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  • il y a 1 semaine
Au nom du tout libéralisme, l'Union européenne veut supprimer la règle de protection (géoblocage) qui permet aux producteurs de films de chaque pays de faire appel à de multiples sources de financement, qui garantit l'indépendance des réalisateurs, et permet de refléter la diversité culturelle de l'Europe.

Si ce dispositif disparait, le financement du cinéma européen est en danger, et ce sont les grandes plateformes américaines qui décideront du contenu des films.

Explications avec la réalisatrice Nathalie Marchak, co-présidente de la société civile des Auteurs Réalisateurs et Producteurs, et Emmanuel Maurel, député européen ( La Gauche ). Un débat animé par Jean-Jacques Regibier, journaliste.

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Transcription
00:00Bonjour et bienvenue au Parlement européen de Strasbourg.
00:03Le cinéma est-il européen ? Est-il menacé dans son modèle économique ?
00:08L'Union européenne envisage de supprimer ce qu'on appelle le géoblocage.
00:12Alors on va voir tout à l'heure de quoi il s'agit exactement.
00:15Géoblocage des oeuvres audiovisuelles.
00:17Et il faut voir ce que va devenir, c'est la clé à l'heure actuelle de la protection du
00:21cinéma européen.
00:22On en parle avec vous.
00:23Nathalie Marchak, vous êtes en direct avec nous de Paris,
00:26mais vous êtes avec nous sur le plateau de l'Humanité.
00:28Bonjour et merci d'être sur ce plateau.
00:31Et puis Emmanuel Morel, habitué du plateau de l'Humanité.
00:34Vous êtes, je rappelle, Emmanuel, député européen du groupe Plagauche.
00:38Alors on va essayer de réexpliquer, pour comprendre ce qu'on va dire après,
00:42on va essayer de réexpliquer comment fonctionne un peu l'économie du cinéma.
00:45On le sait en gros, mais pas si précisément que ça.
00:47J'allais dire, vous Nathalie Marchak, quand vous faites un film,
00:51qui vous finance, comment ça se passe ?
00:53Essayez de nous expliquer en quelques mots, peut-être sans entrer dans les détails,
00:56mais qui finance en réalité ? Comment vous pouvez, vous, faire un film, réaliser un film ?
01:01Alors, très simplement, en fait, notre système repose sur le fait qu'il y a une diversité de financement.
01:06C'est-à-dire que quand on essaie de financer un film, on va aller voir un distributeur,
01:10on va aller voir des chaînes qui vont préacheter le film,
01:13que ce soit des chaînes privées, des chaînes publiques.
01:16Et puis on va aussi essayer de le vendre, notamment à l'international, sur des territoires.
01:20Pour vous donner un exemple, Radoumira Elianou, qui a fait des films, je pense que vous connaissez,
01:25que ce soit Le Concert, Ravi Deviens, qui est aussi vice-président de l'ARP, comme moi.
01:29J'ai oublié de le dire, excusez-moi, vous êtes vice-président de l'ARP,
01:33qui est la société coprésidente, la société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs.
01:40Voilà, je vous en prie.
01:41Et donc lui, par exemple, donnait cet exemple que 15 à 20% de ses films étaient financés par les
01:46ventes internationales.
01:48C'est-à-dire que des pays vont préacheter le film pour qu'il soit montré dans ce pays.
01:54Donc évidemment, la répartition des territoires par rapport au financement est essentielle.
01:59Puisque s'il n'y a plus ça, on ne peut plus financer un film avec autant de partenaires,
02:04donc on ne peut plus le financer.
02:05C'est-à-dire qu'il y a une grande partie du financement des films qui s'écroulerait.
02:07D'accord. Emmanuel Morel, j'allais dire, prenons un pays comme la France,
02:11c'est quoi l'économie du cinéma à l'heure actuelle ? Ça représente quoi, en gros ?
02:14Peut-être qu'il faudrait quand même expliquer d'abord, si vous le permettez, en une minute...
02:19Le public privé, peut-être ?
02:21Non, mais pourquoi cette question du géoblocage est devenue centrale dans le débat européen ?
02:28Il y a quelques années, au nom du marché unique, les parlementaires, mais les institutions,
02:34ont décidé qu'il ne fallait pas refaire le marché unique.
02:37En gros, n'importe quel citoyen pouvait avoir accès à des biens et des services d'autres pays.
02:42Partout.
02:43Ça, c'est l'idéologie traditionnelle que vous connaissez.
02:48De fait qu'aujourd'hui, si vous voulez acheter une machine à café au Portugal,
02:53vous pouvez le faire sans qu'il y ait de barrières, soit douanières, soit territoriales.
02:59Mais il y avait des exceptions. Et parmi ces exceptions, il y avait notamment toutes les œuvres
03:04qui étaient assujetties aux droits d'auteur, c'est-à-dire derrière lesquelles il y avait des créateurs.
03:08Et pourquoi on s'était battu déjà à l'époque pour que les œuvres, notamment audiovisuelles,
03:12mais pas seulement de création, soient géobloquées ?
03:15C'est parce que, comme ça a été très bien dit par Mme Marchak à l'instant,
03:18l'économie de la production du visuel et du cinéma, elle repose sur la territorialisation.
03:25Sinon, évidemment, c'est d'ailleurs...
03:26Alors, on repose sur la territorialisation, ça veut dire que...
03:31C'est-à-dire que si je suis un producteur, je vais prendre des risques pour accompagner un auteur et
03:37un créateur.
03:37Des risques financiers, parfois très importants.
03:40Et donc, par définition, je veux quand même un minimum de retour sur investissement.
03:43Ce retour sur investissement, c'est quoi ?
03:45C'est soit je le vends à l'étranger et on va me payer des droits,
03:49et puis surtout, il y a ce qu'on appelle la chronologie des médias.
03:52Le film, s'il sort en salle, il ne pourra sortir après à la télé,
03:56notamment, prenons un exemple, Canal+, six mois après,
03:59et puis seulement encore six mois après dans une télévision publique, etc.
04:04Pourquoi ?
04:04Ça permet de financer dans le temps le montant, parfois très important,
04:10que vous avez mis pour produire un film.
04:12Or, aujourd'hui, c'est quoi le débat ?
04:14C'est qu'on a la conjonction de deux courants idéologiques complètement différents.
04:18D'un côté, il y a les libéraux, on va dire, qui considèrent que la culture est une marchandise comme
04:23une autre,
04:24et qu'en aucun cas, il faut mettre des entraves à la circulation du bien culturel.
04:28De l'autre, et c'est là que c'est encore plus spectaculaire,
04:31vous avez, on va dire, les libertaires, qui considèrent que tout doit être gratuit,
04:35et surtout, qui sont vraiment dans quelque chose qui est très à la mode,
04:38c'est l'instantanéité.
04:40C'est tout, tout de suite.
04:41Si un Français a accès à cette œuvre, je veux y avoir accès tout de suite,
04:45et de surcroît, gratuitement.
04:46Et nous, qui sommes les défenseurs des droits d'auteur,
04:49et d'ailleurs, nos opposants disent, mais oui, ça c'est le vieux monde.
04:53Ben non, la condition de l'exception culturelle, la diversité culturelle,
04:57c'est précisément d'être en capacité de protéger les auteurs et les acteurs.
05:01On va revenir sur cette question du géoblocage central, on le disait au début,
05:06et démonter cette mécanique, effectivement, avec vous, avec vous également, Nathalie.
05:09Mais on va dire aussi que ce n'est pas qu'une question, vous le disiez,
05:12ce n'est pas simplement une question économique, c'est aussi une question culturelle.
05:16Il y a une diversité qu'on a besoin de faire valoir à l'heure actuelle.
05:21Chaque pays en Europe, on sait quelle est l'importance quand on parle de cinéma,
05:25même si on parle du cinéma ancien, on parle du cinéma italien,
05:28on parle de la nouvelle vague, on parle du cinéma espagnol à l'époque de la Movida, etc.
05:34Du rôle qu'ont joué tous ces cinémas dans la culture du pays,
05:37dans les événements du pays, dans la politique du pays,
05:40dans ce qui s'y passait à ce moment-là,
05:41qui est aussi la question fondamentale, Nathalie Marchak.
05:45Oui, je voudrais rappeler, pour rebondir sur ce qu'a dit Emmanuel,
05:48sur le fait que l'exception culturelle en Europe a permis de protéger notre cinéma.
05:54C'est un sujet vraiment qui, d'ailleurs, naît à l'ARP et qu'on a défendu.
05:58La culture n'est pas un produit comme un autre.
06:01Et je pense que c'est essentiel de le rappeler.
06:03Et puis c'est essentiel de le rappeler aussi, en fait, je vous avoue que nous,
06:05on a été très surpris, toutes les organisations professionnelles
06:08sont aujourd'hui rassemblées sur ce sujet.
06:11On a été très surpris que le géoblocage soit remis en question,
06:15l'exception pour la culture. Pourquoi ?
06:16Parce que ça concerne très peu de gens.
06:18C'est-à-dire qu'en fait, ceux qui voient aujourd'hui un problème,
06:21c'est 3% des, a priori, gens concernés.
06:26C'est-à-dire que c'est 3% qui représentent les expatriés de long terme
06:30et les minorités linguistiques.
06:32Il y a 97% des spectateurs qui, a priori, n'y voient aucun problème,
06:39que ça ne concerne pas.
06:40Et encore, ces 3%, il faut rappeler qu'il y a une directive
06:44qui permet la portabilité des abonnements.
06:46Donc, en réalité, c'est très étrange.
06:48C'est-à-dire que c'est en termes d'accès,
06:50c'est-à-dire que nous, on s'intéresse aussi, en tant que cinéaste,
06:52si vous voulez, à l'accès de nos œuvres par le public.
06:54C'est même essentiel. On veut que nos films soient vus.
06:56Donc, si c'était pour que nos films soient plus vus,
06:58on devrait théoriquement soutenir, a priori,
07:01cette suppression du géoblocage.
07:03Mais ce n'est pas le cas.
07:04Ce n'est pas pour que nos œuvres soient plus vues.
07:07C'est la suppression du géoblocage,
07:09c'est mettre en péril tout le système de financement
07:11des films européens et des œuvres audiovisuelles,
07:13sans derrière que ça serve vraiment le spectateur.
07:17Donc, on se dit qu'effectivement, c'est une question presque philosophique
07:20de pourquoi est-ce qu'on veut aujourd'hui traiter la culture
07:22soit comme un bien comme un autre,
07:24soit un bien pour lequel on n'aurait pas à payer.
07:26Et dans ces cas-là, si on ne le paye pas, qui va créer ?
07:31Reprenons peut-être un peu plus en détail.
07:32Enfin, non, vous l'avez dit,
07:33mais on va en reparler de cette remise en question du géoblocage.
07:37Si le géoblocage disparaissait,
07:40qu'est-ce que ça impliquerait directement comme conséquence ?
07:43Là, on parle des conséquences économiques.
07:45Oui, alors d'abord, là où Nathalie Marchak a totalement raison,
07:48c'est que cette demande, pour revenir sur l'exemption culturelle,
07:54c'est une demande formulée par un tout petit nombre de personnes.
07:57Et moi, j'irais même plus loin.
07:58On va dire franchement, c'est la bulle bruxelloise
08:01qui se plaint parce que monsieur ou madame n'a pas accès
08:04à sa série locale quand il est à Bruxelles.
08:06OK ?
08:07Mais ce n'est pas du tout une demande populaire
08:10où les gens diraient « Ah là là, c'est insupportable,
08:12je n'ai pas accès aux feuilletons de chèques
08:16auxquels j'ai envie d'accéder ».
08:17Ça, c'est la première chose.
08:18La deuxième chose, la conséquence économique.
08:20Il ne faut pas oublier que le cinéma en France,
08:22par exemple, c'est évidemment la culture
08:25et ça participe au rayonnement de la France.
08:27Mais enfin, c'est aussi un secteur économique très important.
08:29C'est plus de 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires.
08:33Et les emplois derrière ?
08:34170 millions à l'exportation, 25 000 emplois.
08:37Donc là, on parle quand même d'un...
08:38Et en termes, pour l'image de la France et les devises,
08:43c'est très important.
08:44Or, qu'est-ce qui va se passer si on supprime le géoblocage ?
08:47Il y a plein de producteurs qui ne vont pas prendre le risque.
08:50Ils vont dire « Moi, je m'excuse, mais pour moi,
08:52c'est trop risqué de faire un investissement d'un coup
08:55et puis plus rien après, puisqu'il n'y aura plus de droits. »
08:59Et qui ça va avantager ?
09:00Parce que c'est ça dont on ne parle jamais.
09:02C'est les plateformes.
09:03Les seuls qui sont capables de dire
09:05« Je finance un produit européen qu'on va voir dans tous les pays. »
09:08Au même moment, c'est quoi ?
09:09C'est Netflix, c'est Apple, c'est Amazon.
09:13Mais ce n'est certainement pas le producteur indépendant
09:16qui prend des risques pour financer des films exceptionnels,
09:20quand bien même il serait, dans un premier temps,
09:23totalement territorialisé.
09:24Parce que vous faisiez allusion tout à l'heure à la nouvelle vague, par exemple.
09:28Mais il n'y a rien de plus français, d'une certaine façon,
09:30qu'à bout de souffle.
09:32Quand à bout de souffle, les produits, je m'excuse,
09:34mais ça se passe à Paris.
09:36Et pourtant, c'est totalement universel.
09:39Mais c'est ça, justement, la chance, la singularité
09:42de la production de visuel européenne.
09:44C'est qu'à partir d'un film complètement ancré dans un territoire
09:48et dans une culture locale,
09:49tout d'un coup, on s'adresse à tout le monde.
09:53Et c'est ça que moi, je veux préserver.
09:54Pourquoi ?
09:54Parce que le risque, au-delà du risque économique,
09:56c'est l'uniformisation de la production.
09:59Si c'est que Netflix et que Amazon qui produisent,
10:02y compris des séries ou des films européens,
10:04ça va correspondre à un cahier des charges
10:07qui va totalement l'encontre de notre combat pour la diversité.
10:11Donc là, ce qui se joue,
10:12alors heureusement,
10:13le vote qui va avoir lieu au Parlement,
10:15c'est un vote sur un rapport d'initiative.
10:17On va en parler tout à l'heure,
10:18à la fin de Manip,
10:19je vais dire au sein de l'Union européenne.
10:22Exactement.
10:22Mais vraiment, j'insiste sur le fait que la condition
10:26d'une exception culturelle,
10:28d'une diversité culturelle dans l'Union européenne,
10:30c'est justement de soutenir les producteurs indépendants
10:34qui prennent des risques.
10:35C'est ça.
10:36Les producteurs, les exploitants...
10:38Les diffuseurs, bien sûr.
10:39Bien sûr.
10:39Parce que ce que je veux rappeler,
10:40c'est que vous parlez effectivement,
10:41les cinémas aujourd'hui,
10:43le réseau de cinéma qui existe,
10:45les exploitants,
10:46si à un moment donné,
10:47ils savent que le film va être diffusé
10:49sur des plateformes,
10:50ne vont plus prendre le risque non plus
10:52de l'exploiter dans leur cinéma.
10:53Et donc, c'est tout le réseau de salles
10:55aussi qui risque de s'effondrer.
10:58C'est-à-dire qu'on parle vraiment,
10:59effectivement, d'un risque
11:00de n'avoir plus que des plateformes
11:03extra-européennes américaines
11:04comme l'a très bien dit Emmanuel,
11:06qui va être dans un rapport de force brutal
11:08par rapport aux créateurs
11:09et qui va diffuser un contenu
11:12qui est soi-disant uniforme
11:13parce qu'effectivement,
11:14ce seront les seuls qui auront les moyens
11:15aussi de diffuser en même temps,
11:18d'acheter les droits monde
11:19et de faire les sous-titres
11:20pour tous les pays, etc.
11:21Parce qu'il faut savoir aussi
11:22que ça coûte très cher.
11:23C'est-à-dire que demander
11:24à un producteur,
11:26à un petit distributeur
11:27de sous-titrer le film
11:29ou de le doubler pour certains pays,
11:31pour toute l'Europe,
11:32c'est un coût qui est énorme.
11:34D'ailleurs, tous les films
11:36ne sortent pas dans tous les pays.
11:37Voilà, ils sont achetés
11:39en fonction des territoires, etc.
11:40Et si, encore une fois,
11:42l'objectif, c'était de mieux diffuser
11:44les films européens,
11:45on en serait ravis.
11:46Bon, ben voilà, nous,
11:47ça fait longtemps qu'on soutient aussi
11:48un projet de plateforme européenne
11:50pour diffuser les films européens.
11:51Donc, des solutions
11:52pour avoir accès, il y en a.
11:53Ce n'est pas la solution
11:54du genre de blocage.
11:55Nathalie Marchand,
11:55est-ce que dans le milieu
11:57des réalisateurs et des producteurs,
11:59cette question qu'on est en train
12:01de soulever ici
12:03est sensible, est connue ?
12:04Ou est-ce que...
12:05Qu'est-ce que vous entendez dire
12:06autour de vous ?
12:08Ah ben là, il y a eu
12:09une levée de boucliers,
12:10mais encore une fois,
12:10de toutes les organisations professionnelles.
12:12il y a eu énormément de cinéastes
12:15qui se sont même déplacés à Bruxelles.
12:17On a organisé avec Emmanuel Morel
12:19et Geoffroy Didier
12:20une conférence
12:21avec d'autres parlementaires.
12:23On a évidemment
12:24Costa Gavras
12:24qui s'est exprimé,
12:25Radomir Haileanu,
12:26on a Ruben Ousklund,
12:28Agnèska Hollande,
12:31Cédric Clapiche,
12:33Daniele Lucchetti.
12:35Enfin, on a beaucoup,
12:36beaucoup de cinéastes européens
12:38aujourd'hui
12:38qui s'inquiètent
12:39et pas que,
12:40toutes les organisations professionnelles.
12:42Enfin, je pense
12:42qu'on n'a jamais rencontré
12:44un tel, d'ailleurs,
12:45une telle unanimité
12:46dans notre secteur
12:47pour dire que ce serait
12:49vraiment absolument
12:51catastrophique,
12:52en fait,
12:52de supprimer le géoblocage.
12:54Et que,
12:55comme vous le dites
12:56tous les deux,
12:57et que ce serait un nivellement,
12:58c'est-à-dire que
12:59l'argument,
13:00c'est pas
13:01on va faire sauter
13:02quelque chose
13:03pour que,
13:03parce qu'il y a
13:04des petits privilèges
13:06nationaux, etc.,
13:06des protections, etc.
13:07C'est le contraire,
13:08c'est exactement le contraire.
13:09C'est-à-dire,
13:10ce qu'on protège,
13:10c'est la qualité, là.
13:12Alors,
13:12on protège la qualité,
13:14on protège la diversité,
13:15on protège justement
13:16l'accès du spectateur
13:17à une offre variée.
13:18On protège les prix aussi
13:20pour les spectateurs,
13:21parce que s'il y avait
13:21évidemment des monopoles
13:24de plateformes américaines
13:25qui ont eu le droit
13:25de tous les films,
13:26je pense qu'elles augmenteraient
13:27leur prix.
13:27D'ailleurs,
13:28ce serait logique,
13:28sur le plan,
13:29on va dire,
13:29de marché pur.
13:31Donc,
13:31ça veut dire que
13:32les prix risqueraient
13:33de s'envoler.
13:34On protège
13:35un secteur économique,
13:36puisque vous l'avez rappelé
13:37tout à l'heure,
13:38le cinéma et l'audiovisuel,
13:40c'est un secteur économique
13:41qui est énorme.
13:42Sur le court terme,
13:44pour vous dire
13:44juste quelques chiffres,
13:45le secteur audiovisuel
13:46perdrait environ
13:478,2 milliards d'euros par an.
13:49Les spectateurs,
13:50eux,
13:509,3 milliards d'euros par an.
13:53Et sur le long terme,
13:54les producteurs européens
13:55perdraient 3,6 milliards d'euros par an
13:57et les spectateurs,
13:59environ 4,5 milliards d'euros par an.
14:01Donc, en fait,
14:04ça noirait notre secteur.
14:05C'est ça.
14:06Et vous parliez,
14:06j'ai envie de dire,
14:07en tant que cinéaste,
14:08vous parliez effectivement
14:09du cinéma italien,
14:10etc.
14:11On a vu ce que
14:12des mauvaises décisions
14:13aujourd'hui,
14:14enfin,
14:14ont provoqué,
14:15pardon,
14:15hier,
14:16justement,
14:17sur le cinéma italien
14:19qui, à une époque,
14:19était florissant,
14:20qui avait des cinéastes
14:22époustouflants
14:22et qui, aujourd'hui,
14:23malgré tout,
14:24n'a pas une production
14:25extrêmement large.
14:26Contrairement à la France,
14:27on a protégé le secteur
14:30et on voit effectivement
14:31qu'on a aujourd'hui
14:32un vrai soft power
14:33des productions françaises.
14:35On a encore
14:35un atomé d'une chute
14:36qui vient de gagner
14:37tous les prix.
14:38Donc,
14:39c'est extrêmement important
14:41de comprendre
14:42comment ça fonctionne
14:44et de se dire
14:45que c'est un secteur économique
14:48déterminant
14:48et que c'est déterminant
14:49de le protéger aussi
14:50pour que le spectateur
14:52ait accès
14:53à des films variés
14:54et à des prix contrôlés.
14:58Emmanuel Morel,
14:59vous aviez commencé
15:00à en parler tout à l'heure.
15:01Où est-ce qu'on en est
15:01de la mécanique européenne
15:04par rapport
15:05à cette proposition
15:06de remise en question
15:08du géoblocage ?
15:09Parce que ça va être long,
15:10c'est complexe,
15:11mais c'est en route.
15:12Ah oui,
15:12il y a un rapport d'initiative
15:14d'un certain nombre
15:14de collègues
15:16qui sont membres
15:16de la commission
15:17du marché intérieur.
15:18Donc, eux,
15:18ils sont sur une ligne
15:19qui est très claire
15:19qui est de dire
15:20c'est un marché,
15:21donc pas d'exception,
15:23pas d'entrave.
15:24Ils soumettent un texte
15:26demain en plénière,
15:28c'est un rapport d'initiative
15:29et en gros, eux,
15:30même s'ils ne le formulent
15:31pas exactement comme ça,
15:33l'idée c'est
15:33en 2025,
15:35on généralise
15:36la fin du géoblocage
15:38à tous les secteurs.
15:39En gros, c'est ça.
15:40Alors,
15:41on est un certain nombre
15:42de députés
15:42et Nathalie l'a très bien dit,
15:44c'est pas là,
15:44pour le coup,
15:45c'est des combats transpartisans.
15:46Moi, je suis main dans la main
15:48avec Geoffroy Didier
15:48qui est quand même
15:49un élu de LR
15:51et puis, heureusement,
15:53il y a parmi quasiment
15:54tous les groupes politiques,
15:55sauf les Verts,
15:57des élus
15:58qui se mobilisent.
16:01De toute façon,
16:02après le vote de demain,
16:03donc nous,
16:03on soumet des amendements,
16:04mais quand bien même
16:06on n'arriverait pas
16:07à emporter ce vote,
16:08heureusement,
16:09il va y avoir
16:10d'autres débats.
16:11C'est qu'un rapport d'initiative.
16:12Il y a la position du Conseil
16:13et là, j'espère que la France
16:14ne cèdera pas
16:15et j'ai envie de dire
16:16ne cèdera jamais
16:16sur quelque chose
16:17qui fait...
16:18Enfin, c'est vraiment
16:18une de ces marques de fabrique
16:19et puis, il y aura
16:20d'autres négociations.
16:22Mais ce qui est important
16:23et c'est pour ça
16:23qu'on mobilise dès aujourd'hui,
16:25c'est qu'il ne faudrait pas
16:26que s'installe
16:26cette petite musique
16:28selon laquelle
16:29la culture,
16:30l'audiovisuel,
16:31tout ça,
16:31c'est une marchandise
16:33comme une autre.
16:33Ben non.
16:34Nous, on considère...
16:34Alors franchement,
16:35surtout venant de gens
16:36qui passent leur temps
16:37par ailleurs
16:38à exalter
16:39l'autonomie stratégique européenne.
16:41Ben, s'ils veulent vraiment
16:42l'autonomie stratégique européenne,
16:44qu'ils en fassent la preuve
16:45parce qu'aller à l'encontre
16:47de la position qu'on défend,
16:48en réalité,
16:49c'est quand même
16:50l'alignement sur les Américains,
16:51une fois de plus,
16:52avec les risques
16:53que ça fait courir
16:54à l'identité européenne.
16:56C'est la raison
16:56pour laquelle
16:57on se mobilise fortement
16:58et Nathalie a eu raison
16:59de le dire.
17:00Il y avait,
17:00comme à Bruxelles
17:01il y a deux semaines,
17:02tous les réalisateurs
17:03venant de pays très divers...
17:05C'est la question
17:05que j'allais me poser, oui.
17:06Et ça, c'est très important.
17:08Là, on fait un travail
17:09de bouton de guette
17:10pour essayer de convaincre
17:11les uns et les autres,
17:12même ceux
17:12dont le secteur cinématographique
17:14a été quand même
17:15largement dégradé,
17:16qu'il en va
17:17de l'identité culturelle européenne.
17:20Mais ce n'est pas forcément
17:21toujours facile.
17:22Pourquoi ?
17:22Parce que d'abord,
17:23il y a les collègues
17:24qui sont sensibles
17:24à l'air du temps.
17:25Ah ben oui,
17:26mais moi,
17:26je veux avoir accès
17:27à tout tout de suite,
17:28ce que je disais tout à l'heure.
17:30Et puis,
17:30il y a ceux
17:30qui ne mesurent pas
17:32le risque pour la culture
17:34parce que c'est quelque chose
17:35qui est un peu lointain pour eux.
17:37On essaye d'enfoncer des coins
17:39tant qu'on peut
17:39et ce genre d'émission
17:40y contribue.
17:41Merci.
17:42Nathalie Marchac,
17:43vous le dites,
17:44il y a les professionnels.
17:45Emmanuel Morel,
17:46il le disait il y a quelques secondes,
17:47il y a aussi les élus,
17:48effectivement,
17:49notamment les élus européens,
17:50mais aussi les élus nationaux,
17:51évidemment,
17:51qui sont pris à un moment donné.
17:53Qu'est-ce qu'il pourrait y avoir,
17:54j'allais dire,
17:54du côté de tout le monde,
17:55du côté des spectateurs ?
17:56Est-ce que vous avez parlé
17:57de cette question-là ?
17:58Est-ce que vous voyez la manière,
18:00autrement,
18:00quand on parle,
18:01là, bien sûr,
18:02mais est-ce qu'il y a des moyens
18:03de mobiliser un public
18:05autour de cette question-là ?
18:07Est-ce qu'il y a tant
18:09quelque chose ?
18:09Oui, c'est ça, la question.
18:10Oui, ce qui est très compliqué,
18:12si vous voulez,
18:13c'est qu'on se rend compte
18:14que les gens comprennent mal
18:16comment fonctionne
18:17effectivement le financement
18:18des films.
18:19Et du coup,
18:21je voudrais pouvoir le dire
18:22de façon extrêmement simple.
18:24Si j'ai un jour une idée
18:25et que je me retrouve
18:27face à une personne
18:28qui me dit
18:29pour que tu fasses ton idée,
18:30je vais te donner l'argent,
18:31si je suis face
18:31à une seule personne,
18:33il y a un rapport de force
18:34qui s'installe,
18:35celui qui a l'argent
18:36va forcément,
18:37à un moment donné,
18:38vouloir peut-être
18:38modeler mon idée
18:39à son envie.
18:41Si par contre,
18:42je suis face
18:43à dix personnes
18:44qui ont de l'argent
18:44et que je raconte mon idée,
18:46ces dix personnes,
18:46d'ailleurs,
18:47ne seront peut-être pas
18:47d'accord entre elles,
18:49moi, en tant que créatrice,
18:50je retrouve la capacité
18:52de convaincre
18:53chaque personne, etc.
18:54Et donc,
18:55ça me donne plus de liberté.
18:56Donc, nous avons créé
18:57un système en France
18:58qui crée ça.
18:59C'est-à-dire qu'on a une diversité
19:01de partenaires financiers
19:04entre les chaînes de télé,
19:05entre les acheteurs internationaux,
19:07entre les distributeurs,
19:09etc.
19:10Si on supprime ce système
19:12en notamment supprimant
19:13une grosse partie de ça,
19:15les territoires,
19:16l'exclusivité,
19:17la territorialité,
19:18etc.,
19:18le système s'effondre
19:20et effectivement,
19:20les créateurs vont se retrouver
19:21face à un interlocuteur
19:23et probablement des plateformes
19:24qui vont dire,
19:25« En fait, ok, d'accord,
19:26je donne ton argent,
19:26mais fais ce que je te dis ».
19:28C'est ça.
19:28Donc, c'est là
19:28qu'on porte atteinte
19:29à véritablement,
19:31qu'on met en danger
19:32la culture profondément
19:33à un moment,
19:34ou pardon de le souligner,
19:35mais je pense qu'on le voit tous,
19:37il se passe beaucoup de choses
19:38dans le monde
19:39extrêmement inquiétantes,
19:39une montée des totalitarismes,
19:41une montée des extrémismes,
19:43etc.
19:43et la culture
19:44a toujours été
19:45un rempart très important.
19:46Je ne vais pas citer
19:48Farahawk 451
19:49où on se met toujours
19:50comme par commencer
19:50par voler les livres.
19:52C'est le moment
19:53plus que jamais
19:54justement d'offrir
19:54un rempart à la culture.
19:56Et donc, c'est vrai
19:56qu'on aimerait pouvoir
19:57l'expliquer au public
19:59qui ne se rend pas compte
20:00de ce qui se passe,
20:01qui ne se rend pas compte
20:01de comment ça fonctionne.
20:04On aimerait leur dire aussi
20:05attention
20:05que si vous,
20:06vous vous remettez
20:07dans les mains
20:08de géants,
20:09vous aussi,
20:10vous allez payer plus cher.
20:11Vous aussi,
20:11vous n'aurez plus la liberté
20:12de choisir
20:13ou d'être surpris.
20:15C'est à la fois
20:15notre imaginaire européen,
20:17c'est notre capacité
20:18à créer,
20:18c'est notre singularité.
20:19C'est tout ça
20:20qui peut être en danger
20:22par cette simple idée
20:24de logique de marché.
20:26La multiplicité
20:27des écritures cinématographiques,
20:29des thèmes,
20:29des thématiques,
20:30etc.
20:31dans un continent
20:33qui a une gamme infinie,
20:35j'allais dire,
20:36de nuances,
20:37de poésie,
20:38de problèmes,
20:39d'histoire,
20:40de politique actuelle,
20:41etc.
20:41C'est ça qui est important.
20:43On n'est pas mono,
20:43effectivement,
20:44ce que vous êtes en train de dire.
20:45Demain,
20:46vous aurez un patron,
20:46si ça passe,
20:47qui vous dira,
20:48voilà,
20:48on donne l'argent,
20:49mais vous faites ça.
20:50Et je voudrais rappeler aussi,
20:52malgré tout,
20:52parce qu'il y a plein de gens
20:53qui regardent Netflix,
20:54c'est super Netflix,
20:55il y a des trucs super,
20:56etc.
20:56Ce n'est pas une critique,
20:57mais qui disent,
20:58ah, mais oui,
20:58mais justement,
20:59sur Netflix,
21:00je découvre
21:01la Casa de Papel,
21:03je découvre,
21:04voilà,
21:04des séries coréennes,
21:06etc.
21:06Mais il faut bien comprendre
21:07que Netflix,
21:08souvent,
21:08elle a acheté ces séries
21:09qui ont été fabriquées
21:10par des producteurs
21:12locaux indépendants.
21:13Et après,
21:13elles les ont achetées
21:14et effectivement,
21:15elles les ont diffusées.
21:16Mais ces séries
21:18n'auraient peut-être pas existé
21:19s'il n'y avait pas eu
21:20un petit producteur indépendant
21:21local
21:22qui s'était engagé
21:24et qui avait pris des risques.
21:25Et donc,
21:26si on supprime
21:27le géoblocage,
21:28on supprime potentiellement
21:29ces créations-là.
21:30Voilà.
21:31Donc,
21:34Juste un mot
21:35pour clôturer
21:36un petit peu
21:36Mme Morel.
21:37Donc,
21:37vous l'avez dit,
21:38demain,
21:38rapport d'initiative
21:39et ça va continuer,
21:41mais c'est quand même
21:42assez urgent,
21:43cette histoire.
21:44Ah ben oui,
21:44parce que ceux
21:45qui veulent supprimer
21:47le géoblocage
21:47pour les œuvres
21:48audiovisuelles
21:48et culturelles,
21:49ils se mettent
21:50comme objectif 2025.
21:52Or, 2025,
21:53en réalité,
21:53c'est demain.
21:54Donc,
21:55c'est pour ça
21:55que la mobilisation
21:56qu'on est en train
21:57de construire,
21:58elle est décisive
21:59dès maintenant.
22:01Mais en tout cas,
22:01ce que je peux vous dire,
22:02c'est que,
22:02quel que soit
22:03le résultat des votes,
22:05il y a une détermination
22:06quand même pleine
22:07et entière
22:07d'un grand nombre
22:08de parlementaires,
22:09de professionnels
22:10et j'en doute pas
22:11de spectateurs
22:12parce qu'en réalité,
22:14prenons la vitalité
22:15du cinéma français
22:16qui est quand même
22:18une extrême vitalité
22:19et aussi
22:19une extrême diversité.
22:21Dans les films
22:22vus cette année,
22:23il y en a plus de 40%
22:24qui sont français,
22:25en France.
22:25Pourquoi ?
22:26Parce qu'à un moment,
22:27on a mis en place
22:27un système
22:29que les gens approuvent
22:30qui consiste à dire,
22:32il y a ce qu'expliquait
22:33très bien Nathalie,
22:33puis il y a aussi
22:34l'État,
22:35les régions,
22:37quelques fois même
22:37les conseils départementaux
22:38qui participent
22:40au financement.
22:41Participe pas à une aventure.
22:42Parce qu'il y a cette idée
22:43et une idée
22:44qu'on doit défendre absolument
22:45que la culture,
22:47ça n'est pas un produit
22:48comme un autre,
22:49ça n'est pas une marchandise.
22:50Il y a des gens
22:51en face de nous
22:51qui pensent le contraire,
22:52on va essayer de démontrer
22:53que ce n'est pas le cas.
22:53Merci beaucoup à vous
22:55Nathalie Marchak,
22:56merci beaucoup
22:57et puis on continuera
22:59à suivre avec vous
22:59bien sûr
23:00cette aventure
23:01parce qu'il ne faut pas
23:02perdre trop de temps
23:03tout de suite.
23:04Merci à vous,
23:05merci à vous également
23:06Emmanuel Morel
23:06et à la prochaine
23:07pour suivre l'affaire.
23:09Et vive le cinéma,
23:10merci à vous,
23:10au revoir.
23:12Merci, au revoir.
23:16Merci, au revoir.

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