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  • il y a 1 semaine
A l'occasion de la sortie de son livre "Confession d'une ex-Femen", Eloïse Bouton* se confie au micro de l'Humanité.fr sur ses relations avec Inna Shevchenko et les raisons de son départ de la célèbre organisation féministe. Ne reniant absolument pas son engagement au sein de Femen la jeune journaliste, toujours engagée dans le combat pour les droits des femmes réagit à l’acquittement annoncé de DSK, regrettant que son procès n'ait pas permis de mettre au cœur des débats la "culture du viol", qui hante notre société où le pouvoir et l'argent permet impunément de disposer du corps d'une femme (prostituée ou pas) sans son consentement.

* L'action dont il est question au début de l'interview et qui s'est déroulée à l'église de la madeleine était contre LA REMISE EN CAUSE DU DROIT A L'AVORTEMENT.

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Transcription
00:01Héloïse Bouton, bonjour.
00:03Bonjour.
00:03Donc, vous publiez ce livre aux éditions du moment qui s'appelle Confession d'une ex-Fémen.
00:08Effectivement, vous avez été militante fémen pendant deux ans et vous avez quitté le mouvement.
00:14Une petite interrogation sur le choix du titre Confession.
00:19Ça me semble être un petit clin d'œil puisque justement vous êtes accusée et vous avez été condamnée pour
00:25avoir mené une action solitaire,
00:27mais au nom de Fémen, à l'église de la Madeleine.
00:30Vous avez été condamnée à la prison d'exorcisme, si je ne m'abuse, et à une amende.
00:36Le mot Confession, quand on a été condamnée pour faire une action dans une église, c'est un petit peu
00:41bizarre, non ?
00:42Oui, je pense que c'était un clin d'œil.
00:43C'était surtout une idée à la base de mon éditeur qui m'a soumise et j'ai trouvé ça
00:47rigolo.
00:48Je trouvais que ça collait pas mal avec l'esprit un peu caustique et sarcastique de Fémen,
00:52de faire une allusion justement à cette action-là, ou à toutes les actions menées contre les institutions religieuses en
00:57général.
00:58Au-delà de cette petite boutade, ce livre raconte votre parcours au sein de Fémen.
01:06C'est pas acrimonieux, mais vous dénoncez quand même le fonctionnement interne,
01:10tout en justifiant les actions de ces filles et du mouvement en général.
01:16Question d'actualité, Ina Shevchenko a été visée, elle aussi, par une attaque terroriste, il y a quelques jours.
01:26Est-ce que vous avez de ces nouvelles ?
01:27Je n'ai pas eu de ces nouvelles.
01:29Moi, j'étais assez... ça m'a un peu choquée d'apprendre qu'elle était présente dans cette salle à
01:33Copenhague.
01:34Donc j'ai envoyé un mail, j'ai demandé si tout allait bien, mais bon, j'ai mis une réponse
01:37de sa part.
01:38Et après j'ai vu qu'elle tweetait, donc si elle tweet, c'est que tout va bien.
01:42Donc c'est un peu emblématique aussi du mode de communication entre vous, c'est-à-dire qu'il y
01:48a une grande fraîcheur,
01:50pour ne pas dire froideur, entre les filles du mouvement.
01:53Oui, tout à fait.
01:55Justement, en envoyant ce mail à Ina, je me suis dit que ça a rejoué encore un mode de communication
02:01passé dans le mouvement.
02:03C'est-à-dire que moi je pose des questions et il y a le silence en face, en fait.
02:06C'est un peu la même chose qui s'est produit.
02:08Je lui dis, salut, ça va, j'ai vu qu'il y avait un attentat, j'espère que tu vas
02:11bien, et je n'ai jamais de réponse.
02:12Et c'est un peu ce qui s'est produit à plusieurs moments sur beaucoup de sujets, où moi j
02:17'avais des questions, des doutes en tout cas.
02:20Et c'est vrai qu'il y a un vrai problème de communication, c'est ce que j'explique dans
02:23mon livre.
02:23Je pense que c'est vraiment la raison majeure qui m'a fait partir de Femen.
02:27Deux questions en une.
02:29Qu'est-ce qui vous a fait adhérer à Femen et qu'est-ce qui vous a fait rester quand
02:32même ?
02:32Parce que dès les premières pages de votre livre, dès la première action à Londres, même peut-être avant, vous
02:38dites, parce que vous avez été une des premières françaises, vous avez été à l'initiative, avec d'autres, de
02:44la constitution de la branche française de Femen.
02:47Dès les premières actions, vous dites, à ce moment-là, j'aurais peut-être dû partir.
02:51Et qu'est-ce qui vous a fait rester quand même pendant deux ans ?
02:53C'est une bonne question.
02:55Je me le demande parfois aujourd'hui avec le recul, je ne sais pas trop.
02:58Je pense que c'est un espoir que tous ces doutes s'évaporent et que les choses s'améliorent et
03:04qu'avec le temps, le mouvement se stabilise.
03:06Parce que je pense qu'au début, tous les doutes que j'avais, je les mettais sur le compte de
03:10la nouveauté du mouvement qui était en train de se construire en France et qui n'était pas encore pérenne
03:14du tout.
03:15Donc je pense que c'est ça qui m'a fait rester.
03:17Je me suis dit, voilà, avec le temps, ça va se consolider et tous ces doutes vont s'en aller.
03:22Et je ne sais pas trop aussi à d'autres moments ce qui m'a fait, sur des actions plus
03:26ponctuelles, ce qui m'a fait y aller ou pas.
03:28Parce que c'est vrai que, par exemple, Notre-Dame, je sais que je n'étais pas forcément la plus
03:32convaincue, mais je me suis dit, bon, allez, on y va.
03:34Tu as rappelé un petit peu Notre-Dame, c'était ?
03:36Notre-Dame, c'était en mars 2013, c'était suite à la démission du pape Benoît XVI.
03:41On est allé dans l'église de Notre-Dame sonner les cloches qui étaient exposées dans la nef.
03:45Avec des slogans qui célébraient le départ du pape et aussi contre l'homophobie, puisque c'était le moment du
03:49mariage pour tous.
03:52D'accord. Et par contre, l'action de la Madeleine contre la remise en cause de l'avortement,
03:58ça c'est quelque chose que vous avez non seulement assumé, mais que vous avez fait seule.
04:01Donc vous étiez parfaitement consciente et engagée.
04:07Oui, j'étais complètement en accord avec cette action.
04:10Aujourd'hui encore, je trouve que c'est une des actions qui est la plus lisible.
04:13Donc pour moi, il n'y a pas de problème de message, il n'y a pas d'erreur, je
04:18trouve.
04:18Et après, c'est le hasard un peu qui a fait que c'est moi qui suis allée toute seule,
04:22puisque c'était une question de planning et j'étais la seule disponible ce jour-là.
04:25Donc c'est tombé sur moi comme ça aurait pu tomber sur d'autres militantes.
04:27Et ça faisait quand même partie aussi d'une campagne globale
04:31où des militantes menaient des actions individuelles dans plusieurs villes d'Europe
04:34pour les mêmes raisons, pour dénoncer la même chose.
04:37Alors aujourd'hui, il y a un combat pour lequel les Femmels se sont mobilisées d'ailleurs
04:41lors du procès Strauss-Kahn.
04:43C'est le combat contre la prédation de ce genre d'homme qu'est Strauss-Kahn,
04:51mais sans doute aussi bien d'autres.
04:53En l'occurrence, là c'est de lui dont il s'agit,
04:56mais on se rend compte que c'est loin d'être le seul.
04:59Quel est votre regard sur les actions qui ont été faites et sur ce procès en général ?
05:03Alors moi, cette action Femmels, je la trouve super.
05:06Il y a beaucoup d'actions qu'elles ont faites récemment que je n'ai pas trop comprises,
05:09notamment le faux enlèvement du prêtre par exemple,
05:11qu'elles avaient mis en scène.
05:13Elles avaient simulé un enlèvement de prêtre à Agnières,
05:15elles avaient fait une vidéo, on a cru que c'était vrai,
05:17puis après elles ont communiqué dessus en disant que c'était une blague,
05:19c'était un comédien, elles voulaient faire quelque chose,
05:21un punning du genre Gorafi un peu.
05:24J'avoue que je n'ai pas très bien compris le sens.
05:26Alors que là, je trouve que cette action DSK, elle est très claire,
05:29elle est très drôle, le slogan,
05:30« It's your turn to be fucked », je trouve ça drôle.
05:33C'est ce que j'aime bien chez Femmels, au début, c'est ce qui m'a plu.
05:37Et après, le procès en soi, je le trouve assez hallucinant,
05:42parce que je trouve qu'on se trompe en fait.
05:43On fait le procès de plein d'autres choses,
05:45mais pas vraiment de ce qui devrait être mis en procès.
05:47On fait des procès déguisés de la prostitution,
05:50et ce n'est pas ce dont on parle en fait.
05:52Pour moi, il y a des confusions de genre,
05:54et ce qui profite à Dominique Strauss-Kahn.
05:57Je pense qu'il va bien s'en tirer en fait.
05:59Je pense qu'il va être relaxé.
06:01Je ne vois pas d'autres issues en fait.
06:03Et c'est quoi le sujet pour vous justement ?
06:05Pour moi, le sujet, c'est la culture du viol.
06:08Je trouve qu'on parle de ça en fait avec ce procès.
06:11On parle de consentement, on parle toujours de consentement,
06:13comme quand on parle du voile.
06:14Pour moi, c'est vraiment le cœur du débat.
06:18Et on parle de viol en fait.
06:20Mais ce n'est jamais vraiment prononcé,
06:22parce que comme c'est des prostituées,
06:23bon, à partir du moment où on a payé,
06:24on peut quand même faire ce qu'on veut avec elles.
06:26Et je trouve que c'est terrible qu'on ne revienne pas là-dessus,
06:29parce que pour moi, c'est ce procès-là.
06:31C'est de dire stop à la culture du viol,
06:33et au pouvoir des dominants et de l'argent.
06:35On ne peut pas tout acheter.
06:36Le consentement ne s'achète pas en fait.
06:39Même si on est une prostituée,
06:41on paye pour un service sexuel.
06:43Exactement.
06:43Et non, c'est non qu'on soit une prostituée ou pas une prostituée.
06:47D'accord.
06:48Aujourd'hui, vous avez écrit même,
06:50vous ne reniez pas certains de nos engagements,
06:52vous venez de le dire,
06:54et puis vous ne reniez pas non plus
06:56cette façon d'apparaître seins nus
06:59et de s'emparer de l'image
07:02et d'envahir les médias.
07:04Ça, c'est quelque chose qui était nouveau,
07:06en France en tout cas.
07:07et qui a fait date
07:09et qui continue de faire date.
07:11En quoi, pour vous,
07:13ça a changé le féminisme en France,
07:16ou en tout cas son expression,
07:18l'arrivée de femelle ?
07:19Ça a changé le féminisme
07:22dans le sens où ça l'a mis dans la rue,
07:23alors que depuis longtemps,
07:25depuis des dizaines d'années,
07:26il n'occupait plus trop la rue
07:27ou alors de manière très classique,
07:28comme les syndicats,
07:29par des manifestations assez traditionnelles.
07:32Là, ça a remis l'activisme féministe dans la rue.
07:36de manière assez spectaculaire.
07:38Et ça a replacé le corps au centre du débat,
07:41qui est pour moi le centre de toutes les oppressions.
07:46Je trouve que voilà, aujourd'hui,
07:48c'est qu'on parle de l'IVG,
07:50qu'on parle du harcèlement de rue,
07:51qu'on parle de la PMA.
07:53C'est des questions où le corps de la femme
07:55est au centre des débats
07:56et où des hommes vont décider
08:00de ce qu'elle doit faire de leur corps en permanence.
08:02Donc je trouvais ça vraiment intéressant.
08:04Et je pense que la dernière dimension,
08:06c'est lié au fait que ça transpose le féminisme dans la rue,
08:09c'est que ça devenait plus populaire.
08:10J'ai l'impression que toutes les femmes,
08:12qu'elles soient éduquées ou pas,
08:14qu'elles viennent de milieux bourgeois ou plus populaires,
08:17pouvaient se retrouver dans ce mouvement-là.
08:19Et des femmes qui n'étaient pas du tout féministes avant,
08:21qui ne s'étaient jamais posées la question,
08:23pouvaient rejoindre le mouvement
08:24et devenir féministes.
08:27Et ça, c'est quelque chose qui m'a beaucoup parlé.
08:29Et vous, alors, vous le dites dans le livre,
08:30vous étiez féministe avant Femmènes.
08:32Vous l'êtes aujourd'hui et vous le serez sans doute demain.
08:35Sous quelle forme ?
08:36Sous plusieurs formes.
08:37Je pense qu'aujourd'hui,
08:39comme je suis journaliste pigiste,
08:41je pense que l'écriture est un moyen de militer,
08:45mais vraiment autrement.
08:47Je pense que ne serait-ce que par le choix des sujets
08:48que je peux proposer,
08:49c'est quelque part une forme de féminisme,
08:51sans que ce soit engagé forcément ou politique,
08:57puisque moi, c'est le problème dans mon travail.
08:58On va me dire, tu es féministe,
08:59tu ne fais pas bien ton travail,
09:00parce que tu es orientée.
09:03Alors que non, le féminisme,
09:04ce n'est pas une opinion politique,
09:05c'est juste une vision différente des choses.
09:07Et ça ne veut pas dire que je suis de gauche ou de droite,
09:09et que je suis biaisée,
09:10et que je ne sais pas faire mon travail.
09:11En plus, je pense qu'on sait faire la part des choses.
09:13C'est encore une autre question.
09:15Mais donc, je pense que par l'écriture,
09:16c'est un bon moyen de convaincre en plus,
09:19et d'amener des sujets à des gens
09:21qui n'auraient pas pensé à ces sujets-là avant,
09:23qui n'en ont pas connaissance,
09:24ou de soulever des problèmes
09:25que certains lecteurs ne connaissent pas.
09:27Et aussi, en freelance, comme je dis,
09:30en participant à plusieurs projets
09:33proposés par différentes associations.
09:34Par exemple, j'ai fait une action avec la Barbe
09:36il y a une semaine.
09:37Je fais partie d'un collectif de femmes journalistes
09:39qui s'appelle Prenons la Une,
09:40où on écrit des tribunes,
09:42on essaie de sensibiliser les rédactions,
09:44la représentation des femmes dans les médias.
09:46Là, je vais certainement faire une action
09:47et causer le féminisme cette semaine.
09:49Enfin, voilà, c'est vraiment participer ponctuellement
09:51à différentes actions avec différents mouvements.
09:53Très bien.
09:55Bonne continuation, en tout cas.
09:56Merci.
09:57Merci pour nous.
09:58Merci.
09:59Merci.
09:59Merci.
09:59C'est parti.

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