé mentale, on s'intéresse à sa prise en charge dans notre
00:04département.
00:05Lyon manque de médecins psychiatres, mais peut compter sur un réseau de psychologues essentiellement à Sens et Auxerre.
00:12Mais certains ont fait le choix de s'installer à la campagne.
00:14C'est le cas d'Amélie Guillot, psychologue installée à Chanslay, près de Joigny, depuis avril dernier.
00:19Elle répond ce matin à vos questions, Damien Robine.
00:21Bonjour.
00:22Bonjour.
00:22Merci d'être dans notre studio ce matin.
00:25Pourquoi ce choix de s'installer dans un petit village comme Chanslay ?
00:29Le milieu rural, on sait que c'est difficile l'accès aux soins.
00:33Il y avait peu de professionnels de santé mentale dans le coin.
00:36C'est pour ça que j'ai décidé de me mettre sur Chanslay et la demander là.
00:41Ce n'est pas un choix qui est plus facile, puisqu'on le sait, la plupart de vos collègues sont
00:46à Sens ou à Auxerre.
00:47Est-ce que la patientèle est différente de celle que vous recevez dans votre cabinet ?
00:52Non, je ne pense pas.
00:53C'est juste des gens qui habitent à proximité, qui travaillent aussi à proximité,
00:58et qui ne peuvent pas forcément se déplacer en fonction de leurs contraintes horaires.
01:02C'est aussi la facilité, parce que des fois, faire 30 kilomètres pour aller voir un professionnel,
01:08ce n'est pas toujours évident.
01:10Mais je pense que la patientèle reste la même, en tout cas en libéral.
01:13Quelles sont les raisons qui poussent les gens à pousser la porte de votre cabinet ?
01:18Ça peut être divers.
01:20Ça peut être cas de dépression, de l'anxiété, des gens qui ont vécu des traumas au cours de leur
01:26vie,
01:26qui souhaitent travailler dessus.
01:28Ça peut être un burn-out.
01:30Et aussi, tout simplement, des gens qui vont avoir besoin pour des événements de vie,
01:35des deuils, des séparations, ou tout simplement des changements.
01:38Des fois, on entend aussi des gens dire, il y a des gens qui souffrent plus que moi.
01:42Je ne suis peut-être pas légitime, alors qu'en fait, dès qu'on en ressent le besoin,
01:46on est toujours légitime à venir voir un professionnel.
01:49C'est des gens que vous suivez sur une longue durée ?
01:51Ça peut.
01:52Tout dépend de la problématique, tout dépend de ce qu'il y a à travailler.
01:56Mais effectivement, ça peut être des suivis sur du long terme.
01:58Alors, on est dans un contexte particulier aujourd'hui, économique et social.
02:03Est-ce que ça génère finalement davantage d'angoisse ?
02:06On vous en parle ?
02:07Oui, on est quand même dans un climat géopolitique assez anxiogène.
02:12Et ça peut aggraver des symptômes sur des personnes déjà anxieuses
02:17et aussi créer chez des personnes qui n'étaient pas forcément anxieuses.
02:21On parle d'éco-anxiété, mais le climat géopolitique peut jouer aussi.
02:26Alors oui, on avait eu le Covid il y a quelques années.
02:28Là, aujourd'hui, c'est ce qui se passe en Ukraine, au Moyen-Orient.
02:32Et tout ça, ça joue véritablement ?
02:34Ça impacte les gens qui vont au travail, qui ont une vie ?
02:38Bien sûr. Aujourd'hui, on est dans une société où on a accès tout le temps à l'information.
02:44L'information tourne toujours.
02:46Donc, on est tout le temps confronté à des images qui peuvent être traumatiques,
02:51des informations qui sont anxiogènes.
02:52Donc, ça peut vraiment aggraver des troubles qui peuvent être déjà présents
02:56ou même ancrés chez certains.
02:58Alors, Amélie Guillot, on sait qu'on dit justement que la santé mentale est une priorité nationale.
03:04Mais on voit bien, et en particulier dans Lyon, qu'il y a un vrai manque de professionnels et de
03:08structures.
03:09Vous êtes bien placée pour le savoir.
03:11C'est un peu catastrophique ?
03:13Oui, malheureusement.
03:15Et en plus, c'est de se dire que malheureusement, ce n'est pas que dans Lyon.
03:18On manque cruellement de professionnels, notamment dans les structures.
03:22Parce que c'est vrai que pas tous les patients ou les personnes qui viennent
03:26peuvent se payer aussi un suivi en libéral.
03:29Ils sont obligés d'aller dans des structures où des fois, les délais d'attente sont très très longs.
03:34Vous parlez du centre hospitalier de Serres, où vous travaillez notamment.
03:37Là, c'est pareil, les délais d'attente sont énormes.
03:40Ça peut, en fonction des CMP, ça peut des fois aller jusqu'à deux ans et demi
03:44pour voir un ou une psychologue.
03:46Que faudrait-il aujourd'hui, finalement, pour améliorer l'accès aux soins ?
03:50D'avantage de praticiens, j'imagine, déjà ?
03:51Déjà, dans un premier temps, après, il y a mon soutien psy qui a été mis en place.
03:57Alors, il a le mérite d'exister, mais il y a beaucoup de psychologues qui n'y adhèrent pas actuellement
04:02parce qu'il y a beaucoup de patients qui sont exclus de ce dispositif.
04:05Ça prend en charge les souffrances psychiques légères à modérer.
04:09Donc, tous les patients dits avec des pathologies plus sévères sont hors de ce dispositif.
04:15Donc, je pense qu'il serait bien de repenser ce dispositif pour donner l'accès aux soins à tout le
04:21monde.
04:22Rapidement, si je me sens vraiment très mal, que faire aujourd'hui ?
04:27Vers qui se tourner ?
04:30Pour plus de rapidité, vers des professionnels en libéral, il y a beaucoup de psychologues qui ont peu de délai
04:35d'attente.
04:36Il y a aussi des numéros gratuits qui permettent de prendre en charge quand c'est urgent.
04:42Par exemple, si on ressent des idées suicidaires, il y a le 31-14.
04:47Donc, il ne faut pas hésiter à appeler ces numéros quand ça devient urgent.
04:52Merci beaucoup Amélie Guillaume, je rappelle psychologue installée à Chamlet près de Joanie.
04:56Merci d'avoir été avec nous ce matin et très bonne journée.
04:58Merci à vous, à vous également.
04:59Au revoir.