- il y a 12 heures
Interné et libéré du camp de de Drancy à l'âge de 17 ans, en 1943, Adolfo Kaminsky, apprenti teinturier, met ses compétences au service de la Résistance juive. Il devient faussaire et fabrique des milliers de faux papiers pour sauver des Juifs de la déportation.Porté par ses valeurs humanistes, il consacrera trente ans de sa vie à défendre les opprimés. Rescapés partis pour la Palestine, membres du FLN algérien et mouvements de libération du monde entier : il met son savoir-faire au service de ceux qui luttent pour leur liberté. Quelle est l'histoire de ce héros longtemps méconnu ?Pour en discuter, Ali Baddou reçoit Sarah Kaminsky, sa fille, Annette Wieviorka, historienne spécialiste de la Shoah, et Benjamin Stora, historien spécialiste de la guerre d'Algérie.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00:01Paris partirisée et Paris libérée.
00:00:08Aucune femme ne repourt de gaieté de cœur à l'avortement.
00:00:11Vous n'avez pas, M. Mitterrand, le monopole du cœur.
00:00:13Qui s'aime la misère récolte la colère, c'est ce qu'ils ont aujourd'hui.
00:00:16La justice française ne sera plus une justice qui tue.
00:00:26How dare you !
00:00:28Adolfo a fait le calcul.
00:00:30En une heure, il fabrique 30 documents vierges.
00:00:33Dormir ne serait-ce qu'une heure, c'est condamner 30 personnes.
00:00:40Alors le fossé en chef de la 6e ne s'accorde aucun répit.
00:00:44Luttant contre le sommeil, se giflant pour tenir, refusant de flancher.
00:00:48Bonsoir et bienvenue.
00:00:50Heureux de vous retrouver dans Débadoc avec aujourd'hui un film extraordinaire.
00:00:56Une exclusivité pour la chaîne parlementaire Adolfo Kaminsky, le fossaire libre.
00:01:01Un documentaire réalisé par Gaspard Vallu.
00:01:04Il avait 17 ans, Adolfo Kaminsky, lorsqu'il a été interné dans le camp de Drancy en 1943.
00:01:10À sa libération quasi miraculeuse, ce jeune teinturier est devenu le fossaire de la résistance juive.
00:01:17Il a fabriqué des milliers de faux papiers pour arracher des enfants à la déportation.
00:01:22Et pendant 30 ans après la guerre, il va dédier ses services à d'autres combats pour la liberté jusqu
00:01:27'à l'Afrique du Sud sous l'apartheid.
00:01:28C'est le portrait de ce héros longtemps méconnu que vous allez découvrir dans un instant.
00:01:33Nous en débattrons avec Sarah Kaminsky, sa fille scénariste, Annette Vieviorca, historienne spécialiste de la Shoah.
00:01:41Et l'historien Benjamin Stora, spécialiste de l'Algérie et de la guerre de libération.
00:01:45Débadoc, c'est parti.
00:01:53Le visage d'Adolfo Kaminsky ne vous dit probablement rien.
00:02:00Pourtant, derrière ce nom, se cache une histoire hors du commun.
00:02:05Un destin qui s'est écrit à l'ombre des événements les plus marquants du siècle passé.
00:02:12Fausseur de génie, résistant à 17 ans, agent secret, artisan de l'ombre au service des causes les plus urgentes
00:02:21de son temps.
00:02:24Pendant près de 30 ans, Adolfo Kaminsky a fabriqué des faux papiers.
00:02:29Pour des juifs traqués par les nazis.
00:02:31Pour des rescapés des camps de la mort.
00:02:33Pour des militants du FLN algérien.
00:02:35Pour des révolutionnaires des quatre coins du monde en lutte contre les dictatures.
00:02:41Il a sauvé des milliers de vies sans jamais faire de distinction entre les êtres humains et sans jamais chercher
00:02:47la reconnaissance.
00:02:51Cette histoire aurait pu rester secrète pour toujours s'il n'avait pas décidé de la partager avec sa fille.
00:03:03Pour mon père, tout commence dans une teinturerie.
00:03:07La première fois qu'il m'en parle, je comprends très vite qu'il ne s'agit pas d'une
00:03:12expérience professionnelle comme les autres.
00:03:15Il a tout juste 15 ans quand il met les pieds pour la première fois dans l'arrière-boutique.
00:03:21C'est ici qu'il se découvre une passion qui va changer sa vie.
00:03:25La chimie.
00:03:27C'est une révélation.
00:03:29Parce que là où certains ne voient que des vêtements tachés ou des tissus sales à laver,
00:03:34lui voit des défis à relever.
00:03:37Il découvre un monde fait de solutions chimiques miraculeuses, d'énigmes à résoudre.
00:03:44Passionné, autodidacte, il parvenait toujours à sauver ce qui était soi-disant irrécupérable.
00:03:50Alors, les gens venaient des villes alentours pour lui remettre des gants de communion en dentelle
00:03:55ou des robes de mariée tachées.
00:03:57Ça l'amusait.
00:03:59Cette teinturerie, à Vire, en Normandie, c'est en quelque sorte son tout premier laboratoire.
00:04:05Quand la guerre éclate, ça devient aussi son refuge.
00:04:12Fils d'immigrés juifs de Russie, Adolfo Kaminsky a déjà parcouru le monde au gré des exils successifs de ses
00:04:18parents,
00:04:18Salomon et Anna.
00:04:21La famille est marquée par le déracinement.
00:04:25Lui et ses deux frères sont nés en Argentine,
00:04:27quand sa petite sœur voit le jour en Turquie.
00:04:38Après un passage de quelques années à Paris,
00:04:40la famille quitte la capitale française en 1938.
00:04:46Direction Vire, en Normandie.
00:04:50Dans cette campagne normande,
00:04:52les Kaminsky découvrent enfin la stabilité.
00:04:55Après des années d'errance,
00:04:56ils connaissent des jours heureux,
00:04:58une vie normale.
00:05:00Mais cette parenthèse enchantée
00:05:02ne dure qu'un temps.
00:05:12Le 3 septembre 1939,
00:05:15deux jours après l'invasion de la Pologne par l'armée allemande,
00:05:18le président du conseil, Édouard Daladier,
00:05:21annonce l'entrée en guerre de la France
00:05:22aux côtés du Royaume-Uni.
00:05:48Le 10 mai 1940,
00:05:52l'Allemagne envahit l'ouest de l'Europe.
00:05:55Après la Belgique et les Pays-Bas,
00:05:57en quelques semaines,
00:05:58la France s'effondre.
00:06:16Adolfo voit défiler les réfugiés.
00:06:22Puis les chars.
00:06:24La Normandie passe sous occupation allemande.
00:06:34Mais c'est une autre violence qui le marque.
00:06:37En octobre 1940,
00:06:39le gouvernement de Vichy promulgue la loi
00:06:42portant statut des Juifs.
00:06:52Ainsi grossit chaque jour
00:06:53le nombre des Français
00:06:54qui, sachant discerner le Juif,
00:06:56pourront se protéger contre ces agissements.
00:07:05Adolfo et son frère,
00:07:07seuls ouvriers juifs de leur usine,
00:07:09sont renvoyés.
00:07:10Pour la première fois,
00:07:12il se heurte de plein fouet
00:07:14à un antisémitisme
00:07:15désormais inscrit dans la loi.
00:07:17Le jeune homme retrouve alors
00:07:18un travail dans une teinturerie de la ville.
00:07:21Une arrière-boutique
00:07:22qui devient son refuge.
00:07:30En 1942,
00:07:32sa mère est assassinée
00:07:34lors d'un trajet en train
00:07:34depuis Paris.
00:07:43Adolfo a 16 ans.
00:07:45Il en est profondément marqué.
00:07:48Il se réfugie dans la chimie.
00:07:52Il se crée un laboratoire
00:07:54dans lequel, le soir,
00:07:56il fabrique du savon,
00:07:57des bougies,
00:07:59du sel.
00:08:04Autant de produits
00:08:05qui manquent cruellement
00:08:06en temps de guerre.
00:08:09Ses talents d'apprenti chimiste
00:08:11arrivent aux oreilles
00:08:12de M. Brancourt,
00:08:13une figure de la résistance locale,
00:08:15qui lui propose
00:08:16d'aider son réseau.
00:08:21Adolfo accepte
00:08:22sans hésiter
00:08:22et commence à fabriquer
00:08:24des détonateurs
00:08:25et des produits corrosifs
00:08:26pour saboter
00:08:27les voies ferrées.
00:08:29Un premier acte
00:08:30de résistance
00:08:31qui ne dure qu'un temps.
00:08:40Durant l'été 1943,
00:08:43l'armée allemande
00:08:44émet un ordre d'arrestation
00:08:45à l'encontre des Kaminsky.
00:08:52Adolfo est interpellé
00:08:54sur son lieu de travail.
00:08:55Dans le camion,
00:08:57il retrouve son père,
00:08:58ses frères,
00:09:00sa sœur,
00:09:01ainsi que son amie
00:09:02Dora Ogier
00:09:02et son père,
00:09:04seuls autres juifs
00:09:05encore présents à Vire.
00:09:06Tous
00:09:07prennent la direction
00:09:08du camp d'internement
00:09:10de Drancy.
00:09:20Lorsqu'ils arrivent à Drancy
00:09:22à la fin de l'été 1943,
00:09:25les Kaminsky découvrent
00:09:26ce qui est désormais
00:09:27le principal camp de transit
00:09:28des Juifs en France.
00:09:33Avec son père,
00:09:34ses frères et sa sœur,
00:09:38Adolfo est placé
00:09:39dans des bâtiments
00:09:39réservés aux détenus
00:09:41non déportables.
00:09:42Grâce à leur nationalité,
00:09:44ils bénéficient
00:09:45d'une immunité.
00:09:46L'Argentine est pour leur neutre
00:09:48dans le conflit
00:09:49qui agite le monde
00:09:50et ses ressortissants
00:09:51sont protégés
00:09:52de toute déportation.
00:09:54Pour autant,
00:09:56ils ne sont pas tenus
00:09:57à l'écart
00:09:57de la vie quotidienne
00:09:58de ce camp
00:09:59déjà chargé d'histoire.
00:10:04Réquisitionné
00:10:05par les Allemands
00:10:05dès l'armistice de 1940,
00:10:08le camp de Drancy
00:10:09devient à partir
00:10:09d'août 1941
00:10:11le principal centre
00:10:12d'internement
00:10:13des Juifs de France.
00:10:27A partir de mars 1942,
00:10:29les premiers convois
00:10:30partent vers l'est.
00:10:39A chaque fois,
00:10:41ce sont des milliers
00:10:41de personnes
00:10:42qui prennent le départ
00:10:43et ne reviennent jamais.
00:10:48Les soldats allemands
00:10:49parlent de camp de travail.
00:10:52Mais à Drancy,
00:10:53personne n'est d'eux.
00:10:55Que ferait-on
00:10:56de centaines d'enfants
00:10:57et de vieillards incapables ?
00:10:59Les détenus
00:11:00ont donné un nom
00:11:00à cette destination inconnue.
00:11:03Pichipoy,
00:11:04le pays de nulle part.
00:11:06Un voyage sans retour.
00:11:22C'était une cité immense,
00:11:25entourée de barbelés.
00:11:28Des immeubles formant un U
00:11:30autour d'une vaste cour carré
00:11:32sur laquelle planait
00:11:34l'ombre menaçante
00:11:35des tours
00:11:35où résidaient
00:11:36les troupes
00:11:37d'occupation allemande.
00:11:39Ce qui l'a vraiment marqué,
00:11:42ce sont les milliers
00:11:43de personnes parquées là.
00:11:45Des hommes,
00:11:46des femmes
00:11:46et des enfants
00:11:48de toutes les origines,
00:11:49de toutes les conditions.
00:11:51Toutes enfermées
00:11:52pour une seule raison.
00:11:53Parce qu'elles sont juives.
00:11:56Il n'a jamais fait
00:11:57de distinction
00:11:58entre les êtres humains.
00:12:00Venant d'une famille
00:12:01athée et marxiste,
00:12:02cette injustice
00:12:03lui est insupportable.
00:12:06Lui, son père,
00:12:07ses frères et sa sœur
00:12:08étaient protégés
00:12:10par leurs papiers argentins.
00:12:11Mais il voyait partir
00:12:12les autres,
00:12:13par groupe de mille.
00:12:15C'était atroce.
00:12:18Il a vu son amie
00:12:19Dora partir,
00:12:20sans pouvoir rien faire.
00:12:22Puis son professeur
00:12:23d'algèbre,
00:12:24qui avait continué
00:12:25de lui faire court
00:12:26chaque jour
00:12:26à l'intérieur du camp,
00:12:28comme pour garder
00:12:29un semblant
00:12:29de vie normale.
00:12:32Il en est resté
00:12:33à jamais traumatisé.
00:12:34Il en a même gardé
00:12:36une forme de culpabilité.
00:12:38Culpabilité
00:12:39d'être un survivant.
00:12:40Ça explique sans doute
00:12:41qu'il est passé
00:12:42le reste de sa vie
00:12:43à essayer
00:12:43de sauver des gens.
00:12:45Pour ne pas en avoir
00:12:46réchappé pour rien.
00:12:53Les semaines passent
00:12:54et avec eux,
00:12:56les convois défilent.
00:12:58Les Kaminsky, eux,
00:12:59sont toujours là.
00:13:01Ce n'est que trois mois
00:13:02après leur arrivée
00:13:03que la situation
00:13:04se débloque.
00:13:08Les nombreux courriers
00:13:09envoyés aux consuls
00:13:10d'Argentine
00:13:10portent enfin leurs fruits.
00:13:13Adolfo et sa famille
00:13:14sont libérés
00:13:16à la fin de l'année 1943
00:13:17à la faveur
00:13:19d'un imbroglio diplomatique.
00:13:22L'Argentine
00:13:22n'est plus neutre
00:13:23et ne les protège plus.
00:13:25Ils doivent se cacher
00:13:27dans un Paris occupé
00:13:28où les soldats allemands
00:13:29sont omniprésents.
00:13:41Depuis leur départ
00:13:42pour la Normandie
00:13:43cinq ans plus tôt,
00:13:44la capitale française
00:13:45est devenue
00:13:46un environnement hostile.
00:13:48Une ville
00:13:49qu'Adolfo
00:13:49ne reconnaît presque plus.
00:13:52Il y a d'abord
00:13:53l'Allemand
00:13:53qui côtoie désormais
00:13:54le Français
00:13:54sur les devantures
00:13:55de magasins
00:13:56et sur les panneaux
00:13:57de circulation.
00:13:59Il y a aussi
00:14:00les soldats
00:14:00de l'armée d'occupation
00:14:03omniprésentes
00:14:03dans les rues.
00:14:09La priorité
00:14:09est de se mettre
00:14:10à l'abri.
00:14:14La famille
00:14:15doit se disperser
00:14:16et changer d'identité.
00:14:22Grâce à de vieilles connaissances,
00:14:24le père d'Adolfo
00:14:26obtient le contact
00:14:26d'un certain pingouin
00:14:28responsable d'un mouvement
00:14:30de résistance
00:14:30baptisé
00:14:31Sixième Section Secrète.
00:14:36Ce mouvement
00:14:37est infiltré
00:14:38au sein même
00:14:39de l'Union Générale
00:14:40des Israélites
00:14:40de France,
00:14:42l'UGIF,
00:14:43une organisation
00:14:44créée par Vichy
00:14:45en novembre 1941
00:14:46pour apporter
00:14:47une aide matérielle
00:14:48et administrative
00:14:49aux Juifs
00:14:50à travers tout le pays.
00:14:53Une façade
00:14:54dont les fichiers
00:14:55servent en réalité
00:14:56à l'organisation
00:14:57des rafles.
00:15:03Grâce à des sources,
00:15:05le réseau récupère
00:15:06en avance
00:15:06les listes
00:15:07des personnes
00:15:07ciblées.
00:15:12Un laboratoire
00:15:13se charge ensuite
00:15:14de fabriquer
00:15:14de faux papiers
00:15:15et de les faire
00:15:16disparaître
00:15:16dans la nature.
00:15:23Après un premier rendez-vous
00:15:24dans le quartier latin,
00:15:26Adolfo retrouve pingouin
00:15:27pour récupérer
00:15:28les nouveaux papiers
00:15:29de la famille.
00:15:33son père devient
00:15:35Georges Vernet.
00:15:36Lui
00:15:36s'appelle maintenant
00:15:38Julien Keller.
00:15:42Leur chemin
00:15:43aurait pu se séparer
00:15:44à cet instant.
00:15:45Mais pingouin
00:15:46est intrigué
00:15:47par la profession
00:15:47d'Adolfo.
00:15:48Un teinturier,
00:15:49ça ne court pas
00:15:50les rues.
00:15:54Il lui explique
00:15:55qu'ils ont beaucoup
00:15:55de mal à effacer
00:15:56l'encre waterman
00:15:57présente sur de nombreux
00:15:58documents officiels.
00:16:02Adolfo n'hésite pas
00:16:03un seul instant.
00:16:04La solution,
00:16:05l'acide lactique.
00:16:11Pingouin comprend
00:16:12immédiatement
00:16:13que le jeune homme
00:16:13peut devenir
00:16:14un atout important
00:16:14pour son équipe.
00:16:16Il lui donne rendez-vous
00:16:18quelques jours plus tard
00:16:19dans un hôtel
00:16:21de la place Maubert
00:16:21pour un test
00:16:22de la grandeur nature.
00:16:30Ce jour-là,
00:16:31quand il pousse
00:16:32la porte d'entrée,
00:16:33il ne se doute pas
00:16:34que son destin
00:16:35s'apprête à basculer.
00:16:37Dans la chambre sombre,
00:16:39il retrouve trois hommes,
00:16:41pingouin,
00:16:42girafes
00:16:42et hérons.
00:16:44Trois résistants
00:16:45dont il ne connaît pas
00:16:46les véritables identités.
00:16:49On lui demande
00:16:50de s'installer
00:16:50devant un bureau en bois.
00:16:52Il a devant lui
00:16:53une carte d'identité vierge,
00:16:55une plume
00:16:55et un encrier.
00:16:59Il se souvient
00:17:00des regards
00:17:00tournés vers lui
00:17:01quand il commence
00:17:02à recopier
00:17:02les informations
00:17:03inscrites sur une feuille
00:17:04qu'on vient de lui fournir.
00:17:06Il s'applique
00:17:07à adopter l'écriture
00:17:08d'un banal secrétaire
00:17:09de mairie.
00:17:13Sur le papier,
00:17:14rien de compliqué.
00:17:16Il dit même
00:17:17que ce qu'il a fait
00:17:18ce jour-là,
00:17:19n'importe qui
00:17:20aurait pu le faire.
00:17:22Pourtant,
00:17:23il sait qu'il s'agit
00:17:24d'un rituel
00:17:25initiatique,
00:17:26un passage
00:17:27qui le marque
00:17:27à tout jamais.
00:17:30Mon père
00:17:30vient de réaliser
00:17:31son tout premier faux papier.
00:17:48Dès le lendemain
00:17:49de ce test,
00:17:50Pingouin emmène Adolfo
00:17:51dans un appartement discret
00:17:52au dernier étage
00:17:53d'un immeuble
00:17:54situé aux 17 rues
00:17:55des Saint-Père,
00:17:56dans le quartier latin.
00:17:59Le jeune homme
00:18:00de 17 ans
00:18:00a tout de suite
00:18:01les yeux rivés
00:18:01sur la petite équipe
00:18:02qui s'affaire
00:18:03devant une montagne
00:18:04de documents
00:18:04à falsifier.
00:18:06Et tout juste arrivé,
00:18:08il repère des failles.
00:18:10La technique employée
00:18:12pour effacer
00:18:12l'encre des documents
00:18:13est risquée.
00:18:14Il sait qu'avec le produit
00:18:16qu'ils utilisent,
00:18:17les inscriptions
00:18:18ressurgiront
00:18:18en quelques jours seulement.
00:18:22sans attendre,
00:18:23le jeune chimiste
00:18:24s'empare alors
00:18:25de plusieurs flacons
00:18:26et concocte
00:18:27des solutions
00:18:27bien plus efficaces,
00:18:29incolores
00:18:30et intraçables.
00:18:33L'ancienne responsable
00:18:34lui confie alors
00:18:35les rênes
00:18:35du laboratoire clandestin,
00:18:37un endroit
00:18:38où il passe
00:18:39désormais
00:18:39toutes ses journées.
00:18:44Il faut imaginer
00:18:45un laboratoire minuscule,
00:18:47à peine 15 mètres carrés.
00:18:49Mais grâce à une lucarne,
00:18:51il y a une belle clarté
00:18:52durant la journée.
00:18:54Deux tables bout à bout
00:18:55qui occupent alors
00:18:57presque toute la longueur
00:18:58de la pièce.
00:19:00Pour augmenter
00:19:01la surface de travail,
00:19:03mon père a bricolé
00:19:04des grands tiroirs coulissants.
00:19:06C'est là que les documents
00:19:07sont mis à sécher.
00:19:09Il a aussi revu
00:19:11l'organisation
00:19:11des étagères
00:19:12fixées au mur.
00:19:14Il y a disposé
00:19:15tous les produits chimiques
00:19:16et les différentes encres,
00:19:18scrupuleusement classés
00:19:19dans l'ordre
00:19:19de leur utilisation.
00:19:21Chacun sait quoi faire.
00:19:23C'est une équipe soudée
00:19:24où chacun se soutient
00:19:25et a un rôle à jouer.
00:19:27Ils sont quatre
00:19:28dans ce laboratoire,
00:19:29dont personne
00:19:30ne connaît l'adresse,
00:19:31pas même les autres membres
00:19:33de la sixième section secrète.
00:19:36Cette petite équipe
00:19:37devient vite
00:19:38sa nouvelle famille.
00:19:41Ce qui frappe,
00:19:42c'est avant tout
00:19:42leur jeunesse.
00:19:44Ils sont tous étudiants.
00:19:46Certains font ça
00:19:47en cachette
00:19:47de leurs parents.
00:19:49Mon père était
00:19:50le plus jeune.
00:19:52Un mineur
00:19:52qui aurait dû être caché
00:19:53chez des fermiers
00:19:54en zone libre
00:19:55par le réseau,
00:19:56comme l'étaient
00:19:57ses frères et sœurs.
00:20:01Les semaines passent
00:20:03et la quantité
00:20:04de documents
00:20:05à falsifier
00:20:05ne faiblit pas.
00:20:07Adolfo décide alors
00:20:09de revoir
00:20:09la stratégie
00:20:10du laboratoire
00:20:10et d'industrialiser
00:20:12le processus.
00:20:14Plutôt que de modifier
00:20:15les papiers originaux,
00:20:17il veut maintenant
00:20:17fabriquer des pièces
00:20:18vierges lui-même.
00:20:20Le soir,
00:20:22il arpente
00:20:22les bouquinistes
00:20:23des quais de Seine,
00:20:25déniche
00:20:25des ouvrages techniques,
00:20:27arrache ses secrets
00:20:28à un professionnel.
00:20:29La fabrication
00:20:30du papier
00:20:31et la photogravure
00:20:32n'ont bientôt
00:20:33plus de mystère
00:20:34pour lui.
00:20:35En quelques semaines,
00:20:37il installe
00:20:38un second laboratoire
00:20:39au-dessus de sa chambre.
00:20:40C'est là
00:20:41que chaque nuit,
00:20:42il façonne
00:20:43seules des dizaines
00:20:44de pièces vierges
00:20:45que l'équipe remplit
00:20:46dès le lendemain matin.
00:21:00Grâce à Adolfo Kaminski,
00:21:02l'équipe de Fosser
00:21:03se forge rapidement
00:21:04une solide réputation.
00:21:06Le laboratoire
00:21:07de la rue des Saint-Père
00:21:08est le seul en France
00:21:09capable de produire
00:21:10en grande quantité
00:21:11des faux
00:21:12d'une qualité identique
00:21:14aux originaux.
00:21:15Pas étonnant alors
00:21:16de voir les commandes
00:21:17affluer de toutes parts.
00:21:19Bientôt,
00:21:20le laboratoire
00:21:21inonde la France,
00:21:22la Belgique
00:21:23et les Pays-Bas.
00:21:31En ce début d'année 1944,
00:21:34c'est toute la résistance
00:21:35qui a besoin
00:21:35de faux papiers.
00:21:43Mouvement de libération nationale
00:21:45ou communiste
00:21:46des francs-tireurs
00:21:47et partisans,
00:21:48Adolfo apporte son aide
00:21:50à tous ceux
00:21:51qui ont besoin de lui.
00:21:53Mais face à ce nombre
00:21:55toujours plus important
00:21:56de demandes,
00:21:57l'équipe se fixe
00:21:59une seule règle.
00:22:00La priorité
00:22:01est toujours donnée
00:22:02au sauvetage
00:22:03des enfants.
00:22:05Cette règle
00:22:06prend tout son sens
00:22:07au printemps 1944
00:22:09quand Pingouin
00:22:10vient transmettre
00:22:12une information
00:22:12alarmante.
00:22:14Les Allemands
00:22:15ont décidé
00:22:16d'accélérer
00:22:16le processus
00:22:17d'épuration
00:22:17et n'épargne plus personne.
00:22:20Ils s'apprêtent
00:22:21à mener une rafle géante
00:22:22dans une dizaine
00:22:22de maisons d'enfants
00:22:23de la région parisienne.
00:22:25300 enfants
00:22:25dont les parents
00:22:26ont déjà été arrêtés
00:22:27sont à leur tour
00:22:28menacés de déportation.
00:22:33Carte d'identité,
00:22:35certificat de baptême,
00:22:36carte d'alimentation,
00:22:37laissé passer.
00:22:38La petite équipe
00:22:39doit fabriquer
00:22:40plus de 900 faux documents
00:22:41en trois jours seulement.
00:22:48Durant 72 heures,
00:22:50le laboratoire
00:22:51se consacre
00:22:51à cette tâche titanesque
00:22:52et tourne sans relâche.
00:22:54Adolfo a fait le calcul.
00:22:56En une heure,
00:22:57il fabrique
00:22:5830 documents vierges.
00:22:59Dormir,
00:23:00ne serait-ce qu'une heure,
00:23:01c'est condamner 30 personnes.
00:23:06Alors,
00:23:07le fossé en chef
00:23:07de la 6e
00:23:08ne s'accorde aucun répit,
00:23:10luttant contre le sommeil,
00:23:11se giflant pour tenir,
00:23:13refusant de flancher.
00:23:20Au terme
00:23:20de ces trois jours éreintants,
00:23:22l'équipe est parvenue
00:23:23à réaliser
00:23:24plus de 900 faux documents.
00:23:27Mais le soulagement
00:23:28est de courte durée.
00:23:30Pingouin a été arrêté
00:23:31alors qu'il accompagnait
00:23:3230 enfants en zone libre.
00:23:35Adolfo l'apprendra plus tard.
00:23:37Tous ont été déportés
00:23:38à Auschwitz.
00:23:40Pingouin a été fusillé
00:23:41dès son arrivée.
00:23:43Les enfants aussi.
00:23:47Les jours passent
00:23:48et cet épisode tragique
00:23:51continue de hanter
00:23:52Adolfo.
00:23:55Pourtant,
00:23:57après bientôt
00:23:58cinq années de guerre
00:23:58et d'occupation,
00:23:59l'horizon semble
00:24:00enfin se dégager.
00:24:03Le 6 juin 1944,
00:24:05les forces alliées
00:24:06déclenchent l'opération
00:24:07Overlord.
00:24:11plus de 150 000 soldats
00:24:12débarquent sur la mer
00:24:13et par les airs
00:24:14sur le sol de Normandie.
00:24:16Une opération
00:24:17d'une ampleur jamais vue
00:24:18qui met à mal
00:24:19l'armée allemande
00:24:20sur un mur de l'Atlantique
00:24:21qu'elle pensait
00:24:22infranchissable.
00:24:24La reconquête
00:24:24de la France
00:24:25débute.
00:24:32Le 24 août,
00:24:34après une percée éclair,
00:24:35les premiers blindés
00:24:36de la deuxième DB
00:24:37du général Leclerc
00:24:38entrent dans la capitale.
00:24:46La déroute allemande
00:24:47ne fait plus de doute.
00:24:51Le 25 août,
00:24:53le général von Scholtitz,
00:24:54commandant allemand
00:24:55à Paris,
00:24:56signe l'acte de reddition.
00:25:00Le lendemain,
00:25:01le général de Gaulle
00:25:02défile triomphant
00:25:03sur les Champs-Elysées.
00:25:04Une liesse populaire
00:25:06s'empare d'une ville
00:25:07enfin libérée
00:25:08de l'oppression allemande.
00:25:13Toujours dans son laboratoire,
00:25:16Adolfo Kaminski, lui,
00:25:17ne participe pas
00:25:18aux célébrations.
00:25:21Le faussaire de la 6e
00:25:22est habité
00:25:23par une profonde tristesse.
00:25:26il ne parvient pas
00:25:27à oublier les morts,
00:25:29tous ceux
00:25:29qu'il n'a pas pu sauver.
00:25:31Il se demande
00:25:32pourquoi lui
00:25:33s'en est sorti,
00:25:34et pas eux.
00:25:41Paris,
00:25:43Paris,
00:25:44Paris outragé,
00:25:45Paris brisé,
00:25:48Paris martyrisé,
00:25:50mais Paris libéré.
00:25:57Alors que Paris est libéré,
00:26:00Adolfo Kaminski est perdu.
00:26:05Sa vie s'est comme arrêtée
00:26:07quand il est arrivé à Drancy.
00:26:09Sa famille est éparpillée
00:26:11et les contacts avec eux
00:26:13sont rares.
00:26:14Il n'a pas d'études à poursuivre,
00:26:16pas de travail à reprendre.
00:26:21Il sait aussi que la guerre
00:26:22ne s'est pas terminée
00:26:23avec la bataille de Paris.
00:26:26La France n'est pas encore
00:26:27entièrement libérée.
00:26:30Les troupes allemandes
00:26:31sont défaites dans la capitale,
00:26:32mais elles sont encore loin
00:26:34d'avoir rendu les armes.
00:26:36Engagée dans une folle
00:26:37remontée vers le nord,
00:26:38la première armée française
00:26:39du général de l'Atre de Tassini
00:26:41débarquait le 15 août
00:26:42sur les côtes de Provence,
00:26:44libère Lyon et Besançon
00:26:45en septembre 1944
00:26:47avant d'atteindre les Vosges
00:26:48au mois d'octobre.
00:26:53Les forêts denses de l'Est
00:26:54sont le théâtre de combat
00:26:56parmi les plus violents
00:26:57et les plus meurtriers
00:26:58de la reconquête du pays.
00:27:05En novembre,
00:27:07ce sont toutes les forces alliées
00:27:08qui se lancent
00:27:09dans une course effrénée
00:27:09vers le Rhin,
00:27:10luttant contre des soldats allemands
00:27:12solidement installés
00:27:13sur leur position.
00:27:16Adolfo sait que des vies
00:27:17sont encore menacées.
00:27:19Il veut se rendre utile.
00:27:20Alors il s'engage
00:27:21dans l'armée comme brancardier,
00:27:23bien décidé à rejoindre
00:27:24ces zones de combat.
00:27:34Mais à l'automne,
00:27:36deux officiers de la DGER,
00:27:38les nouveaux services secrets
00:27:40du gouvernement provisoire
00:27:40de la République,
00:27:41se présentent dans sa caserne.
00:27:43ils cherchent un certain
00:27:46Julien Keller.
00:27:48Le jeune homme de 18 ans
00:27:49est rattrapé par son passé.
00:27:51Ils ont eu vent
00:27:52de ses exploits de faussaire
00:27:54et ont une mission
00:27:55hautement prioritaire
00:27:56à lui confier.
00:28:01A l'approche de la victoire,
00:28:03une course contre la montre
00:28:04est lancée.
00:28:08Le Troisième Reich
00:28:09s'emploie à effacer
00:28:10méthodiquement les traces
00:28:11de ses crimes.
00:28:15Dans les camps
00:28:15où des médecins
00:28:16se sont livrés
00:28:17à des expérimentations
00:28:18sur des êtres humains,
00:28:21les archives brûlent
00:28:22et les témoins disparaissent.
00:28:29La DGER et les alliés
00:28:30doivent envoyer des agents
00:28:32derrière les lignes ennemies
00:28:34pour documenter ces crimes
00:28:35avant qu'il ne soit trop tard.
00:28:43Pour ça,
00:28:44il leur faut des faux papiers
00:28:46et des légendes parfaites.
00:28:48C'est là qu'Adolfo
00:28:49entre en jeu.
00:28:51Le jeune homme accepte.
00:28:53Il devient agent secret.
00:28:57C'est un changement
00:28:58de vie radical.
00:29:00Il emménage
00:29:01dans un logement de fonction
00:29:02dans les beaux quartiers
00:29:03de Paris.
00:29:05Il a une solde confortable.
00:29:07et une voiture avec chauffeur.
00:29:11Ses camarades ne sont plus
00:29:12des étudiants résistants,
00:29:14mais des militaires en uniforme.
00:29:15Ils passent
00:29:16d'un laboratoire minuscule
00:29:17à un étage entier
00:29:18avec du matériel professionnel.
00:29:20Il est maintenant
00:29:21faussaire d'État.
00:29:24L'objectif de sa mission
00:29:26pour les services secrets
00:29:27était de permettre
00:29:28à des agents français
00:29:29de s'infiltrer en Allemagne.
00:29:31Mais confectionner
00:29:32des papiers allemands
00:29:33représente un nouveau défi
00:29:34technique pour lui
00:29:35parce qu'il n'en a jamais fabriqué
00:29:36et qu'ils sont réputés
00:29:37infalsifiables.
00:29:40Grammage de papier,
00:29:41filigrane,
00:29:41écriture,
00:29:42il doit trouver
00:29:43des solutions pour tout.
00:29:45Imaginez de nouvelles techniques
00:29:46dans un temps record
00:29:47et avec les moyens du bord.
00:29:49Il fabrique
00:29:50ses propres machines.
00:29:51Il crée une centrifugeuse
00:29:53avec une roue de vélo.
00:29:54Grâce à son ingéniosité,
00:29:56il parvient à reproduire
00:29:57tous les documents
00:29:58à la perfection.
00:29:59Il doit aussi fournir
00:30:00de quoi alimenter
00:30:01la couverture des agents,
00:30:03inventer leur légende
00:30:04avec eux.
00:30:05Tickets de caisse,
00:30:06de cinéma,
00:30:06de bus.
00:30:07Ils réalisent
00:30:08des quittances de loyer
00:30:09et des cartes de bibliothèque.
00:30:11Ce sont ces éléments-là
00:30:12qui,
00:30:13lors d'un contrôle de police,
00:30:15peuvent faire la différence
00:30:16entre la vie
00:30:17et la mort.
00:30:25Au printemps 1945,
00:30:27l'ensemble des documents
00:30:29sont prêts à être remis
00:30:30aux six agents
00:30:30qui s'apprêtent
00:30:31à être parachutés en Allemagne.
00:30:34Ils n'auront pas
00:30:35le temps de partir.
00:30:40Le 8 mai 1945,
00:30:42au sud-est de Berlin,
00:30:44le général Wilhelm Keitel,
00:30:46en présence des représentants
00:30:47des forces alliées,
00:30:49signe l'acte de capitulation
00:30:50du Troisième Reich.
00:30:56Après six ans de guerre,
00:30:58les armes se taisent enfin
00:31:00en Europe.
00:31:01La paix est revenue.
00:31:08Mais Adolfo n'a pas
00:31:10le temps de souffler.
00:31:11Ses supérieurs lui assignent
00:31:13déjà une nouvelle mission.
00:31:14Cette fois-ci,
00:31:16il n'est plus question
00:31:16de fabriquer des faux papiers
00:31:17pour des missions
00:31:18d'infiltration,
00:31:19mais de réaliser
00:31:20toute une série
00:31:21de cartes de l'Indochine.
00:31:25Car à peine sortie
00:31:26de la Seconde Guerre mondiale,
00:31:27la France s'apprête
00:31:29à lancer une guerre
00:31:29de reconquête coloniale
00:31:31dans ce territoire
00:31:32considéré comme la perle
00:31:33de l'Empire français.
00:31:37L'objectif,
00:31:39lutter contre la montée
00:31:40du Viet Minh,
00:31:41un mouvement indépendantiste
00:31:42dirigé par Ho Chi Minh.
00:31:49La DGER est chargée
00:31:51de préparer le terrain
00:31:52avant l'arrivée
00:31:53des premiers corps
00:31:54expéditionnaires.
00:31:55Alors,
00:31:57carte après carte,
00:31:58Adolfo photographie,
00:32:00reproduit,
00:32:01classe.
00:32:02C'est un travail mécanique,
00:32:04silencieux.
00:32:05Mais dans son laboratoire,
00:32:08quelque chose commence
00:32:09à se fissurer en lui.
00:32:12Installé devant sa table
00:32:13de travail,
00:32:14il prend peu à peu conscience
00:32:16que ce ne sont pas
00:32:17de simples cartes géographiques
00:32:19qui défilent sous ses yeux.
00:32:21Ces montagnes,
00:32:23ces fleuves et ces vallées
00:32:25sont des terres habitées
00:32:26par des hommes
00:32:27et des femmes indochinois
00:32:29qui,
00:32:29comme les Français
00:32:30quelques mois plus tôt,
00:32:31se soulèvent
00:32:32contre ce qu'ils considèrent
00:32:33être une force d'occupation.
00:32:36Un constat s'impose à lui.
00:32:39Ce que la France a appelé
00:32:40la résistance chez elle,
00:32:42elle s'apprête
00:32:43à l'appeler
00:32:44insurrection là-bas
00:32:45et la combattre
00:32:46par les armes.
00:32:48Cette idée le hante
00:32:49et ne le quitte plus.
00:32:51Il n'est plus en accord
00:32:52avec sa ligne morale.
00:32:54Pour lui,
00:32:55chaque être humain
00:32:56a la même valeur.
00:32:58La seule raison
00:32:59pour laquelle
00:32:59il a commencé
00:33:00à faire des faux papiers,
00:33:01c'est pour sauver
00:33:02des innocents,
00:33:03pas pour participer
00:33:05à la guerre coloniale
00:33:05qui s'annonce.
00:33:07Il sait que
00:33:08s'il reste dans l'armée,
00:33:10il n'est plus
00:33:11du bon côté.
00:33:17Alors,
00:33:18un matin de l'été 1945,
00:33:20il se présente
00:33:21devant son supérieur
00:33:22et lui remet sa démission.
00:33:25Peu importe
00:33:26les tentatives
00:33:27pour le retenir,
00:33:28il a fait son choix.
00:33:31Du jour au lendemain,
00:33:34Adolfo Kaminski
00:33:35a tout perdu.
00:33:44Il a maintenant
00:33:45tout juste 20 ans.
00:33:46Les temps sont durs.
00:33:48Il vit dans un taudis
00:33:50sans eau
00:33:50ni électricité.
00:33:53Sa situation administrative
00:33:55est un cauchemar.
00:33:56Il n'a que son vieux
00:33:57passeport argentin,
00:33:59portant toujours
00:34:00le tampon juif.
00:34:02Sa demande
00:34:02de permis de séjour
00:34:03est refusée
00:34:04par les autorités françaises.
00:34:06Il est même frappé
00:34:07d'une obligation
00:34:07de quitter le territoire
00:34:09et risque maintenant
00:34:10l'expulsion
00:34:11vers l'Argentine,
00:34:12un pays
00:34:12où il n'a
00:34:13aucune attache.
00:34:15Il passe
00:34:16de faussaire d'état
00:34:17à sans papier.
00:34:18Il doit se confectionner
00:34:20sa propre fausse carte
00:34:21d'identité.
00:34:22C'est à cette période
00:34:24que Pierrot,
00:34:25un ancien
00:34:25de la Résistance,
00:34:26fait appel à lui
00:34:28pour venir en aide
00:34:28aux rescapés
00:34:29des camps de la mort,
00:34:30toujours parqués
00:34:31à l'est de l'Europe.
00:34:35Au sortir de la guerre,
00:34:37ils sont des centaines
00:34:37de milliers
00:34:38à être bloqués là,
00:34:39dans des camps
00:34:39où ils ne meurent plus,
00:34:40mais qu'ils refusent
00:34:41de quitter
00:34:42pour ne pas rentrer
00:34:43dans leur pays d'origine
00:34:44où ils ont vécu
00:34:45tant d'atrocités.
00:34:48Ils espèrent partir
00:34:49en Palestine,
00:34:50toujours sous mandat anglais.
00:34:53Mais le Royaume-Uni
00:34:53impose un quota
00:34:55d'immigration dérisoire,
00:34:56appelé Livre blanc.
00:34:59Ce sont ces hommes,
00:35:00ces femmes,
00:35:01et surtout ces enfants,
00:35:03que Pierrot
00:35:04tente d'aider.
00:35:06Mais Adolfo refuse.
00:35:08Il ne croit pas
00:35:09dans le projet sioniste.
00:35:10Selon lui,
00:35:12les Juifs n'ont pas
00:35:13de nation.
00:35:14Ils ont leur place
00:35:15partout dans le monde,
00:35:16sans avoir
00:35:17à risquer la mort.
00:35:19Pour tenter
00:35:20de le convaincre,
00:35:21Pierrot lui propose
00:35:22de l'accompagner
00:35:22en Allemagne.
00:35:25Son voyage en Allemagne
00:35:27a lieu au mois
00:35:28de janvier 1946.
00:35:30Il est à bord
00:35:31d'une Jeep
00:35:32militaire américaine.
00:35:34Il fait froid et gris.
00:35:36Au loin,
00:35:37les baraquements
00:35:38rectangulaires
00:35:39d'un camp,
00:35:39dressés au milieu
00:35:41d'un champ boueux.
00:35:44Et soudain,
00:35:45de l'autre côté
00:35:46des barbelés,
00:35:48les premières silhouettes.
00:35:50Des hommes et des femmes
00:35:51qui s'approchent lentement
00:35:52et interrogent du regard.
00:35:55Ils portent encore
00:35:56leur costume rayé
00:35:57de prisonniers
00:35:57alors que la guerre
00:35:58est finie.
00:36:03Il est horrifié
00:36:04par les histoires
00:36:05de ces personnes
00:36:05qui ont vécu
00:36:06les persécutions.
00:36:07Les lynchages
00:36:08de leurs voisins
00:36:09qui ont vu
00:36:10leur famille tuer.
00:36:11Des rescapés
00:36:12de la mort
00:36:13qui n'envisagent pas
00:36:14un instant
00:36:14de rentrer
00:36:15dans le pays
00:36:15qui les a trahis.
00:36:17Ils sont prêts
00:36:18à attendre ici
00:36:19des mois,
00:36:19des années
00:36:20s'il le faut
00:36:20pour obtenir
00:36:22un visa
00:36:22pour la Palestine.
00:36:28sur le chemin du retour,
00:36:29une dernière image
00:36:31le terrifie.
00:36:32Des hordes
00:36:33d'enfants sauvages,
00:36:34des orphelins
00:36:35qui rôdent
00:36:36aux abords
00:36:36des camps,
00:36:38des gamins
00:36:38rescapés eux aussi,
00:36:40armés de bâtons
00:36:41et livrés
00:36:42à eux-mêmes.
00:36:43Il se dit alors
00:36:44que ces faux papiers
00:36:45peuvent peut-être
00:36:46apporter une solution
00:36:47à ces situations
00:36:49sans espoir.
00:36:55De retour à Paris,
00:36:57Adolfo renoue
00:36:58avec son passé
00:36:59de faussaire.
00:37:00S'il s'engage
00:37:01à nouveau,
00:37:02c'est avant tout
00:37:03parce qu'il rejette
00:37:03la notion de frontière.
00:37:05Il se souvient
00:37:06combien lui et sa famille
00:37:07ont souffert
00:37:08de cette condamnation
00:37:09à l'immobilité,
00:37:10faute de papiers
00:37:11d'identité.
00:37:14Il veut lutter
00:37:15pour la liberté
00:37:15de circulation
00:37:16des peuples menacés.
00:37:23Pour permettre
00:37:24le départ
00:37:25des rescapés,
00:37:26la méthode
00:37:26est bien rodée.
00:37:28Les candidats
00:37:28à l'exil
00:37:29sont exfiltrés
00:37:30des camps
00:37:30par groupes
00:37:31de 30,
00:37:32rassemblés
00:37:32en convoi
00:37:33de 500 à 800 personnes,
00:37:34puis embarqués
00:37:35sur des bateaux
00:37:36dans la destination
00:37:37officielle
00:37:38et l'Amérique du Sud.
00:37:40Une fois en mer,
00:37:42ils mettent
00:37:42le cap
00:37:42sur la Palestine.
00:37:45Même si la plupart
00:37:46des navires
00:37:47sont interceptés
00:37:48par la Royal Navy
00:37:48et détournés vers Chypre
00:37:50où les passagers
00:37:51sont parqués
00:37:51dans des camps,
00:37:53c'est une première victoire.
00:37:54Ils ne sont plus
00:37:55en Allemagne
00:37:55ou en Pologne.
00:38:00pour chaque voyage
00:38:02la tâche
00:38:03est titanesque.
00:38:06Visa de groupe,
00:38:07billet pour des destinations
00:38:08fictives,
00:38:09passeport d'équipage,
00:38:11tampons douaniers,
00:38:12autorisation d'amarrage.
00:38:15Adolfo fabrique tout
00:38:16et ne laisse rien au hasard.
00:38:23un travail de fonds
00:38:25qui finit par payer.
00:38:26Les scandales
00:38:27à répétition
00:38:27achèvent
00:38:28de discréditer
00:38:28le Royaume-Uni.
00:38:32En novembre 1947,
00:38:34l'ONU vote
00:38:35la partition
00:38:35de la Palestine
00:38:36en deux États.
00:38:40Et le 14 mai 1948,
00:38:43David Ben-Gurion
00:38:44proclame la création
00:38:45de l'État d'Israël.
00:38:48Comme lors
00:38:49de la libération de Paris,
00:38:51le jeune homme
00:38:51de 22 ans
00:38:52est amer.
00:38:54Il espérait
00:38:55la création
00:38:55d'un unique État
00:38:56laïque et binational,
00:38:58sans religion
00:38:58érigée au-dessus
00:38:59de la nouvelle Constitution.
00:39:01Ce n'est pas le cas.
00:39:03Il pressent
00:39:04la distinction inévitable
00:39:05entre les populations.
00:39:07les conflits
00:39:08qui surviendront.
00:39:11Alors qu'il voit
00:39:12sa sœur
00:39:12et plusieurs amis
00:39:13faire le choix
00:39:13de s'installer
00:39:14dans ce nouvel État,
00:39:16lui n'envisage pas
00:39:17de quitter son pays,
00:39:18la France.
00:39:26C'est en reproduisant
00:39:28des tampons
00:39:29dans son laboratoire
00:39:29de la 6e
00:39:30qu'Adolfo
00:39:31s'est découvert
00:39:32une passion
00:39:32pour la photographie.
00:39:34En temps de paix,
00:39:36il choisit
00:39:36d'en faire son métier.
00:39:40Son ingéniosité
00:39:41et sa maîtrise technique
00:39:42lui permettent
00:39:43de se faire un nom.
00:39:45Spécialiste de la couleur,
00:39:46il réalise des formats
00:39:47photographiques géants
00:39:48pour le cinéma
00:39:49ou des reproductions
00:39:50d'œuvres d'art
00:39:50pour les catalogues
00:39:51d'expositions.
00:39:53Dans ce Paris du début
00:39:54des années 50,
00:39:56Adolfo,
00:39:57désormais père
00:39:58de deux enfants
00:39:58issus d'un premier mariage,
00:40:00mène une vie d'artiste
00:40:01et côtoie des talents
00:40:02venus des quatre coins
00:40:03du monde.
00:40:05A-t-il renoncé
00:40:06à faire des faux papiers ?
00:40:07Jamais vraiment.
00:40:09Dans le secret
00:40:09de son laboratoire,
00:40:11il continue d'aider
00:40:12des républicains espagnols
00:40:13en lutte
00:40:14contre la dictature
00:40:14de Franco.
00:40:19Mais un sujet
00:40:21ne cesse
00:40:21de le préoccuper.
00:40:23L'Algérie.
00:40:26Un pays
00:40:27qu'il découvre
00:40:27en 1953.
00:40:32Il est parti
00:40:33en Algérie
00:40:33en vacances
00:40:34avec une amie photographe.
00:40:36Un simple
00:40:37voyage touristique.
00:40:39Mais là-bas,
00:40:41il est profondément
00:40:42marqué
00:40:42par les graves problèmes
00:40:43que pose alors
00:40:44la colonisation.
00:40:47Lui qui a déjà
00:40:48une forte conscience
00:40:49anticoloniale
00:40:50perçoit la distinction
00:40:51entre les populations.
00:40:54A travers l'objectif
00:40:55de son appareil photo,
00:40:57il ressent
00:40:57cette dure réalité.
00:40:59Il y a les Français
00:41:00d'un côté
00:41:00et de l'autre
00:41:01les Français musulmans
00:41:03d'Algérie.
00:41:04Ceux qu'on appelle
00:41:05les Arabes.
00:41:08Il voit les Arabes
00:41:09qu'on tutoie
00:41:10et les Français
00:41:11qu'on appelle
00:41:11Monsieur.
00:41:13Il endure
00:41:13le paternalisme
00:41:14colonial d'une partie
00:41:15des métropolitains.
00:41:17Pas tous, bien sûr,
00:41:18mais tout ça
00:41:19le met mal à l'aise.
00:41:21Alors qu'on lui a appris
00:41:22que l'Algérie,
00:41:23c'est la France,
00:41:24il comprend qu'ici,
00:41:25la devise nationale
00:41:26liberté, égalité, fraternité
00:41:29ne concerne pas tout le monde.
00:41:32Lui, le Blanc de métropole,
00:41:33a honte d'être qui il est.
00:41:35Mais surtout,
00:41:37il a honte pour la France.
00:41:47Depuis la fin
00:41:48de la Seconde Guerre mondiale,
00:41:49la population algérienne
00:41:50affirme avec force
00:41:51sa volonté d'émancipation.
00:41:53Et depuis le mois
00:41:54de novembre 1954,
00:41:56le territoire est en proie
00:41:57à une insurrection armée
00:41:58menée par un puissant
00:41:59mouvement indépendantiste,
00:42:01le FLN,
00:42:02le Front de Libération Nationale.
00:42:17Face à cet embrasement,
00:42:19l'armée française répond
00:42:20par ce que le gouvernement
00:42:21qualifie d'opérations
00:42:22de maintien de l'ordre
00:42:23ou de campagne
00:42:24dite de pacification.
00:42:32La propagande parle
00:42:33des événements algériens.
00:42:35Pourtant,
00:42:35le départ de milliers
00:42:36de jeunes soldats
00:42:37et les premiers récits
00:42:38de torture
00:42:39ne laissent pas la place
00:42:40aux doutes.
00:42:42La torture.
00:42:43Pour Adolfo,
00:42:45la ligne rouge
00:42:46a été franchie.
00:42:48Il ne peut s'empêcher
00:42:49de faire le parallèle
00:42:50avec les pratiques
00:42:50de la Gestapo,
00:42:5115 ans plus tôt.
00:42:53Il veut s'engager
00:42:54pour aider les Algériens.
00:42:58C'est par l'intermédiaire
00:43:00de Marceline Loridan,
00:43:01une rescapée des camps
00:43:02et meilleure amie
00:43:03de Simone Veil,
00:43:04qu'Adolfo rencontre
00:43:05Francis Jansson
00:43:06à la fin de l'année 1957.
00:43:11Philosophe existentialiste,
00:43:13Jansson est une figure médiatique
00:43:15de l'anticolonialisme.
00:43:17Il est aussi le fondateur
00:43:18du premier réseau clandestin
00:43:19de soutien au FLN.
00:43:21Un réseau qu'il crée
00:43:23dans l'espoir
00:43:24de préserver les chances
00:43:25d'une amitié entre les peuples,
00:43:26éviter les morts
00:43:27de part et d'autre,
00:43:28mais aussi pour que la France
00:43:29ne se déshonore plus
00:43:30avec l'usage de la torture.
00:43:34Le réseau qui porte son nom
00:43:36coordonne la collecte
00:43:37des cotisations
00:43:38auprès des quelques
00:43:39300 000 Algériens
00:43:40présents en métropole,
00:43:41organise le transfert
00:43:42des fonds vers la Suisse,
00:43:43ainsi que l'exfiltration
00:43:45des militants recherchés.
00:43:47Il aide enfin
00:43:47les jeunes appelés
00:43:48à déserter
00:43:49pour éviter
00:43:50de prendre part
00:43:50au conflit.
00:43:54Et pour fonctionner,
00:43:55son réseau
00:43:56a besoin
00:43:57de faux documents.
00:43:58Le philosophe
00:43:59demande à Adolfo
00:44:01de l'aider.
00:44:03L'ancien résistant
00:44:05attendait cette opportunité
00:44:06depuis des années.
00:44:07Enfin,
00:44:08elle se présente à lui.
00:44:09Mais il est profondément
00:44:11tiraillé,
00:44:12car depuis deux ans,
00:44:13il vit une histoire
00:44:14d'amour avec Sarah Elisabeth,
00:44:16une artiste afro-américaine.
00:44:18Après plusieurs mois
00:44:19d'un voyage
00:44:20le long des côtes françaises,
00:44:21le couple vient de prendre
00:44:23la décision
00:44:23de s'installer aux Etats-Unis.
00:44:26Partie la première,
00:44:27elle l'attend déjà.
00:44:31Mais s'il veut aider
00:44:32le réseau Jansson,
00:44:34Adolfo ne peut plus partir.
00:44:36Bientôt,
00:44:37les lettres de sa compagne
00:44:38s'accumulent
00:44:38sur le rebord
00:44:39de sa fenêtre.
00:44:40Il ne peut pas lui répondre.
00:44:42Lui expliquer
00:44:43les raisons
00:44:43de son silence
00:44:44serait trop risquée.
00:44:45Alors,
00:44:46il se plonge
00:44:48dans le travail.
00:44:52Comme toujours,
00:44:54le faussaire pose
00:44:54ses conditions.
00:44:56Il refuse
00:44:56d'être payé
00:44:57pour garder son indépendance
00:44:58et la liberté
00:44:59de rompre
00:45:00avec le réseau
00:45:00en cas de désaccord.
00:45:02Il impose aussi
00:45:03un cloisonnement strict
00:45:04avec un unique
00:45:05agent de liaison.
00:45:08Il s'installe
00:45:09dans un laboratoire
00:45:10de 150 mètres carrés
00:45:11où coexistent
00:45:12son entreprise
00:45:13photographique légale
00:45:14et son atelier clandestin.
00:45:18Celui que les membres
00:45:19du réseau
00:45:19ne connaissent que
00:45:20sous le pseudonyme
00:45:20de Monsieur Joseph
00:45:21réalise des passeports
00:45:23pour les porteurs
00:45:23de valises.
00:45:25Des papiers espagnols,
00:45:27italiens,
00:45:28belges,
00:45:29allemands.
00:45:29Il parvient même
00:45:30à reproduire
00:45:31à la perfection
00:45:31le passeport suisse
00:45:32un Graal
00:45:33réputé infalsifiable.
00:45:39Pendant plus de deux ans,
00:45:41son laboratoire
00:45:42tourne à plein régime.
00:45:43Mais à la fin
00:45:43de l'année 1959,
00:45:45une vague d'arrestations
00:45:46décime le réseau.
00:45:47Les cadres tombent
00:45:48un à un.
00:45:49Jansson prend la fuite,
00:45:51muni de faux papiers
00:45:51fabriqués en urgence
00:45:53par Kaminsky.
00:45:54S'en suit un procès
00:45:55médiatique
00:45:56au cours duquel
00:45:56de nombreuses personnalités
00:45:57comme Simone de Beauvoir,
00:45:59Jean-Paul Sartre
00:46:00ou Marguerite Duras
00:46:01soutiennent le réseau
00:46:02Jansson
00:46:02et affirment
00:46:03leur droit
00:46:03à l'insoumission.
00:46:05Un pas de plus
00:46:06vers une prise
00:46:06de conscience collective.
00:46:09Passé entre les mailles
00:46:10du filet
00:46:11grâce à un cloisonnement
00:46:12rigoureux,
00:46:13Adolfo continue
00:46:14de faire des faux papiers
00:46:15pour celui
00:46:15qui a pris
00:46:15le relais
00:46:16du réseau Jansson,
00:46:17le militant communiste
00:46:18Henri Curiel.
00:46:20La lutte
00:46:21n'est pas terminée.
00:46:22Mais il sait
00:46:23qu'il est traqué.
00:46:25En juin 1961,
00:46:27il repère un homme
00:46:28en planque
00:46:28sous ses fenêtres.
00:46:30L'instinct du faussaire
00:46:31ne trompe pas.
00:46:32Il alerte ses responsables
00:46:34qui décident
00:46:35de déménager
00:46:35le laboratoire
00:46:36à Bruxelles.
00:46:38Adolfo Kaminsky
00:46:39a tout juste
00:46:40le temps
00:46:40d'emporter son matériel
00:46:41et des documents vierges.
00:46:43Mais il part
00:46:44sans même pouvoir
00:46:46dire au revoir
00:46:46à ses deux enfants.
00:46:48Il s'installe
00:46:49dans une petite maison
00:46:50avec Katia,
00:46:51une autre faussaire
00:46:52du réseau.
00:46:53S'ils semblent mener
00:46:54la vie paisible
00:46:55d'un couple rangé,
00:46:57leur sous-sol
00:46:57est un laboratoire
00:46:58clandestin
00:46:59qui tourne à plein régime.
00:47:01Si depuis le référendum
00:47:02sur l'autodétermination
00:47:03de l'Algérie
00:47:04de janvier 1961,
00:47:05l'indépendance
00:47:06semble inéluctable,
00:47:09dans le chaos
00:47:10de cette fin de guerre,
00:47:11le réseau
00:47:12a encore du travail.
00:47:19Pour intensifier
00:47:20la pression sur Paris,
00:47:21Adolfo et Katia
00:47:22se lancent
00:47:23dans la fabrication
00:47:23de faux billets.
00:47:25Après des semaines
00:47:25de travail,
00:47:27près de 100 millions
00:47:27de nouveaux francs
00:47:28sont prêts
00:47:28à être déversés
00:47:29pour déstabiliser
00:47:30l'économie française.
00:47:33Ils n'entreront
00:47:34jamais en circulation.
00:47:36Le 18 mars 1962,
00:47:38les accords
00:47:39déviants sont signés.
00:47:40La guerre d'Algérie
00:47:41prend fin.
00:47:43Adolfo et Katia
00:47:44creusent un trou
00:47:44dans leur jardin.
00:47:45Ils y brûlent
00:47:46les billets,
00:47:47un à un.
00:47:52Quand il rentre
00:47:53à Paris
00:47:53en 1963,
00:47:54il retrouve ses enfants
00:47:56après deux ans
00:47:56d'absence.
00:47:58Il découvre aussi
00:47:59la dernière lettre
00:47:59de Sarah Elisabeth.
00:48:01Elle ne l'attend plus.
00:48:05Après tant d'années
00:48:06de clandestinité,
00:48:08Adolfo est fatigué
00:48:09de ses sacrifices
00:48:10personnels
00:48:10et professionnels.
00:48:12Il n'est pas le père
00:48:13qu'il aimerait être.
00:48:15Il n'a pas d'argent,
00:48:16sa carrière patine
00:48:18et sa vie d'artiste
00:48:19est au point mort.
00:48:23Pourtant,
00:48:24ce n'est qu'une question
00:48:24de temps
00:48:25avant que sa réputation
00:48:26ne le rattrape
00:48:27encore une fois.
00:48:29C'est Georges Matéi,
00:48:31un membre du réseau
00:48:32Curiel
00:48:32qui vient le voir.
00:48:34Entre les deux hommes,
00:48:36l'entente est immédiate.
00:48:37Ils partagent
00:48:38les mêmes convictions,
00:48:39les mêmes idéaux.
00:48:41Leurs cœurs sont partout
00:48:42où se trouvent
00:48:42les opprimés.
00:48:43et très vite,
00:48:44une nouvelle collaboration
00:48:46débute.
00:48:47Dans son laboratoire,
00:48:50Adolfo confectionne
00:48:51des faux papiers
00:48:51pour des militants
00:48:52et résistants
00:48:52partout à travers le monde.
00:48:54Matéi, lui,
00:48:56grimé en journaliste,
00:48:57parcourt la planète
00:48:58pour les distribuer
00:48:59à tous ceux
00:49:00qui luttent
00:49:00contre les dictatures.
00:49:01Dans les Caraïbes d'abord,
00:49:03à Saint-Domingue
00:49:03et à Haïti.
00:49:05En Amérique du Sud ensuite,
00:49:07au Brésil,
00:49:08en Argentine
00:49:09ou encore en Colombie.
00:49:12pour des déserteurs américains
00:49:14qui refusent
00:49:14de prendre part
00:49:15à la guerre du Vietnam.
00:49:19Pour les peuples africains
00:49:21qui cherchent
00:49:21à s'émanciper
00:49:22de l'oppression coloniale.
00:49:25Pour les militants
00:49:25de l'ANC
00:49:26de Nelson Mandela
00:49:27en Afrique du Sud
00:49:28qui se battent
00:49:28pour mettre fin
00:49:29au régime d'apartheid.
00:49:31en Europe aussi
00:49:32où les résistants grecs
00:49:34luttent
00:49:34contre le régime
00:49:35des colonels.
00:49:36Au Portugal
00:49:36où l'on tente
00:49:38de faire tomber
00:49:38sa Lazare.
00:49:39En Espagne enfin
00:49:40où Franco
00:49:41s'accroche encore
00:49:42et toujours au pouvoir.
00:49:45Pendant plus de 8 ans,
00:49:47Adolfo œuvre
00:49:48dans le secret
00:49:48de son laboratoire
00:49:49toujours avec cette obsession
00:49:51de sauver des vies
00:49:52grâce à des papiers
00:49:52d'identité.
00:49:54Mais avec le temps,
00:49:55son activité
00:49:56finit par le mettre
00:49:57à nouveau en danger.
00:49:59Dans le courant
00:50:00de l'année 1971,
00:50:02il comprend
00:50:02qu'il est recherché.
00:50:04Plusieurs intermédiaires
00:50:05viennent lui demander
00:50:06de produire
00:50:06des faux papiers
00:50:07sud-africains.
00:50:08Mais à chaque fois,
00:50:09c'est le même passeport
00:50:10qu'on lui confie
00:50:11comme modèle.
00:50:13Il ne croit pas
00:50:14à une coïncidence.
00:50:18Adolfo comprend
00:50:19qu'il se trame
00:50:20quelque chose de grave.
00:50:22Qui se cache
00:50:23derrière la manœuvre ?
00:50:24Une infiltration
00:50:25de la police ?
00:50:26Des services secrets
00:50:27français ou peut-être
00:50:29étrangers ?
00:50:30Finalement,
00:50:30peu importe.
00:50:32Il comprend
00:50:33que le danger
00:50:34est trop important.
00:50:35Au mieux,
00:50:36il risque la prison.
00:50:37Au pire,
00:50:39la mort.
00:50:41Il doit disparaître
00:50:42immédiatement.
00:50:43À la fin de l'année 1971,
00:50:46après 30 ans
00:50:46de lutte clandestine,
00:50:48il embarque
00:50:48dans un avion
00:50:49pour l'Algérie
00:50:49où il compte se cacher
00:50:51le temps que la pression retombe.
00:50:54Il accepte un poste
00:50:56de professeur
00:50:56au Beaux-Arts d'Alger.
00:50:58Il pensait rester un an,
00:51:00il en restera 10.
00:51:04Il rencontre Leïla,
00:51:06une Algérienne,
00:51:07étudiante en droit
00:51:08et militante anticolonialiste
00:51:10comme lui.
00:51:11Ensemble,
00:51:12ils ont trois enfants,
00:51:14une vie de famille
00:51:15qu'il n'osait plus imaginer.
00:51:19En 1982,
00:51:21la montée du fondamentalisme religieux
00:51:23les pousse à quitter l'Algérie.
00:51:25Ils débarquent en France
00:51:26sans argent ni travail,
00:51:27munis de simples visas
00:51:28de touristes.
00:51:30Encore une fois,
00:51:31il est un émigré
00:51:32dans ce pays
00:51:32qu'il considère être le sien.
00:51:38Décédé en janvier 2023,
00:51:40Adolfo Kaminski,
00:51:42qui a enfin obtenu
00:51:43la nationalité française
00:51:44en 1992,
00:51:45a consacré sa vie
00:51:46à combattre l'injustice,
00:51:48refusant de la regarder
00:51:49sans agir.
00:51:54Humaniste jusqu'au bout,
00:51:56il a toujours refusé
00:51:57de prendre les armes,
00:51:58préférant mettre
00:51:59son savoir-faire
00:52:00au service
00:52:00d'une utopie tenace,
00:52:02celle d'un monde
00:52:03où plus personne
00:52:04n'aurait besoin
00:52:05de faussaire.
00:52:13Adolfo Kaminski,
00:52:15le faussaire libre,
00:52:16réalisé par Gaspard Valut
00:52:18et en exclusivité
00:52:19pour la chaîne parlementaire.
00:52:21Bonsoir
00:52:22et merci de nous rejoindre.
00:52:24Débat doc aujourd'hui
00:52:25autour de ce héros méconnu,
00:52:27un destin extraordinaire,
00:52:29celui d'un gamin
00:52:29rescapé de Drancy,
00:52:31Adolfo Kaminski.
00:52:32Il a fabriqué
00:52:33des faux documents,
00:52:35des milliers
00:52:35de faux papiers
00:52:36pendant l'occupation
00:52:37pour sauver
00:52:38notamment
00:52:39des enfants juifs
00:52:40de la déportation.
00:52:41Après la guerre,
00:52:42il a mis son savoir-faire
00:52:43au service
00:52:43des rescapés
00:52:44des camps de la mort,
00:52:45parti pour la Palestine,
00:52:47puis du mouvement
00:52:48de libération algérien
00:52:49et des mouvements
00:52:50de libération
00:52:51du monde entier
00:52:52jusqu'à l'Afrique du Sud
00:52:53sous l'apartheid.
00:52:54On va ouvrir le débat
00:52:55dans Débat doc
00:52:56avec Sarah Kaminski.
00:52:58Bonsoir.
00:52:59Vous êtes la fille
00:53:00d'Adolfo Kaminski,
00:53:02auteur d'Adolfo Kaminski,
00:53:04une vie de faussaire,
00:53:05scénariste également.
00:53:07Annette Viviorca,
00:53:08bonsoir.
00:53:08Bonsoir.
00:53:09Merci infiniment
00:53:09d'être avec nous.
00:53:10Vous êtes spécialiste
00:53:11de l'histoire de la Shoah,
00:53:12vous avez écrit
00:53:13sur le camp de Drancy,
00:53:14vous avez connu
00:53:15Adolfo Kaminski
00:53:16et vous êtes vice-présidente
00:53:18de la Fondation
00:53:18pour la mémoire de la Shoah.
00:53:20Bonsoir Benjamin Stora
00:53:21et bienvenue.
00:53:23Vous êtes l'un
00:53:23de nos grands historiens
00:53:24spécialistes de la guerre
00:53:26d'Algérie
00:53:26et de la colonisation française
00:53:28l'auteur de
00:53:29L'arrivée de Constantine
00:53:30à Paris
00:53:31et les clés retrouvées
00:53:32une enfance juive
00:53:33à Constantine
00:53:34chez Flammarion
00:53:35ainsi que
00:53:36L'Algérie en guerre
00:53:37un historien
00:53:38face au torrent des images
00:53:39c'est aux éditions
00:53:40de l'archipel
00:53:41Sarah Kaminski
00:53:42j'aimerais qu'on commence
00:53:43avec vous
00:53:44quel homme
00:53:44quel destin
00:53:45c'est absolument
00:53:46extraordinaire
00:53:47c'est vous
00:53:48qui l'avez poussé
00:53:49à témoigner
00:53:50à raconter
00:53:51cette vie
00:53:51clandestine
00:53:52il n'a pas voulu témoigner
00:53:54pourquoi
00:53:55pourquoi ce silence
00:53:56pendant si longtemps
00:53:57et qu'est-ce que vous avez fait
00:53:59pour lui demander
00:54:02de dire ces mots-là
00:54:03les mots de sa vie
00:54:05alors je pense
00:54:06qu'il avait envie
00:54:07il a toujours dit
00:54:08qu'il écrirait
00:54:09ses mémoires
00:54:10qu'il répondrait
00:54:11à nos questions
00:54:12qu'il écrirait son livre
00:54:13il a essayé de l'écrire
00:54:14il n'a jamais pu aller au bout
00:54:16donc c'est pas l'envie
00:54:17qui lui manquait
00:54:18je pense surtout
00:54:19qu'il
00:54:20quand on a vécu
00:54:21toute sa vie dans l'ombre
00:54:22dans la clandestinité
00:54:23tout à coup
00:54:24poser les choses
00:54:25à la lumière
00:54:26c'est prendre un risque
00:54:27inouï
00:54:28quand on a risqué sa vie
00:54:31et tant penser
00:54:32à ce qu'on ne devrait pas dire
00:54:34sous la torture
00:54:35comment le dire
00:54:35tout à coup
00:54:37ce que j'ai réussi à faire
00:54:39pour le convaincre
00:54:40c'est que
00:54:42quand je suis devenue mère
00:54:43il avait déjà 78 ans
00:54:45je lui ai expliqué
00:54:46que s'il ne me répondait pas
00:54:47à mes questions
00:54:48je ne pourrais pas répondre
00:54:49aux questions de mon fils
00:54:51ça c'était une des motivations
00:54:52c'est une belle histoire
00:54:53de transmission
00:54:54absolument
00:54:55l'autre motivation
00:54:56c'est qu'à l'époque
00:54:57je trouvais
00:54:58j'étais très jeune
00:54:58j'avais 23 ans
00:54:59quand j'ai écrit ce livre
00:55:01je trouvais que
00:55:02la génération
00:55:02à laquelle j'appartenais
00:55:03avait besoin
00:55:04d'autres modèles
00:55:05que ce qu'on nous donnait
00:55:06on nous donnait
00:55:07des modèles
00:55:08très capitalistes
00:55:09très vindicatifs
00:55:11et je trouvais
00:55:12que c'était dommage
00:55:13qu'il taise son histoire
00:55:15et que plein de personnes
00:55:16allaient en avoir besoin
00:55:17Annette Vivi-Verka
00:55:18vous l'avez connu
00:55:19quel genre d'homme était-ce ?
00:55:21je l'ai très peu connu
00:55:22je l'ai vu une fois
00:55:23on a conversé
00:55:24j'avais été ébloui
00:55:26par la façon
00:55:27dont il expliquait
00:55:28comment il avait réussi
00:55:30à faire le papier
00:55:30des passeports suisses
00:55:32réputé infalsifiable
00:55:33et on va y revenir
00:55:34infalsifiable
00:55:35et c'était un homme
00:55:36d'abord très beau
00:55:37solaire
00:55:38beaucoup d'allure
00:55:39et extrêmement sympathique
00:55:42et puis je suis allé
00:55:44comme des milliers
00:55:45d'autres personnes
00:55:46regarder la magnifique
00:55:48exposition de ces photos
00:55:49qui a été organisée
00:55:51hommage au musée d'art
00:55:52et l'histoire du judaïsme
00:55:53parce que c'était
00:55:53un grand photographe
00:55:54parce que ça a été
00:55:56un grand photographe
00:55:57et la dernière photo
00:55:58du documentaire
00:55:59on le voit avec
00:56:01sa batterie d'appareils photo
00:56:03je pense que
00:56:05ça le représente
00:56:06aussi bien
00:56:07Sarah Kaminsky
00:56:08après ce film
00:56:09on comprend qu'un événement
00:56:10évidemment a changé
00:56:11complètement sa vie
00:56:12il y a eu la mort
00:56:13de sa mère
00:56:14tuée dans un train
00:56:16en 1942
00:56:17en pleine occupation
00:56:18et tout changé
00:56:20également dans la vie
00:56:21de son père
00:56:22c'est son passage
00:56:22par le camp de Drancy
00:56:24principal camp
00:56:24de transit
00:56:25des juifs
00:56:26de France
00:56:27à l'époque
00:56:27il a 17 ans
00:56:28comment est-ce qu'il vit
00:56:29ces trois mois
00:56:30et qu'est-ce qui naît
00:56:31en lui
00:56:31à ce moment-là
00:56:32on a vu dans le film
00:56:34qu'il avait été libéré
00:56:36grâce à sa nationalité argentine
00:56:38l'Argentine n'était pas
00:56:39belligérante
00:56:39à l'époque
00:56:40et il aura toujours gardé
00:56:42ce syndrome du survivant
00:56:44le syndrome du survivant
00:56:45pourquoi eux
00:56:46et pas moi
00:56:47tous ceux qu'il voyait partir
00:56:48c'est 1000 personnes
00:56:49qu'il voyait partir
00:56:50chaque semaine
00:56:51pourquoi eux
00:56:52et pas moi
00:56:52c'est ça
00:56:53et ça il l'a gardé
00:56:54toute sa vie
00:56:54et il a souvent dit
00:56:56que s'il n'avait pas pu
00:56:56sauver des gens
00:56:57il n'aurait pas lui-même
00:56:59survécu à son propre traumatisme
00:57:01je pense qu'il se serait
00:57:02sans doute suicidé
00:57:03d'avoir survécu pour rien
00:57:06c'est ce qui l'a sans doute
00:57:07aussi après motivé
00:57:08à continuer de faire
00:57:09des faux papiers
00:57:09pendant 30 ans
00:57:10parce que tout le monde
00:57:11aurait pu
00:57:11enfin d'ailleurs
00:57:12tous les autres
00:57:13se sont arrêtés
00:57:13la résistance s'est arrêtée
00:57:15et lui il a continué
00:57:16c'est-à-dire que chaque fois
00:57:17qu'il a senti
00:57:18qu'un être humain
00:57:19était en danger
00:57:20qu'il avait la capacité
00:57:21de l'aider
00:57:22il n'a pas pu dire non
00:57:23il n'a pas pu se dire
00:57:25je pourrais avoir
00:57:25une vie tranquille
00:57:26comme tout le monde
00:57:27élever mes enfants
00:57:29une vie de famille
00:57:29non il ne pouvait pas
00:57:30Benjamin Stora
00:57:32oui c'est un homme
00:57:33extraordinaire
00:57:34qui a traversé
00:57:34tout le siècle
00:57:35un siècle de résistance
00:57:36de lutte
00:57:37bien entendu
00:57:38et puis il a traversé
00:57:39toutes les frontières
00:57:40tous les pays
00:57:41qu'il a connu
00:57:43bien sûr
00:57:44pour finir l'Algérie
00:57:45mais j'ajouterais une chose
00:57:47c'est que
00:57:48dans le documentaire
00:57:49on dit le faussaire
00:57:50c'est pas tout à fait
00:57:51pour moi quelque chose
00:57:52qui correspond à la réalité
00:57:54du personnage
00:57:54je dirais plutôt
00:57:55que c'est un combattant
00:57:55de la liberté
00:57:56un combattant de la liberté
00:57:57plutôt qu'un faussaire
00:57:58oui parce que faussaire
00:57:59ça a une petite
00:58:01connotation péjorative
00:58:02sur le fait
00:58:03vous savez
00:58:03des gens qui imitent
00:58:05en falsifiant
00:58:05les tableaux de peinture
00:58:07etc
00:58:07c'est pas ça
00:58:08lui il n'a pas été
00:58:10quelqu'un
00:58:10qui voulait falsifier
00:58:11il n'a pas été
00:58:12quelqu'un
00:58:13qui voulait
00:58:13simplement imiter
00:58:14ou qui voulait
00:58:15faire du commerce
00:58:16avec cette question là
00:58:17pas du tout
00:58:18c'était un génie
00:58:18c'était un combattant
00:58:19mais c'était un génie
00:58:20et je trouve que
00:58:21quand même
00:58:22toute l'histoire
00:58:23avant l'histoire
00:58:24c'est à dire
00:58:25comment il se retrouve
00:58:27à cause
00:58:28de la législation
00:58:30anti-juive
00:58:31il se retrouve finalement
00:58:32apprenti teinturier
00:58:33et comment il découvre
00:58:35un talent extraordinaire
00:58:36une passion
00:58:37pour la chimie
00:58:38vous racontez
00:58:40je dis vous
00:58:40vous et lui
00:58:41comment il orgue
00:58:43la boutique du pharmacien
00:58:44parce qu'il y a
00:58:45un petit
00:58:46une petite panoplie
00:58:47de chimistes
00:58:48et il y a quelque chose
00:58:50d'un
00:58:51oui il y a aussi
00:58:52quelque chose
00:58:52de génial
00:58:53c'est à dire
00:58:53c'est pas
00:58:54il y a eu beaucoup de gens
00:58:55qui ont fait des faux papiers
00:58:56pendant la guerre
00:58:57mais lui
00:58:58il a eu un génie
00:59:00très particulier
00:59:00et un génie très particulier
00:59:02alors non seulement
00:59:03pour produire
00:59:04de faux documents
00:59:05mais pour s'engager
00:59:06dans la résistance
00:59:07un mot encore
00:59:07que faut-il savoir
00:59:08sur ce camp
00:59:09à l'époque
00:59:09Drancy installé
00:59:11par les autorités
00:59:12d'occupation
00:59:12les personnes
00:59:13qui étaient internées
00:59:14à Drancy
00:59:14savaient exactement
00:59:15ce qui allait leur arriver
00:59:16non parce que d'abord
00:59:18il n'est pas arrivé
00:59:18tout de suite
00:59:19des choses
00:59:20la déportation
00:59:21date de l'été
00:59:22fin du printemps
00:59:23été 42
00:59:25et le camp de Drancy
00:59:27a été ouvert avant
00:59:28en fait c'était une cité
00:59:30une cité jardin
00:59:32l'autre c'est Bedouin
00:59:33de grands architectes
00:59:34qui n'avaient pas été achevés
00:59:36à cause de la crise
00:59:37mais qui avait cette forme
00:59:39que vous décrivez très bien
00:59:40il y a
00:59:41ce gigantesque U
00:59:42c'était un U
00:59:43donc ça permettait
00:59:45très facilement
00:59:46de le fermer
00:59:47de surveiller les gens
00:59:48et ça a d'abord servi
00:59:50dès la débâcle
00:59:52de Frontstalag
00:59:53pour des prisonniers de guerre
00:59:55français et anglais
00:59:55et puis ensuite
00:59:57à partir d'août 1941
00:59:58c'est-à-dire
00:59:59de la deuxième
01:00:00grande rafle
01:00:01ça a été un camp d'éternement
01:00:03pour juifs
01:00:04mais jusqu'en 1942
01:00:08le premier combat de déportation
01:00:09part en mars 1942
01:00:11vous avez des internés
01:00:13qui sont adrancis
01:00:15mais on n'a pas encore
01:00:17l'idée d'une solution finale
01:00:19qui n'a pas non plus
01:00:20été décidée par les allemands
01:00:21donc parfois on dit
01:00:23ils savaient tout
01:00:23mais non
01:00:24ils ne pouvaient pas savoir
01:00:25ce que les allemands
01:00:25les nazis eux-mêmes
01:00:26ne savaient pas
01:00:27et puis à partir de 1942
01:00:29et surtout
01:00:30surtout
01:00:32de la rafle
01:00:33du vélodrome d'hiver
01:00:34où pour la première fois
01:00:35on était internés
01:00:37en masse
01:00:38des femmes
01:00:38et puis après
01:00:39des enfants
01:00:41c'est devenu vraiment
01:00:42l'antichambre
01:00:43et on considère
01:00:44qu'à peu près
01:00:4567 000
01:00:46des 76 000
01:00:47déportés
01:00:48juifs de France
01:00:49sont passés
01:00:50par drancy
01:00:52Restons encore
01:00:53sur ce moment
01:00:54à l'instant
01:00:55mais parce qu'on parle
01:00:56beaucoup de la résistance
01:00:57en général
01:00:59avec un R
01:01:00majuscule
01:01:00on parle beaucoup moins
01:01:01de la résistance juive
01:01:03et j'aimerais
01:01:03que vous nous éclairiez
01:01:04là-dessus
01:01:05pendant la seconde guerre mondiale
01:01:06particulièrement
01:01:07alors qu'il y a
01:01:08les lois de Vichy
01:01:09les lois anti-juives
01:01:10qui ont été votés
01:01:11se crée quelque chose
01:01:13comme une résistance
01:01:14autour d'un consistoire
01:01:15israélite
01:01:16avec des groupes
01:01:19particulièrement animés
01:01:20par la volonté
01:01:21de sauver les juifs
01:01:22de la déportation
01:01:23oui c'est-à-dire
01:01:24que la résistance
01:01:25dont on parle
01:01:27c'est de Gaulle
01:01:28c'est les FTP
01:01:30les combattants
01:01:31la résistance armée
01:01:32mais si on définit
01:01:33le terme de résistance
01:01:34comme une rétroaction
01:01:36agir contre la volonté
01:01:38de faire disparaître
01:01:40les juifs de France
01:01:41c'est une forme
01:01:42de résistance
01:01:42alors bon
01:01:43c'est un peu compliqué
01:01:44je ne suis pas sûr
01:01:44que le consistoire
01:01:45ait été au centre
01:01:46mais ce qui a été au centre
01:01:48et c'est pour eux
01:01:49qu'Adolfo Kaminsky
01:01:51a travaillé
01:01:52ça a été les EIs
01:01:53ça a été les éclaireurs
01:01:54israélites
01:01:55ce qu'on appelle
01:01:56la sixième
01:01:57la sixième
01:01:58alors rappelez-nous
01:01:59la sixième
01:02:00sixième section de l'UGIF
01:02:01mais voilà
01:02:02c'est la section secrète
01:02:04si vous me permettez
01:02:05vous êtes
01:02:06je trouve qu'Adolfo
01:02:07et vous-même
01:02:08êtes un peu durs
01:02:08pour l'UGIF
01:02:09parce que c'est
01:02:10beaucoup plus compliqué
01:02:11d'un côté
01:02:12effectivement
01:02:12ça a été
01:02:13certains lieux
01:02:15Sainte-Catherine
01:02:17à Lyon
01:02:17et puis les maisons d'enfants
01:02:19tout à fait à la fin
01:02:19ont été des souricières
01:02:21mais en dehors de ça
01:02:22c'est l'UGIF
01:02:23qui a assuré
01:02:24aux juifs
01:02:25qui étaient privés
01:02:26de leur emploi
01:02:27et pourchassés
01:02:29la possibilité
01:02:30de survivre
01:02:31et dedans
01:02:32il y avait
01:02:32les éclaireurs israéliques
01:02:33la sixième
01:02:34qui ont été des résistants
01:02:36dans la clandestinité
01:02:37dans la clandestinité
01:02:38mais
01:02:40peut-être d'abord
01:02:42pour sauver les juifs
01:02:44et secondairement
01:02:45parce que ça a été aussi le cas
01:02:46par exemple
01:02:47Marcel Cachou
01:02:48qui est le correspondant
01:02:49d'Adolfo
01:02:51et qui a été arrêté à Nice
01:02:52torturé
01:02:53et qui a été cédé
01:02:55ils ont aussi été en contact
01:02:56avec d'autres mouvements
01:02:57de résistance
01:02:58à la fois pour leur fournir
01:03:00des faux papiers
01:03:01et puis aussi
01:03:02pour la lutte
01:03:03y compris
01:03:03dans les maquis
01:03:05donc
01:03:06cette résistance là
01:03:08elle s'occupe
01:03:09beaucoup des enfants
01:03:10les maisons d'enfants
01:03:12les EI
01:03:13avaient une maison d'enfants
01:03:14qui a été célèbre
01:03:14à Moissac
01:03:16et puis
01:03:17le passage des enfants
01:03:18en Suisse
01:03:20secondairement
01:03:21en Espagne
01:03:22et puis
01:03:23la dispersion
01:03:24dans les campagnes françaises
01:03:26de ce qu'on a appelé
01:03:27dans l'après-coup
01:03:28les enfants cachés
01:03:29et c'est là
01:03:30que le rôle d'Adolfo
01:03:32a été capital
01:03:33capital
01:03:34l'essentiel
01:03:35des faux papiers
01:03:36parce que justement
01:03:37à 17 ans
01:03:38il a donc ce laboratoire
01:03:39de fabrication
01:03:40de faux papiers
01:03:41votre père en a la charge
01:03:43et commence une course
01:03:44contre la montre
01:03:45qui est une course
01:03:46contre la mort
01:03:47ils ont fabriqué
01:03:47des milliers de faux papiers
01:03:49de manière totalement
01:03:50ininterrompue
01:03:50on ne se représente pas
01:03:51le travail titanesque
01:03:53qui a été le sien
01:03:54pendant
01:03:55ces moments-là
01:03:57avec ses camarades
01:03:58résistants
01:03:59il fallait effacer
01:04:00le mot juif
01:04:01de tous les papiers
01:04:02administratifs
01:04:03en fabriquer d'autres
01:04:04des cartes d'alimentation
01:04:06des certificats de baptême
01:04:07des actes de naissance
01:04:08une heure sans travailler
01:04:10on l'a vu dans le documentaire
01:04:12c'est 30 papiers en moins
01:04:1330 papiers en moins
01:04:15ça veut dire
01:04:1530 enfants morts
01:04:16c'est invraisemblable
01:04:18il travaillait
01:04:19jusqu'à l'évanouissement
01:04:20il a sacrifié
01:04:21sa vie personnelle
01:04:22pour la clandestinité
01:04:24oui il a sacrifié
01:04:26pendant 30 ans
01:04:27beaucoup de sa vie personnelle
01:04:28alors il a aussi
01:04:29eu plein de moments
01:04:30de bonheur
01:04:30de joie
01:04:31et plein de choses
01:04:31mais en tout cas
01:04:32il n'a jamais pu
01:04:33parce que
01:04:34enfin il n'a jamais pu
01:04:35se poser
01:04:36s'ancrer quelque part
01:04:37s'occuper de lui
01:04:39ou même de ses photos
01:04:40de ses velléités artistiques
01:04:42il a vraiment
01:04:43tout mis de côté
01:04:44parce que
01:04:45chaque fois
01:04:46qu'une vie
01:04:47était en danger
01:04:47il se sentait
01:04:49responsable
01:04:49oui
01:04:50alors il y a
01:04:51quelque chose
01:04:51de très important
01:04:52c'est ce qui se passe
01:04:53pendant ces années noires
01:04:55en France
01:04:55sous l'occupation
01:04:56et puis il y a
01:04:57ce combat
01:04:58l'après-guerre
01:04:59l'après-guerre
01:04:59Benjamin Stora
01:05:00c'est Adolfo Kaminski
01:05:02qui se rend
01:05:03d'abord pour des raisons
01:05:04touristiques
01:05:04en Algérie
01:05:05et immédiatement
01:05:07et c'est très bien raconté
01:05:08il s'aperçoit
01:05:09qu'il y a deux catégories
01:05:10d'individus
01:05:11il y a
01:05:12les français
01:05:13et puis il y a
01:05:14les français musulmans
01:05:15ce qu'on appelle
01:05:16les arabes
01:05:17il est tout de suite
01:05:18frappé par cette discrimination
01:05:21oui il est frappé
01:05:22par ce qu'est
01:05:22la société coloniale
01:05:23en fait
01:05:24la discrimination
01:05:24et c'est
01:05:25le ressort principal
01:05:27de sa vie
01:05:27je pense
01:05:28c'est l'injustice
01:05:29et c'est le combat
01:05:30pour l'égalité
01:05:31et la liberté
01:05:32c'est pour ça
01:05:33que j'évoquais tout à l'heure
01:05:34beaucoup plus
01:05:34son aspect combattant
01:05:36que simplement
01:05:38le fait de faire
01:05:39des papiers
01:05:39etc
01:05:40parce qu'il s'engage
01:05:41dans un réseau
01:05:42alors il faut que vous nous expliquiez
01:05:43un peu de pédagogie
01:05:43professeur
01:05:44le réseau Jansson
01:05:45qu'est-ce que c'est ?
01:05:46alors le réseau Jansson
01:05:47est né à la suite
01:05:48notamment
01:05:48alors là je ne peux pas faire
01:05:49un cours très long
01:05:50mais de ce qui s'est passé
01:05:52avec le vote
01:05:53des pouvoirs spéciaux
01:05:53c'est-à-dire que
01:05:54la gauche française
01:05:55la SFIO
01:05:56et le parti communiste
01:05:57ont voté
01:05:57l'envoi du contingent
01:05:58en Algérie
01:05:59ce qui a provoqué
01:06:00une très grave crise
01:06:01dans ces deux partis
01:06:01et donc
01:06:02un certain nombre
01:06:03de militants communistes
01:06:04ont décidé
01:06:05de ne pas suivre
01:06:06la ligne officielle
01:06:06et de s'engager
01:06:08résolument
01:06:08vers le soutien actif
01:06:11au Front de Libération Nationale
01:06:12au FLN
01:06:14et c'est le cas
01:06:15de Lofo Kaminsky
01:06:16qui ne l'oublions pas
01:06:17avait traversé
01:06:19la période de la résistance
01:06:20quelques années seulement
01:06:21auparavant
01:06:21parce que c'est 10 ans
01:06:2212 ans seulement
01:06:23donc c'est encore
01:06:24très frais
01:06:25dans son esprit
01:06:26c'est-à-dire
01:06:27le fait de ne pas
01:06:28accepter
01:06:28cette guerre
01:06:29totale
01:06:30qui a commencé
01:06:31notamment
01:06:31à partir de 1956-57
01:06:34puisque c'est la bataille
01:06:35d'Alger
01:06:35avec la torture
01:06:36les exécutions
01:06:37la disparition
01:06:38de Maurice Audin
01:06:39les grandes campagnes
01:06:40qui sont livrées
01:06:41notamment par une fraction
01:06:42je dis bien
01:06:43une fraction
01:06:43de la gauche française
01:06:45et donc c'est avec eux
01:06:46qu'il va s'engager
01:06:47ce qu'on appelle
01:06:48le réseau Jansson
01:06:48le réseau Jansson
01:06:50donc
01:06:50Francis Jansson
01:06:52il sera ensuite arrêté
01:06:54il y aura un procès
01:06:54de ce réseau-là
01:06:56et il y aura ensuite
01:06:57le réseau Curiel
01:06:58ça aussi
01:06:58c'est un personnage méconnu
01:06:59juste un mot de pédagogie
01:07:01Curiel
01:07:01oui c'est un militant
01:07:03communiste égyptien
01:07:04juif aussi
01:07:04qui s'était engagé
01:07:06dans
01:07:06figure importante
01:07:08de la mémoire anticolonialiste
01:07:09voilà c'est ça
01:07:10c'est à dire que
01:07:11comme Adolfo Kaminsky
01:07:12fait partie de cette génération
01:07:13d'hommes
01:07:14qui ont glissé
01:07:15disons de
01:07:15la défense
01:07:16pour les libertés démocratiques
01:07:18à la question
01:07:19du tiers-mondisme politique
01:07:20c'est à dire
01:07:21la question
01:07:21de l'engagement politique
01:07:23ne pas rester simplement
01:07:24dans les droits de l'homme
01:07:25ce qui est très important
01:07:26quand même
01:07:26mais quand même
01:07:27aller un petit peu plus loin
01:07:28et c'est la grande période
01:07:29du tiers-mondisme
01:07:30et donc ils vont glisser
01:07:31politiquement
01:07:32dans l'investissement
01:07:34personnel
01:07:34physique
01:07:35pourrait-on dire
01:07:36des luttes
01:07:37de libération nationale
01:07:38et notamment
01:07:39l'Algérie
01:07:39qui est
01:07:40et qui occupe
01:07:41une place extrêmement importante
01:07:42et Adolfo Kaminsky
01:07:43va nouer des relations
01:07:45personnelles particulières
01:07:46avec les responsables
01:07:47de la fédération de France
01:07:49Oumabou Daoud
01:07:50Ali Haroun
01:07:50etc.
01:07:51Il est connu aujourd'hui
01:07:52en Algérie
01:07:54Adolfo Kaminsky
01:07:55peut-être pas par la jeunesse
01:07:56mais est-ce qu'on en garde
01:07:58quand même le souvenir
01:07:58et la mémoire ?
01:07:59Oui il est connu
01:08:00par les responsables politiques
01:08:02par ceux qui ont fait
01:08:03cette guerre d'indépendance
01:08:03vous savez qu'en Algérie
01:08:04la guerre d'indépendance
01:08:06est très importante
01:08:07dans la mémoire historique
01:08:08algérienne
01:08:09puisque c'est un facteur
01:08:10aussi de légitimation
01:08:11politique très fort
01:08:12et donc il est évident
01:08:13que dans cette perspective
01:08:15disons mémorielle
01:08:16savamment entretenue
01:08:18et en permanence
01:08:19il est évident
01:08:20que la mémoire
01:08:20des gens qui ont combattu
01:08:22notamment à l'intérieur
01:08:22de la fédération de France
01:08:23joue un rôle considérable
01:08:24je pense en particulier
01:08:26le fait que moi
01:08:26je l'avais rencontré
01:08:27bien sûr
01:08:28par l'intermédiaire
01:08:29notamment d'Ali Haroun
01:08:30qui est toujours vivant
01:08:31d'ailleurs Ali Haroun
01:08:32qui est un des derniers
01:08:33d'ailleurs vivant
01:08:34de la direction
01:08:36de la fédération de France
01:08:37qui en fait était stationné
01:08:38en Allemagne
01:08:39et tout près de la Belgique
01:08:40où ensuite
01:08:41il va ensuite se réfugier
01:08:43et quitter la France
01:08:44précipitamment
01:08:44je crois
01:08:45en 1959
01:08:46Sarah Kaminsky
01:08:47c'est incroyable
01:08:49de voir votre père
01:08:50ne jamais s'arrêter
01:08:51d'être toujours du côté
01:08:52des peuples opprimés
01:08:53de ceux qui avaient besoin
01:08:55ou de faux papiers
01:08:56ou d'éléments
01:08:58pour essayer
01:08:59de s'en sortir
01:09:00qu'est-ce qu'il a poussé
01:09:01toute sa vie
01:09:02à s'engager
01:09:03alors ce qui est fou
01:09:04c'est qu'il y a une carte du monde
01:09:05où l'on voit
01:09:06les lieux de son engagement
01:09:07mais il a aidé
01:09:09des victimes
01:09:10de la dictature
01:09:11au Brésil
01:09:12en Argentine
01:09:13mais également
01:09:13en Afrique
01:09:14en Angola par exemple
01:09:16jusqu'à l'Afrique du Sud
01:09:18c'est un combattant
01:09:20des libertés
01:09:21qui était animé
01:09:22par quoi ?
01:09:23parce que c'est pas
01:09:23une idéologie
01:09:24au fond
01:09:25c'est un humaniste
01:09:26tout simplement ?
01:09:27Absolument
01:09:27d'ailleurs il n'est jamais rentré
01:09:30dans un parti
01:09:31et ça c'est quelque chose
01:09:32qu'il a tenu toute sa vie
01:09:33il a toujours considéré
01:09:35que sa ligne
01:09:36était sa propre ligne
01:09:37et il ne faisait pas confiance
01:09:39aux foules
01:09:39et à ce que pouvait
01:09:42à ce qu'une ligne
01:09:44puisse dévier
01:09:45c'est un peu paradoxal
01:09:46mais une phrase
01:09:49l'a marquée
01:09:49quand il est arrivé en France
01:09:50il est né en Argentine
01:09:52ses parents revenaient en France
01:09:54en pensant que c'était
01:09:55le seul pays
01:09:56qui les protégerait
01:09:56ils avaient tort
01:09:57à ce moment-là
01:09:58mais liberté, égalité, fraternité
01:10:01c'est ce qu'il a appris
01:10:01sur les bancs de l'école
01:10:02quand il est arrivé
01:10:03et en fait
01:10:04à chaque fois
01:10:05qu'il a senti
01:10:06que ce n'était pas le cas
01:10:08pour lui
01:10:08c'était une trahison
01:10:09comme en Algérie par exemple
01:10:10qui était la France
01:10:11à l'époque
01:10:12et qui évidemment
01:10:13trahissait ce serment
01:10:14ce serment
01:10:15et de même que
01:10:17pendant la seconde guerre mondiale
01:10:18il ne fréquentait pas
01:10:19les cercles juifs
01:10:20il n'en connaissait pas
01:10:21ils étaient en Normandie
01:10:22il avait une copine juive
01:10:24quand il est arrivé
01:10:25à Drancy
01:10:27il n'avait évidemment
01:10:28jamais vu autant de juifs
01:10:29de sa vie
01:10:30il ne se considérait ni
01:10:31comme juif ou pas juif
01:10:32ce n'était pas la question
01:10:33la question c'est
01:10:34comment peut-on faire
01:10:35deux catégories de population
01:10:36et ça c'était inadmissible
01:10:38ce n'était pas
01:10:39ce qu'on lui avait appris
01:10:39et sa ligne
01:10:40elle est restée celle-ci
01:10:41ce qui est quand même
01:10:43très intéressant aussi
01:10:45c'est que finalement
01:10:46le contact
01:10:46parce qu'il y a aussi
01:10:47des contingences
01:10:48le contact se fait
01:10:50avec les juifs sionistes
01:10:52dont ils donnent les noms
01:10:53Abraham Polanski
01:10:54Cachou
01:10:55et qui ensuite
01:10:57eux vont continuer
01:10:58le combat autrement
01:10:59pour la création
01:11:00d'un état juif
01:11:00en Palestine
01:11:01ce qui lui
01:11:02n'est pas sa tasse de thé
01:11:04pas du tout
01:11:05il est même
01:11:06on peut dire
01:11:07anti-sioniste
01:11:07comme il l'est dit
01:11:08dans le documentaire
01:11:09il n'est pas anti-sioniste
01:11:11je dirais qu'il est peut-être
01:11:12asioniste
01:11:13plutôt qu'anti-sioniste
01:11:14mais
01:11:15il n'aimait pas
01:11:16les frontières
01:11:17ses anciens camarades
01:11:17l'emmènent en Allemagne
01:11:19et il tombe
01:11:20sur les camps
01:11:21de personnes déplacées
01:11:23donc les survivants juifs
01:11:26notamment d'Europe de l'Est
01:11:27Pologne, Hongrie
01:11:28qui ne peuvent pas
01:11:29retourner chez eux
01:11:30parce que
01:11:31quand ils reviennent
01:11:32ils sont tués
01:11:33on sait qu'il y a eu
01:11:34des pogroms
01:11:34dans tous ces pays
01:11:35et quand ils voient
01:11:36notamment les enfants
01:11:37laissés à eux-mêmes
01:11:39et bien
01:11:40il fait
01:11:42les faux papiers
01:11:43qui permettent
01:11:44l'immigration
01:11:45clandestine
01:11:46en Palestine
01:11:47donc
01:11:48c'est plutôt
01:11:49quelqu'un
01:11:49qui réagit
01:11:50d'abord à ce qu'il voit
01:11:52et pas
01:11:53à des idéologies
01:11:54et
01:11:55qui
01:11:56qui agit
01:11:58en fonction
01:11:58de son humanité
01:12:00absolument
01:12:02et effectivement
01:12:03vous disiez
01:12:04les frontières
01:12:05oui
01:12:05non
01:12:06c'est vraiment
01:12:06quelqu'un
01:12:06qui n'aimait pas
01:12:07les frontières
01:12:08voilà
01:12:09c'est aussi simple
01:12:10que ça
01:12:11pourquoi quelqu'un
01:12:12qui est là
01:12:12ne pourrait pas
01:12:13aller là
01:12:13c'est aussi
01:12:14aussi simple
01:12:15que ça
01:12:15comme lui
01:12:16qui a traversé
01:12:17comme lui
01:12:18qui a parcouru
01:12:19le monde
01:12:19qui a eu
01:12:20une histoire
01:12:20personnelle
01:12:22mais faite
01:12:23effectivement
01:12:24de départs
01:12:25successifs
01:12:26d'exils
01:12:26forcés
01:12:27et donc
01:12:28en réalité
01:12:28je pense
01:12:29que c'est
01:12:29cette raison-là
01:12:30qui faisait
01:12:32qu'il n'aimait pas
01:12:32les frontières
01:12:33et qu'il a voulu
01:12:34alors il n'aimait pas
01:12:35les frontières
01:12:36et il n'aimait pas
01:12:36le dogme
01:12:37à l'aide justement
01:12:38disait
01:12:39asioniste
01:12:39plutôt qu'anti-sioniste
01:12:41mot qui est
01:12:41dans le documentaire
01:12:42c'est-à-dire que
01:12:43ce qu'il ne supportait pas
01:12:45au moment de la création
01:12:46de l'état d'Israël
01:12:47c'était pas
01:12:47qu'il y ait un état
01:12:49où puissent se réfugier
01:12:50les juifs
01:12:51c'était que
01:12:52la religion
01:12:52soit supérieure
01:12:54à la constitution
01:12:54ou qu'il y ait
01:12:56une forme d'ethnicisation
01:12:57vous quittez
01:12:58vous quittez l'Algérie
01:13:00donc en fait
01:13:00le moment où
01:13:01il se stabilise
01:13:03où il change de métier
01:13:04si je puis m'exprimer
01:13:05ainsi
01:13:06c'est quand il
01:13:07rencontre votre mère
01:13:08ça a été quand même
01:13:09un grand amoureux
01:13:10parce qu'on voit
01:13:11quand même
01:13:11qu'il a eu
01:13:12un certain nombre
01:13:14bon il devait être
01:13:14très séduisant
01:13:15il devait beaucoup
01:13:16aimer les femmes aussi
01:13:18et il épouse
01:13:20votre mère
01:13:20et à partir de ce moment-là
01:13:22il se normalise
01:13:23si je puis m'exprimer
01:13:24ainsi
01:13:24et si j'ai bien compris
01:13:26vous quittez l'Algérie
01:13:27au moment
01:13:28où vous avez le sentiment
01:13:31que l'Algérie
01:13:31est en train de basculer
01:13:32dans un pays
01:13:35islamiste
01:13:35absolument
01:13:36au début des années 80
01:13:37au début des années 80
01:13:38avec vos parents
01:13:39votre mère algérienne
01:13:42vos deux frères et soeurs
01:13:43c'est ça
01:13:44et puis
01:13:44et puis mes parents
01:13:45qui sont ce couple mixte
01:13:47c'est-à-dire qu'il est
01:13:47il est juif
01:13:49elle est musulmane
01:13:50elle est fille d'imam
01:13:51et nous
01:13:53qui sommes
01:13:53issus de ce couple mixte
01:13:55et qui
01:13:56sommes en danger
01:13:57en réalité
01:13:58face à
01:13:59au fils
01:14:00au début
01:14:01en fait
01:14:03les premières
01:14:04ce sont les prémices
01:14:05du durcissement
01:14:07et du fanatisme
01:14:08Benjamin Stora
01:14:09oui tout à fait
01:14:10je pense que
01:14:10ce basculement
01:14:11effectivement
01:14:12dans ce refus
01:14:13de voir
01:14:13ce que peut devenir
01:14:15cette société algérienne
01:14:17tout en ne renonçant pas
01:14:19à son passé militant
01:14:21oui
01:14:22tout en restant fidèle
01:14:23à ce qu'il avait pu faire
01:14:25auparavant
01:14:26c'est-à-dire
01:14:26vous savez
01:14:27il y a des gens
01:14:27très souvent
01:14:28malheureusement
01:14:29dans l'époque
01:14:29que nous vivons
01:14:30qui viennent
01:14:31en fait
01:14:32réfuter leur passé
01:14:33antérieur
01:14:34en disant
01:14:35je me suis trompé
01:14:35je sais pas quoi
01:14:36etc
01:14:36c'est pas son cas
01:14:38lui c'est en restant fidèle
01:14:39précisément
01:14:40à ce que vous avez énoncé
01:14:41c'est-à-dire
01:14:42le principe de l'égalité
01:14:44encore plus peut-être
01:14:45que la liberté
01:14:45mais l'égalité
01:14:46qu'il va effectivement
01:14:48continuer à traverser
01:14:49les frontières
01:14:50et c'est pas une coïncidence
01:14:51qu'il soit né en Argentine
01:14:52un peu comme Chegeva
01:14:53qui n'aimait pas
01:14:54les frontières aussi
01:14:55mais ce qui est assez
01:14:56fascinant
01:14:57c'est quel rapport
01:14:58il avait avec la France
01:15:00j'aimerais vous poser
01:15:01la question Sarah
01:15:02parce qu'après tout
01:15:03c'est un homme
01:15:04qui devrait être
01:15:05je le dis rapidement
01:15:07mais au fond
01:15:07on est tous d'accord
01:15:08il devrait être au Panthéon
01:15:09il n'est devenu français
01:15:10qu'en 1992
01:15:13pour un gamin
01:15:14qui est né en 1925
01:15:16c'est complètement fou
01:15:17quand on parle
01:15:17de son rapport
01:15:18avec la France
01:15:19il faut quand même dire
01:15:20qu'il a travaillé
01:15:21pour les services
01:15:23secrets de la France
01:15:25à la toute fin de la guerre
01:15:27leur faussaire d'état
01:15:30il a été agent secret
01:15:31pour le dire rapidement
01:15:32absolument
01:15:32il a fabriqué des légendes
01:15:34pour des espions français
01:15:37et en réalité
01:15:38il a quitté
01:15:39les services français
01:15:41pour ne pas participer
01:15:43à la guerre d'Indochine
01:15:44qui ne s'appelait pas
01:15:45une guerre coloniale
01:15:46à l'époque
01:15:46d'ailleurs
01:15:47être contre la guerre d'Indochine
01:15:49c'était être anti-patriote
01:15:51il n'y avait même pas de mots
01:15:52la colonie
01:15:53enfin tout ça
01:15:54n'existait pas
01:15:55et en réalité
01:15:56il n'a pu partir
01:15:57que pour une raison
01:15:58c'est qu'il n'avait pas
01:15:59fait ses papiers français
01:16:01donc il n'avait pas
01:16:02le droit
01:16:02le paradoxe
01:16:03c'est qu'il a fabriqué
01:16:04des milliers de papiers
01:16:06qui ont sauvé
01:16:07des milliers de vies
01:16:08et lui-même
01:16:09n'avait rien d'autre
01:16:10que son passeport argentin
01:16:11renverser la question
01:16:12pourquoi veut-il
01:16:13à un moment donné
01:16:14être français
01:16:14pourquoi fait-il
01:16:16la démarche
01:16:16pour nous
01:16:17pour nous
01:16:18pour nous éviter
01:16:19une vie d'exil
01:16:20de clandestinité
01:16:21parce que
01:16:22nous ne sommes pas nés en France
01:16:24nous avons été naturalisés
01:16:25en même temps que lui
01:16:27donc il l'a fait
01:16:27vraiment pour nous protéger
01:16:29et en pensant
01:16:31que la France
01:16:32était le pays
01:16:33dans lequel on pourrait
01:16:35vivre
01:16:35ou survivre
01:16:36sans danger
01:16:37alors il y a
01:16:38votre livre
01:16:38qui est un témoignage
01:16:40important
01:16:41il y a ce film
01:16:42qui est vraiment exceptionnel
01:16:44qu'attend la France
01:16:46pour reconnaître
01:16:47son engagement
01:16:48et son importance
01:16:49dans son histoire
01:16:51contemporaine
01:16:51Annette Viviurquin
01:16:52je ne sais pas
01:16:53je suis toujours
01:16:55un peu embarrassée
01:16:56par les demandes
01:16:57de reconnaissance
01:16:58le panthéon
01:16:59commence à être
01:17:00plein de résistants
01:17:01plein de résistants
01:17:02c'est vrai
01:17:03plein de résistants
01:17:03les derniers
01:17:06Manou Chian
01:17:07pas la guerre d'Algérie
01:17:09pas la guerre d'Algérie
01:17:11donc il y a le problème
01:17:12Gisèle Halimi
01:17:15je serais assez heureuse
01:17:17pour ma part
01:17:18quelle histoire
01:17:19voilà
01:17:20donc
01:17:20quel type
01:17:21de reconnaissance
01:17:23il faudrait
01:17:24il faudrait
01:17:26définir
01:17:26le type
01:17:27de reconnaissance
01:17:28au moins
01:17:29la transmission
01:17:29au moins
01:17:30dans l'éducation
01:17:31au moins
01:17:32dans les manuels scolaires
01:17:33et ça
01:17:34c'est absolument
01:17:35important
01:17:36ce qui serait difficile
01:17:37aujourd'hui
01:17:37c'est d'expliquer
01:17:38avec les nouvelles
01:17:39cartes d'identité
01:17:40qu'est-ce que c'était
01:17:41que des papiers
01:17:42d'identité
01:17:43à l'époque
01:17:44quand on pouvait
01:17:45avec de l'acide lactique
01:17:48voilà
01:17:48effacer
01:17:49de l'encre
01:17:50de l'encre
01:17:50l'encre qu'utilisaient
01:17:51les autorités françaises
01:17:53et allemandes
01:17:54pour inscrire de manière
01:17:55absolument indélébile
01:17:57ce qui vous condamnait à mort
01:17:58et ce qu'il me disait
01:18:00c'est que de toute façon
01:18:01à chaque fois
01:18:02que quelque chose
01:18:03est soi-disant infalsifiable
01:18:04quelqu'un réussit
01:18:05à le falsifier
01:18:07donc
01:18:09c'est-à-dire
01:18:09qu'à chaque fois
01:18:10que les techniques
01:18:14ont été de plus en plus difficiles
01:18:15il a fallu
01:18:16qu'ils soient
01:18:16de plus en plus ingénieux
01:18:17s'il avait poursuivi
01:18:18peut-être qu'il saurait
01:18:20faire des fausses cartes
01:18:21d'identité
01:18:22actuelles
01:18:22c'est-à-dire que
01:18:23c'était quand même
01:18:23une passion
01:18:24oui c'était une passion
01:18:25et c'était un artiste
01:18:27et un scientifique
01:18:28et un chimiste
01:18:29pour le coup
01:18:29ce qui est incroyable
01:18:31c'est de voir
01:18:32que c'est un gamin
01:18:33teinturier
01:18:34qui avait à 16 ans
01:18:36qui était teinturier
01:18:37est devenu
01:18:38un véritable génie
01:18:39de la photographie
01:18:40il a eu
01:18:42au fond
01:18:43un destin
01:18:44qui aurait pu être
01:18:45totalement différent
01:18:46celui d'un artiste
01:18:47en temps de paix
01:18:48ça aurait été
01:18:49un immense artiste
01:18:50Adolfo Kaminski
01:18:51sans doute
01:18:51sans doute
01:18:52et merci infiniment
01:18:54de nous avoir permis
01:18:55de le découvrir
01:18:56votre père
01:18:57Adolfo Kaminski
01:18:58et c'est un film
01:19:00dont on gardera
01:19:01la mémoire
01:19:02et la trace
01:19:03pendant très longtemps
01:19:04merci infiniment
01:19:05Sarah Kaminski
01:19:06je rappelle donc
01:19:07que vous êtes
01:19:07la scénariste
01:19:08et l'auteur
01:19:09de Adolfo Kaminski
01:19:10une vie de faussaire
01:19:11qui a été publiée
01:19:12chez Calman Levy
01:19:13Annette Vieviorca
01:19:14je rappelle
01:19:15itinérance
01:19:16chez Albin Michel
01:19:17et vous êtes
01:19:17la vice-présidente
01:19:18de la fondation
01:19:19pour la mémoire
01:19:19de la Shoah
01:19:20et Benjamin Stora
01:19:21historien
01:19:22et spécialiste
01:19:23de la guerre d'Algérie
01:19:24de la colonisation française
01:19:25je rappelle
01:19:26l'Algérie
01:19:27en guerre
01:19:281954
01:19:29qui est un moment
01:19:30fondateur
01:19:30dans la vie
01:19:31d'Adolfo Kaminski
01:19:321962
01:19:32un historien
01:19:34face au torrent
01:19:35des images
01:19:35juste d'un mot
01:19:36d'ailleurs
01:19:36il est incroyable
01:19:38d'imaginer
01:19:39qu'il avait même
01:19:39produit des faux billets
01:19:41pour déstabiliser
01:19:43le colon
01:19:44pendant la guerre d'Algérie
01:19:45et il y a eu
01:19:48les accords des viands
01:19:49et donc il a dû
01:19:50brûler ses faux billets
01:19:51il a brûlé
01:19:51ça brûle mal
01:19:52ça brûle très mal
01:19:53les billets
01:19:54les faux billets
01:19:55il a dû les brûler
01:19:56un par un
01:19:57il avait fait un trou
01:19:58et effectivement
01:19:59pas un par un
01:20:00mais oui
01:20:00et puis il fallait le faire
01:20:01en cachette des voisins
01:20:03évidemment
01:20:03puisqu'ils étaient
01:20:04comme des agents
01:20:05très cachés
01:20:06mais quelle vie
01:20:08en tout cas
01:20:08et l'Algérie
01:20:09en guerre
01:20:09donc un historien
01:20:11face au torrent
01:20:11des images
01:20:12ces auditions
01:20:12de l'archipel
01:20:14merci à tous
01:20:15merci à vous
01:20:16d'avoir suivi
01:20:16Débat Doc
01:20:17je vous retrouve
01:20:17très vite
01:20:18sur LCP