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Habiter Paris.... Un droit, une chance, une galère ? Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris, en charge du logement et de l'hébergement d'urgence était l'invité de la page Facebook de l'Humanité pour un débat interactif en direct avec les internautes, mardi 14 mars 2017.
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Transcription
00:04Bonjour, je crois qu'on est en direct sur Facebook avec Luma et donc on commence cette discussion que
00:09je suis très très heureux d'avoir avec mon journal préféré. On commence. Bonjour Yann Brossat. Bonjour.
00:1636 ans, adjoint à la maire de Paris, en charge du logement et de l'hébergement d'urgence. En
00:22attendant les questions des internautes, moi j'en ai une. Je pourrais vous assommer de chiffres et
00:29deux chiffres qui sont pas très réjouissants. Mais j'aimerais plutôt que vous nous racontiez comment
00:35ça se passe dans vos permanences d'élus. Qui vient vous voir ? On ne vient pas voir un élu,
00:38c'est un peu
00:39comme Luma. On n'appelle jamais Luma pour dire « Allo Luma, tout va bien ». On n'appelle jamais
00:43Yann Brossat
00:44pour dire « Tout va bien ». Qu'est-ce qu'on vient vous dire ? C'est vrai que
00:48d'abord je tiens une
00:49permanence qui n'est pas le cas de tous les élus à Paris et je le fais depuis maintenant huit
00:54ans,
00:55depuis 2008 à la mairie du 18e arrondissement tous les vendredis après-midi. Et l'essentiel
01:01des gens qui viennent me voir, mais c'était déjà le cas avant que je ne devienne adjoint
01:04au logement, c'est pour me parler de logement et c'est pour me parler de leurs difficultés
01:08à trouver un logement qui est adapté à leur situation familiale. Moi je suis frappé
01:12par deux choses. D'abord par l'ampleur des difficultés de logement des gens qui viennent
01:19me voir avec des histoires qui sont souvent extrêmement douloureuses. Et par un deuxième
01:25élément qui est important à mes yeux, c'est que de plus en plus de classes moyennes viennent
01:31me voir et me disent qu'elles ont des difficultés à se loger réelles avec souvent des tout
01:39petits logements dans lesquels elles vivent avec leurs familles. Et ça me fait dire que le
01:45logement, contrairement à ce qu'on pense parfois, ce n'est pas seulement le problème
01:50d'une petite minorité, mais c'est le problème de beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde.
01:55Et ça renvoie aux chiffres dont vous parlez, notamment aux dernières statistiques de la
01:59Fondation Abbé Pierre, c'est que ceux qui souffrent de problèmes de logement, ce ne sont pas seulement
02:03les plus pauvres, ce sont aussi les classes moyennes. Et je pense que ça montre que le logement
02:08est un combat qui doit être mené de manière très, très large. En tout cas, c'est le défi
02:12qui nous est posé aujourd'hui. Le logement, c'est le premier budget d'investissement
02:16de la ville de Paris. Comparé aux autres capitales, comment va Paris
02:21au point de vue du logement ? Paris est une ville dans laquelle le logement reste
02:26très difficilement accessible. On a 120 000 parisiens qui sont demandeurs de logement
02:31social et qui ont donc des difficultés de logement. C'est dans le même temps une ville
02:37qui cherche à résoudre le problème et qui investit massivement pour le logement.
02:413 milliards d'euros investis pour le logement et notamment le logement social
02:46sur les six années de notre mandature, donc entre 2014 et 2020, ce qui nous permet
02:51de produire chaque année 7500 logements sociaux, ce qui est quand même conséquent,
02:56ce qui est beaucoup. Malgré tout, la marche est haute et si on veut vraiment réussir
03:02à régler le problème, il faut accélérer, il faut continuer à se battre pour produire
03:06du logement social, pour produire du logement social dans tous les quartiers,
03:10ce qui n'est pas toujours facile, et aussi pour intervenir sur le parc privé.
03:14Parce que même si Paris compte aujourd'hui 21% de logements sociaux, on était à 13% en 2001,
03:19donc on a bien progressé, 21% de logements sociaux, ça fait quand même que 79% des autres
03:26logements relèvent du parc privé. Donc il faut qu'on trouve des outils pour réguler
03:31ce parc privé qui, malgré tout, est très majoritaire.
03:34Il y a de la place pour construire à Paris ?
03:37D'abord, contrairement à ce qu'on... Alors c'est vrai que Paris est une ville très dense.
03:40Paris est la ville la plus dense d'Europe, et donc on a peu de parcelles disponibles.
03:44Mais avec un peu d'imagination, on trouve quand même des parcelles.
03:48D'abord, il y a des parcelles qui appartiennent à l'État, et nous avons obtenu qu'un certain nombre
03:54de terrains de l'État puissent nous être cédés. Je pense en particulier à la moitié
03:57de l'actuel ministère de la Défense, ce qu'on appelle l'île Saint-Germain,
04:0014 000 m², qui vont être transformés en logements sociaux.
04:04La signature doit intervenir dans les jours qui viennent.
04:07Après, il y aura évidemment les travaux à réaliser.
04:09Mais enfin, 200 logements sociaux au cœur du 7e arrondissement, c'est quand même pas mal.
04:13Et puis, par ailleurs, il y a aussi les parcelles qui appartiennent à la SNCF,
04:16et nous sommes en discussion constante avec la SNCF pour obtenir que sur les terrains
04:21dont elle n'a plus usage, les friches industrielles dont elle n'a plus usage,
04:25nous puissions produire notamment du logement social.
04:27Pas que du logement social, aussi des équipements publics.
04:31Et donc, on arrive quand même à produire des logements à Paris,
04:36même si cette problématique de la densité ne peut pas être balayée d'un revers de main.
04:40On en construit, mais on en détruit aussi ?
04:42On détruit peu de logements à Paris.
04:45Ce qu'on fait en revanche, c'est qu'on transforme du bâti existant,
04:48et notamment, on essaye en tout cas de transformer des immeubles de bureaux obsolètes en logements.
04:55Ce qui nous permet de gagner de nouveaux logements,
04:57sans pour autant donner l'impression de densifier,
05:00puisque c'est des immeubles qui existent déjà.
05:03J'ai inauguré d'ailleurs, il y a une semaine,
05:05de très beaux logements sociaux dans le 9e arrondissement,
05:08d'anciens bureaux qui abritaient des banques,
05:11qui ont été transformés en logements sociaux,
05:14qui accueillent maintenant des familles.
05:16Et donc ça, pour nous, c'est une vraie problématique.
05:19En moyenne, chaque année, il y a 40 000 m² de bureaux qui sont transformés en logements à Paris,
05:23et c'est un vrai levier très intéressant pour nous.
05:26Alors, des bureaux inoccupés, des logements inoccupés,
05:30qui appartiennent quelquefois à des fortunés,
05:33on le voit avec ce qui arrive à Jeudi Noir,
05:34qui est poursuivi par une très très très riche propriétaire foncière,
05:38et qui les attaque parce que 8 jeunes ont été squattés pendant quelques mois à un immeuble à elles.
05:45Si je vous dis préemption, si je vous dis réquisition, c'est un gros mot ?
05:52Pas du tout.
05:53Alors, le problème, c'est que la préemption, ça relève de la ville de Paris.
05:57Donc, on pratique régulièrement la préemption.
05:58C'est quoi la préemption ?
05:59La préemption, c'est tout simple.
06:01C'est lorsqu'un propriétaire décide de vendre un immeuble par exemple,
06:08la ville de Paris, si elle a un projet d'intérêt général à faire valoir,
06:11mais le logement social, c'est de l'intérêt général,
06:13elle peut se substituer à l'acquéreur qui s'était positionné sur l'immeuble.
06:17Et à ce moment-là, l'acquéreur initial est évincé, c'est la ville de Paris qui en devient propriétaire,
06:23et on a la possibilité de faire du logement social.
06:26Et chaque année, enfin en tout cas pour ce qui est de 2017,
06:30le budget dédié aux préemptions à la ville de Paris, c'est 180 millions d'euros,
06:34donc c'est quand même très très important.
06:36Donc ça arrive ?
06:37Ça arrive régulièrement, et c'est ce qui nous permet de faire du logement social
06:41dans des arrondissements très déficitaires, notamment les arrondissements comme le 16ème,
06:49où on pratique régulièrement la preemption.
06:51On achète un immeuble et on le transforme en logement social.
06:54Donc oui, la preemption, pour ce qui est de la réquisition,
06:56ça relève de la préfecture, donc de l'État.
07:00Aujourd'hui, l'État pourrait réquisitionner des immeubles vacants,
07:06notamment le fameux immeuble de la rue de Sèvres qui a été occupé par Jeudi Noir.
07:11Et je regrette, moi, que l'État soit si timide en matière de réquisition.
07:15Et je pense qu'aujourd'hui, l'État devrait prendre ses responsabilités
07:20et réquisitionner à chaque fois que nécessaire.
07:23Si la ville de Paris pouvait le faire, elle le ferait.
07:26Mais aujourd'hui, on ne peut rien faire d'autre que de demander à l'État
07:31d'utiliser ce droit de réquisition. J'aimerais vraiment que l'État le fasse.
07:35On va parler de plusieurs rendez-vous, mais il y a un rassemblement,
07:38je crois, au Canal Saint-Martin, jeudi soir, enfin jeudi à 16h,
07:43pour parler du mal-logement, pour parler justement de toutes ces histoires
07:47de préemption possible, de réquisition. Est-ce qu'on vous y verra, ce rassemblement ?
07:51Oui, j'essaierai d'y passer.
07:53Ça me fait juste penser à une chose, puisqu'on parlait d'immeubles qui avaient été occupés.
07:58Je pense à un immeuble du 2 rue de Valenciennes, dans le 10e arrondissement,
08:01qui avait été occupé par le DAL et par Jeudis Noir.
08:05Et c'est un bon exemple d'immeuble qui a été préempté par la ville.
08:09C'est un immeuble de bureau qui était vacant depuis très longtemps.
08:11C'est une ancienne immeuble qui fabriquait des bijoux.
08:14Et on a fini par l'acheter, l'acquérir.
08:18Et il sera transformé en logement social.
08:20Alors, on avait publié la petite vidéo, un peu de pub, qui présentait notre rendez-vous de ce soir.
08:26Et on avait eu une question d'Asia.
08:27J'espère qu'elle est avec nous ce soir, Asia.
08:30Bonsoir Asia.
08:30qui voulait qu'on parle de mixité sociale et qui disait
08:34« J'aimerais une réflexion sur la mixité sociale.
08:37Est-ce faire de la mixité sociale, de concentrer dans le même immeuble HLM
08:42une même population, dans un quartier assez huppé ?
08:46Je ne vous raconte pas la stigmatisation et les effets de rejet qui en découlent. »
08:50Alors, est-ce que c'est ça, faire de la mixité sociale ?
08:52C'est dire, allez, je préemple un immeuble, j'y mets que des gens en galère
08:58et tout va bien se passer. C'est ça la mixité sociale ?
09:01Non.
09:03Mais surtout, d'abord, quand on produit des HLM,
09:06notamment dans ces arrondissements comme le 16ème,
09:09on n'y met pas que des populations qui sont en très très grande difficulté.
09:13Le logement social, aujourd'hui, 70% des Parisiens, au vu de leurs revenus,
09:17ils sont éligibles.
09:18Le logement social, il s'adresse évidemment aux familles très modestes,
09:21mais il s'adresse aussi aux classes moyennes, à des gens qui travaillent.
09:24Et donc, quand on installe du logement social,
09:25ce n'est pas une nuisance pour la population locale.
09:28Et puis, moi, je crois beaucoup aussi aux faits et à l'expérience.
09:33Et en l'occurrence, je reviens du 16ème arrondissement.
09:37J'y étais juste avant de venir ici dans les studios à Saint-Denis.
09:42Et donc, j'étais dans le 16ème,
09:44là où nous avons ouvert un centre d'hébergement pour sans-abri,
09:48pile un an après une réunion publique que nous avions tenue à l'Université Dauphine
09:52et qui s'était très très mal passé avec les riverains du 16ème.
09:56On s'est fait insulter, traiter de tous les noms, la préfète autant que moi d'ailleurs.
10:01Et le constat qu'on fait, d'abord, le centre a ouvert depuis le mois de novembre.
10:05Et le constat qu'on fait, c'est qu'aujourd'hui, les choses se passent très bien.
10:09Il y a des enfants qui sont scolarisés dans le quartier, des enfants de famille qui étaient SDF.
10:13Les enfants sont scolarisés.
10:14On a maintenant le premier gosse qui vient d'être accueilli en crèche dans le 16ème arrondissement.
10:19Et au final, ça se passe bien.
10:21Les gamins que j'ai vus, en plus, ma visite coïncidait avec la sortie d'école,
10:26les gamins sont heureux et les familles vivent aussi le fait d'être là comme une forme d'ascension sociale.
10:33Et elles sont heureuses pour leurs gosses parce que, quand on est pauvre, on n'a pas forcément envie que
10:38ses propres gamins ne fréquentent que des pauvres.
10:41Et donc, le constat que je fais, c'est que, malgré les appréhensions qu'il peut y avoir au départ,
10:47les choses se passent beaucoup mieux à l'usage.
10:49Voilà. Et donc, ça me réjouit.
10:51Et les gens du quartier, ils en tirent aussi des bénéfices ?
10:55C'est assez curieux.
10:56Mais en l'occurrence, si je continue le fil de cette histoire, dans le 16ème arrondissement,
10:59c'était la bagarre générale quand nous avons annoncé l'installation de ce centre d'hébergement.
11:05Et aujourd'hui, un certain nombre de personnes qui s'étaient mobilisées contre le centre d'hébergement
11:09sont bénévoles et sont volontaires pour aider au fonctionnement du centre.
11:14Elles apportent des vêtements, elles font parfois de l'alphabilisation, de l'aide aux devoirs.
11:19Et donc, je pense que, quand les gens finissent par se côtoyer, leurs a priori finissent par tomber.
11:25Mais ça suppose que l'expérience puisse se faire.
11:27Et donc, si la ville de Paris n'avait pas tenu bon,
11:30et si on n'avait pas décidé de maintenir ce projet en dépit des difficultés auxquelles on était confrontés,
11:35on n'aurait pas eu cette expérience qui, aujourd'hui, est positive.
11:38Et donc, je pense que la leçon à tenir, c'est qu'il faut aussi être capable de tenir sur
11:44nos valeurs.
11:45Et la politique peut être autre chose qu'une série de renoncements.
11:49En tout cas, c'est ce que j'en tire.
11:54Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l'élu n'a pas tout prévu dans le centre ?
11:57En fait, il y a des belles choses qui se créent et qui n'étaient pas prévues.
11:59Vous n'aviez pas prévu que l'on ait solidarité ?
12:01Moi, je n'avais pas anticipé ça.
12:03J'avais moi-même, sans doute, un certain nombre d'a priori en tête.
12:08Et je suis heureux que nos a priori respectifs, à la population locale et aux miens aussi,
12:15et puis, finalement, se dissiper. Tant mieux.
12:17Yann Brossat, si dans la poche de votre veste, je glisse un petit mot,
12:21« S'il te plaît, Yann, est-ce que tu peux m'avoir un logement social ? »
12:25Est-ce que ça marche ?
12:27La réponse est non. Enfin, je lirai le petit mot.
12:29Mais la réponse est non.
12:31La Ville de Paris a fait le choix, comme beaucoup d'autres villes d'ailleurs,
12:35d'avoir un système d'attribution de logements sociaux transparent,
12:39avec une commission pluraliste.
12:40Ça existe depuis longtemps.
12:42Qu'il y a dans cette commission, quand on est pluraliste ?
12:45C'est une commission d'attribution ?
12:46La commission de la Ville de Paris, elle attribue en moyenne 4 000 logements sociaux chaque année.
12:52C'est peu et beaucoup à la fois.
12:55Elle se réunit une fois par semaine et elle est pluraliste
12:57parce qu'elle contient à la fois des élus de la majorité municipale,
13:01des élus de l'opposition, de droite, et des associations.
13:06En l'occurrence, Emmaüs Solidarité, une association qui représente les locataires du parc social.
13:14Et donc, cette commission, elle se réunit tous les jeudis après-midi à 14h.
13:18Et elle est désormais, c'est une nouveauté ouverte au public,
13:21ce qui permet aux Parisiens de constater par eux-mêmes qu'il n'y a pas d'entourlôme.
13:25Alors, c'est-à-dire que si j'ai déposé une demande de logement social il y a 7 ans
13:30?
13:31C'est ça ?
13:32La moyenne d'attribution, malheureusement, c'est 7 ans.
13:35Je peux aller tous les jeudis après-midi ?
13:39Non, vous pouvez assister une fois à la commission pour vérifier comment elle fonctionne.
13:44D'accord.
13:45Et c'est fréquenté ?
13:46Les gens viennent ?
13:46C'est fréquenté, on a en moyenne 3 Parisiens qui, chaque semaine, viennent assister à la commission.
13:52C'est pas passionnant, ouais ?
13:54Et puis ça va vite, il faut s'accrocher pour tout comprendre.
13:57Mais en tout cas, je trouve que c'est un exercice démocratique important.
14:01Et puis ça permet aussi, là aussi, de lever un certain nombre de soupçons qui pèsent sur les attributions de
14:06logements sociaux.
14:07Il y a quand même, du fait de l'histoire de Paris, de ce qui s'est passé notamment sous
14:12l'air Chirac-Tiberi,
14:13une réputation et une forme d'air du soupçon qui pèsent sur les attributions de logements sociaux.
14:18Et nous avons décidé de l'ouvrir au public pour lever ces appréhensions-là.
14:22Et en l'occurrence, ça marche bien.
14:24En tout cas, les gens, à la sortie de la commission, sont plutôt convaincus par le dispositif.
14:31On a un message sur Twitter qui est arrivé.
14:35On va dire que c'est de l'humour, mais en même temps, ça veut dire quelque chose.
14:40C'est Jess qui écrit
14:41« J'ai un château et plus assez de place pour ranger mes 48 000 euros de costumes. Que faire
14:47? »
14:47En tout cas, c'est plutôt une bonne chose que François Fillon fréquente la Sine de l'Humanité.
14:54C'est marrant.
14:55Est-ce que les appartements de luxe manquent à Paris ?
14:58Non, non, non. Et puis, ils n'ont surtout pas besoin d'être aidés par la ville de Paris pour
15:02exister.
15:03Non, non. Il y a du logement de luxe qui se produit à Paris, avec quand même un élément que
15:07nous avons introduit.
15:08C'est que maintenant, dans tous les quartiers déficitaires en logement social,
15:12ceux qui comptent moins de 20% de logements sociaux,
15:14nous avons imposé que chaque programme compte une part de logements sociaux.
15:20Donc, les promoteurs savent que s'ils ont un projet de logement privé,
15:25ils vont devoir faire 30% de logements sociaux sur ce programme,
15:29avec un prix fixe qui est de 3650 euros du mètre carré,
15:32qu'ils vendent à un bailleur social.
15:34Et maintenant, c'est rentré dans les mœurs.
15:36Et plus personne ne conteste ça.
15:38Il paraît, parce qu'il y a beaucoup de rumeurs sur le logement,
15:41que les étrangers sont moins candidats à l'achat,
15:45les étrangers qui vont vers du luxe, depuis les attentats.
15:50J'ai plutôt l'impression que ça repart.
15:53D'ailleurs, la question à mes yeux n'est pas la question de savoir s'ils sont étrangers ou pas,
15:57mais on a une vraie problématique à Paris,
16:01qui est que beaucoup de programmes neufs sont achetés par des gens qui en font des résidences secondaires.
16:07Il y a quelques mois, j'ai posé la première pierre d'un immeuble dans le 16e arrondissement.
16:12Et je demande au promoteur, dites-moi, quel est le profil des acheteurs ?
16:17C'était 16 000 euros du mètre carré.
16:19Et il me dit, c'est beaucoup de gens qui en font une résidence secondaire.
16:26Pour moi, c'est un problème parce que notre objectif,
16:28c'est de produire du logement pour loger des gens qui restent là toute l'année
16:31et pas pour faire des résidences secondaires.
16:32C'est-à-dire qu'ils habitent Paris réellement ?
16:34Voilà. Ce que nous souhaitons, c'est une ville habitée par ses habitants.
16:38Ce n'est pas un musée Paris.
16:39Paris, c'est une ville qui est faite pour ses habitants.
16:41Riches par riches, pauvres, moins pauvres.
16:43Ce n'est pas le sujet, mais par des habitants.
16:45Et donc, la question des résidences secondaires est une vraie problématique
16:49parce qu'on a une prolifération de résidences secondaires dans un certain nombre de quartiers.
16:53Et nous avons d'ailleurs souhaité modifier la fiscalité à Paris
16:57pour dissuader ce type d'utilisation du logement.
17:00Il y a désormais une taxe sur les résidences secondaires à Paris.
17:03Ce que je veux, c'est que Paris soit occupée par des gens qui sont là à l'année.
17:06Étrangers, pas étrangers, ce n'est pas le sujet, mais enfin par des gens qui sont là toute l'année.
17:10Une question de Damien.
17:12Oui.
17:13N'y a-t-il pas une exagération des loyers à Paris et en région parisienne,
17:18surtout au regard de la qualité de vie ?
17:20RER en panne, bouchons, ambiance anxiogène, dit-il,
17:26et des salaires pas très élevés des habitants.
17:29Autrement dit, est-ce que Paris est surcoté ?
17:32Je ne pense pas.
17:34Je suis lui de Paris, j'aime Paris, je suis un habitant de Paris depuis que je suis tout petit,
17:37je suis amoureux de cette ville, donc je la défendrai.
17:40En revanche, Damien a raison, ça n'est pas une justification.
17:44Enfin, le fait que Paris soit une ville magnifique,
17:47ça ne justifie pas le fait qu'on ait des loyers qui sont maintenant impossibles
17:51et qui deviennent délirants dans le parc privé.
17:53Et c'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, nous avons milité pour la mise en place d'un encadrement
17:58des loyers à Paris.
17:59Il y a maintenant l'encadrement des loyers depuis maintenant plus d'un an et ça a quand même permis
18:04de raboter un certain nombre de loyers excessifs.
18:06Moi, j'aimerais que la loi aille plus loin, mais en tout cas, c'est une première étape importante.
18:13Il y a juste une question de Freedom Dom qui demande si le phénomène des résidences secondaires est lié au
18:20phénomène Airbnb.
18:22Et c'est une très bonne question.
18:25Et effectivement, en même temps que Paris est de plus en plus confronté aux résidences secondaires,
18:32il y a aussi un développement des meublés touristiques illégaux.
18:35Airbnb, c'est quoi ?
18:37Airbnb, c'est donc une plateforme qui permet de louer des logements à des touristes.
18:43Et donc, en fait, il y a deux situations très différentes à distinguer.
18:48Vous avez évidemment des propriétaires qui louent leurs logements à des touristes quand ils partent en vacances.
18:52Ça, ça ne pose pas de problème.
18:53Le problème qu'on a, c'est qu'il y a maintenant des gens qui achètent des logements, plusieurs logements,
18:58avec pour seul objectif de les transformer en meublés touristiques parce que c'est hyper rentable.
19:02C'est de l'hôtellerie déguisée.
19:03C'est de l'hôtellerie clandestine, exactement.
19:05Et ça, c'est dangereux parce qu'au final, ce sont des logements en moins pour loger des Parisiens.
19:09Et vous avez un certain nombre de quartiers, notamment le Marais ou même chez moi, à Montmartre, dans le 18ème,
19:14où un logement sur trois et désormais un meublé touristique.
19:19Ça, ce n'est pas possible.
19:20Et donc, nous, nous avons souhaité réguler tout ça.
19:22Il y avait quelqu'un qui me demandait de parler davantage de Jean-Luc Mélenchon.
19:26Du coup, je n'en ai pas eu l'occasion, mais je veux le rassurer et lui dire que j
19:29'ai transmis mon parrainage aujourd'hui.
19:31C'est bien, vous suivez là en même temps sur l'écran.
19:34C'est ça, je suis.
19:34Et je vois que Salomé me dit oui, les loyers sont excessifs.
19:37Et Salomé a raison.
19:39C'est quoi un loyer pas excessif ?
19:41Un loyer pas excessif, c'est un loyer qui doit vous permettre de vivre et qui ne vous étrangle pas.
19:49Moi, j'estime qu'on devrait avoir un taux d'effort qui ne devrait pas dépasser les 20%.
19:54C'est-à-dire qu'on ne devrait pas consacrer plus de 20% de ses revenus au paiement de
19:58son loyer.
19:59Aujourd'hui, on a des familles qui consacrent 40, 45, parfois 50% de leurs revenus au logement.
20:07Freedom Dom me demande, la ville de Paris va-t-elle prendre des mesures comme Barcelone sur Airbnb ?
20:12J'allais le dire, merci !
20:14Les grands esprits s'encontrent.
20:16La ville de Paris a même un peu d'avance sur Barcelone
20:19parce que nous avons mis en place un règlement strict sur la régulation des meublés touristiques avant Barcelone.
20:27Et d'ailleurs, nous avons maintenant une brigade de 25 agents qui contrôlent les logements
20:32et qui vérifient qu'ils ne sont pas utilisés de manière illégale comme meublés touristiques.
20:36On est passé de 20 à 25 agents.
20:38Et puis, il y a encore des dispositions légales qui vont intervenir dans les semaines qui viennent.
20:42Et donc, on va resserrer la vis.
20:44Oui, tout à fait, parce que c'est vrai que ce phénomène entretient la spéculation immobilière d'une façon qui
20:50n'est pas acceptable.
20:52La question des chambres de bonnes, elle est réglée ?
20:54Non.
20:55Alors, c'est quoi le problème ?
20:57C'est un problème et une solution à la fois.
21:00C'est qu'il y a un million de mètres carrés vides sous les toits de Paris.
21:03Ce sont les chambres de bonnes.
21:05Elles ne sont pas utilisables en l'état parce qu'elles ne sont pas aux normes aujourd'hui.
21:10Elles font pour une bonne part, pour moitié, moins de 9 mètres carrés.
21:13Alors, la règle, c'est qu'on n'a pas le droit de louer en dessous de 9 mètres carrés.
21:16Et donc, la ville de Paris a mis en place un dispositif sous forme carotte et bâton.
21:22Carotte, avec une aide pour des propriétaires qui s'engagent à faire des travaux dans ces chambres de bonnes.
21:26En échange de quoi, ils doivent les louer en dessous du prix du marché.
21:29Et puis, le bâton, c'est que dans un certain nombre de cas, nous nous réservons la possibilité d'exproprier
21:35quand on a affaire à des propriétaires qui louent des logements qui sont en très mauvais état et qui ne
21:44devraient tout simplement pas être loués.
21:45Manu Blasco me demande si les préemptions de bâtiments ou d'appartements vont continuer.
21:49Oui, elles vont continuer. 180 millions d'euros de budget en 2017 et ça va continuer dans les années qui
21:57suivront.
21:57Et puis, c'est vrai que nous préemptons pas seulement des bâtiments, mais nous préemptons maintenant aussi des logements au
22:03sein de copropriétés,
22:05notamment pour protéger des locataires contre d'éventuels congés pour vente.
22:10Et auquel cas, le prix payé au propriétaire, comme ça, quand vous préemptez, il est fixé comment ?
22:15C'est le prix que demande le propriétaire ?
22:17En général, nous nous alignons sur le prix de l'acquéreur, ce qui nous permet d'éviter des procédures trop
22:21longues,
22:23notamment quand nous préemptons des logements au sein de copropriétés.
22:27Mais il nous arrive, on parlait du 2 rue de Valenciennes tout à l'heure, il nous arrive de préempter
22:31en dessous du prix de l'acquéreur évincé.
22:34Et à ce moment-là, si le propriétaire vendeur n'est pas d'accord avec le prix que nous avons
22:37fixé,
22:38il va devant le juge et c'est au juge de l'expropriation de trancher le débat.
22:43Il s'appuie pour cela sur l'avis de France Domaine.
22:46Il y a un monsieur qui me demande, vous avez cité le nombre de logements sociaux construits chaque année,
22:50mais quelle est en gros la proportion de construction de logements de type PLAI pour les personnes les plus modestes
22:55?
22:55C'est une bonne question aussi de Christophe.
22:58Le PLAI, c'est le logement social le moins cher.
23:01C'est 6 euros du mètre carré.
23:03Et donc sur les 7500 logements sociaux que nous produisons, la production se répartit de la manière suivante.
23:10Il y a 30% de PLAI sur les 7500.
23:13Il y a 40% de PLUS, c'est le logement social traditionnel, donc ça c'est plutôt 6-7
23:18euros du mètre carré.
23:19Et il y a 30% de PLS qui sont plutôt réservés aux classes moyennes et qui eux sont autour
23:24de 13-14 euros du mètre carré.
23:25On parle de loyer là.
23:26On parle de loyer.
23:28Et alors quelqu'un me demande, qu'est-ce que vous pensez du logement pour les demandeurs d'asile à
23:34Paris,
23:35ceux qui sont en cours de procédure et ne bénéficient pas des CADA ?
23:39On essaye de répondre à tout ça.
23:42C'est quoi un CADA ?
23:43Un centre d'accueil pour demandeurs d'asile.
23:46Et la ville de Paris a beaucoup fait, notamment depuis la crise des réfugiés.
23:52Nous avons d'ailleurs ouvert ce centre humanitaire de la Porte de la Chapelle que nous avons porté,
23:57que nous avons un peu, il faut bien le dire, imposé à l'État qui au départ n'était pas
24:00très favorable à ça.
24:02Mais enfin, on manque encore considérablement de place.
24:05Il y a Rose Bayard qui pose une question, mais je crois qu'elle n'est pas pour moi,
24:07qui me demande pourquoi les journalistes de l'Humas sont si peu invités à la télé et dans les médias.
24:12Rose Bayard a raison.
24:14Ça sera peut-être le sujet d'une émission prochaine.
24:18On disait tout à l'heure, en proposition intéressante, que le logement ne nous coûte pas plus de 20%
24:25de nos revenus.
24:26Mais il n'y a pas que le loyer à payer dans un logement.
24:30Il y a aussi l'énergie, l'électricité, le gaz.
24:34Il y a les taxes foncières, les taxes locales.
24:37Il y a les charges locatives.
24:41On a lu avec mes collègues tout à l'heure une prospective qui dit 100% d'augmentation de factures
24:47de loyer, d'énergie d'ici 2023.
24:52Est-ce que l'élu que vous êtes au logement peut imposer à des bailleurs sociaux de renouveler les chaudières
24:59?
24:59On le sait qu'il y a des moyens aujourd'hui beaucoup moins onéreux de se chauffer, etc.
25:04Est-ce que vous avez ce pouvoir ? Est-ce que vous le prenez si vous l'avez ?
25:07Oui, oui.
25:08Et nous avons d'ailleurs mis en place à Paris un plan climat qui s'applique sur les bailleurs sociaux.
25:13Et chaque année, il y a des milliers de logements sociaux qui sont rénovés pour s'adapter au plan climat
25:17avec à la clé des baisses de charges.
25:20Mais je suis bien conscient du fait que c'est un sujet majeur parce qu'au final, ce qui compte
25:25pour le locataire, c'est l'argent qu'il paye, loyer plus charges.
25:30Et donc, on a décidé d'accélérer cette mise aux normes qui nous permet d'avoir des logements sociaux dont
25:35les charges sont en principe moins élevées qu'elles ne l'étaient au départ.
25:40Yann Brossin, vous êtes candidat aux législatives.
25:43Il y a une question de Sauveur, Zitiana, qui demande pourquoi l'Humain Magazine ne sort pas à Ajaccio.
25:49L'Humain Dimanche sera disponible, j'imagine, à Ajaccio. Enfin, en tout cas, je l'espère.
25:54Je l'espère. Il faut aller voir peut-être du côté de la gare. C'est souvent près de la
25:57gare que ça se passe.
25:58Sauf qu'il n'y a pas de train en Corse.
25:59C'est ça. En tout cas, moi, je vais souvent aller en été à Calvi. Et à Calvi, je trouve
26:04l'Humain.
26:07Vous êtes candidat, je le disais, aux législatives. 17e circonscription.
26:10Alors, sur Internet, c'est marrant. Ils disent que vous êtes à cheval sur le 18e et le 19e.
26:19Et si vous étiez élu ? Et si vous êtes élu, vous présentez une loi ?
26:24Est-ce que le logement, ça sera toujours votre passion quand vous serez député ?
26:27Et est-ce que votre expérience parisienne peut vous permettre d'imaginer une loi qui serve au niveau national ?
26:34D'abord, bien sûr. Le logement, c'est un sujet qui me tient à cœur et qui me tient à
26:38cœur aussi parce que j'ai tellement...
26:39C'est vous qui aviez demandé ce...
26:55Est-ce que les classes moyennes, les familles modestes ont accès à cette ville ?
27:00Et donc, moi, je souhaitais m'en occuper. Elle m'a confié cette tâche. J'en suis très, très heureux.
27:04En même temps, ce que je constate, c'est que pour vraiment faire bouger les choses en matière de logement,
27:08à Paris comme ailleurs,
27:08on a besoin d'outils législatifs. Et c'est aussi le sens de ma candidature aux élections législatives.
27:15Je pense à une chose. Moi, ça me rend fou de voir des immeubles vides depuis des années à Paris.
27:22Et donc, par exemple, moi, je serais favorable à une loi qui dirait qu'un immeuble vide depuis plus de
27:27trois ans,
27:28dans une zone dense comme Paris, il devient automatiquement, au bout de trois ans, bien public, sans indemnisation du propriétaire.
27:36De fait, j'ai en tête encore cet immeuble de la rue de Sèvres dont la propriétaire habitait en Belgique.
27:42Je lui écris régulièrement des courriers en lui disant que la ville de Paris serait prête à acquérir l'immeuble
27:48dont elle est propriétaire.
27:49On n'a jamais de réponse. Et à quelques mètres de là, vous avez des gens qui crèvent dehors,
27:53faute de solution d'hébergement parce que le 115 est complètement engorgé.
27:57Ça, typiquement, ça pose la question de l'articulation entre le droit à la propriété et le droit au logement.
28:03Moi, je pense que ça n'est pas acceptable.
28:04Donc, je serai pour une loi qui dit qu'au bout de trois ans, le logement, enfin l'immeuble vide,
28:09en l'occurrence,
28:10devient bien public et on le transforme en logement social sans indemnisation du propriétaire
28:16parce que, manifestement, le propriétaire a abandonné son logement, son immeuble.
28:19Il reste une minute. Je vais vous laisser en tête à tête avec les internautes.
28:24D'abord, j'ai été très, très heureux et c'était un plaisir de dialoguer avec les lecteurs de mon
28:31journal préféré que je continue à lire fidèlement.
28:33Voilà. Donc, bonne soirée à tous.
28:35C'est la première fois que vous faisiez un direct.
28:36C'est la première fois et c'est une expérience que j'ai beaucoup aimée.
28:39Voilà. Merci beaucoup et belle vie à l'humain.

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