00:00...
00:13Nous sommes d'abord arrivés à Tel Aviv.
00:14La situation que nous avons trouvée, c'est d'abord un énorme traumatisme
00:17après les massacres du 7 octobre commis par le Hamas.
00:21D'autant que c'est une ville assez multiculturelle, de gauche.
00:24On dit souvent que c'était un État dans l'État.
00:27Ce traumatisme était très violent.
00:28Beaucoup de gens, la plupart des familles avaient perdu un proche.
00:32Les gens étaient encore sous le choc.
00:33Beaucoup de gens ne voulaient pas parler, étaient vraiment dans la difficulté.
00:37Ce que nous avons constaté depuis comme évolution,
00:40c'est d'abord que le choc a vite laissé place à un sentiment de colère,
00:44parfois de haine, parfois un désir de revanche,
00:47qui nous a été raconté par plusieurs personnes.
00:50Dans ces conditions, il est extrêmement difficile de tenir une voie différente.
00:56C'est aussi quelque chose qui nous a marqués.
00:58y compris de la part de militants pacifistes ou de militants de gauche.
01:01Ce choc a été décuplé par deux choses.
01:04D'abord les images, les images des massacres, les images des otages aussi.
01:10Ça, c'est quelque chose de nouveau.
01:11Pendant très longtemps, les Israéliens n'ont eu aucune nouvelle de leur gouvernement
01:15sur le nombre des otages, sur leur identité.
01:18Il fallait qu'ils se débrouillent par eux-mêmes.
01:20Donc cette colère, elle était dirigée évidemment contre le Hamas, contre les massacres,
01:26mais elle était dirigée aussi contre le gouvernement, qui n'a pas été capable de les protéger,
01:29en délaissant tout le sud du pays.
01:31Le sud du pays qui est peuplé de citoyens socialement défavorisés,
01:38de gens de gauche dans les kiboutts,
01:41ou de bédouins aussi, puisqu'il y a plusieurs bédouins qui sont morts dans les massacres du 7 octobre.
01:47Ce qu'on sent dans la société israélienne, c'est vraiment une préparation à un conflit,
01:53à une guerre longue, une adhésion forte, un désir de revanche,
01:56mais aussi de plus en plus cette idée que c'est l'occupation et la colonisation
02:02qui est la cause de la situation actuelle.
02:05Un petit mot enfin sur les citoyens arabes, les palestiniens d'Israël,
02:09qui composent environ 20% de la population,
02:12et pour eux c'est extrêmement difficile puisqu'ils sont pris entre deux feux.
02:20C'est extrêmement difficile évidemment dans le contexte actuel.
02:25Nous avons rencontré beaucoup de militants de la paix,
02:27des militants de Gouf Shalom, qui est une association pour la paix maintenant,
02:30des militants de Standing Together, qui est une association qui rassemble juifs et arabes
02:37pour l'égalité, la justice, mais aujourd'hui eux-mêmes éprouvent des difficultés,
02:41les débats sont très vifs, y compris au sein des associations pacifistes.
02:45Nous avons rencontré aussi des militants communistes, ici à Jérusalem,
02:48qui préfèrent ne pas dire leur nom, donc vous imaginez à quel point c'est difficile,
02:52y compris pour eux, alors qu'ils ont des responsabilités politiques,
02:55mais c'est extrêmement difficile parce qu'on est très vite taxé d'être un traître
03:00et de soutenir le Hamas évidemment.
03:02La répression est très forte, elle vient des autorités principalement,
03:06elle vient de la police, il y avait des manifestations un peu partout dans le pays,
03:10il y en avait chaque semaine dans le quartier de Cherchara qui maintenant sont annulées,
03:14la dernière avait été violemment réprimée par la police.
03:17Sortir aujourd'hui, brandir un drapeau palestinien dans la rue,
03:21peut vous conduire en prison.
03:23Donc voilà, la situation fait qu'aujourd'hui, les militants de la paix,
03:27parler de paix est inaudible dans l'ensemble de la société israélienne.
03:31À Haïfa, il y a deux jours, une manifestation s'est tenue pour la paix et l'égalité,
03:37elle a été violemment réprimée par la police,
03:39plusieurs militants, six, ont été arrêtés et ont terminé en garde à vue,
03:43et le chef de la police israélienne a décrété que s'il voulait soutenir la paix et Gaza,
03:48il n'avait qu'à prendre un bus pour y aller.
03:49Évidemment, dans ces conditions, c'est ce qu'on pourrait appeler une union sacrée,
03:54qui fait que c'est extrêmement difficile d'avoir tout discours de paix.
03:57Cela dit, ces militants ne baissent pas les bras, il y a plusieurs points d'appui.
04:02Premier point d'appui, c'est justement la question des otages,
04:04puisque les familles des victimes et les familles des otages demandent elles-mêmes
04:08que l'armée n'intervienne pas à Gaza, que les otages soient libérés,
04:11et que le gouvernement négocie pour la libération de ces otages.
04:15Il y a également de l'espoir pour la suite.
04:17Beaucoup pensent qu'après cette période de guerre, très vite,
04:20les comptes seront faits, notamment envers Netanyahou et son gouvernement d'extrême droite,
04:25qui, pour beaucoup, est responsable de cette situation,
04:28et qui n'a rien fait à la fois pour les protéger,
04:30mais qui en plus les a conduits dans cette situation-là aujourd'hui.
04:33Pour beaucoup d'interlocuteurs auxquels nous avons parlé,
04:36aujourd'hui, Benyamin Netanyahou est responsable de cette situation,
04:39à la fois politiquement, militairement aussi,
04:41pour ne pas avoir su protéger la population,
04:44et il est sûr que la population israélienne lui demandera des comptes.
04:52Alors la première chose à propos des contacts entre les Gazaouis et le reste des Palestiniens,
04:58c'est extrêmement difficile, on le sait, la situation à Gaza est terrible,
05:03il n'y a pas d'eau, d'électricité, de nourriture dans beaucoup d'endroits.
05:06Nous avons rencontré, par exemple, le secrétaire du syndicat des journalistes palestiniens,
05:10qui tente, par tous les moyens, de joindre les journalistes Gazaouis,
05:15c'est très difficile, évidemment, de pouvoir les joindre,
05:17pour les familles encore plus.
05:19Le seul moyen de le faire, c'est par le téléphone portable, évidemment,
05:22cela dépend du réseau et de la fourniture en électricité,
05:25on sait que c'est le problème.
05:27Il faut savoir aussi que l'inverse, c'est que les Gazaouis ne peuvent s'informer de la situation
05:32seulement par leur famille, par leurs proches, qui sont en dehors de Gaza.
05:36Mais aujourd'hui, le contact est toujours très difficile.
05:43Sur la situation en Cisjordanie, elle est évidemment très inquiétante.
05:47Depuis le 7 octobre, tous les regards sont tournés vers Gaza,
05:50mais il y a eu déjà 77 morts, 77 palestiniens qui ont été tués par l'armée ou les colons.
05:57Il y a un déchaînement de violence de l'armée israélienne et des colons
06:00qui profitent de cette situation-là pour détruire des maisons,
06:03pour poursuivre la colonisation et pour réprimer encore plus toute contestation des palestiniens.
06:09Nous avons, par exemple, rencontré mardi, en partant en Cisjordanie,
06:13au sein d'une association, un enfant, un adolescent de 14 ans,
06:17Ismail, qui a perdu deux de ses amis, tué l'avant-veille par l'armée israélienne.
06:22Donc, évidemment, il était pris en charge par une psychologue,
06:24mais voilà la réalité aujourd'hui en Cisjordanie,
06:27c'est que ce sont des gamins, des jeunes hommes
06:29qui sont abattus à la moindre manifestation.
06:32Une dernière chose sur cette violence des colons,
06:34elle est décuplée par le fait que Itmark Benvir,
06:37le ministre d'extrême droite de la Sécurité nationale,
06:40leur a distribué plus de 10 000 armes déjà, des fusils automatiques.
06:43Plusieurs contacts nous ont informé que dans la vallée du Jourdain,
06:46les colons poursuivaient les destructions des maisons palestiniennes
06:50et profitaient de la situation pour poursuivre la colonisation dans plusieurs villages.
06:58Alors, en effet, Marwan Barghouti, de par son histoire et ses positions politiques,
07:02est toujours un recours politique, est toujours extrêmement respecté,
07:06mais il est en prison depuis maintenant plus de 20 ans,
07:09emprisonné par Israël pour des crimes qu'il conteste.
07:12Mardi soir, après l'attaque sur l'hôpital à Gaza,
07:15de manifestations violentes ont eu lieu dans toute la Cisjordanie,
07:19notamment à Ramallah.
07:20Elles sont parties d'abord de Jenin.
07:21Très rapidement, elles ont tourné à une contestation,
07:24non seulement évidemment des crimes de l'armée israélienne à Gaza,
07:27mais aussi de l'autorité palestinienne,
07:29qui est accusée d'être corrompue et d'être une traître palestinien,
07:32puisque c'est elle qui fait ce qu'on appelle le sale boulot.
07:34L'armée israélienne lui délègue la gestion des territoires palestiniens de Cisjordanie.
07:39Mardi soir à Jenin, les manifestations ont dégénéré en affrontements
07:43et une balle a touché une adolescente qui est morte des suites de ses blessures,
07:47donc tuée par la police palestinienne.
07:50C'est cela qui a conduit ensuite à des manifestations très importantes
07:54contre l'autorité palestinienne, notamment à Ramallah,
07:57où plusieurs personnes ont appelé à marcher sur la Moukata,
08:00le palais présidentiel où réside Mahmoud Abbas,
08:04et remettent en cause très fortement le pouvoir de l'autorité palestinienne.
08:08Dans ce contexte, oui, Marouane Barghouti pourrait être un recours.
08:12Il y a un vide politique aujourd'hui que voudrait remplir le Hamas,
08:16qui est assez peu implanté quand même en Cisjordanie,
08:19mais qui remplit aussi d'autres groupes armés.
08:21Le problème, c'est qu'évidemment, Israël ne veut pas d'une solution politique.
08:25Et donc, elle ne veut pas libérer Marouane Barghouti
08:27parce qu'il pourrait justement fédérer les Palestiniens,
08:30en tout cas une bonne partie,
08:31pour trouver une solution politique viable,
08:33c'est-à-dire une solution politique à deux États.