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  • il y a 1 jour
REPORTAGE - Tout le monde est sur le pont. Les actions de solidarité dans les quartiers populaires n'ont eu de cesse de se développer depuis le début de la crise sanitaire. Les petites associations de quartiers se sont unies pour faire face à l'urgence sociale, comme ici dans le quartier de la goutte d'or à Paris, où La table ouverte et Solidarité Saint-Bernard coordonnent leurs actions. À la veille du déconfinement, elles poussent un cri d'alarme. Face à l'augmentation des demandes, elles s'inquiètent de l'après 11 mai. Que vont devenir toutes ces personnes pour lesquelles le panier qu'elles délivrent constitue bien souvent le seul repas de la journée? Elles demandent à l’État et à la collectivité territoriale de mieux prendre en compte leur action pour l'inscrire sur la durée. Pour Ian Brossat, élu communiste parisien, maire-adjoint auprès d'Anne Hidalgo en charge du logement, la crise sanitaire se double bien d'une crise sociale. "Le gouvernement insiste beaucoup sur le sort des entreprises, ce serait bien aussi qu'il se penche sur cette nouvelle pauvreté."

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Transcription
00:04On sert environ 350 à 400 personnes par jour. Beaucoup de migrants, beaucoup de SDF. On donne
00:14entre 70 à 80 familles et cela nous engage aussi à préparer des paquets de familles qui est beaucoup plus
00:24consistant.
00:31Ce sont des gens qui n'ont jamais pensé que dans leur vie, ils arriveraient à cette situation,
00:35à venir gonfler les rangs des SDF ou des personnes en grande, grande difficulté.
00:40Ce sont des gens qui travaillaient jusqu'à il n'y a pas si longtemps que ça, à mi-temps,
00:43peu importe. Mais il y avait toujours quelque chose dans le frigo, ils arrivaient à s'en
00:46sortir. Aujourd'hui, ils sont venus, ils font la queue. Et on voit dans leurs regards,
00:51on voit dans leurs gestes qu'ils sont peinés de venir et qu'ils n'ont pas d'autre choix
00:55que de venir. Il faut savoir que c'est 2000 repas qu'on donne, un peu plus de 2000 entre
00:59la solidarité Saint-Bernard et la table ouverte. Où vont aller ces gens-là ? Qu'est-ce qu'on
01:05a
01:05préparé pour eux après le 11 mai ? Parce que tout le monde parle du 11 mai, mais le 11
01:10mai,
01:11il n'y aura rien de nouveau. Ces gens-là ont toujours faim, les frigos sont toujours vides,
01:16les comptes en banque vont... Qu'est-ce qu'ils vont devenir ces gens-là ? Il faut que l
01:19'État prenne
01:19leurs responsabilités dès maintenant pour mettre en place des mesures concrètes et réelles face à la
01:24misère réelles. C'est grave. Aujourd'hui, on est en France, en 2020. Si on n'était pas là,
01:29il faut que vous sachiez qu'il y a des enfants qui ne mangeraient pas, il y a des familles
01:32qui ne mangeraient pas.
01:37Vous avez un logement ? Je suis en colocation avec un ami. Donc au moins, vous avez un toit ?
01:44Oui, c'est bien ça.
01:46Nous, on agit de manière complémentaire. On a réussi à créer un réseau à l'occasion de cette crise. Et
01:56la grande problématique aujourd'hui, ça va être de savoir comment on arrive au sein de ce réseau à dialoguer
02:01avec les pouvoirs publics.
02:03les territoires et avec l'État. Ces petites associations, habituellement, elles n'avaient pas accès à un certain nombre de
02:09fonds publics, à un certain nombre de subventions.
02:13Elles avaient beaucoup de mal à rentrer dans des partenariats pour rentrer, par exemple, dans le cadre de la politique
02:18de la ville.
02:19Et aujourd'hui, nous sommes en train de réfléchir à ce que nous pouvons faire dans le long terme pour
02:25justement avoir accès à ces crédits de la politique de la ville en 2020, 2021, 2022.
02:31On a une période qui est difficile. On a beaucoup de gens qui n'étaient pas tout à fait dans
02:46la pauvreté, qui tombent dans la pauvreté avec les baisses de revenus liées à la crise sociale qu'on a
02:53en ce moment.
02:53Et c'est vrai qu'on a aussi, comme souvent dans ce quartier, de très beaux élans de solidarité.
03:00Et il me paraît important de les saluer et de redire aussi, au regard des caricatures qu'il y a
03:06eu sur le 18e arrondissement et sur la Goutte d'Or,
03:09que ce quartier et cet arrondissement valent beaucoup mieux que ce que certains se plaisent à en dire sur les
03:14écrans de télévision très régulièrement.
03:16Et on voit bien que la crise sanitaire se double d'une crise sociale.
03:21Le gouvernement insiste beaucoup sur le sort des entreprises.
03:25Ce serait bien aussi qu'il se penche sur cette nouvelle pauvreté qui éclate avec la crise qu'on connaît.
03:33Bon, moi, je le vois aussi en tant qu'élu en charge du logement.
03:36Tout à l'heure, les gestionnaires de foyers de jeunes travailleurs me disaient qu'un tiers de leurs résidents n
03:42'arrivent pas à payer leurs redevances,
03:43ce qui est énorme.
03:44Un tiers, beaucoup de jeunes qui travaillaient dans l'hôtellerie, dans la restauration,
03:48dont le CDD n'a pas été renouvelé ou alors qui étaient en intérim, qui n'ont plus de mission.
03:53Et donc, on a toute une partie de la population qui est en train là de basculer dans la précarité.
03:59La mairie de Paris a pris le sujet à bras-le-corps très vite,
04:02puisque comme d'autres départements, comme le Val-de-Marne d'ailleurs,
04:05nous avons mis en place une aide spécifique pour les familles qui ont des petits revenus,
04:12les familles qui correspondent à nos plus petits quotients familiaux pour les cantines,
04:17parce que ces familles dont les enfants allaient à la cantine jusqu'à présent
04:21ne bénéficient plus des tarifs de cantine et elles ont du mal à se nourrir.
04:24Et donc, pour ces familles, nous avons versé directement par le biais de la CAF une aide spécifique
04:30qui peut aller jusqu'à plusieurs centaines d'euros.
04:33Et puis, par ailleurs, nous avons mis en place des paniers repas
04:37qui permettent d'alimenter les plus fragiles.
04:40Donc nous, en tout cas, on est très attentifs à cette situation.
04:44Simplement, l'action de la municipalité ne suffira pas à pallier les insuffisances de l'État.
04:50On aurait besoin aujourd'hui de toute une série de mesures d'urgence sociale.
04:54On aurait eu besoin, par exemple, que la trêve hivernale soit prolongée jusqu'au mois d'octobre.
05:00Le gouvernement a annoncé que la trêve hivernale serait prolongée jusqu'au mois de juillet.
05:04Enfin, qu'est-ce qui va se passer au mois d'août ?
05:06Est-ce qu'on ne risque pas d'avoir des milliers de familles qui se retrouvent à la porte
05:10avec l'impossibilité de retrouver une solution d'hébergement ou de logement derrière ?
05:15Par ailleurs, on aurait besoin d'une revalorisation des minimas sociaux et des petits salaires,
05:20notamment le SMIC, parce qu'après tout, ce sont quand même les SMICards, on le voit en ce moment,
05:24qui tiennent la France debout et qui ne sont pas reconnus à la hauteur de ce qu'ils apportent à
05:30notre pays.
05:32Merci beaucoup.
05:33Ça marche.

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