00:00T'as vu le spot là du gouvernement pour qu'on soit tous plus sobres en énergie ?
00:05Pour économiser l'énergie, on agit, on réduit. Chaque geste compte. Je baisse, j'éteins, je décale.
00:11Franchement, je me moquais, mais je pensais pas que ce serait aussi efficace.
00:13En tout cas, la CGT a vraiment bien appliqué la consigne.
00:16Motard automobiliste, le coup de pompe est général.
00:19Les grévistes mangent-ils des enfants ?
00:20Alors, attendez, rassurez-vous, je viens pas d'être débauché par Total,
00:24mais simplement, aujourd'hui, dans la tête dans le flux, on va s'intéresser au traitement médiatique de la grève.
00:28Et on va se poser la question suivante, comment brise-t-on une grève en utilisant le levier de l
00:33'opinion publique ?
00:33Parce que oui, c'est un des enjeux du rapport de force, l'opinion.
00:36Si les grévistes sont privés de soutien populaire, leur combat sera d'autant plus dur.
00:40Alors, avant toute chose, un peu de contexte.
00:41Depuis le 27 septembre, les salariés des raffineries de Total et Esso sont en grève.
00:46En cause, ils n'ont pas vu leur salaire augmenter,
00:48alors que ces deux géants pétroliers ont dégagé des profits records depuis début 2022,
00:52grâce notamment à l'explosion des prix des hydrocarbures consécutifs à la guerre en Ukraine.
00:56Total devrait faire 30 milliards d'euros de bénéfices sur l'année 2022.
01:01On s'en va dans cette direction-là.
01:02Si aujourd'hui, l'essence dépasse les 2,30€, 2,40€ le litre dans certaines stations,
01:08c'est pas à cause des grévistes.
01:09Or, les salariés n'ont pas été augmentés,
01:11mais en plus, ils subissent, comme tout un chacun, les effets de l'inflation,
01:13tandis que les actionnaires de ces groupes, eux, ont été arrosés de dividendes.
01:17Et ça, même Emmanuel Macron,
01:19qui n'est pas exactement ce qu'on peut appeler un fanzouz des grèves, le consède.
01:22Il s'agit de conflits sociaux dans deux entreprises,
01:26les Soexone et Total,
01:28qui ont fait des profits importants,
01:30qui ont beaucoup distribué à leurs actionnaires
01:33et qui ont des négociations en cours,
01:35mais où il y a eu des débats salariaux.
01:39Et ils ont tardé.
01:40Cette grève, elle se traduit pour l'ensemble des Français
01:42par des pénuries récurrentes aux stations essence
01:44et une difficulté à trouver de quoi faire rouler sa voiture.
01:47Donc, comment brise-t-on une grève ?
01:48En mettant l'accent sur le ras-le-bol des Français, évidemment.
01:51Je pense que surtout, la CGT fait une saloperie au peuple français.
01:54Il n'est pas normal que des grévistes fassent l'appui
01:57et le beau temps de notre pays.
01:59Une rhétorique qu'on peut aussi décliner en version rigolote,
02:02comme ici avec l'humoriste fan Eric Zemmour,
02:04Gaspard Prost.
02:04Les gens, ils se remettent à peine de la crise du Covid,
02:07ils voient la flamber des prix,
02:08on est au bord d'une guerre nucléaire,
02:09les mecs de la CGT,
02:10oh putain les gars, il y a un créneau là, il faut y aller.
02:12Alors oui, une grève, c'est contraignant,
02:14mais c'est le principe d'une grève.
02:15Un blocage de l'activité qui n'impacte personne,
02:18ça ne crée pas de rapport de force et c'est à peu près aussi efficace
02:20qu'une pétition sur Facebook.
02:22Ça, ça permet de détourner le sens de la grève.
02:24Bah oui, parce que là, on fait croire que la principale préoccupation des grévistes,
02:27c'est de faire chier les OED travailleurs,
02:29mais c'est pas les grévistes versus les salariés français,
02:32ce sont les grévistes versus les grands patrons
02:34qui refusent de partager les richesses
02:35avec ceux, encore une fois, qui les produisent.
02:38Parce que, pardon, mais c'est pas Patrick Pouliané
02:41avec ses 6 millions de rémunérations annuelles
02:42qui se lève tous les matins pour faire tourner les raffineries normandes de Total.
02:45D'ailleurs, on voit que ce discours anti-syndical
02:47et surtout anti-CGT ne prend pas tout à fait.
02:49Maintenant, arrivé à ce stade, il faudrait que l'État réagisse, oui.
02:52J'ai cru comprendre qu'il y avait des réserves,
02:54donc peut-être mettre les réserves un peu plus à la disposition des usagers,
02:59parce que le gouvernement, eux,
03:00ils sont pas confrontés à ce que nous vivons tous les jours.
03:04Pour cause, le combat pour rehausser les salaires face à l'inflation,
03:07la plupart des salariés le comprennent aisément,
03:09parce qu'ils le vivent eux aussi dans leur boîte.
03:11Mais bon, pas de panique, il y a une deuxième technique
03:12pour briser médiatiquement la grève.
03:14Faire passer les bloqueurs pour des privilégiés,
03:16qui nous gonflent alors qu'ils sont déjà surpayés.
03:19C'est ce qu'a tenté de faire Total,
03:20en communiquant sur le salaire moyen dans l'entreprise,
03:224300 euros par mois hors intéressement,
03:24ce qui serait donc très élevé comparé à d'autres boîtes.
03:26Cet argument, on le retrouve relayé quasiment tel quel sur France Inter.
03:30L'ouvrier en 3,8 en raffinerie Total Energy en Normandie
03:33a un salaire brut annuel de 40 000 euros brut,
03:37auquel s'ajoutent des primes de poste et d'ancienneté,
03:39ainsi que d'autres éléments variables,
03:41sans oublier l'intéressement et la participation.
03:44Le total est plus près de 70 000 euros brut par an.
03:48Sauf que, bah c'est bidon.
03:49Le salaire moyen ne donne aucune indication sur les écarts de salaire,
03:52ni les différents coefficients.
03:54Ainsi, un opérateur en raffinerie commence au SMIC,
03:56et un chef opérateur et marge à 3 000 euros brut.
03:59Et puis, quand bien même il serait à 4 300 euros,
04:02qu'est-ce qu'on essaye de nous dire par là ?
04:03Que c'est déjà bien assez ?
04:05J'ai raté le moment où Total est soudainement devenu favorable
04:07au plafonnement des hauts salaires ?
04:09Parce que si c'est le cas, ok, chiche,
04:11mais j'en connais qui vont faire la gueule.
04:12Mais bon, les antigrées vont encore de la ressource.
04:14Par exemple, brandir la carte des extrêmes qui font peur.
04:17La CGT ne se bat pas pour obtenir de meilleures paix,
04:20mais pour renverser le gouvernement,
04:21nous explique le chroniqueur Phil Bilger sur Sud Radio.
04:24J'ai l'impression que les problèmes économiques et sociaux
04:28sont en train d'être étouffés par une volonté politique générale
04:33de mettre à bas ce gouvernement et ce pouvoir.
04:36Mais Philippe Bilger, c'est presque un petit joueur comparé aux Parisiens,
04:38et ça, magnifique une.
04:40Alors là, il y a tout.
04:41Il y a les grévistes en masse informe, vue de loin,
04:43les fumigènes qui font émeute.
04:44La France a peur.
04:45D'ailleurs, si vous vous demandez des fois
04:47à quoi ça sert à un milliardaire d'acheter un journal,
04:49vous avez votre réponse.
04:50Oui, un journal, c'est quasiment jamais rentable,
04:52ça fait perdre de l'argent, mais par contre,
04:54quand il y a une grève, quand il y a un mouvement social,
04:55vous pouvez taper dessus comme un sourd
04:57et défendre les intérêts du patronat,
04:59autrement dit, les vôtres.
05:00Et le Parisien, propriété de Bernard Arnault,
05:02c'est souvent un très bon thermomètre.
05:04S'ils font la une sur ces salauds qui bloquent le pays,
05:06c'est que le mouvement social a réussi.
05:07Et puis bon, si avec tout ça,
05:08vous n'avez pas retourné l'opinion contre la grève,
05:10bon, déjà, c'est pas de bol,
05:12parce que vous avez quand même fourni un bel effort,
05:14mais il reste donc les arguments d'ultime recours.
05:16Genre, par exemple, la Troisième Guerre mondiale.
05:18On est au bord d'une guerre thermonucléaire.
05:21C'est comme ça.
05:22Moi, je veux bien qu'on discute des salaires,
05:24du prix des stérato, je veux bien.
05:25Ah bah c'est quand même important !
05:25Non mais je veux bien, mais je relativise des choses.
05:27Alors lui, c'est François Patria,
05:29c'est le patron des sénateurs macronistes,
05:30et si vous avez la sensation qu'il est à deux doigts
05:32de souhaiter que Poutine lâche une bombe,
05:34pour plus qu'on lui parle de la CGT,
05:35et bah vous inquiétez pas, vous n'êtes pas le seul.
05:37Sinon, vous pouvez toujours tenter l'argument
05:38de la solidarité internationale.
05:40Et le Nigeria, alors ?
05:41Vous y pensez au Nigeria ?
05:42Si on les suit, l'ouvrier nigérien,
05:44qui est l'endroit où Total fait le plus de bénéfices,
05:47va dégager des profits chez Total
05:49qui vont être reconvertis en salaire pour les ouvriers français.
05:54Et donc d'une certaine façon,
05:55Marx parlait d'exploitation de l'homme par l'homme,
05:58là ça va être l'exploitation du nigérien par l'ouvrier français.
06:00Et oui, sur BFM Business,
06:01on cite Marx uniquement pour défendre les intérêts du capital,
06:04c'est dire si on l'a lu.
06:05Ce qui est frappant, c'est que l'énergie consacrée
06:07à taper sur les grévistes contraste
06:09avec le sous-traitement de la question des réquisitions.
06:11À Dunkerque ce matin, ambiance morose,
06:14le gouvernement a annoncé la réquisition
06:16des personnels de Total Energy.
06:18Alors que ce n'est pas rien une réquisition,
06:19ça veut dire priver un salarié de son droit de grève,
06:21donc de sa liberté fondamentale.
06:23C'est censé être la dernière mesure
06:25que peut adopter.
06:28Il y a la question des stocks stratégiques,
06:29mais pour moi il y a une alternative claire,
06:31c'est la négociation.
06:32Mais bon, il ne faut pas rêver,
06:33le droit de grève menacé,
06:34voilà un titre qu'on n'est pas prêt de trouver aux Parisiens.
06:37Voilà, c'est la fin de cette chronique,
06:38merci de l'avoir suivie,
06:39j'espère qu'elle vous a plu.
06:40Si vous aussi un gréviste a mangé un de vos enfants,
06:42n'hésitez pas à nous le dire en commentaire,
06:43on fera comme le gouvernement,
06:44on va créer un petit numéro vert.
06:46Sinon n'hésitez pas à liker ou vous abonner à la chaîne,
06:48nous on se dit à dans deux semaines,
06:49et n'oubliez pas,
06:50l'important quand on a la tête dans le flux,
06:51c'est de garder les pieds sur terre.
06:53Allez salut !