00:01Héloïse Bouton, bonjour.
00:03Bonjour.
00:03Donc, vous publiez ce livre aux éditions du moment qui s'appelle Confession d'une ex-Fémen.
00:08Effectivement, vous avez été militante fémen pendant deux ans et vous avez quitté le mouvement.
00:14Une petite interrogation sur le choix du titre Confession.
00:19Ça me semble être un petit clin d'œil puisque justement vous êtes accusée et vous avez été condamnée pour
00:25avoir mené une action solitaire,
00:27mais au nom de Fémen, à l'église de la Madeleine.
00:30Vous avez été condamnée à la prison d'exorcisme, si je ne m'abuse, et à une amende.
00:36Le mot Confession, quand on a été condamnée pour faire une action dans une église, c'est un petit peu
00:41bizarre, non ?
00:42Oui, je pense que c'était un clin d'œil.
00:43C'était surtout une idée à la base de mon éditeur qui m'a soumise et j'ai trouvé ça
00:47rigolo.
00:48Je trouvais que ça collait pas mal avec l'esprit un peu caustique et sarcastique de Fémen,
00:52de faire une allusion justement à cette action-là, ou à toutes les actions menées contre les institutions religieuses en
00:57général.
00:58Au-delà de cette petite boutade, ce livre raconte votre parcours au sein de Fémen.
01:06C'est pas acrimonieux, mais vous dénoncez quand même le fonctionnement interne,
01:10tout en justifiant les actions de ces filles et du mouvement en général.
01:16Question d'actualité, Ina Shevchenko a été visée, elle aussi, par une attaque terroriste, il y a quelques jours.
01:26Est-ce que vous avez de ces nouvelles ?
01:27Je n'ai pas eu de ces nouvelles.
01:29Moi, j'étais assez... ça m'a un peu choquée d'apprendre qu'elle était présente dans cette salle à
01:33Copenhague.
01:34Donc j'ai envoyé un mail, j'ai demandé si tout allait bien, mais bon, j'ai mis une réponse
01:37de sa part.
01:38Et après j'ai vu qu'elle tweetait, donc si elle tweet, c'est que tout va bien.
01:42Donc c'est un peu emblématique aussi du mode de communication entre vous, c'est-à-dire qu'il y
01:48a une grande fraîcheur,
01:50pour ne pas dire froideur, entre les filles du mouvement.
01:53Oui, tout à fait.
01:55Justement, en envoyant ce mail à Ina, je me suis dit que ça a rejoué encore un mode de communication
02:01passé dans le mouvement.
02:03C'est-à-dire que moi je pose des questions et il y a le silence en face, en fait.
02:06C'est un peu la même chose qui s'est produit.
02:08Je lui dis, salut, ça va, j'ai vu qu'il y avait un attentat, j'espère que tu vas
02:11bien, et je n'ai jamais de réponse.
02:12Et c'est un peu ce qui s'est produit à plusieurs moments sur beaucoup de sujets, où moi j
02:17'avais des questions, des doutes en tout cas.
02:20Et c'est vrai qu'il y a un vrai problème de communication, c'est ce que j'explique dans
02:23mon livre.
02:23Je pense que c'est vraiment la raison majeure qui m'a fait partir de Femen.
02:27Deux questions en une.
02:29Qu'est-ce qui vous a fait adhérer à Femen et qu'est-ce qui vous a fait rester quand
02:32même ?
02:32Parce que dès les premières pages de votre livre, dès la première action à Londres, même peut-être avant, vous
02:38dites, parce que vous avez été une des premières françaises, vous avez été à l'initiative, avec d'autres, de
02:44la constitution de la branche française de Femen.
02:47Dès les premières actions, vous dites, à ce moment-là, j'aurais peut-être dû partir.
02:51Et qu'est-ce qui vous a fait rester quand même pendant deux ans ?
02:53C'est une bonne question.
02:55Je me le demande parfois aujourd'hui avec le recul, je ne sais pas trop.
02:58Je pense que c'est un espoir que tous ces doutes s'évaporent et que les choses s'améliorent et
03:04qu'avec le temps, le mouvement se stabilise.
03:06Parce que je pense qu'au début, tous les doutes que j'avais, je les mettais sur le compte de
03:10la nouveauté du mouvement qui était en train de se construire en France et qui n'était pas encore pérenne
03:14du tout.
03:15Donc je pense que c'est ça qui m'a fait rester.
03:17Je me suis dit, voilà, avec le temps, ça va se consolider et tous ces doutes vont s'en aller.
03:22Et je ne sais pas trop aussi à d'autres moments ce qui m'a fait, sur des actions plus
03:26ponctuelles, ce qui m'a fait y aller ou pas.
03:28Parce que c'est vrai que, par exemple, Notre-Dame, je sais que je n'étais pas forcément la plus
03:32convaincue, mais je me suis dit, bon, allez, on y va.
03:34Tu as rappelé un petit peu Notre-Dame, c'était ?
03:36Notre-Dame, c'était en mars 2013, c'était suite à la démission du pape Benoît XVI.
03:41On est allé dans l'église de Notre-Dame sonner les cloches qui étaient exposées dans la nef.
03:45Avec des slogans qui célébraient le départ du pape et aussi contre l'homophobie, puisque c'était le moment du
03:49mariage pour tous.
03:52D'accord. Et par contre, l'action de la Madeleine contre la remise en cause de l'avortement,
03:58ça c'est quelque chose que vous avez non seulement assumé, mais que vous avez fait seule.
04:01Donc vous étiez parfaitement consciente et engagée.
04:07Oui, j'étais complètement en accord avec cette action.
04:10Aujourd'hui encore, je trouve que c'est une des actions qui est la plus lisible.
04:13Donc pour moi, il n'y a pas de problème de message, il n'y a pas d'erreur, je
04:18trouve.
04:18Et après, c'est le hasard un peu qui a fait que c'est moi qui suis allée toute seule,
04:22puisque c'était une question de planning et j'étais la seule disponible ce jour-là.
04:25Donc c'est tombé sur moi comme ça aurait pu tomber sur d'autres militantes.
04:27Et ça faisait quand même partie aussi d'une campagne globale
04:31où des militantes menaient des actions individuelles dans plusieurs villes d'Europe
04:34pour les mêmes raisons, pour dénoncer la même chose.
04:37Alors aujourd'hui, il y a un combat pour lequel les Femmels se sont mobilisées d'ailleurs
04:41lors du procès Strauss-Kahn.
04:43C'est le combat contre la prédation de ce genre d'homme qu'est Strauss-Kahn,
04:51mais sans doute aussi bien d'autres.
04:53En l'occurrence, là c'est de lui dont il s'agit,
04:56mais on se rend compte que c'est loin d'être le seul.
04:59Quel est votre regard sur les actions qui ont été faites et sur ce procès en général ?
05:03Alors moi, cette action Femmels, je la trouve super.
05:06Il y a beaucoup d'actions qu'elles ont faites récemment que je n'ai pas trop comprises,
05:09notamment le faux enlèvement du prêtre par exemple,
05:11qu'elles avaient mis en scène.
05:13Elles avaient simulé un enlèvement de prêtre à Agnières,
05:15elles avaient fait une vidéo, on a cru que c'était vrai,
05:17puis après elles ont communiqué dessus en disant que c'était une blague,
05:19c'était un comédien, elles voulaient faire quelque chose,
05:21un punning du genre Gorafi un peu.
05:24J'avoue que je n'ai pas très bien compris le sens.
05:26Alors que là, je trouve que cette action DSK, elle est très claire,
05:29elle est très drôle, le slogan,
05:30« It's your turn to be fucked », je trouve ça drôle.
05:33C'est ce que j'aime bien chez Femmels, au début, c'est ce qui m'a plu.
05:37Et après, le procès en soi, je le trouve assez hallucinant,
05:42parce que je trouve qu'on se trompe en fait.
05:43On fait le procès de plein d'autres choses,
05:45mais pas vraiment de ce qui devrait être mis en procès.
05:47On fait des procès déguisés de la prostitution,
05:50et ce n'est pas ce dont on parle en fait.
05:52Pour moi, il y a des confusions de genre,
05:54et ce qui profite à Dominique Strauss-Kahn.
05:57Je pense qu'il va bien s'en tirer en fait.
05:59Je pense qu'il va être relaxé.
06:01Je ne vois pas d'autres issues en fait.
06:03Et c'est quoi le sujet pour vous justement ?
06:05Pour moi, le sujet, c'est la culture du viol.
06:08Je trouve qu'on parle de ça en fait avec ce procès.
06:11On parle de consentement, on parle toujours de consentement,
06:13comme quand on parle du voile.
06:14Pour moi, c'est vraiment le cœur du débat.
06:18Et on parle de viol en fait.
06:20Mais ce n'est jamais vraiment prononcé,
06:22parce que comme c'est des prostituées,
06:23bon, à partir du moment où on a payé,
06:24on peut quand même faire ce qu'on veut avec elles.
06:26Et je trouve que c'est terrible qu'on ne revienne pas là-dessus,
06:29parce que pour moi, c'est ce procès-là.
06:31C'est de dire stop à la culture du viol,
06:33et au pouvoir des dominants et de l'argent.
06:35On ne peut pas tout acheter.
06:36Le consentement ne s'achète pas en fait.
06:39Même si on est une prostituée,
06:41on paye pour un service sexuel.
06:43Exactement.
06:43Et non, c'est non qu'on soit une prostituée ou pas une prostituée.
06:47D'accord.
06:48Aujourd'hui, vous avez écrit même,
06:50vous ne reniez pas certains de nos engagements,
06:52vous venez de le dire,
06:54et puis vous ne reniez pas non plus
06:56cette façon d'apparaître seins nus
06:59et de s'emparer de l'image
07:02et d'envahir les médias.
07:04Ça, c'est quelque chose qui était nouveau,
07:06en France en tout cas.
07:07et qui a fait date
07:09et qui continue de faire date.
07:11En quoi, pour vous,
07:13ça a changé le féminisme en France,
07:16ou en tout cas son expression,
07:18l'arrivée de femelle ?
07:19Ça a changé le féminisme
07:22dans le sens où ça l'a mis dans la rue,
07:23alors que depuis longtemps,
07:25depuis des dizaines d'années,
07:26il n'occupait plus trop la rue
07:27ou alors de manière très classique,
07:28comme les syndicats,
07:29par des manifestations assez traditionnelles.
07:32Là, ça a remis l'activisme féministe dans la rue.
07:36de manière assez spectaculaire.
07:38Et ça a replacé le corps au centre du débat,
07:41qui est pour moi le centre de toutes les oppressions.
07:46Je trouve que voilà, aujourd'hui,
07:48c'est qu'on parle de l'IVG,
07:50qu'on parle du harcèlement de rue,
07:51qu'on parle de la PMA.
07:53C'est des questions où le corps de la femme
07:55est au centre des débats
07:56et où des hommes vont décider
08:00de ce qu'elle doit faire de leur corps en permanence.
08:02Donc je trouvais ça vraiment intéressant.
08:04Et je pense que la dernière dimension,
08:06c'est lié au fait que ça transpose le féminisme dans la rue,
08:09c'est que ça devenait plus populaire.
08:10J'ai l'impression que toutes les femmes,
08:12qu'elles soient éduquées ou pas,
08:14qu'elles viennent de milieux bourgeois ou plus populaires,
08:17pouvaient se retrouver dans ce mouvement-là.
08:19Et des femmes qui n'étaient pas du tout féministes avant,
08:21qui ne s'étaient jamais posées la question,
08:23pouvaient rejoindre le mouvement
08:24et devenir féministes.
08:27Et ça, c'est quelque chose qui m'a beaucoup parlé.
08:29Et vous, alors, vous le dites dans le livre,
08:30vous étiez féministe avant Femmènes.
08:32Vous l'êtes aujourd'hui et vous le serez sans doute demain.
08:35Sous quelle forme ?
08:36Sous plusieurs formes.
08:37Je pense qu'aujourd'hui,
08:39comme je suis journaliste pigiste,
08:41je pense que l'écriture est un moyen de militer,
08:45mais vraiment autrement.
08:47Je pense que ne serait-ce que par le choix des sujets
08:48que je peux proposer,
08:49c'est quelque part une forme de féminisme,
08:51sans que ce soit engagé forcément ou politique,
08:57puisque moi, c'est le problème dans mon travail.
08:58On va me dire, tu es féministe,
08:59tu ne fais pas bien ton travail,
09:00parce que tu es orientée.
09:03Alors que non, le féminisme,
09:04ce n'est pas une opinion politique,
09:05c'est juste une vision différente des choses.
09:07Et ça ne veut pas dire que je suis de gauche ou de droite,
09:09et que je suis biaisée,
09:10et que je ne sais pas faire mon travail.
09:11En plus, je pense qu'on sait faire la part des choses.
09:13C'est encore une autre question.
09:15Mais donc, je pense que par l'écriture,
09:16c'est un bon moyen de convaincre en plus,
09:19et d'amener des sujets à des gens
09:21qui n'auraient pas pensé à ces sujets-là avant,
09:23qui n'en ont pas connaissance,
09:24ou de soulever des problèmes
09:25que certains lecteurs ne connaissent pas.
09:27Et aussi, en freelance, comme je dis,
09:30en participant à plusieurs projets
09:33proposés par différentes associations.
09:34Par exemple, j'ai fait une action avec la Barbe
09:36il y a une semaine.
09:37Je fais partie d'un collectif de femmes journalistes
09:39qui s'appelle Prenons la Une,
09:40où on écrit des tribunes,
09:42on essaie de sensibiliser les rédactions,
09:44la représentation des femmes dans les médias.
09:46Là, je vais certainement faire une action
09:47et causer le féminisme cette semaine.
09:49Enfin, voilà, c'est vraiment participer ponctuellement
09:51à différentes actions avec différents mouvements.
09:53Très bien.
09:55Bonne continuation, en tout cas.
09:56Merci.
09:57Merci pour nous.
09:58Merci.
09:59Merci.
09:59Merci.
09:59C'est parti.