00:00Bruno Solo, bonjour.
00:01Bonjour.
00:01Vous êtes comédien et l'animateur, le créateur de la Guerre des Trônes.
00:07Et j'ai envie de vous demander, est-ce que vous vous inscrivez dans la longue tradition,
00:12la longue filiation télévisuelle de l'histoire à la télévision depuis au moins Alain Decaux ?
00:18Ah oui, depuis au moins Alain Decaux.
00:19D'ailleurs, je ne sais pas si je m'inscris dans cette tradition, ce serait prétentieux de le dire,
00:23mais ce qui est sûr, c'est que je suis l'un des éléments qui fait de la vulgarisation de
00:28l'histoire à la télévision
00:29et c'est vrai que je suis né, moi, en tant que passionné d'histoire, indépendamment de mes parents qui
00:35adoraient ça,
00:36notamment mon papa, et d'un prof d'histoire magnifique que j'ai eu, la chance d'avoir du collège
00:40au lycée,
00:40ce qui n'est pas toujours le cas, donc pendant des années, à qui je rends un immense hommage.
00:44C'est vrai que ma première relation avec l'histoire à la télévision, avant les livres, c'est Alain Decaux.
00:50C'est Alain Decaux qui racontait avec une carafe d'eau et des diapos qu'il envoyait lui-même face
00:55télé à 20h30.
00:57On ne peut pas imaginer un prime time aussi austère aujourd'hui.
01:01On aurait dit de la télévision de l'Allemagne de l'Est des années 60, c'était fou, il était
01:06là face à nous,
01:07et raconter l'histoire avec une fièvre et une passion qui, moi, me fascinaient.
01:11Et évidemment, maintenant, les moyens sont un peu plus sophistiqués, on fait des incursions avec des fictions, etc.
01:17Mais donc, si tant est que je m'inscrive dans une ligne de raconteur d'histoire, je le suis.
01:22Sauf que lui était historien quand même, et chercheur. C'est ce qui me différencie.
01:26Moi, je suis juste un passionné qui lit l'histoire et qui essaye de la transmettre avec le savoir des
01:30autres.
01:31Oui, mais néanmoins avec de la rigueur, la rigueur factuelle.
01:35On ne transige pas avec la vérité historique.
01:38Non, on ne transige pas avec la vérité historique. En même temps, les vérités historiques, elles bougent.
01:42C'est-à-dire que les vérités d'aujourd'hui sont parfois les mensonges de demain,
01:45ou les mensonges d'hier sont des vérités d'aujourd'hui.
01:47Donc, il n'y a rien qui soit figé. Il y a plusieurs vérités à l'histoire, et ça, c
01:52'est intéressant.
01:53Et c'est pour ça que moi, ça peut paraître prétentieux, mais je crois qu'au contraire, c'est très
01:57humble.
01:57Je m'inscris dans cette démarche avec mes éléments personnels, c'est-à-dire avec mon point de vue,
02:02avec mes obéliences, avec mes idéaux presque.
02:05Et j'essaye de ne pas simplement être dans l'histoire officielle,
02:08mais de dire, voilà comment moi, je ressens, par exemple, le règne de Louis XIV,
02:11ce que j'évoque en ce moment dans la guerre des trônes,
02:13voilà moi comment je le ressens, et je ne me sens pas obligé de dire ce qu'on nous apprenait
02:17dans les manuels,
02:18le roi soleil, ce grand roi, etc.
02:20Je dis aussi que c'est quand même le mec qui a cassé l'édit de Nantes,
02:26et que ça me fout les boules, de savoir que c'est la tâche principale de son règne.
02:33Et je le dis, donc voilà, je crois qu'il faut aussi prendre un peu position,
02:36mais en s'appuyant effectivement pas sur des faits ni spectaculaires, ni un peu douteux,
02:42je m'appuie effectivement sur un travail d'historien rigoureux, quand je fais l'émission,
02:46dont je ne suis pas le créateur, je tiens quand même à le préciser,
02:48je suis juste le présentateur, et j'interviens dans les textes pour y mettre justement ma patte.
02:54Parce qu'en même temps, c'est une histoire humaniste qui vous plaît, en fait.
02:58Ah oui, oui, moi je suis né avec une histoire, celle qui m'intéresse,
03:04c'est plus les gens qui subissent l'histoire, plutôt que ceux qui se seraient censés l'incarner avec un
03:08grand H.
03:09Et je suis plutôt un enfant de l'histoire de Corbin, de le roi Ladurie, d'Ubi,
03:15aujourd'hui évidemment de gens comme Patrick Boucheron, voilà, c'est plus, voilà, l'histoire,
03:18d'ailleurs j'adore son livre, et le titre de son livre qui est l'histoire mondiale de la France.
03:23Voilà, on ne peut pas en considérer que l'histoire, elle est franco-française, ou anglo-anglaise, ou italo-italienne,
03:28et qu'elle est effectivement, c'est un grand tout, et je m'inscris plutôt dans l'idée d'une
03:33histoire qui réunit l'anthropologie,
03:35la sociologie, l'économie, etc. C'est celle-là que j'aime lire, c'est celle-là que j'aime
03:39découvrir,
03:40plus que l'histoire dite spectaculaire, ou uniquement figée dans ses grandes, les grandes, dans son faste, quoi.
03:49Oui, parce qu'on peut à la fois raconter Louis XIV, mais on peut aussi raconter Louis XIV et 20
03:55millions de Français.
03:56Exactement, c'est même comme ça qu'on doit le raconter, parce que Louis XIV, il n'y a plus
03:59de gens qui l'ont subi,
04:01que de gens qui l'ont vénéré, même s'il était, bon, le roi de statut divin, etc., et qu
04:07'il était vénéré,
04:08mais enfin, si les gens avaient su exactement ce qu'ils faisaient au quotidien,
04:13peut-être que la Révolution française serait arrivée bien avant, et même bien avant Louis XIV.
04:17Justement, vous avez l'ambition d'arriver jusqu'à la Révolution française, dans votre série ?
04:21Alors, vous savez, l'humilité de ce métier, c'est l'audimat.
04:27Moi, j'irais jusqu'où on peut aller, c'est-à-dire qu'il y a une saison 14, 15,
04:32et qu'on peut arriver même la veille de l'instant que je suis en train de faire,
04:35et que je continue à raconter comment l'Europe s'est construite jusqu'à avant-hier, j'en serais ravi,
04:39mais à un moment, ça s'arrêtera. C'est vrai que l'idée, c'était peut-être à un moment,
04:43moi, je serais peut-être un peu épuisé à l'idée de ne parler de la construction de l'Europe
04:47qu'au travers de ses stratégies, de ses guerres, de ses alliances.
04:50J'aimerais bien revenir un peu en arrière, et raconter aussi l'histoire de l'Europe à travers l'histoire
04:54de l'art,
04:55parce que c'est mon autre grand passion, c'est la philosophie, c'est la littérature, c'est la peinture,
04:59et je trouve que là, évidemment, quand on parle de François 1er, comme dans la saison 2,
05:03et qu'on évoque à peine, comme ça, du bout des lèvres, Léonard de Vinci, ça m'ennuie un peu,
05:08et j'aimerais pouvoir revenir sur, de la guerre de 100 ans jusqu'à nos jours,
05:12comment l'histoire aussi traversait par ces artistes.
05:15Ça me plairait, et je pense que je serais encore peut-être plus légitime pour en parler,
05:19parce que c'est quelque chose qui me passionne.