- il y a 5 heures
Le 27 janvier 1945, Auschwitz était libéré par l’Armée rouge. Dans un hors-série exceptionnel, l’Humanité retrace l’histoire des camps nazis, ce que fut la Shoah en Europe et en France.
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NewsTranscription
00:00Donc Jean-Emmanuel Ducoin, on va parler aujourd'hui de ce hors-série dans l'enfer des camps.
00:04Il y a 80 ans, Auschwitz s'était libéré, récit et témoignage des survivants de la barbarie nazie.
00:10Les 80 ans c'est quand ?
00:12La libération d'Auschwitz c'est lundi, le 27 janvier 1945, l'armée rouge pénètre dans le camp et libère
00:18les derniers survivants.
00:19Et c'est... l'hors-série est sorti ou pas encore ?
00:21Oui ça y est, il est en vente depuis cette semaine.
00:23D'accord, donc je sors de mes questions.
00:25Il est dans les kiosques, précipitez-vous dans les kiosques.
00:30Il est sur le site de l'UMA aussi, on peut le commander.
00:32D'accord, ok, on peut le commander aussi, très bien.
00:35Et on en a fait la présentation ce matin dans l'Humanité quotidienne, sur une double page.
00:39Ok, bon bah il est partout quoi.
00:41Il est parti.
00:42Bon, moi je croyais que la gauche elle était antisémite et finalement la gauche elle fait ça.
00:45Faut m'expliquer.
00:46C'est pas nous les nouveaux antisémites ?
00:49Non je déconne évidemment.
00:50Je rigole, je rigole, mais en vérité si on n'était pas dans une époque trouble, de grand confusionnisme mondial,
00:56on pourrait en rigoler.
00:58Moi ça me donne pas trop envie de rigoler.
01:00C'est pas parce que le sujet est grave, mais...
01:02T'as vu ce que...
01:04Il nous est arrivé à l'Humanité, moi-même comme éditorialiste depuis 26 ans, ou chroniqueur depuis 25 ans,
01:10on a eu des lettres d'insultes.
01:12On a été pris pour...
01:13Ah ouais ?
01:14On a été traité d'antisémite, bien sûr, c'est arrivé.
01:16Singulièrement sur le sujet que tout le monde imagine.
01:18Est-il seulement besoin d'en parler ?
01:20Oui, dès qu'on défend la cause palestinienne...
01:22Mais t'as vu ce que Musk a fait là ?
01:23Oui, bien sûr.
01:24Non mais dès qu'on défend la cause palestinienne, et dès qu'on attaque les politiques d'extrême droite de
01:29l'État d'Israël...
01:30J'ai bien dit l'État d'Israël, j'ai pas dit le peuple israélien.
01:33Oui, bien sûr, on est traité d'antisémitisme.
01:35C'est grotesque, eu égard à notre histoire, de Jean Jaurès à aujourd'hui.
01:39Mais là, il y a même un angle différent pour nous accuser d'antisémite, c'est que Musk a dit
01:44qu'Hitler était communiste.
01:46Enfin, il a rebondi sur ce que disait la leader de l'AFD en Allemagne, le parti d'extrême droite.
01:53Je ne sais plus son nom, Alice Weidel, c'est ça ?
01:58En disant que voilà, donc il nous impute même la choix, maintenant indirectement.
02:03Oui, bien sûr, bien sûr.
02:04Alors moi, je vais te raconter une petite histoire.
02:08Quand je suis arrivé tout jeune à l'humanité, en 1986, ça commence à dater, 39 ans bientôt,
02:16on croisait dans les couloirs de l'humanité des ombres tutélaires.
02:19Et ce n'était pas seulement de la désincarnation, c'était de l'incarnation de la résistance et de la
02:24déportation.
02:24On croisait des gens comme Laurent Saligny, comme Émile Besson, que des résistants.
02:28On croisait François Lescure, le père de Roland, par exemple, mais aussi de Pierre.
02:34Lescure, voilà.
02:36On croisait Roland Leroy, l'un des plus jeunes résistants de l'histoire dans sa Normandie natale.
02:40Et puis, on croisait aussi les dirigeants communistes singulièrement, mais pas que d'ailleurs.
02:43Et évidemment, je pense à Henri Krasucki, par exemple.
02:45Tu parles à l'humanité, là ?
02:46Bien sûr, il y avait dans les couloirs de l'humanité.
02:48Madeleine Riffaut aussi ?
02:48Rue du Faubourg-Poissonnière, mais je n'ai pas fini.
02:50On croisait Henri Krasucki, déporté comme juif et communiste.
02:55Qui était le leader de la CGT ?
02:57Après, il a été secrétaire général de la CGT, il va en 2003.
02:59On croisait Madeleine Riffaut, la grande résistante, grande journaliste, grande décolonialiste de la guerre d'Indochine, la guerre d'Algérie,
03:06etc.
03:07Donc, comment te dire ?
03:10Moi, je suis à la fois redevable et héritier de cette histoire.
03:14On croisait encore des résistants dans les couloirs du journal.
03:16Nous sommes héritiers de cette histoire, que ce soit l'histoire de la résistance ou de la déportation, que ce
03:21soit la déportation politique, mais aussi la déportation des Juifs.
03:24Donc, tout cela est grotesque.
03:25Bah oui, évidemment.
03:27Moi, la première question que j'ai, c'est, donc on est à 80 ans après la libération des camps.
03:32Sortir un hors-série comme ça, est-ce que c'est pour perpétuer le devoir de mémoire et le faire
03:41régulièrement, ça permet ça ?
03:42Ou alors, est-ce que c'est aussi parce qu'il y a aussi des nouvelles trouvailles historiques ?
03:50Quel est le but ? Est-ce qu'il y a des nouveautés dans ce hors-série ?
03:52Déjà, tu as vu, j'ai fait non de la tête.
03:54Oui, bah oui, je vois.
03:56J'ai un peu une âme d'historien, puis en plus, c'est l'un de mes sujets de prédilection.
04:02Donc, si tu veux, je vais juste expliquer quelque chose à tous ceux qui nous suivent.
04:07Le devoir de mémoire est une injonction qui ne fonctionne plus.
04:10D'accord.
04:10Il faut substituer à cette injonction du devoir de mémoire deux autres expressions qui viennent à la fois d'Anette
04:17Vévorca, la grande historienne de la Shoah et d'Auschwitz, qui est d'ailleurs interviewée dans le hors-série, et
04:23aussi Jacques Derrida, qui avait un rapport très particulier, très singulier et très intime avec sa propre judaïté.
04:29C'est le travail de mémoire et le devoir d'histoire.
04:34Je souhaiterais d'ailleurs qu'on arrête, y compris dans les colonnes du journal, parfois, ça peut encore arriver, avec
04:38ce devoir de mémoire.
04:39Il n'y a pas de devoir de mémoire.
04:40Il y a un travail de mémoire et surtout, et surtout, un devoir d'histoire.
04:44Je le dis d'autant plus qu'en effet, on est 80 ans après la libération d'Auschwitz, après la
04:49libération de la plupart des camps, comme on peut le voir sur cette très belle infographie qui est dans le
04:54numéro.
04:55Et les derniers témoins disparaissent. D'ailleurs, nous, dans ce numéro, on a donné la parole à beaucoup de grands
05:00témoins.
05:01La plupart sont morts, évidemment, mais on voulait rehausser leurs paroles.
05:06On a pu les interviewer il y a 10 ans, il y a 20 ans, même il y a 30
05:09ans, Elie Wiesel.
05:10On a une interview d'Elie Wiesel qu'on a voulu absolument republier dans ce numéro.
05:13Elle date de 1995 pour le cinquantenaire, la libération d'Auschwitz.
05:16En fait, toutes les pages en bleu que vous voyez là, c'est les pages de témoignages.
05:19C'est ça.
05:19Tu peux nous dire les témoins et qui ils sont ?
05:24Il y a Léon Zieguel, déporté, Georges Chégui, déporté, Germaine Tillon.
05:28Alors Germaine Tillon, la grande anthropologue, qui était l'une des créatrices de l'association des Amis de l'Humanité,
05:33d'ailleurs.
05:34Je les montre en même temps.
05:35Oui, bien sûr, vas-y.
05:36Qui, en 2022, c'est pour ça que j'ai décidé de republier ce texte.
05:39Ça, c'est les témoins, ça, du coup ?
05:41Non, pas du tout.
05:41D'accord, ça va en avoir.
05:43Donc, il y a Krasuki, il y a son témoignage.
05:44Krasuki, je vais en reparler après.
05:45D'accord.
05:46C'est très important.
05:47Ce sujet-là.
05:47Léon Zieguel, tu lisais.
05:50Donc, juste, moi, j'ai eu leur série hier, donc je n'ai pas eu le temps.
05:53J'ai eu deux, trois articles dans le témoignage.
05:56Je voulais juste parler de Germaine Tillon.
05:57Vas-y, je t'en prie.
05:58Qui est plus loin, là ?
05:59Elle est un peu plus loin, oui.
06:00Tu me dis ?
06:00Germaine Tillon, entre les deux tours...
06:03Tu me dis, elle est où ?
06:03Elle est là, elle est là.
06:05Après le 21 avril 2002, Le Pen au second tour, Jean-Marie Le Pen.
06:09Et elle prend la plume dans l'humanité pour parler, évidemment, du détail de l'histoire.
06:12Elle-même déportée à Auschwitz.
06:15Elle a d'ailleurs écrit un opéra sur sa déportation.
06:18Quelque chose d'incroyable.
06:19Donc, je voulais absolument qu'on republie ce texte qui était un cri d'alarme.
06:23C'est dingue quand on y pense parce qu'on est 22 ans, 23 ans après.
06:27La situation ne s'est pas vraiment améliorée.
06:29C'était quoi son cri d'alarme, du coup, à l'époque ?
06:31C'était pour dénoncer l'extrême droite.
06:33C'est en 2002, c'est ça ?
06:34Oui, absolument.
06:34Au second tour de l'élection présidentielle.
06:36Après le 21 avril, elle prend la plume dans l'humanité pour parler du détail de l'histoire de Jean
06:40-Marie Le Pen.
06:41C'est un texte court, brillant.
06:44Elle raconte son expérience à Ravensbrück.
06:46Qu'on peut retrouver ici.
06:47Et hélas, hélas, hélas, 22 ans, 23 ans après, les choses ont empiré en ce domaine.
06:54Et en effet, on est encore dans le négationnisme de cette histoire.
06:57C'est juste terrifiant, absolument terrifiant.
06:59Du coup, son témoignage est republié, mais il y a des nouveaux, il y a des nouveautés.
07:03Oui, alors...
07:04Qu'est-ce qu'on a ? Alors, justement, je sais que tu veux parler de Krasucki.
07:06La principale nouveauté, c'est Henri Krasucki.
07:08Alors là, je vais dire un grand merci à Christian Langeois, qui est son biographe.
07:12Je vous explique, Henri Krasucki.
07:14Vas-y.
07:14Résistant, départé à Auschwitz, rescapé.
07:17Voilà, Henri.
07:18Henri Krasucki, ancien secrétaire général de la CGT.
07:21Henri, à part dans son cercle familial et encore, et encore, à part dans son cercle amical et encore,
07:27il n'a quasiment jamais parlé de sa déportation.
07:29Pour plein de raisons.
07:30Parce que c'était une génération qui a peu parlé de la déportation, on ne le dit pas assez.
07:35Mais que ce soit des juifs ou des communistes ou des tziganes ou peu importe,
07:38tous les rescapés qui sont revenus des camps, il a fallu du temps.
07:41Beaucoup de temps après le lutte et sire pour que la parole surgisse, ressurgisse dans la France de la reconstruction.
07:47Henri était communiste, il a eu une grande carrière de syndicaliste.
07:51Et il a parlé, à ma connaissance, à notre connaissance, avec Christian Langeois, son biographe, donc l'écrivain,
07:57il a parlé deux fois vraiment de sa déportation.
07:59Une fois face à un journaliste de l'humanité qui s'appelait Jean Moravsky, qu'on recite dans l'article,
08:04mais brièvement, ça a duré quatre minutes.
08:06Une seconde fois sur France 3 à l'époque, FR 3 à l'époque, pardon, France 3,
08:11où il parle de sa déportation 20 secondes en répondant à la question d'une journaliste.
08:16Et il n'en a jamais parlé publiquement.
08:17Ça, c'est incroyable.
08:18Et puis, Christian Langeois, il y a quelques années, il a écrit la biographie d'Henri Krasucki.
08:24Et évidemment, dans tout son parcours, il y a cette place absolument phénoménale de la résistance et de sa déportation.
08:31Et là, Christian a eu accès aux archives personnelles d'Henri.
08:34Et donc, nous, à partir de son livre, mais pas que, nous reproduisons dans cet article signé de Christian Langeois
08:40dans ce hors-série
08:42plusieurs passages des témoignages d'Henri Krasucki qui sont absolument émouvants.
08:45Je peux t'en citer un ?
08:47Bien sûr, oui.
08:47Je l'ai cité ce matin dans L'Humain, mais parce qu'Henri, c'est quand même incroyable.
08:51Je trouve que les quelques phrases que je vais vous lire résument son état d'esprit de l'époque.
08:55Le premier acte de résistance, même dans les pires conditions, est de conserver sa dignité.
09:00Pouvoir se regarder dans les yeux des autres, se sentir soi-même plus fort que l'ennemi, Henri Krasucki.
09:05Notre action combattante et notre organisation, il parle de l'organisation à l'intérieur du camp.
09:10Oui, c'est ça.
09:11On en parle pas.
09:11Il y avait de la résistance dans les camps, il ne faut pas croire.
09:12Oui, c'est ça. Et il y a un gros passage dessus et c'est hyper intéressant.
09:15Notre action combattante et notre organisation n'avaient pas seulement pour but la survie des combattants,
09:20ce qui n'est pas négligeable, mais de tout faire pour nous évader, pour rejoindre le combat direct contre l
09:25'ennemi.
09:26Je trouve que ça résume parfaitement l'homme qui était Henri Krasucki.
09:28Tout faire pour nous évader, pour rejoindre le combat direct contre l'ennemi.
09:32Et oui, il parle de comment il essayait avec les résistants polonais d'organiser une évasion.
09:38Absolument.
09:38Je l'ai lu.
09:40Mais ça ne l'a pas abouti. Il ne s'est pas évadé.
09:43Non, il n'a jamais réussi. Il a fait la longue marche après.
09:47Mais il est revenu vivant.
09:48Et donc, je le dis à tous ceux qui nous écoutent parce que cet article est très important,
09:53parce qu'y compris dans les colonnes de l'humanité.
09:55Bon, là, c'est un hors-série, mais c'est dans les colonnes de l'humanité.
09:57C'est la première fois qu'on lit des phrases où Henri Krasucki parle de sa déportation,
10:01de ce qu'il a vécu là-bas et du retour aussi, du retour à Paris, au Lutessia, etc.
10:06C'est assez magnifique.
10:08Toi, tu m'as dit, quand on a parlé, que tu allais tous les dix ans à Auschwitz.
10:14Alors, c'est une histoire à la fois intime et personnelle, je veux dire.
10:17Et en même temps, amicale.
10:20En fait, je vais à Auschwitz tous les dix ans, depuis 1994-1995, pour les 50 ans.
10:29En général, je prends la plume, d'ailleurs, dans les colonnes du journal pour raconter ce que j'y vois.
10:33Et là, j'ai republié encore un grand reportage à Auschwitz.
10:37J'y vais régulièrement avec un ami dont le grand-père a été déporté, non pas à Auschwitz,
10:42mais à Schachshausen, au nord de Berlin.
10:46C'est l'un des tout premiers camps nazis, 1932, 1933, 1934,
10:50où il commençait déjà à interner les prisonniers politiques, syndicaux et autres.
10:56Et même des religieux, d'ailleurs, enfin bref.
10:58Et donc, c'est ça, là ?
11:00C'est au-dessus de Berlin.
11:01Oui, c'est là, ok, celui-là, oui.
11:02Voilà, Schachshausen.
11:04Et voilà, et donc, avec mon ami Serge, on a fait beaucoup de camps, d'ailleurs.
11:07On est allé visiter beaucoup de camps, du moins, ce qu'il en reste pour certains.
11:11Dora, il n'y a plus rien.
11:13Sobibor, il n'y a plus rien.
11:14Matausen, non plus.
11:16Schachshausen est intact.
11:17Et donc, Auschwitz, pourquoi Auschwitz ?
11:19Parce que c'est le symbole de l'unicité de l'horreur nazie, de la Shoah.
11:24C'était le plus gros, plus d'un million de morts, essentiellement des Juifs.
11:27Pas que, mais essentiellement.
11:29Et Auschwitz est constitué de deux camps.
11:31Je ne sais pas si tout le monde le sait bien.
11:33Il y a Auschwitz I, qui est le camp primitif, le premier camp,
11:36où il y a eu le premier four crématoire de l'histoire.
11:38Et l'extension à Birkenau, qui est à quelques kilomètres.
11:41Quelqu'un qui demande, le tout premier, ce n'était pas d'Acho ?
11:43Le premier four ?
11:44Alors, je ne sais pas si c'était le...
11:46À vérifier, non, mais peut-être.
11:48Premier camp, peut-être.
11:49Ah, premier camp, j'ai dit le premier four crématoire.
11:51Oui, oui, et le premier camp, c'était possible.
11:52Je pense que c'était le premier camp.
11:54Oui, premier camp, oui, bien sûr.
11:56Même Schachshausen, c'est avant.
11:58Et Auschwitz, parce que Auschwitz...
12:00Moi, ce que je raconte souvent,
12:02ce que je raconte aussi dans le reportage que je republie dans ce hors-série,
12:06c'est qu'à Auschwitz, on peut tout voir et ne rien voir.
12:10C'est une formule un peu étrange.
12:12C'est-à-dire ?
12:13C'est-à-dire que...
12:15Tu comprends ce qui s'est passé ?
12:17Auschwitz, c'est juste une première étape pour comprendre
12:20ce que fut l'horreur, l'horreur concentrationnaire
12:24et l'horreur de ce camp d'extermination.
12:27Auschwitz est donc séparé en deux camps.
12:28À Auschwitz 1, on visite l'aspect mémoriel du camp.
12:31C'est là qu'il y a toute la muséographie.
12:34Tous les pavillons ont été préservés, conservés,
12:36et y compris le fameux four crématoire.
12:38Il n'en reste plus qu'un, ceux de Birkenau.
12:40Les nazis, ils les avaient détruits avant l'arrivée de l'armée rouge.
12:45Et donc, quand on visite Auschwitz 1, on fait la muséographie,
12:49on voit les milliers de visages, les noms.
12:52Il y a des salles invraisemblables.
12:53D'ailleurs, je me souviens très bien qu'en 1995,
12:55j'avais fait un malaise tellement c'était insupportable.
12:58Donc, c'est là où sont entreposées derrière des vitrines
13:00les valises, les souliers, les peignes.
13:03Et puis, il y a une vitrine assez monumentale dans l'un des pavillons.
13:06Je suis encore ému, à chaque fois, c'est la même sensation.
13:09Il y a les cheveux, il y a comme une odeur.
13:12C'est quelque chose de terrifiant.
13:15Donc, ça, je n'incite pas à aller voir ça, les gens.
13:20Au contraire, j'explique même qu'il faut une démarche très volontaire.
13:24Quand tu y as tous les dix ans, c'est quoi ton objectif ?
13:26D'abord, connaissant les lieux,
13:28je n'ai plus besoin de les découvrir,
13:29au sens de la découverte et de cette approche,
13:32de ce que fut cette réalité,
13:34même si on a du mal à l'apercevoir,
13:37nous, en tant que vivants et juste visiteurs, si je puis dire.
13:40C'est plus impressionnant encore à Birkenau,
13:41parce que Birkenau, c'est une plaine,
13:44avec ces fameuses rails, évidemment,
13:45qui rentrent dans le camp,
13:46où là étaient exterminés les gens dès leur arrivée.
13:50Moi, ce qui m'intéresse maintenant,
13:52et pourquoi j'ai toujours envie d'y retourner,
13:55c'est de voir l'évolution aussi des gens qui viennent visiter.
13:59Je le disais tout à l'heure,
14:00le travail de mémoire, c'est aussi ça.
14:02Le devoir d'histoire, c'est aussi ça.
14:03C'est la transmission, ce n'est que ça.
14:05Ça ne peut pas être autre chose.
14:07Après, on en a beaucoup parlé avec Annette Vivorquet,
14:10il y a une dizaine d'années, je me souviens, l'historienne.
14:13Encore une fois, on peut tout comprendre à Auschwitz,
14:15mais ne rien comprendre.
14:16On peut complètement passer à côté.
14:17Moi, j'affirme, le plus tranquillement du monde,
14:19et j'ai des témoins pour ça,
14:20qui m'ont accompagné là-bas,
14:22que parmi les gens qui visitent,
14:24je ne parle pas forcément des scolaires, des jeunes.
14:27C'est important de les emmener, je pense.
14:29Vraiment, ce n'est pas la question.
14:30Mais on voit bien qu'il y a des populations maintenant,
14:32la dernière fois, c'était assez troublant,
14:34qui passent plus de temps à faire des selfies
14:36qu'à s'imprégner des lieux.
14:37S'ils n'étaient pas outillés, peut-être ?
14:39Absolument.
14:40Si on n'a pas la conscience d'où on est.
14:42C'est la raison pour laquelle je parle toujours
14:44du devoir d'histoire, encore une fois.
14:46Il faut d'abord apprendre avant de bien capter les choses.
14:49Je ne sais plus si c'était quelqu'un d'influenceur,
14:51mais il y avait un influenceur qui était là-bas
14:53allait faire justement une vidéo un peu décalée.
14:58Je suis sûr que Dianis ou Mathilde doivent savoir
15:00que c'était peut-être Thibaut InShape,
15:02une vidéo qui commence un peu genre
15:03« On est à Auschwitz ! »
15:05Oui, on voit des choses comme ça.
15:07Après, on peut toujours se dire
15:10quand on est très optimiste dans la vie.
15:12Nous, on est des engagés,
15:13sinon des enragés politiques,
15:15donc on a toujours de l'espérance.
15:16C'est la grande lignée jaurassienne de Jaurès.
15:19Évidemment, on se dit qu'il reste toujours quelque chose,
15:22bien évidemment.
15:22Rien n'est vain.
15:23Quand on va à Auschwitz,
15:24même quand on n'est pas forcément à 100%
15:26dans ce qu'on peut percevoir ou comprendre,
15:29ou même de ce qu'on n'a pas encore appris,
15:31on se dit qu'il reste toujours quelque chose.
15:33Et de fait, par la force des choses,
15:35il reste toujours quelque chose
15:36quand on visite Auschwitz, et bien que non.
15:38On va continuer un petit peu à parcourir le numéro.
15:41Donc peut-être, il y avait une page qui était intéressante,
15:44parce qu'en fait, quand tu la vois,
15:46tu dis « Bon, je ne vais pas la lire, celle-là. »
15:47Ah oui, je crois savoir de quoi tu parles.
15:49C'est la liste des convois.
15:51Exactement.
15:51Mais oui, alors tout à l'heure...
15:52C'est ça, parce qu'il y a un peu un truc
15:53où c'est aride, tu vois, c'est plein de petits numéros.
15:55Tu dis « Bon, mais en fait, c'est juste le fait
15:58de l'avoir écrit et mis en avant 400. »
16:01Tu sais, c'est vers où ?
16:01Ça m'a demandé trois jours de travail.
16:03Ah ok, parce que ce n'était pas fait avant ?
16:05Alors, en fait...
16:06Donc ça, c'est ce que je disais quand tu disais
16:08les nouvelles...
16:09Voilà.
16:09Le nouveau travail, il y a quand même des nouveautés.
16:11Ça me permet de rebondir sur ça.
16:13Tout à l'heure, j'évoquais le fait que...
16:14Juste, tu sais, c'est quelle page qu'on ne parle pas sans...
16:16C'est à la fin du premier chapitre.
16:18D'accord.
16:19Excusez-moi les gens.
16:20Non, non, c'est bon.
16:2140.
16:22Page 40.
16:22Et là, je n'arrive pas à voir qu'on est quelle page.
16:24Plus bas.
16:24Ok, d'accord.
16:25Plus bas.
16:25On est en page 35.
16:27Encore.
16:27C'est juste là, du coup.
16:28On y arrive.
16:28Alors, en fait, voilà.
16:30Alors là, on ne le voit pas, mais c'est une double page.
16:32C'est une double page.
16:33Voilà, voilà.
16:33C'est le recensement de tous les convois partis depuis la France
16:36entre 1942 et fin août 1944.
16:40C'est la première fois qu'on publise cette liste
16:43avec le nombre de déportés, le nombre de rescapés.
16:45Je le dis parce que c'est un gros travail.
16:47Alors, évidemment, ça, par exemple, typiquement, cette liste,
16:50en 1985, on ne peut pas l'établir.
16:53Les historiens n'ont pas encore travaillé, recensé, etc.
16:56Pas assez, en tous les cas.
16:57Serge Klarsfeld n'a pas encore fait tout le travail qu'on lui connaît.
17:02Certains extortionnaires nazis n'ont pas encore été arrêtés.
17:06Il n'y a pas encore eu le procès Papon en France, etc.
17:10Donc, les historiens continuent de travailler.
17:13Alors, les sources, là, c'est le mémorial de la Shoah.
17:15C'est les travaux de Serge Klarsfeld.
17:18Il y a un bout sur Wikipédia qui est assez bien foutu
17:21parce que c'est le mémorial de la Shoah à Paris qui s'en occupe.
17:24Bon, ben voilà.
17:25J'ai voulu qu'il y ait absolument ce document qui est un peu aride
17:29mais qui donne l'intégralité des convois.
17:33Il y a certains convois, d'ailleurs, qui n'existent pas.
17:35Enfin, bref, tout est expliqué.
17:36C'est visuellement que ça parle, en fait.
17:37C'est pas tant parce qu'il n'y a pas trop d'intérêt à lire.
17:39Quoi qu'il y a quand même le nombre d'enfants déportés.
17:41Il y a quelqu'un dans le chat qui dit vraiment quelque chose
17:43qui est une grosse connerie.
17:46Je ne lis pas le chat, pardon.
17:48Qui dit...
17:49Mais bon, je pense que c'est intéressant que tu répondes quand même
17:53pour désamorcer ce genre de connerie.
17:54Est-ce qu'on peut encore s'émouvoir de l'histoire des camps après Gaza ?
17:57Je pense que vraiment, c'est une grosse connerie.
18:00Comparaison n'est pas raison.
18:02Oui, et puis surtout, je pense que c'est antisémite
18:08de faire justement ça pour le coup,
18:11de comparer la déportation des juifs en 1940
18:15avec les gouvernements israéliens et des soldats israéliens
18:19qui font ces massacres à Gaza.
18:21C'est faire un lien antisémite juste parce que leur seul point commun,
18:24ce serait dire qu'ils sont juifs.
18:25Et donc qu'on ne peut pas s'émouvoir du sort de juif
18:28il y a 80 ans parce qu'il y a des israéliens d'extrême droite
18:33qui font ça aujourd'hui.
18:34Bien sûr, pas mieux, aucun rapport.
18:36Évidemment, moi je ne vais pas nier ici ce micro,
18:38évidemment qu'il n'y a pas un caractère génocidaire
18:40dans ce qui se passe depuis les politiques d'extrême droite
18:44des différents gouvernements israéliens.
18:46Évidemment, ce n'est pas la question.
18:47Mais on ne parle pas de la même chose.
18:49Et puis on doit surtout avoir de l'humanité
18:52et de la compassion pour les deux.
18:53Pour les deux, c'est ça le truc.
18:55Encore une fois, ce n'est pas pour faire valoir
18:56les grands historiens ou les grands philosophes
18:58qui ont traversé le XXe siècle et le début de ce XXIe siècle.
19:01Ce n'est pas du tout la question.
19:02Mais quand même, encore une fois, on ne parle pas de la même chose.
19:05On parle là de crimes de guerre,
19:07de caractères génocidaires à Gaza.
19:08Évidemment, bien évidemment.
19:09Et à l'humanité, on n'est pas les derniers à le faire savoir.
19:13Là, quand on parle d'Auschwitz, d'Acho, de Sobibor, de Mauthausen, etc.,
19:18on parle de l'industrialisation, de la mise à mort,
19:22y compris d'un peuple totalement génocidé.
19:27Je crois qu'il faut regarder l'histoire tranquillement.
19:32Il faut regarder l'histoire aussi qui se produit aujourd'hui en Palestine,
19:35bien évidemment, dans les territoires occupés et à Gaza.
19:39Mais au nom de Gaza, on ne peut pas nier la Shoah.
19:43Ça n'a aucun sens, ni historique, ni humain.
19:46Et ce n'est pas l'histoire de l'humanité.
19:47Il faut le redire vivement.
19:48L'humanité a toujours été du côté des accablés, des pauvres
19:52et des martyrisés dans le monde.
19:53Et puis, il n'y a pas de...
19:54Ne pas faire des liens comme ça entre...
19:55Je rappelle que Missak Manouchian a été panthéonisé.
19:58Ça a été le premier communiste de l'histoire à être panthéonisé.
20:00Et son histoire est tragique.
20:01C'est le génocide arménien.
20:03Voilà.
20:03Donc, il n'y a pas de...
20:06On ne peut pas, au nom de Gaza,
20:09oui, en effet, avoir des comportements simites.
20:11Il faut dénoncer...
20:12Tout cela n'a aucun sens.
20:12Il faut dénoncer...
20:13En plus, l'humanité a une constance là-dessus.
20:15Bien sûr, évidemment.
20:16Sur les génocides ou sur les...
20:18Sur les génocides, qu'ils soient à Gaza ou la Shoah ou les Arméniens.
20:21Ou sur les guerres coloniales.
20:24Bien sûr, évidemment.
20:24L'humanité a toujours été claire là-dessus.
20:27A toujours clair.
20:27Et c'est justement, c'est en étant clair sur chaque moment de l'histoire
20:30que la parole, elle sera entendue sur tous les sujets.
20:33Si justement, il y a des sujets qu'on décide de dire
20:37« Bah non, en fait, ça, c'est pas celui qu'on veut mettre en avant,
20:39pas celui qu'on veut parler.
20:40On ne sera pas crédible sur d'autres. »
20:41Bien sûr, bien sûr.
20:41Et donc, voilà.
20:43Il ne doit y avoir aucune dérive antisémite
20:45quand on dénonce les politiques colonialistes
20:47et les politiques d'extrême droite de l'État d'Israël.
20:50Il faut le marteler, quoi.
20:51Ce n'est pas possible.
20:52Et d'ailleurs, c'est au nom de cette dénonciation
20:55des politiques d'extrême droite de l'État d'Israël
20:57qu'on est taxé d'antisémitisme.
20:58Donc, ce n'est pas possible.
21:00Ça n'a aucun sens.
21:02D'ailleurs, l'humanité a été saluée pour son...
21:05Encore une fois, je rappelle que Henri...
21:06Mais combien de dirigeants, allez, communistes,
21:09pour dire les choses clairement, étaient souvent des Juifs ?
21:12Ils ont été déportés pour ça aussi.
21:14Enfin, c'est quand même...
21:15Donc, il ne faut pas tout mélanger, quoi.
21:17Non, mais puis...
21:18Enfin, oui, on est d'accord là-dessus.
21:20Et je pense que l'humanité...
21:21Je suis très corpo.
21:23Mais vraiment, du coup, j'ai pu suivre aussi,
21:26évidemment, de l'intérieur, comment on a couvert Gaza.
21:28Et je pense qu'on a un des traitements les plus exemplaires
21:31de loin dans la presse française.
21:33Et on n'a jamais eu bégayé ou eu peur de dire le mot génocide.
21:37Exactement.
21:38Voilà.
21:39Au nom de l'histoire, l'humanité est légitime.
21:42Pour dénoncer tous les génocides.
21:45De quoi ?
21:45Ah oui, ce qu'on a d'autre...
21:47Je suis toujours...
21:48On va peut-être repasser en...
21:50Bah non, tu vas me dire.
21:51Tu voulais que je te parle,
21:53tu voulais que je te lance sur...
21:54Dis-moi.
21:54Marie-Claude Couturier.
21:55Marie-Claude Vaillant Couturier.
21:57Marie-Claude Vaillant Couturier.
21:57Oui, oui, alors, parce que ça...
21:58Du coup, j'ai lu son témoignage.
21:59Attends, juste avant...
22:00Tu l'as lu ?
22:01Enfin, ce n'est pas son témoignage, son...
22:02Oui, son édition.
22:03Son édition.
22:04Oui, et j'aimerais bien qu'on lise juste la première phrase,
22:08parce que la phrase en italique,
22:09c'est une citation d'elle,
22:10qui fait froid dans le dos.
22:13Attends, où est-ce qu'on...
22:14C'est page combien, tu sais ?
22:15Tout à la fin.
22:15Tout à la fin ?
22:1698.
22:1798.
22:18Une seconde, le chat, désolé.
22:20De quelle phrase parles-tu ?
22:22La première phrase en italique,
22:23où elle parle de Goering, c'est ça ?
22:26Oui.
22:26Alors là, déjà, on a...
22:27Du coup, ça, c'est au procès.
22:29Le procès de Nuremberg.
22:30Le procès de Nuremberg.
22:30Marie-Claude.
22:31Est-ce que tu peux lire ?
22:32Parce que moi, je lis très mal.
22:33Ah, ça !
22:33Oui, bien sûr.
22:34Sauf, il y a un peu un truc de...
22:36Là, tu...
22:36Un article que j'ai écrit.
22:37Tu sens de quoi de l'histoire un peu.
22:39Oui, bien sûr.
22:39Donc, c'est Marie-Claude Vaillant-Couturier
22:41qui témoigne au procès de Nuremberg en janvier 1946.
22:45Je tirerai un mot du procès de Nuremberg après,
22:46si c'est utile.
22:47Elle dit...
22:48Je suis entré dans la salle très lentement.
22:49Je suis passé devant Goering et les autres nazis.
22:51J'étais face à eux et, sans amour,
22:53simplement avec mes yeux, je leur disais
22:55en ce moment, ce sont des millions de morts qui vous regardent.
22:58Elle se trouve face à Goering,
23:00qui est un haut dignitaire nazi.
23:03Ah, oui.
23:03Elle est un des principaux.
23:04Et qui avait des faits d'armes.
23:10Ce n'est pas, c'est une connerie,
23:13mais c'était un pilote très connu.
23:18Il n'était pas connu pour ses capacités
23:19de pilote de l'air ou je ne sais pas quoi.
23:22Goering ?
23:22Je ne sais pas.
23:23En fait, j'ai regardé qui c'était
23:25et il me semble qu'il était...
23:28Certains étaient présents à la Première Guerre mondiale.
23:31Le baron rouge ou je ne sais plus quoi.
23:32Ah non, ce n'est pas le même.
23:33Ce n'est pas lui, d'accord.
23:34Ok, bon, je dis une connerie.
23:35Mais du coup, quand j'ai vu sa fiche Wikipédia,
23:37je pense qu'il était très respecté chez les nazis
23:40parce que pendant la Première Guerre mondiale,
23:42il avait fait ses armes.
23:43Je signale que Goering, au procès de Jean Haber,
23:45est donc condamné à mort parmi plein d'autres.
23:47Et il est pendu le 16 octobre 1946,
23:50le signal au passage.
23:51Voilà.
23:52Et du coup, tu peux nous parler peut-être...
23:54Mais oui, alors Marie-Claude Vaillant-Couturier.
23:55Alors pourquoi Marie-Claude Vaillant-Couturier ?
23:57Bon, communiste,
23:59la femme de Paul Vaillant-Couturier
24:01qui est mort tragiquement avant la guerre.
24:03Il n'a pas connu cette époque sombre.
24:05L'ancien rédacteur en chef de l'Humanité.
24:08Marie-Claude est déportée à Auschwitz.
24:10Et donc, c'est d'ailleurs les accusateurs français
24:13qui réclament son témoignage.
24:15Pas comme communiste,
24:16mais comme déporté, bien évidemment.
24:18Et donc, elle témoigne.
24:21Et là, en reconstruisant ce hors-série,
24:25je me suis dit, mais quand même,
24:28pour comprendre la mécanique
24:30de la construction de l'hitlérisme
24:31avec toutes ses sphères,
24:33de l'arrivée d'Hitler au pouvoir
24:35jusqu'à sa chute,
24:36jusqu'à la libération,
24:38lire l'audition de Marie-Claude Vaillant-Couturier,
24:40alors c'est un peu fastidieux,
24:41il ne faut pas se mentir,
24:42mais là, c'est l'intégralité.
24:45C'est absolument fascinant,
24:47bouleversant, pour tout dire,
24:48même, d'ailleurs,
24:49certains juges à Nuremberg l'avaient dit,
24:51c'était un choc,
24:52le témoignage de Marie-Claude.
24:53C'est pour ça que j'ai voulu que tu lises
24:57la première phrase,
24:57parce que tu capes direct une ambiance.
24:59Oui, bien sûr.
25:00Elle pose très bien le cadre.
25:03Et alors là, pour le coup,
25:05moi, j'assume ce choix.
25:06On assume ce choix à l'Humat.
25:09Donc, on publie l'intégralité
25:10de cette audition,
25:11qui est une pièce d'histoire absolue,
25:13mais vraiment, absolue.
25:15C'est un peu fastidieux,
25:16mais une fois qu'on est dedans,
25:17c'est des questions-réponses,
25:18c'est vraiment une audition.
25:19Marie-Claude matricule 31 685.
25:23Il y a quelqu'un qui demande
25:24si elle a fait pencher le procès
25:26par son témoignage.
25:27Non, mais non, bien sûr que non.
25:29Le procès de Nuremberg est,
25:30comment dire, plié d'avance.
25:32Les charges sont tellement lourdes.
25:33Je rappelle qu'au procès de Nuremberg,
25:35il y a des milliers de documents,
25:37des films, des témoignages
25:39qui ont été présentés au tribunal.
25:4042 volumes comprenant plus de 30 000 pages.
25:42Voilà, un procès qui dure
25:4410 mois et 10 jours.
25:45Il est long, son témoignage.
25:47Et à Nuremberg,
25:48c'était le haut lieu théâtral
25:50des grandes manifestations des nazis.
25:52T'as 8 pages.
25:53Donc, c'était symbolique.
25:54Oui, oui, bien sûr.
25:55C'est même plus que ça.
25:56Plus que ça, oui.
25:57Bien sûr, absolument.
25:58C'est l'intégralité.
26:00Franchement, c'est une pièce d'histoire.
26:01On aurait pu le publier en livre, d'ailleurs.
26:02Il est dans le hors-série.
26:03On a le verdict après.
26:06Le verdict, les noms, les condamnés à mort, les pendus.
26:09Enfin, bref, tout.
26:09C'est une pièce d'histoire.
26:11Moi, on s'est dit, à un moment donné,
26:13en y réfléchissant, que...
26:14Bon, ça prenait quelques pages, en effet.
26:16Mais c'était, pour nos lecteurs,
26:18c'est quand même...
26:20C'est un monument d'histoire, tout simplement.
26:22Et encore une fois, la lecture,
26:24bon, ça prend 20 minutes, une demi-heure.
26:26C'est un choc.
26:27Vraiment, c'est un véritable choc.
26:28Non, mais l'hors-série, justement, il est dense.
26:30Et puis, déjà, évidemment, il y a de quoi faire.
26:33Mais surtout, c'est ça qui fait que...
26:37Je ne sais pas ce qui va se faire.
26:39Mais en tout cas, pour de la presse,
26:41ça se démarque, quoi.
26:42C'est vraiment fourni.
26:43Alors, on n'avait jamais fait un hors-série.
26:44On a toujours fait des numéros spéciaux.
26:46Je m'en suis occupé de beaucoup, d'ailleurs.
26:472005, 2015, à toutes les dates anniversaires.
26:49C'est un peu...
26:51C'est loin d'être un marronnier.
26:52Mais enfin, c'est normal qu'on commémore
26:53ces moments d'histoire.
26:55Là, c'est les 80 ans, quand même.
26:56Je signale que, d'ailleurs, lundi,
26:58pour la date anniversaire de la libération d'Auschwitz,
27:01lundi 27, là, l'Humanité quotidienne
27:03consacre un énorme cahier aussi
27:04à la libération du camp et des camps
27:07et de ce moment important dans l'histoire humaine.
27:10Voilà, on fait notre job, quoi.
27:11C'est top.
27:12Il y a quelqu'un qui a sub.
27:13Merci, Denis, Denis.
27:15Et j'avais une dernière question.
27:18Je ne sais pas si...
27:18Déjà, si tu as d'autres trucs à dire
27:20sur le hors-série, n'hésite pas.
27:22Est-ce qu'il y a d'autres choses que...
27:24Bon, on a dit l'essentiel.
27:25Maintenant, il faut laisser la découverte.
27:26Je ne sais pas ce que je vais dire
27:27qu'il n'y a rien à louper.
27:28Mais s'il y a peut-être autre chose à voir,
27:30un dernier truc...
27:31Oui, si, il y a le...
27:32Mais il y a toutes les questions.
27:33Par exemple, les récits autour
27:35de la libération d'Auschwitz, etc.
27:37Il y a un article sur
27:38fallait-il bombarder Auschwitz ou pas, par exemple.
27:40Voilà, c'est des questions
27:44sur Arte ou La 5, je ne sais plus,
27:46qui traitent de cette question
27:47et comment les Américains et les Anglais
27:48ont failli bombarder
27:49et pourquoi ils ne l'ont pas fait, d'ailleurs, précisément.
27:53Probablement à tort,
27:53même si les historiens ne sont pas tous au clair sur ça.
27:56Ce n'est pas évident.
27:57Non, mais l'historiographie, c'est jamais fini.
27:59Les historiens continuent de travailler.
28:00Il y a encore beaucoup de productions.
28:01Il y a encore...
28:01Voilà, etc.
28:02Donc, on pose beaucoup de questions sur ça, notamment.
28:04Mais c'est pour ça qu'il y a aussi des nouveautés
28:06dans ce hors-série.
28:07Absolument.
28:08Et d'ailleurs, s'il y a un hors-série
28:09dans quelques années,
28:10il y aura encore des nouveautés ?
28:11Ah, si on refait quelque chose
28:12et c'est juste évident pour les 90 ans,
28:14dans 10 ans...
28:15C'est tous les 10 ans, du coup,
28:16il y aura des choses nouvelles ?
28:17Il y a un hors-série sur...
28:17Non, ce n'est pas systématique.
28:20Mais disons que les dates anniversaires
28:21rondent d'une importance aussi fondamentale
28:24que celle-là.
28:25L'humanité ne passe pas à côté.
28:26La preuve.
28:27Il était inenvisageable
28:29qu'on ne fasse pas quelque chose
28:30d'énorme pour les 80 ans.
28:32C'est juste évident.
28:34Et tu m'as demandé de poser cette question.
28:36Vas-y, dis-moi, je ne me souviens plus.
28:37Tu m'as demandé en quoi ce hors-série
28:39dit quelque chose d'aujourd'hui ?
28:40Oui, bien sûr.
28:41Alors, pourquoi tu m'as demandé
28:43de poser cette question ?
28:44Non, parce que du coup,
28:45je n'ai pas eu le temps
28:45de tout préparer, mais non.
28:46Alors, je vais biaiser.
28:49Je vais biaiser.
28:50Et ça peut même être,
28:51si je puis dire,
28:52la conclusion de notre discussion.
28:53Je vais citer Fabien Huguet,
28:54directeur de l'humanité.
28:55C'est pas mal, non ?
28:56Un bout d'éditorial de Fabien Huguet
28:58parce que ça va boucler la boue.
28:59On a le droit d'être corpo ici.
29:00Parce que quand tu me parlais
29:01d'antisémitisme,
29:03j'ai rigolé en te disant
29:07une période trouble.
29:08Je peux citer Fabien Huguet ?
29:10Oui, bien sûr.
29:10Je cite Fabien Huguet,
29:12directeur de l'humanité,
29:13sénateur.
29:14Et il écrit dans son éditorial,
29:15à la fin de l'éditorial,
29:16je cite la fin de l'éditorial
29:17de Fabien Huguet
29:18et vous allez tout comprendre
29:19et c'est la conclusion.
29:19Par ses nombreux témoignages,
29:21ce hors-série nous replonge
29:22dans l'ampleur
29:22de ce système consens rationnaire
29:24et nous ouvre la voie
29:25vers la résilience.
29:26Dans un contexte de montée
29:27de tensions internationales,
29:29de nationalisme,
29:30de xénophobie,
29:31d'antisémitisme et de racisme,
29:33il est de notre devoir collectif
29:34de nous souvenir
29:34et de transmettre.
29:36Nous ne devons plus jamais
29:37vivre ça.
29:38C'est ce que j'ai appelé
29:38au début de notre discussion
29:39le travail de mémoire,
29:41le devoir d'histoire
29:42et on a une pièce supplémentaire
29:43avec l'humanité.
29:44C'est top.
29:45Bah écoute,
29:46merci beaucoup.
29:47Et fuck Trump.
29:49Et Musk.
29:50Et puis tout ça.
29:52Vous vous rendez compte quand même ?
29:53Puis l'international fasciste
29:54du moment quand même.
29:55D'ailleurs j'ai écrit mon bloc-notes
29:56de demain sur
29:57évidemment Elon Musk
29:58et son geste.
29:59Vous vous rendez compte quand même ?
30:00Le numéro 2
30:01de la nouvelle administration,
30:02la tête des Etats-Unis,
30:03fait un salut nazi,
30:05face caméra.
30:05Il aurait pu être parce que...
30:06Face caméra.
30:07On est en 2025.
30:08C'est fou quoi.
30:09C'est fou quoi.
30:09Mais non,
30:10c'était un salut romain.
30:11T'as pas compris ?
30:11Bien sûr.
30:13C'était peut-être un salut
30:14messélénien
30:14mais ça change pas grand chose.
30:15Non, c'est pas faux.
30:18Merci beaucoup
30:19Jean-Henri Noldecoin
30:20d'être venu.
30:20On te retrouve
30:21dans les pages de l'UMA.
30:21Sous-titrage Société Radio-Canada
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