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  • il y a 2 jours
La députée européenne Marina Mesure ( La Gauche-FI ) a travaillé pendant près de 10 ans au sein de plusieurs organisations internationales du travail, qui très tôt ont alerté sur l'esclavage auquel étaient réduits les travailleurs étrangers sur les chantiers de la Coupe du monde de football au Qatar.

L'élue explique tous les aspects de ce scandale mondial, les différentes étapes qui ont mené à la levée de l'omerta, et les perspectives pour l'avenir.

Un débat animé par Jean-Jacques Régibier, journaliste de l'Humanité.


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Transcription
00:00Marina Mesur, bonjour. Vous êtes députée européenne de la gauche.
00:03Avant de rejoindre le Parlement européen, vous avez travaillé pendant plusieurs années
00:07sur la situation des travailleurs des chantiers de la Coupe du Monde au Qatar.
00:12Vous avez fait ce travail, c'est important de le dire, au sein de l'OIT,
00:15de l'Organisation Internationale du Travail, d'un autre organisme qui s'appelle
00:19l'Internationale des Travailleurs du Bâtiment et du Bois, je crois.
00:22Et puis en France, vous l'avez fait également au sein de la CGT.
00:26Bon, l'exploitation subie par les travailleurs étrangers venus au Qatar sur les chantiers,
00:32c'est vraiment aujourd'hui au cœur de l'actualité, d'autant que la compétition elle-même
00:36débute dans quelques semaines. J'allais dire, comment est-ce que vous, vous avez été saisie,
00:41alors l'OIT déjà, l'organisme dans lequel vous travaillez, comment vous avez été saisie
00:46initialement de cette situation des travailleurs étrangers au Qatar ?
00:49Comment a été donnée l'alerte ? Comment ça s'est passé ?
00:53Alors, déjà, effectivement, il faut qu'on reparte de ce dîner en novembre 2010,
00:59quand la France acte le soutien au Qatar.
01:02Pourquoi elle acte le soutien au Qatar ?
01:04Là, les investigations sont en train d'arriver, et ils nous disent clairement
01:09qu'il y a ce dîner avec le président Sarkozy, avec Platini, avec le prince héritier du Qatar.
01:15Et à ce moment-là, la France appelle au soutien du Qatar, en échange de, notamment, le rachat du PSG,
01:24la vente de Rafale. Donc il y a ce moment quand même, et j'aimerais partir de là,
01:27donc ce moment où la France acte le soutien au Qatar, malgré les violations évidentes des droits de l'homme.
01:32Qui est aussi dans l'actualité, aujourd'hui, puisqu'on voudrait connaître le fin fond de ce qui s'est
01:37dit dans ce fameux dîner.
01:38C'est ça, on n'y était pas, mais en tout cas, nous, c'est vrai qu'on avait effectivement
01:41déjà,
01:42donc dès 2010, on a eu ces briefs d'infos sur le pourquoi du comment, du soutien de la France
01:48au Qatar.
01:48On arrive, donc moi, je commence à travailler dessus à partir de 2013, donc un petit peu plus tard.
01:53Pourquoi ? Donc à ce moment-là, je travaillais à l'Organisation internationale du travail,
01:58et en 2013, c'est les organisations syndicales mondiales,
02:02donc l'International des travailleurs du bois et du bâtiment,
02:04avec la Confédération syndicale mondiale, qui décide de porter plainte contre le gouvernement qataris,
02:10en disant qu'au Qatar, il ne respecte même pas les conventions de lutte contre le travail forcé,
02:16la Convention 29 de lutte contre le travail forcé, et qu'il y a de l'esclavage au Qatar.
02:19Donc c'est là, moi, où je suis alertée, c'est en 2013, quand il y a ce dépôt de
02:23plainte des organisations syndicales
02:25au sein de l'Organisation internationale du travail.
02:28Et donc, effectivement, c'est le début d'un processus long, puisque vous voyez, maintenant, on est en 2022,
02:34mais donc, à ce moment-là, effectivement, il y a cette alerte qui est donnée,
02:37et donc l'OIT commence à investiguer sur le travail forcé au Qatar,
02:40sur l'esclavage, sur le système kafala, qui fait que les travailleurs sont totalement dépendants de leurs employeurs,
02:47puisque c'est eux qui les fait venir au Qatar avec un système de sponsorisme.
02:51– Oui, on va en parler en détail.
02:52– On en reparlera un peu plus tard.
02:53Mais donc, c'est effectivement à ce moment-là où on est alerté,
02:55et c'est ce moment-là où, en tout cas, moi, de mon côté, je fais la transition entre l
02:59'Organisation internationale du travail
03:00qui porte cette plainte et le syndicat mondial qui va défendre les travailleurs concrètement sur le terrain au Qatar.
03:05– Comment, justement, s'organise cette défense ?
03:09Parce qu'on imagine bien que dans une situation comme celle-ci, c'est quand même pas simple.
03:14Vous-même, vous vous êtes déplacé aux Philippines, je crois,
03:17au Népal également, d'où venez, d'où viennent, sont venus, en tous les cas,
03:21un certain nombre de travailleurs sur les chantiers du Qatar.
03:26Comment vous avez fait ? Comment ça s'est passé ? Quelle a été la méthode, en fait ?
03:31– Oui, donc, effectivement, c'est justement plus dans une réunion à l'Organisation internationale du travail
03:36que je rencontre le syndicalisme mondial et que je décide de transiter,
03:39donc de changer de travail et d'aller au niveau du syndicat mondial pour m'attaquer à ce cas-là.
03:44Donc, concrètement, comment on fait ?
03:46On est parti des pays d'origine des travailleurs migrants.
03:49Il faut savoir qu'au Qatar, on a 2 millions de travailleurs migrants,
03:52donc c'est 95% de la main-d'œuvre qui sont des travailleurs migrants.
03:57Et ce sont principalement des travailleurs issus du Népal, de l'Inde et des Philippines,
04:02dans la construction notamment.
04:05Donc, ce que nous avons fait, c'est que, comme le Qatar interdit l'organisation syndicale dans le pays,
04:11puisqu'il n'a pas ratifié les conventions de l'OIT relatives à la liberté syndicale,
04:14et on sait que c'est extrêmement risqué au Qatar de s'organiser,
04:19nous avons eu la démarche de se dire,
04:20il faut qu'on aille organiser depuis les pays d'origine.
04:23C'est-à-dire, avant que le travailleur arrive, il faut qu'il soit organisé,
04:26il faut qu'on ait des leaders syndicaux, qui ne se nommeront pas leaders syndicaux,
04:30qui puissent aller au Qatar et qui puissent aider à organiser localement les travailleurs pour défendre leurs droits.
04:36Et donc, c'est avec les organisations syndicales de ces pays-là,
04:39et c'est pour ça que je parlais notamment du Népal,
04:41parce que le syndicat Népalais a été extrêmement présent et a organisé des travailleurs à travers des formations,
04:49pour les envoyer après au Qatar, et pour qu'ils deviennent justement ces dirigeants syndicaux qu'on nommera pas,
04:54et qui s'organisent localement.
04:55Alors comment ? Par exemple, il créait des communautés culturelles,
05:00qui portaient justement pour dire, en fait c'était des lieux d'organisation.
05:03Il serait de paravent, enfin de paravent entre guillemets,
05:06mais à partir de quoi s'organisait la défense des travailleurs ?
05:10Oui, c'est ça. Ils étaient formés depuis le pays d'origine.
05:13Donc une formation avec les syndicats locaux, donc Népalais, Philippines, Indiens,
05:18et en même temps les syndicalistes mondiales qui étaient là aussi.
05:20Et donc les travailleurs partaient former pour après organiser.
05:23Et comment ils s'organisaient sur place ? Parce qu'ils n'avaient pas d'espace pour s'organiser.
05:27Eh bien c'était à travers ces communautés culturelles, Népalaises, Indiennes, Philippines,
05:31qui permettaient de véhiculer justement cette organisation collective de défense.
05:35Donc c'était à travers ces... Voilà, c'était à travers une...
05:38Et l'OIT, les organisations, j'allais dire syndicales, internationales, en règle générale,
05:43continuaient à avoir des contacts avec eux une fois qu'ils étaient,
05:46ou au minimum des informations, une fois qu'ils étaient au Qatar.
05:50Comment ça s'est passé ?
05:51Les syndicats, pas l'OIT. On est d'accord, c'est deux choses différentes.
05:53Parce que du coup, l'OIT avait, à partir de la plainte justement de 2013, a mis un bureau au
05:58Qatar.
05:59Donc elle avait son rôle en tant qu'organisation internationale de suivi auprès du gouvernement,
06:03des réformes visant à protéger les travailleurs sur place.
06:06Mais effectivement, la partie syndicale, donc c'était la nôtre,
06:09c'était évidemment de suivre et d'être en lien avec ces travailleurs au Qatar.
06:13Des fois, ils se sont fait expulser aussi, parce que forcément, quand ils étaient identifiés
06:17et que les autorités qataris se rendaient compte qu'ils ne faisaient pas seulement le travail,
06:22mais qu'ils étaient là pour s'organiser et pour défendre collectivement les intérêts des travailleurs,
06:28et bien du coup, on a eu des cas effectivement de travailleurs qui ont pu être ou emprisonnés,
06:33qui après ont été expulsés.
06:34Donc on a eu aussi ces cas au Qatar.
06:39Donc, notamment des Népalais, je pense à plusieurs Népalais qui sont revenus
06:42après avoir été identifiés comme des organisateurs, des syndicalistes déguisés au Qatar.
06:48C'est ça.
06:49Néant des droits sociaux, on le disait, on peut donner des exemples,
06:53vous parliez tout à l'heure des conditions déjà.
06:55L'enquête du Guardian, qui a quand même été un moment aussi pour faire connaître un peu ce qui se
07:03passait sur place,
07:04parle notamment de ces questions de paiement pour aller travailler.
07:10On doit, le travailleur devait payer pour aller travailler au Qatar,
07:13il devait payer son propre recrutement en réalité.
07:18C'était une manière...
07:20C'est le système, effectivement, donc on est entre 2013 et le moment où on commence à remettre en cause
07:25ce système-là,
07:26le système CAFALA dont on parle, il se passe encore 4 ans.
07:31Ça veut dire, et à chaque fois, chaque année, c'est des centaines de travailleurs qui décèdent.
07:36Parce qu'en 2013, nous, on était déjà à 1 500 morts et on prévoyait une estimation de 4 000
07:41morts si rien n'était fait.
07:42À la fin, on termine avec 6 750 travailleurs qui sont décédés sur les chantiers en lien avec les infrastructures
07:49de la Coupe du Monde.
07:50Donc en gros, effectivement, nous, depuis la plante de 2013 et de l'action syndicale,
07:55on demande que le système CAFALA soit supprimé au Qatar et qu'il y ait une réforme faite sur le
08:01sujet.
08:01Et on devra attendre 2017 pour que le Qatar, et c'est notamment lié à une investigation sur place
08:08que nous avons aussi permis avec l'association Sherpa.
08:12L'association Sherpa est venue sur place pour constater qu'il y avait de l'esclavage au Qatar,
08:17que les travailleurs étaient entassés dans des logements totalement insalubres,
08:21qui mouraient en fait le soir parce qu'ils étaient à 50 degrés dans ces barraquements, c'était insupportable.
08:28Et donc en fait, c'est Sherpa qui met la lumière sur les conditions d'hébergement et de travail aussi
08:33à travers cette plainte qu'elle dépose contre Vinci, donc elle dépose contre une multinationale française.
08:40Et donc c'est là où le gouvernement, où la FIFA commence à réagir,
08:44parce que là, pendant les premières années, la FIFA ne réagit pas.
08:46C'est la question que j'irais vous poser. Qu'est-ce que faisait la FIFA pendant ce temps-là
08:49?
08:49Rien, jusqu'en 2017, où là ça commence effectivement les plaintes contre des entreprises,
08:56les reportages totalement accablants des conditions de vie, d'hébergement, etc. des travailleurs au Qatar.
09:03Et derrière aussi cette séquence où on voit les cercueils arriver par dizaines au Népal,
09:08et avec cette séquence justement qui a été filmée.
09:11Et là, la FIFA réagit en 2017 en disant, on va permettre le dialogue entre les organisations syndicales mondiales
09:19et le comité suprême, en gros les autorités qataris, pour avancer sur les conditions de travail
09:25et le retrait du système kafala.
09:28Et entre 2017 et maintenant 2022, il a fallu encore attendre au moins deux ans
09:33avant qu'on commence à mettre en place les réformes.
09:36Donc vous imaginez, ça fait dix ans qu'on perd, dix ans, pour commencer à remettre en cause le système
09:44kafala.
09:45Alors juste peut-être sur ce point-là, parce que c'est important.
09:48Donc le système kafala est remis en question à partir de ce moment-là.
09:54C'est concrètement un travailleur, il n'a pas le droit de changer de travail,
09:59sans demander l'autorisation à son employeur.
10:02Lorsqu'il arrive, l'employeur lui prend son passeport, il n'a pas le droit de quitter le pays.
10:06Donc on avait aussi justement ces témoignages où des travailleurs qui n'étaient pas payés,
10:10en situation d'esclavage, ne pouvaient même pas quitter le pays pour fuir leur situation,
10:14parce que c'est l'employeur qui avait leurs documents.
10:17Donc ça c'était, voilà.
10:19Et après il y avait la question qu'il n'y avait pas de salaire minimum au Qatar.
10:22Donc pareil, lorsqu'ils étaient payés, beaucoup qui n'étaient pas payés,
10:25lorsqu'ils étaient payés, c'était au lance-pierre.
10:28Et surtout il y avait aussi cette pratique qui faisait qu'au Népal,
10:31on signait un contrat de travail, à l'aéroport lorsqu'on arrivait au Qatar,
10:35le contrat était déchiré et on faisait un autre contrat avec des salaires beaucoup plus bas.
10:41Donc il y avait tout ce système-là qui était organisé à travers le fait
10:44d'être totalement soumis à l'employeur.
10:46Un travailleur est totalement soumis.
10:47On est dans l'esclavage le plus strict tel qu'il est décrit.
10:50C'est ça. Lorsque justement on porte la plainte pour travail forcé,
10:54c'est de dire il y a de l'esclavage au Qatar.
10:56De toute façon il y a encore 42 millions d'esclaves dans le monde.
10:58Et bien il y en avait une partie importante qui était au Qatar.
11:01Quelque chose a bougé ? Comment vous voyez les choses aujourd'hui ?
11:05Du coup effectivement le gouvernement a essayé de revenir un petit peu justement
11:09sur ce système kafala.
11:11Mais dans les faits, il dit l'avoir supprimé.
11:14Mais dans les faits, nous on a encore des témoignages des travailleurs
11:17qui nous disent non, on est encore soumis à notre employeur.
11:19Notre employeur nous prend nos documents, nous interdit de changer de travail
11:24si on le souhaite.
11:26Donc non, il y a encore effectivement aujourd'hui au Qatar
11:28ce système qui est de fait en application.
11:31Donc non, c'est très compliqué.
11:33On a obtenu le salaire minimum.
11:35Un salaire minimum à à peu près 260 euros,
11:40enfin dollars si je me souviens bien.
11:42C'est très bas.
11:43Mais il y a maintenant, on a fixé un salaire minimum au Qatar
11:46qui n'existait pas.
11:47On a aussi par contre depuis 2018 fait des inspections
11:51avec l'organisation syndicale.
11:54On va sur place, donc on fait une délégation avec plusieurs syndicats
11:56de plusieurs pays.
11:57Et on va sur place pour essayer justement de contrôler
12:00notamment les normes de santé et sécurité
12:02et les lieux d'hébergement des travailleurs.
12:04Alors je ne dis pas que c'est la panacée, évidemment.
12:07Parce que lorsqu'on annonce une mission d'inspection,
12:10vous imaginez bien qu'on n'a pas la liberté de faire tout ce que l'on souhaite.
12:13Mais ça existe et on en a fait vraiment plusieurs depuis 2017 à peu près.
12:19Et après, peut-être le dernier point aussi,
12:21c'est le fait qu'on ait signé des accords avec des multinationales,
12:25notamment européennes, qui ont des activités au Qatar,
12:27pour dire qu'à un moment donné,
12:29elles ne peuvent pas avoir des comportements
12:31qui nuient aux droits humains lorsqu'elles sont au Qatar.
12:34Et donc on a réussi à avancer à travers des accords avec Vinci,
12:39avec Brexit, notamment en Belgique,
12:43pour essayer d'obtenir des avancées concrètes
12:46avec le financement justement,
12:48que ce soit Vinci qui prenne à sa charge
12:50un certain nombre de choses pour les travailleurs
12:51au niveau du logement, au niveau de la nourriture.
12:55Donc on a obtenu des choses quand même
12:58qui sont importantes pour les travailleurs,
13:00même si évidemment il y a encore beaucoup à faire.
13:02Et si en grande partie le mal était fait quand même,
13:05en grande partie à ce moment-là,
13:06puisque vous citiez le nombre de morts sur les chantiers,
13:09qui paraît, enfin le chiffre paraît presque ahurissant,
13:13impossible qu'on puisse,
13:15imaginons qu'on est sur un chantier des Jeux Olympiques en France,
13:187000, combien on dit, le chiffre admis aujourd'hui,
13:22vous le répétiez ?
13:23C'était 6750, c'est le chiffre des organisations syndicales.
13:28Donc quand dans une résolution qui date de janvier 2022,
13:35ici, juste à côté du Parlement européen,
13:38au Conseil de l'Europe,
13:39le Conseil de l'Europe dit
13:41« Félicite les autorités qataris sur les avancées réelles,
13:45j'ouvre les guillemets, c'est à l'intérieur des guillemets,
13:47mais réalisées dans le domaine social au Qatar,
13:50et félicite aussi la FIFA par la même occasion,
13:52c'est peut-être un tout petit peu exagéré ».
13:54C'est même honteux,
13:56c'est même honteux,
13:56on ne peut pas avoir 6750 personnes
13:59qui décèdent sur des chantiers
14:01et parler d'avancées sociales,
14:03c'est totalement,
14:04c'est honteux.
14:06Et effectivement,
14:08les avancées,
14:08alors moi je veux quand même passer le message,
14:10il faut qu'on continue à se battre,
14:11parce que là,
14:12il y a tous les médias qui sont sur la question de la Coupe du Monde,
14:14parce qu'elle commence bientôt,
14:15mais des travailleurs,
14:16comme je le disais,
14:17il y en a 2 millions au Qatar,
14:18et il va falloir qu'on les défende.
14:20Et c'est pour ça qu'il ne faut pas
14:21qu'on s'arrête à juste la Coupe du Monde
14:22et qu'on ait effectivement,
14:24et le Conseil a une responsabilité,
14:26la Commission,
14:26le Parlement ont tous une responsabilité
14:28dans la promotion des droits humains,
14:30et notamment au Qatar,
14:31de les faire respecter,
14:32de faire en sorte que les droits fondamentaux,
14:33la liberté syndicale,
14:34soient respectés,
14:35qu'il n'y ait plus de travail forcé.
14:36Donc ça,
14:37c'est un rôle politique
14:38et c'est celui qu'on va devoir continuer à faire.
14:39Il ne faut surtout pas qu'une fois
14:41que le projecteur sur les Jeux va s'éteindre,
14:45parce qu'il va s'éteindre,
14:46c'est-à-dire dans peu de temps,
14:47finalement,
14:48on retombe dans la nuit de l'absence totale,
14:51dans la nuit de l'esclavage,
14:52en réalité,
14:53qui est le risque.
14:54Et qu'on passe au prochain,
14:56c'est-à-dire les JO en Arabie Saoudite
14:58ou en Arabie Saoudite,
14:59il y a aussi le système Kafala,
15:00il y a les mêmes situations
15:01et les mêmes problèmes,
15:02et qu'on continue à un mois
15:04de chaque compétition sportive
15:06à dire,
15:07ah, il y a une question
15:07de droits fondamentaux
15:09et de droits au travail.
15:10Alors, il est vrai
15:10que ce n'est pas la première fois
15:11que sur un grand chantier sportif international
15:15apparaissent,
15:15soit dénoncée
15:16la situation des droits de l'homme
15:17dans le pays qui accueille,
15:19qui accepte ces droits.
15:23Mais c'était surtout les droits de l'homme
15:24qui étaient effectivement,
15:25en règle générale,
15:27qui étaient au centre
15:27des mobilisations qui ont eu lieu.
15:30On pense à ce qui s'est passé
15:31avec les Jeux olympiques en Chine,
15:34par exemple.
15:36Mais c'est peut-être,
15:36est-ce que vous diriez ça,
15:37que c'est peut-être la première fois
15:38les droits sociaux,
15:39en tant que droits sociaux,
15:43l'atteinte aux droits sociaux
15:44aussi grave que celle
15:45qu'il peut y avoir
15:46dans un pays comme le Qatar,
15:47et j'allais dire,
15:48en règle générale dans le monde,
15:49apparaît comme ça sur la planète
15:51l'idée même qu'il y a
15:52des droits sociaux
15:53et que ces droits sociaux
15:54sont un droit de l'homme fondamental.
15:56C'est peut-être la première fois
15:57avec le Qatar
15:58que ça apparaît,
15:58que ça donne,
15:59malgré tout un certain nombre
16:01de conséquences directes.
16:03Il y a malgré tout
16:04un mouvement de boycott
16:05à l'heure actuelle
16:06assez large
16:07dans les pays
16:08comme les nôtres
16:10contre la coupe,
16:12pour le boycott de la coupe.
16:14C'est la première fois
16:15qu'on parle un petit peu,
16:16c'est malheureux de le dire,
16:18parce que la situation est tragique,
16:20mais qu'on parle
16:20de cette question internationale
16:22des droits sociaux,
16:23des droits de l'homme,
16:24mais des droits sociaux de l'homme.
16:25Oui, c'est vrai.
16:27Et tant mieux
16:27qu'il y ait un projecteur
16:28sur les questions sociales
16:30dans l'organisation
16:31de tout événement.
16:32Ça n'était pas vraiment vu
16:32jusqu'à maintenant.
16:33Non, c'est vrai.
16:34Parce que c'est vrai
16:34que nous,
16:35on mène des campagnes
16:35sur tous les événements sportifs
16:37avec les syndicats.
16:37Ce n'est pas qu'au Qatar.
16:39Mais effectivement,
16:39la situation est tellement
16:40dramatique au Qatar
16:41qu'il y a un projecteur
16:43sur le Qatar aujourd'hui.
16:45Maintenant,
16:45les violations
16:46des droits sociaux,
16:48des droits fondamentaux
16:49sont monnaie courante
16:50dans plusieurs pays,
16:51dans plusieurs organisations
16:52d'événements sportifs.
16:53Et c'est pour ça que je dis
16:54qu'il y a l'événement sportif,
16:56OK,
16:56et c'est une bonne manière
16:57de faire passer
16:58un certain nombre de messages.
16:59Mais derrière,
17:00il va falloir faire en sorte
17:01que tous les travailleurs
17:03soient protégés
17:04au niveau mondial.
17:05Et ça,
17:05ça passera effectivement
17:06par des combats
17:07qu'on peut mener ici,
17:08au niveau de l'OIT aussi,
17:10qui est important,
17:10qui est une organisation importante
17:11pour défendre
17:12les droits fondamentaux
17:13et ceux notamment au travail.
17:15Donc oui,
17:15un projecteur.
17:16Et en même temps,
17:17vous imaginez bien
17:18que moi,
17:19en tant que syndicaliste,
17:20ça me fait extrêmement mal au cœur
17:21d'imaginer
17:22qu'on a ce projecteur-là
17:24alors que ça fait 10 ans
17:25qu'on se bat sur le sujet.
17:26Ça fait 10 ans
17:26qu'on a des travailleurs
17:27qui meurent,
17:28qu'on a des familles,
17:29des jeunes
17:29qui sont tous déclarés
17:31en mort naturelle
17:33parce qu'ils ont
17:33un arrêt cardiaque
17:34à 23 ans
17:35sur un chantier
17:35à 50 degrés à l'ombre.
17:37Et ça,
17:38c'est dramatique.
17:39C'est dramatique.
17:39Donc effectivement,
17:40oui,
17:40tant mieux qu'on en parle,
17:41mais c'est vrai
17:42que ça fait mal au cœur
17:42de dire qu'on en parle maintenant.
17:44Et c'est pour ça
17:44que j'alerte,
17:45il faut qu'on en parle
17:46après aussi.
17:47C'est ça.
17:48D'autant que,
17:49comme vous le disiez
17:49il y a quelques instants,
17:50que ça risque
17:51de se reproduire.
17:52Ça va se reproduire.
17:52Ça va se reproduire ailleurs.
17:54Qu'est-ce que vous en pensez,
17:55vous,
17:56du mot d'ordre de boycott
17:57de la Coupe du Monde
17:57qui est quand même
17:59massif aujourd'hui,
18:00qui circule ?
18:01Le boycott,
18:02pour moi,
18:03il doit servir seulement
18:04s'il permet
18:04un rapport de force.
18:05Ça veut dire,
18:06si on est en capacité
18:07à travers le boycott
18:09d'obtenir des choses
18:10pour les travailleurs au Qatar,
18:11d'accord.
18:12C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
18:13par exemple,
18:14je sais que dans les mots d'ordre
18:16et notamment dans les choses
18:17qui ont été portées
18:17par Amnissi
18:18mais aussi par les syndicats,
18:19il y a ce fonds d'indemnité
18:22de 444 millions d'euros
18:24que la FIFA,
18:26d'ailleurs,
18:27commence à avancer
18:28sur le fait
18:28de le créer
18:30pour indemniser
18:30les victimes,
18:31les familles des victimes.
18:33C'est une bonne chose.
18:34C'est une bonne chose
18:34que ces fonds
18:36soient créés
18:37et si ça permet
18:37à un moment donné
18:38d'obtenir quelque chose
18:39pour le Qatar,
18:40d'aller chercher
18:40une modification
18:41de la loi au Qatar,
18:42il faut qu'on l'utilise.
18:44Maintenant,
18:44encore une fois,
18:45il faut que ça soit
18:46sur le long terme
18:47et qu'on sait très bien
18:48qu'on peut passer
18:49un certain nombre de réformes
18:50là maintenant
18:51en octobre
18:52à un mois
18:53du lancement
18:54de la Coupe du Monde
18:55mais derrière,
18:56l'application,
18:57quand nous on a vu
18:58qu'on a mis 4 ans
18:59à essayer d'obtenir
18:59que le système
19:00CAFALA soit supprimé,
19:01on sait très bien
19:02que dans les faits
19:02ça va être compliqué
19:03de faire le suivi.
19:06Il y a encore
19:07en ce moment
19:07au Qatar
19:08des travailleurs
19:09qui y sont,
19:10on imagine,
19:11jusqu'à la dernière minute.
19:13Vous avez des informations,
19:14des nouvelles
19:15sur ce qui se passe
19:15en ce moment même ?
19:16Il y a toujours
19:17des pratiques concrètes
19:19d'exploitation au Qatar
19:20et comme je le disais
19:21tout à l'heure,
19:22on a 2 millions de travailleurs
19:23qui sont toujours au Qatar.
19:24Alors,
19:24ils ne sont pas
19:25en train de finir les stades
19:26parce que les stades
19:27sont finis évidemment
19:28mais il y a
19:28toutes les infrastructures,
19:29il y a les hôtels,
19:30il y a le métro
19:30et toutes ces infrastructures-là
19:31qui sont aussi en lien
19:32avec la Coupe du Monde.
19:33On a encore des travailleurs
19:35qui aujourd'hui
19:35sont toujours exploités
19:36puisque entre les grandes
19:38déclarations faites
19:39pour essayer d'apaiser
19:40la communauté internationale
19:42et concrètement
19:43ce qui est fait au Qatar,
19:45il y a un écart énorme
19:47et donc effectivement
19:48il y a encore
19:49des travailleurs
19:49exploités au Qatar aujourd'hui.
19:50Il y aura
19:51des missions d'observation
19:52qui vont être faites
19:53pendant les Jeux eux-mêmes,
19:55on imagine ?
19:56C'est notamment
19:57à travers l'OIT
19:58que c'est proposé aujourd'hui.
20:00Maintenant encore une fois
20:01les missions d'observation
20:02ça doit se faire
20:03en toute indépendance,
20:04ça ne doit pas se faire
20:05en demandant aux autorités
20:07de pouvoir venir
20:07à tel moment,
20:08à tel endroit.
20:09Donc oui,
20:10il faut que ça se fasse
20:11mais en toute indépendance.
20:12Merci beaucoup Marina Mesur.
20:14On continuera à suivre
20:15puisque l'actualité
20:17ça va l'être encore
20:18pendant plusieurs semaines
20:19ce qui se passe effectivement
20:20au Qatar dans ce domaine.
20:22Merci beaucoup
20:22et merci à vous
20:23qui nous avez suivis.
20:24Au revoir, à bientôt.
20:28Sous-titrage Société Radio-Canada
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