00:00Aujourd'hui on se rend compte qu'on fait partie du monde ouvrier et qu'on n'est pas si
00:02loin finalement des mêmes revendications que le monde ouvrier.
00:04Nos méthodes ouvrières entre guillemets ont changé, l'usine a changé et la façon de distribuer les produits ont changé.
00:11Il sera devant le Floresco, on ne va pas rentrer dedans, ça va dire que ça fera une manif jusqu
00:15'au bout.
00:17Est-ce qu'on a le temps ou on discute un peu ?
00:20C'est un peu tout le jeu vidéo qu'on observe comme ça, c'est que c'est une industrie
00:23qui est née dans un néolibéralisme extrême
00:26et qui en a été formé, déformé même peut-être.
00:30Et donc pour beaucoup de gens il y avait la notion que de toute façon finalement il n'y a
00:34plus à rechercher de choses collectives,
00:36c'était de l'individualisme.
00:37Pas forcément méchant, pas forcément en écrasant les autres mais en se disant juste mon problème c'est mon problème.
00:43Et donc là on a un peu cette inversion qu'il y ait des gens qui se disent mais en
00:47fait ça ne marche pas,
00:48c'est une voie de garage cet individualisme et le seul pouvoir qu'on a c'est finalement des choses
00:53à l'ancienne,
00:54à savoir ok dans cette industrie, dans cette entreprise, ce qui crée la valeur c'est nous.
01:00Si on arrête de travailler, il n'y a plus de jeu, point.
01:02Il n'y a pas de miracle, il n'y a pas de robots qui font les jeux à notre
01:05place.
01:06Et donc c'est aussi une façon de remettre ce point-là au goût du jour qui est de dire
01:09en fait à un moment si vous voulez qu'on continue à travailler, il va falloir partager.
01:18On est dans une situation où chaque personne compte, quels que soient les services.
01:24C'est-à-dire qu'une personne qui est malade ou une personne qui part en vacances,
01:28c'est du travail qui se répercute automatiquement sur d'autres personnes et qui la place en surcharge.
01:34Ça induit plein de problèmes, ça induit à la fois des problèmes pour la surcharge des gens,
01:37mais ça induit aussi de la culpabilité pour les gens.
01:41Il y a des gens qui viennent, qui sont malades et qui viennent quand même
01:45parce qu'en fait ils ne veulent pas laisser tomber leur équipe.
01:49Il y a des managers qui se surchargent de travail pour, j'allais dire tanker
01:55parce que c'est un mot du jeu vidéo, mais pour protéger leur équipe.
02:00Et donc tout ça a fait que l'année dernière et l'année précédente,
02:05il y a des risques psychosociaux qui sont apparus.
02:07En plus qu'il n'y ait pas de reconnaissance salariale,
02:10ça fait que les gens sont encore plus enclins à accepter de faire grève.
02:22La production de jeux vidéo comme on la connaît aujourd'hui,
02:24ça a moins de 40 ans dans le monde entier de manière générale.
02:27Et que du coup cet aspect passion dont on parlait tout à l'heure
02:32est quelque chose qui se vit encore aujourd'hui.
02:34C'est qu'on a eu beaucoup de temps à s'unir les uns les autres
02:38pour se battre pour nos droits aux uns et aux autres.
02:40Et donc du coup, je pense que ce manque de maturité
02:44et ce manque de revendication salariale,
02:47c'est quelque chose qui est latent et qui est très vieux
02:50et qui commence juste à se réveiller.
02:51Je pense que c'est problématique, qu'elles sont de plus en plus présentes.
02:54Et on a la chance en France d'avoir un droit du travail
02:58qui n'est pas toujours bien respecté et qu'on est en train de casser complètement en ce moment.
03:01Mais au moins il est encore là, profitons-en encore.
03:04Parce que je sais très bien que nos camarades,
03:05je ne sais pas si vous savez, mais dans le reste du monde,
03:07ça a été une année noire pour les licenciements dans le jeu vidéo.
03:09C'est la pire année qui a jamais existé dans le jeu vidéo.
03:12Nous, ce n'est pas notre cas encore.
03:13Donc il faut qu'on se batte maintenant et on ne se bat pas que pour nous.
03:15Je pense qu'il y a raison, c'est un combat qui est global.
03:22En voyant tous les licenciements,
03:24les plans sociaux qui se passent à droite et à gauche,
03:27chez Microsoft, qu'il y a eu chez Google, il y en a eu plein.
03:29Je pense que le monde du cadre, des cadres et du jeu vidéo,
03:32surtout qu'il y a ce deux mondes, artistes et cadres,
03:35il s'est mobilisé et il commence à comprendre les enjeux qu'il a à se mobiliser,
03:40à avoir une représentation, à avoir une dénégociation
03:42et à passer à un rapport de force avec le patronat
03:46qui, eux, ont toujours été organisés.
03:49Finalement, les représentations patronales ont toujours été organisées.
03:52Nous, on y croyait moins parce qu'on se disait
03:54« non, on fait confiance au patron, on a fait des études pour ci, pour ça ».
03:57Aujourd'hui, on se rend compte qu'on fait partie du monde ouvrier
03:59et qu'on n'est pas si loin finalement des mêmes revendications que le monde ouvrier.
04:01Nos méthodes ouvrières ont changé, l'usine a changé
04:04et la façon de distribuer les produits ont changé.
04:08On aimerait être reconnus pour le travail qu'on apporte
04:12et la valeur qu'on apporte dans l'industrie du jeu vidéo,
04:14pas que dans l'entreprise Ubisoft finalement.
04:19Est-ce que c'était le flot par rapport au sujet de la fraude, etc. ?
04:23Effectivement, on a des collègues qui, soit subissent du management toxique,
04:26soit ça va être des deadlines qui sont irréalisables.
04:28Ça va être aussi des gens, par exemple, on voyait là sur le projet Just Dance,
04:31des gens qui ont été ce qu'on appelle « déstaffés ».
04:34Donc c'est des gens qui se sont entre guillemets mis au placard
04:35en attendant de leur trouver un autre poste sur un autre projet.
04:37On va avoir aussi les équipes qui sont un petit peu poussées à finir à une certaine date
04:40parce que les dates ne sont pas forcément hyper flexibles.
04:43Donc ça va quand même mettre une pression sur les équipes.
04:46Ça va entrer aussi en compte avec ce que je disais tout à l'heure,
04:49les risques psychosociaux à des gens parfois qui finissent en burn-out,
04:52qui sont trop poussés à bout et qui partent en dépression ou pire.
05:02Dénis !
05:06Dénis !
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05:07Dénis !
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