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  • il y a 12 heures
Il y a un siècle, à l'issue de sa marche sur Rome en octobre 1922, Benito Mussolini s'emparait du pouvoir en Italie. Il n'allait plus le lâcher jusqu'à sa mort en 1945, instaurant une dictature totalitaire pendant plus de deux décennies.

Longtemps considéré comme un bouffon et un dictateur de second rang, le « Duce » inventa le fascisme et fut imité par Adolf Hitler, qui le considéra longtemps comme son maître en politique. Voulant transformer son pays en nation guerrière, Mussolini promit aux Italiens le retour à la grandeur de l'empire romain. Gouvernant par la violence et la ruse, il fut l'un des premiers populistes contemporains et entraîna son pays dans la catastrophe de la seconde Guerre mondiale.



Qui était Benito Mussolini, ancien instituteur venu de l'extrême gauche, devenu directeur de journal et créateur du parti fasciste ? Pourquoi s'allia-t-il avec Adolf Hitler ? Fut-il suivi par les Italiens ? Avec des archives rares et en partie colorisées, et grâce les derniers témoins de l'époque et avec les conseils de l'historienne Marie-Anne Matard-Bonucci, ce portrait revient sur l'un des dictateurs les plus connus du vingtième siècle.

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00:00...
00:12Longtemps, il a été considéré comme un bouffon.
00:16Un mélange de farce et de force.
00:25Passé au second plan derrière Adolf Hitler,
00:27l'homme qui a entraîné l'Italie dans la Seconde Guerre mondiale
00:31est l'un des dictateurs les plus célèbres de l'histoire.
00:38L'un des plus moqués aussi.
00:44Mussolini.
00:46Le 29 avril 1945, à la veille du suicide de Hitler,
00:52son cadavre est exposé sur une place publique de la ville de Milan.
01:00Avec sa maîtresse et plusieurs responsables fascistes,
01:04il vient d'être exécuté par la résistance italienne.
01:08Son corps est mutilé et pendu par les pieds devant la foule.
01:14Pourtant, ici même, quelques mois plus tôt,
01:18Mussolini était célébré comme un dieu vivant.
01:27Il l'appelait Duce, le guide.
01:31Il y a un siècle, en 1922,
01:34il s'emparait de l'Italie par la violence et la ruse
01:37et inventait le fascisme.
01:44C'était un génie.
01:45Moi, je fais toujours le salut romain.
01:47Certainement.
01:51J'ai tout apprécié chez Mussolini.
01:53Et je continue de l'apprécier.
01:59Ce qui me frappe toujours,
02:01c'est comment ces personnalités,
02:03avec leur charisme,
02:05arrivent à ensorceler tant de monde.
02:10Voici l'histoire d'un homme,
02:12avide de pouvoir,
02:14qui a voulu transformer l'âme de son peuple
02:17et l'a amené à la catastrophe.
02:30Cette histoire tragique
02:32commence dans les années 1920,
02:36dans la belle Italie,
02:39le pays de Michel-Ange,
02:40de Dante et de Verdi.
02:45Un passé glorieux,
02:47mais une nation en crise.
02:51Depuis la victoire de 1918
02:53aux côtés de la France et de la Grande-Bretagne,
02:56la guerre civile mine la démocratie italienne.
03:02Partout, les paysans s'emparent des terres incultes.
03:07Les ouvriers déclenchent des grèves
03:09et s'en prennent à leurs patrons.
03:14Pendant la guerre,
03:15on leur a promis des réformes sociales
03:17qui ne sont jamais venues.
03:23Face à eux,
03:24cet homme aux allures de Dandy,
03:27Benito Mussolini,
03:30l'adversaire acharné des grévistes.
03:36Instituteur, devenu journaliste,
03:39il vient de créer un mouvement,
03:42le fascisme.
03:43dans ce palais de Milan,
03:44prêté par des industriels.
03:47Il a adopté le salut des Romains
03:50et il fait porter un uniforme à ses hommes,
03:53la chemise noire,
03:55avec parfois une tête de mort sur leur casque.
03:59Leurs armes,
04:01ses gourdins.
04:04Leur devise,
04:06« Menefregon,
04:06je m'en fous. »
04:12Mussolini dispose de 300 000 hommes,
04:14la plupart sont d'anciens soldats,
04:16prônant l'extrême violence.
04:20tous rêvent de révolution,
04:23mais une révolution de droite,
04:24pour remettre le pays en ordre
04:26et faire de l'Italie une puissance mondiale.
04:33Il déchaîne la terreur contre les rouges,
04:36comme il les appelle,
04:37lors de sanglantes expéditions punitives.
04:43Il en est convaincu.
04:45C'est en écrasant les marxistes
04:47qu'il parviendra au pouvoir.
04:51Son ambition ?
04:52Diriger l'Italie,
04:54quel qu'en soit le prix.
04:58Une énorme ambition.
05:00Il était capable d'écraser n'importe qui.
05:04C'était un esprit agressif.
05:07Le but du fascisme,
05:09c'est la violence qui résout les choses.
05:11C'est ça le concept.
05:15Cette gauche qu'il persécute,
05:18Mussolini la connaît bien.
05:20Avant la guerre,
05:22il était dès l'heure.
05:27Il est né dans cette vallée,
05:29au village de Prédapio, en Romagne.
05:32Une région socialiste à deux heures de Venise.
05:38Une enfance rude, dit-il,
05:40entre une mère institutrice et pieuse
05:43et un père forgeron,
05:45anarchiste et fiché comme dangereux par la police.
05:50Comme lui,
05:52Benito Mussolini a fait plusieurs fois
05:54de la prison pour agitation révolutionnaire.
05:57Ses ennemis de l'époque,
05:59ceux de son père,
06:01les militaires,
06:02les patrons,
06:04les prêtres.
06:07Il est brutal depuis toujours.
06:09Il a violé l'une de ses voisines
06:11et l'a raconté dans un livre.
06:17Puis il s'est marié avec une jeune fille de sa région.
06:20Il lui a fait sa demande en mariage avec un revolver,
06:23en menaçant de la tuer,
06:25elle, ses parents,
06:26et lui-même,
06:27en cas de refus.
06:34Théâtral,
06:35impulsif.
06:36Il a été blessé sur le front en 1917
06:39et l'enfer des tranchées a changé sa vie.
06:45Pour lui,
06:46les sacrifices de l'Italie
06:47n'ont pas été payés de retour par les alliés.
06:51600 000 morts,
06:521 million de blessés.
06:55Devenu nationaliste,
06:57il ne jure plus que par la violence.
07:03Voici son bureau.
07:05Il dirige le journal
07:07Le Popolo d'Italia,
07:09qu'il a créé à Milan
07:10avec le soutien de plusieurs industriels.
07:15Trois ans après la révolution russe de 1917,
07:18le patronat le considère maintenant
07:20comme un rempart contre le communisme.
07:24En échange,
07:26Mussolini leur prête ses hommes
07:27pour casser les grèves
07:28et protéger leurs biens.
07:33On avait une peur incroyable des Russes.
07:36C'était ça l'Italie.
07:39On avait peur des Russes
07:40qui mangent les enfants.
07:44Je crois que mon père
07:45a vu en Mussolini
07:46l'homme qui réussissait
07:48à remettre de l'ordre
07:50dans cette Italie chaotique.
07:57En 1922,
07:59l'Italie est prête
08:00à succomber
08:01à l'ordre fasciste.
08:04Et ce n'est pas
08:05la monarchie parlementaire
08:06qui va l'en empêcher.
08:08A Rome,
08:09le roi Victor Emmanuel
08:11craint pour sa couronne.
08:13C'est lui qui nomme
08:15le premier ministre
08:16et pour sauver sa place,
08:18il est prêt à négocier.
08:21Face à lui,
08:22une classe politique
08:24alarmée par les fascistes
08:25mais incapable de s'unir.
08:29Voici le premier ministre
08:31du moment,
08:32Luigi Facta,
08:33un réformateur modéré.
08:37Après des mois d'impuissance,
08:39il souhaite s'opposer
08:40à Mussolini.
08:42Mais c'est un vœu pieux.
08:46Car en octobre 1922,
08:49lors de l'un de ces moments
08:50tragiques où l'histoire
08:51s'accélère,
08:53l'Italie va basculer.
08:58La marche sur Rome.
09:00Un modèle de prise de pouvoir
09:02pour les apprentis dictateurs.
09:04Notamment Hitler,
09:06qui depuis l'Allemagne
09:07n'en perd pas une miette.
09:12A Naples,
09:1340 000 militants fascistes
09:15ont été convoqués
09:16pour le congrès national
09:17du parti.
09:21Mussolini,
09:21qui s'est fait élire député
09:23un an et demi plus tôt
09:24avec une trentaine
09:25de chemises noires,
09:26a décidé de brusquer l'histoire
09:28et de partir
09:29à l'assaut de Rome
09:30pour prendre le contrôle
09:31du pays.
09:34Depuis des mois,
09:35son entourage le pousse
09:36à jouer le tout pour le tout.
09:38Après plusieurs heures
09:39de défilés dans Naples,
09:41Mussolini lance un ultimatum.
09:44Ou bien on nous donne
09:45le pouvoir,
09:46ou bien nous marchons
09:47sur Rome.
09:51Un pari risqué.
09:53Si le gouvernement
09:54déploie l'armée
09:55et décide de faire feu,
09:57pour lui,
09:58ce sera la fin.
10:01Dès le soir même,
10:02il repart pour Milan
10:04afin de jouer
10:04les hommes respectables.
10:07Il laisse sur place
10:09à Naples
10:10ses militants déchaînés.
10:14Et il attend.
10:17L'insurrection
10:18doit démarrer
10:19le 27 octobre.
10:23Certains prennent
10:24de l'avance.
10:25Sans attendre le 27,
10:28des villes
10:28s'embrasent.
10:31Pise.
10:33Cremone.
10:35Tandis qu'à Milan,
10:37comme si de rien n'était,
10:39Mussolini se rend
10:40à son journal.
10:41Va à l'opéra
10:43et s'affiche
10:44avec sa femme.
10:49En réalité,
10:50il a déjà donné
10:51l'ordre de marcher
10:52sur la capitale.
10:54Le coup de force
10:55peut à tout moment
10:56tourner au carnage.
11:03Surprise.
11:05En arrivant à Rome,
11:06les fascistes
11:07ne rencontrent
11:08aucune résistance.
11:13Après trois ans
11:14de guerre civile,
11:15l'État est en décomposition.
11:24En fait,
11:26tout dépend du roi.
11:28Le premier ministre
11:30Facta
11:30lui a demandé
11:31de proclamer
11:32l'État de siège
11:33et de déployer l'armée.
11:36Mais par crainte
11:37d'être emporté
11:38dans la crise,
11:39Victor Emmanuel
11:40refuse les preuves
11:41de force.
11:42Il fait proposer
11:43à Mussolini
11:44des postes de ministres
11:45pour lui
11:46et trois adjoints.
11:49En vain.
11:51À Milan,
11:52l'intéressé refuse
11:53ce plat de lentilles
11:55ministérielles,
11:56selon son expression.
11:58Tout le pouvoir
12:00ou le chaos.
12:06L'Italie au bord
12:08de l'explosion.
12:10Le patronat se prononce
12:11officiellement
12:12pour Mussolini.
12:15Et le roi cède.
12:17Il lui propose
12:18de devenir premier ministre.
12:24Voici son arrivée
12:25à Rome.
12:26Le moment
12:27qui l'attend
12:28depuis des années.
12:30Les militants
12:31en partie de Naples
12:32le rejoignent
12:33pour l'accueillir.
12:34Avec lui,
12:36leur vie
12:36va bientôt changer.
12:39En chapeau
12:40haute forme,
12:41le petit voyou
12:42de près d'Apio,
12:43l'homme
12:43des bastonnades,
12:44beaucoup plus subtil
12:46qu'il en a l'air,
12:47est reçu
12:47par le roi
12:48et nommé
12:49à la tête
12:50du gouvernement.
12:54Si papa était là,
12:57souffle Mussolini
12:58à son frère.
13:01Son coup d'état légal
13:03est un coup de maître.
13:09Un miracle.
13:13Un rêve
13:14qui pouvait
13:14devenir réalité
13:15et qu'il est devenu.
13:19On a entrevu
13:19tout de suite
13:20que les choses
13:20étaient en train
13:21de changer
13:22et qu'une forme
13:23d'ordre
13:23était en train
13:24d'être restaurée
13:24en Italie.
13:29L'ordre fasciste
13:30avec ses coups
13:31de cravache,
13:33ses hurlements,
13:34ses assassinats
13:36est en marche.
13:39Et la belle Italie
13:40ne va pas longtemps
13:41y résister.
13:46au cœur de Rome
13:48installé
13:49au palais
13:49Chigi,
13:50Mussolini
13:50va maintenant
13:51pouvoir imposer
13:52le totalitarisme
13:53à son peuple.
13:56Mais pour cela,
13:58il doit détenir
13:59tous les pouvoirs
14:01et c'est loin
14:02d'être le cas.
14:03Le roi
14:04et le parlement
14:04sont toujours là.
14:07Les journaux
14:07restent libres
14:08de dire
14:09ce qu'ils veulent
14:09et les syndicats
14:11de faire grève.
14:13Il lui reste
14:14la moitié
14:15du chemin
14:15à parcourir.
14:21Sa méthode,
14:22une fois n'est pas
14:23coutume,
14:24la séduction.
14:28Tout de suite,
14:30il rallie
14:30deux de ses principaux
14:31adversaires,
14:32des anciens
14:33premiers ministres.
14:36On le voit
14:37partout,
14:38souriant,
14:40pratiquant
14:40l'ouverture
14:41à ses conservateurs
14:42qu'il méprise
14:43et dont il a besoin
14:44pour sa majorité.
14:48Son argument,
14:50la peur
14:51du chaos
14:51communiste.
14:55Et cela paye.
14:57Les modérés
14:58au parlement
14:58lui accordent
14:59les pleins pouvoirs
15:00pour un an.
15:01Le temps,
15:02pense-t-il,
15:03de mater la gauche.
15:06Mussolini
15:07en profite
15:07pour supprimer
15:08les premières
15:09libertés publiques.
15:11Il va s'assagir,
15:13dit-on.
15:19Pourtant,
15:20derrière la carotte,
15:22il continue
15:23à faire
15:23ce qu'il a toujours fait.
15:25Le bâton.
15:29Ses petites frappes,
15:30devenues milices
15:31officielles du régime,
15:32harcèlent les bastions
15:33de la gauche.
15:36Humilient des hommes
15:37politiques
15:37comme ce député
15:39au temps
15:39de la conquête
15:40du pouvoir.
15:44Les syndicalistes
15:45sont pourchassés.
15:46Certains sont attachés
15:47par les pieds
15:48et traînés
15:49derrière des camions.
15:52La terreur noire,
15:54décuplée
15:55pendant les élections.
15:57En 1924,
15:59plusieurs de ses proches
16:00enlèvent le ténor
16:01de l'opposition
16:01au Parlement,
16:03le socialiste
16:04Matteotti
16:04et le poignarde
16:05dans une voiture.
16:07Son corps
16:08est retrouvé
16:09deux mois plus tard
16:10dans la campagne.
16:12Énorme scandale.
16:14L'Italie choquée.
16:17Mussolini a failli
16:18tout perdre.
16:22Mais il est habile,
16:23beaucoup plus
16:24qu'on ne le pense.
16:27Il est lui-même
16:28la cible
16:28de six attentats
16:29qu'il va exploiter
16:31à fond.
16:37La balle lui a cassé
16:38le nez.
16:40Regardez comme il en joue.
16:44L'Italie,
16:45plus que jamais menacée,
16:47dit-il.
16:50Au prétexte
16:51de la défense
16:52de l'État,
16:53il fait voter
16:54par le Parlement
16:54les lois
16:55dites fascistissimes.
16:58préparées de longue date,
17:00sorties du tiroir
17:01au bon moment,
17:03elles abrochent
17:03définitivement
17:04les libertés.
17:07Plus de syndicats,
17:09sauf le syndicat
17:10fasciste officiel.
17:12Plus de journaux,
17:14sauf les journaux amis.
17:16Un parti unique,
17:18le sien.
17:20Un Parlement
17:21qui vote
17:21ce qu'on lui dit
17:22de voter
17:22et qui ne sert
17:23plus à rien.
17:25Quant au roi,
17:27il n'est plus
17:27qu'un symbole.
17:33En Italie,
17:35au milieu
17:35des années 20,
17:36la démocratie
17:37est morte.
17:39Et vive
17:40le Duce.
18:06Pour faire passer
18:08la pilule,
18:09Mussolini
18:10utilise une vieille recette,
18:13l'orgueil national.
18:17En finir
18:18avec les vieux
18:18complexes italiens
18:19et proposer
18:21un rêve.
18:43pour flatter son peuple,
18:46Mussolini convoque
18:47l'Empire romain
18:49et la renaissance italienne.
18:52Terminé,
18:53dit-il,
18:54l'exil
18:55à l'étranger.
18:57Fini
18:58les caricatures
18:59des Italiens,
19:01les macaronis,
19:03les joueurs
19:03de mandoline,
19:05le retard
19:06des trains.
19:08En échange
19:08des libertés
19:09perdues,
19:10le Duce
19:11va leur offrir
19:11des compensations
19:13symboliques.
19:16Je crois
19:17que l'idée
19:17qu'il y ait
19:18quelqu'un
19:18qui dise
19:19« Eh les gars,
19:21on est bons,
19:22forts,
19:23nombreux,
19:24on est les meilleurs. »
19:26Ça nous convenait,
19:27à nous,
19:28qui nous sentions
19:28toujours les derniers
19:29de la classe.
19:36Mussolini,
19:37le nouveau César.
19:42Il gouverne
19:43à coups
19:44de bataille.
19:46Bataille du grain
19:47pour l'autosuffisance
19:48alimentaire.
19:51Bataille de la monnaie
19:52pour la souveraineté nationale.
19:55Bientôt,
19:56ce sera
19:57la bataille
19:58de la race.
20:01Pour s'attirer
20:02les soutiens,
20:03il lance
20:04de grands chantiers,
20:05comme l'assainissement
20:06de cette région
20:07mythique
20:07au sud de Rome,
20:09inondés
20:09depuis l'antiquité
20:10et impropres
20:11aux cultures,
20:13les marais pontins.
20:17Il s'attaque
20:18aux questions
20:19jamais réglées,
20:20comme cette brouille
20:21avec le Vatican,
20:22remontant au temps
20:23de l'unification italienne
20:24au XIXe siècle,
20:26quand le pape
20:27était dépossédé
20:27de ses états.
20:29Il signe
20:30les accords
20:31du Latran.
20:33Un miracle
20:34pour les catholiques,
20:35c'est-à-dire
20:36beaucoup de monde.
20:41bien avant
20:42les autres,
20:42il a compris
20:43le pouvoir
20:44de l'image
20:45et désormais
20:46partout
20:46les caméras
20:47l'accompagnent.
20:51Dès 1924,
20:52alors qu'il
20:53renversait
20:53la démocratie,
20:55il a confié
20:55à l'Institut
20:56Luce
20:57la mission
20:58de valoriser
20:58l'État,
20:59c'est-à-dire
21:00lui-même.
21:05L'occasion
21:06aussi
21:06de valoriser
21:07la politique
21:08sociale
21:08du régime
21:09qui se contente
21:10de faire
21:11du neuf
21:11avec du vieux
21:12en réorganisant
21:14les dispositifs
21:15existants.
21:18En réalité,
21:20seuls
21:20les employés
21:21de l'industrie
21:22ou presque
21:22profitent
21:23de sa politique.
21:28Je le considère
21:29comme un homme
21:29habile.
21:32Le Ducci
21:33était sans
21:33scrupules.
21:34Il savait
21:35parler au peuple.
21:36Ce n'était
21:36pas un aristocrate.
21:45Et pour lancer
21:46la fête,
21:47il crée
21:47un ministère
21:48de la culture
21:49populaire.
21:51Avec lui,
21:52les arts,
21:53les sports,
21:54les loisirs
21:55semblent
21:55à la portée
21:56de tous.
22:01Les premiers
22:03copains
22:03qui sont allés
22:04au bord
22:04de la mer
22:04et ont vu
22:05la mer,
22:05ils l'ont vu
22:06grâce aux colonies
22:07de vacances.
22:08Le fascisme
22:09emmenait les enfants
22:09au bord
22:10de la mer
22:10et à la montagne.
22:15Qu'est-ce que
22:15vous voulez
22:15que je vous dise ?
22:23Mussolini,
22:24le miroir
22:25dans lequel
22:25se projettent
22:26beaucoup
22:27d'Italiens.
22:32Si le Duce
22:33a réussi,
22:35toute l'Italie
22:35peut réussir.
22:39Il habite
22:41l'une des plus belles
22:42villas de Rome,
22:44la Villa
22:44de la Torlogna.
22:47Il y accueille
22:48les grands de ce monde
22:49comme Gandhi.
22:56Dans ce décor de rêve,
22:59le premier avant tout le monde,
23:01il expose sa famille.
23:02En particulier,
23:04sa fille
23:05Eda,
23:06sa pouliche
23:07folle
23:07comme il l'appelle.
23:10L'une des premières
23:11italiennes
23:11à conduire
23:12une voiture
23:13et à porter
23:14des jupes
23:14courtes.
23:16Elle va bientôt
23:17se marier
23:17avec un comte.
23:22Avec sa femme
23:24Raquelé,
23:25il a cinq enfants,
23:26dont Vittorio
23:27et Bruno,
23:29futur pilote
23:29de bombardier.
23:32Une caricature
23:33de l'homme latin.
23:35Pour mon père,
23:37dira Eda,
23:38une femme
23:38devait rester
23:39à la maison,
23:40avoir des enfants
23:41et porter
23:42des cornes.
23:47Il ne cache pas
23:49vraiment ses maîtresses.
23:51Notamment
23:51cette grande bourgeoise
23:52vénitienne,
23:53Margherita Sarfati,
23:55qui partage sa vie
23:56depuis une quinzaine
23:57d'années.
24:01Elle est juive
24:02et ce n'est pas
24:04une question.
24:05Pas encore.
24:09Mais pour combien
24:10de temps ?
24:14Car dix ans
24:15après sa prise
24:16de pouvoir,
24:17Mussolini en réalité
24:18se radicalise
24:20de plus en plus.
24:22Tous ne le voient pas,
24:24mais il n'est pas
24:25un tyran à l'ancienne,
24:26mais un dictateur
24:27moderne,
24:29totalitaire.
24:36Le Duce veut changer
24:38son peuple.
24:40Voici l'homme nouveau
24:42dont il rêve.
24:44L'homme fasciste,
24:47le nouveau modèle
24:48pour les Italiens.
24:55avec eux,
24:57pense-t-il,
24:58il va conserver
24:58le pouvoir
24:59pendant des décennies.
25:00qu'est-ce qui ?
25:02Non, je vais vous remercier
25:07vous remercier
25:12desiderer
25:12de l'onoré,
25:13vous remercier
25:30Leur mission, combattre les ennemis du régime, c'est-à-dire tous ceux qui le contestent et refusent de se
25:38coucher devant le dictateur.
25:47Dans la société totalitaire, le Duce se mêle de tout, contrôle tout. Dans chaque village, le parti, imbriqué à l
25:58'administration, est dirigé par les chemises noires. Il surveille toutes les familles.
26:09Il disait « Là, le pharmacien de la rue Machin, c'est un adversaire. »
26:15« Un subversif. »
26:18« Il faut ou bien le convertir, ou bien lui faire peur à tel point qu'il arrête sa propagande.
26:24»
26:24Pour faire taire les antifascistes, Mussolini a créé un tribunal spécial pour la défense de l'État, avec pouvoir de
26:38condamner à mort pour délit d'opinion ou à de lourdes peines de prison, comme ici, au large de Naples.
26:50Le Duce crée aussi le confino, ce nouveau système répressif entre camps de concentration et résidences surveillées.
27:01Ils sont consignés dans des baraques ou des maisons de villages coupées de leurs familles.
27:09Une répression moins terrible que dans l'Allemagne nazie, mais aussi efficace.
27:17« Ce que les fascistes voulaient, c'est qu'ils restent là, tranquilles, silencieux, qu'on les oublie. »
27:28« Les hommes comme Mussolini naissent tous les mille ans, » dit Hitler, fureur de l'Allemagne depuis 1933.
27:41« Dix ans après la marche sur Rome, Mussolini, qui a atteint la cinquantaine, a apparemment gagné son pari. »
27:52« À son bureau du palais Venezia, entouré de flatteurs, il bénéficie toujours du soutien du patronat, de l'armée,
28:00de l'église. »
28:04« Pourtant, cela ne lui suffit pas. »
28:11« Toujours insatisfait. »
28:14« De plus en plus, il joue avec ses collaborateurs, les rabrous, les humilie. »
28:24« Boulimique sexuel, il a fait transformer l'étage supérieur du palais pour recevoir ses maîtresses. »
28:33« Jusqu'à une femme différente par jour, racontera son secrétaire particulier. »
28:39« La plupart ont le droit à un quart d'heure entre deux portes. »
28:47« Son obsession enracinait durablement le fascisme chez les Italiens. »
28:56« C'est depuis son balcon qu'il communique avec la foule. »
29:07« En 1935, il y prononce l'un de ses plus importants discours. »
29:12« La déclaration de guerre à l'Empire d'Ethiopie. »
29:16« Le début d'une guerre coloniale qui va éprouver l'homme nouveau et relancer son régime, pense-t-il.
29:23»
29:35« L'Ethiopie, la guerre que beaucoup attendaient. »
29:51« Avant de coloniser la Libye en 1911, l'Italie a déjà tenté au XIXe siècle de s'emparer de
29:57l'Empire d'Ethiopie, à partir de l'Erythrée et la Somalie. »
30:02« Pour Mussolini, l'Italie a droit à sa place au soleil. »
30:20« Menée au nom du progrès, mais ouvertement raciste, la guerre coloniale de Mussolini est condamnée par la communauté internationale.
30:33»
30:34« Il y avait cette chanson. Petit visage noir, belle abyssine, attends et espère notre approche. Quand nous serons devant
30:41toi, nous te donnerons notre douché et notre roi. »
30:46« Et nous, en cœur, on disait la pauvre. »
30:51« En Ethiopie, les troupes fascistes emploient le gaz toxique. Cette arme de destruction massive, interdite par les traités que
31:01Mussolini a lui-même signés. »
31:09Le douché a donné carte blanche à ses troupes, dont ses propres enfants, Vittorio et Bruno, âgés de 19 et
31:1717 ans.
31:19Pilotes de bombardiers, présentés comme les prototypes de l'homme nouveau, ils arrosent les villages de bombes incendiaires.
31:28« Ce fut un travail très divertissant, écrira Vittorio à son retour. »
31:33« Pour afficher le soutien de son peuple, le douché organise une gigantesque collecte d'or, la journée des alliances.
31:48»
31:49« En public, des centaines de milliers de couples offrent leurs anneaux de mariage, pour les faire fondre. »
31:58« Mussolini au summum de sa popularité. »
32:03« Etiopie est italienne. »
32:08Il ne compte pas s'arrêter là.
32:12« L'Italia a finalement l'espoiré. »
32:21« L'un de ses proches aiguise son appétit et l'encourage à aller toujours plus loin. »
32:27« Son propre gendre, le jeune comte Ciano, marié à sa fille Eda. »
32:33« À 33 ans, le douché en a fait son ministre des Affaires étrangères. »
32:40« Ce diplomate issu de la nouvelle élite fasciste, Mussolini doit maintenant trouver des alliés pour réaliser son rêve. »
32:49« Les alliés, c'est au nord qu'il faut les chercher. »
32:58« Nous sommes en 1937, un an après la guerre d'Éthiopie. »
33:06« Ce jour-là, le douché se rend en Allemagne pour une visite officielle. »
33:12« L'Allemagne nazie, la nouvelle puissance montante en Europe. »
33:19« Adolf Hitler y a pris le pouvoir quatre ans plus tôt, en 1933, avec plus d'une décennie de
33:25retard sur l'italien. »
33:32« Pendant cinq jours, de Munich à Berlin, sur des centaines de kilomètres, »
33:37« Le dictateur italien est promené dans la Nouvelle-Allemagne et comblé d'honneur par les nazis. »
33:45« Depuis un an, Hitler le flatte et tente de s'en faire un allié. »
33:57« Il lui a envoyé des émissaires pour lui proposer une répartition de l'Europe en deux zones d'influence.
34:03»
34:04« L'Europe centrale et du nord pour l'Allemagne jusqu'à la mer Baltique. »
34:08« L'Europe du sud pour l'Italie, celle des pourtours de la Méditerranée. »
34:16« Un projet confidentiel aux yeux du monde qui tombe à pic pour le douché. »
34:23« Depuis toujours, Mussolini en rêve. »
34:27« Sans en avoir les moyens. »
34:37« Un an plus tôt, les deux dictateurs ont commencé à collaborer en Espagne contre leurs ennemis communs. »
34:45« Les Rouges, comme il les appelle. »
34:49« En pleine guerre civile, le général Franco, lui aussi admirateur du douché, les a appelés à l'aide pour
34:56renverser le régime républicain. »
36:00« Les Rouges désertent, s'automutiles et eux aussi meurent par milliers. »
36:11« Les Italiens, selon lui, étaient les petits-enfants des Romains. »
36:16« Mais en fait, pas tous. Quasiment aucun. »
36:21« Le nouveau guerrier italien, pour moi, n'existe pas. »
36:24« Car on n'a pas ce caractère guerrier. »
36:31« À Rome, Mussolini déçu. »
36:36« Et qui commence à douter des Italiens. »
36:41« Mais il ne renonce pas. »
36:43« Pour faire un grand peuple, dit-il, il faut le pousser au combat à coups de pieds dans le
36:48cul. »
36:53« Une femme l'encourage. »
36:55« Sa nouvelle maîtresse, Clara Petacci, presque trente ans de moins que lui. »
37:02« La voici à droite, en famille. »
37:06« Mussolini l'appelle sa petite Servilia, du nom de la maîtresse de César. »
37:13« Tu es l'homme des combats de titans, lui dit-elle. »
37:17« Depuis des mois, il observe le fonctionnement de Hitler. »
37:31« En 1938, Mussolini désigne un nouvel ennemi. »
37:36« Le juif. »
37:47« L'ebraïsmo mondiale è stato durante 16 anni, malgrado la nostra politica, un neveco irreconciliabile del partito. »
38:05« Si seguirà nei loro confronti una politica di separazione. »
38:18« L'Italie, une nation qui n'a jamais été vraiment antisémite. »
38:26« En quelques jours, jugées incompatibles avec l'homme nouveau italien, les Juifs sont mis au banc de la société
38:33et expulsés de l'administration. »
38:40« Ces saloperies de Juifs, il faut tous les détruire, dit le Duce en privé. »
38:49« Plus de droits ni d'aides sociales. »
38:52« Les citoyens de seconde zone chassés de la justice, de l'enseignement, de la presse. »
39:00« Leurs enfants sont expulsés des écoles. »
39:08« Avec l'antisémitisme, Mussolini sait ce qu'il fait. »
39:14« En désignant les Juifs après les communistes, les grévistes, les éthiopiens, il compte remobiliser les militants. »
39:22« Et à l'approche de la seconde guerre mondiale, placer le pays en ordre de marche. »
39:28« Il n'y a qu'un remède, dit-il, le principe de la révolution permanente. »
39:36« Comme le cycliste, si le dictateur arrête de pédaler, il tombe. »
39:43« Surtout, il décide de lier son destin à celui de l'Allemagne nazie. »
39:53« En mai 1939, Mussolini envoie son gendre Ciano à Berlin pour signer une alliance militaire avec Hitler. »
40:03« Le pacte d'acier. »
40:07« Tout entrée en guerre de l'un des deux pays entraînera automatiquement le soutien de l'autre. »
40:15« Grâce à la puissance allemande, il pense pouvoir bâtir son empire au sud de l'Europe. »
40:22« En s'emparant de la Corse, de la Savoie, de la Tunisie, de Malte, de Gibraltar et même du
40:33canal de Suez. »
40:39« Un nouveau Paris, beaucoup plus risqué que tous ceux qui l'ont précédé. »
40:45« Et que cette fois, il va perdre. »
40:48« En septembre 1939, Hitler attaque la Pologne et déclenche la Seconde Guerre mondiale. »
41:00« Mais malgré le pacte qui vient d'être signé, Mussolini ne le suit pas. »
41:05« Son armée, épuisée par les guerres d'Ethiopie et d'Espagne, n'est pas prête. »
41:10« Il n'attaque pas non plus la France quand Hitler lance ses armées à l'Ouest en mai 1940.
41:17»
41:18« Et l'Italie toujours pas prête. »
41:35« Alors que la bataille est au trois quarts gagnée par les Allemands,
41:38le Duce finit par déclarer la guerre à Paris et à Londres. »
41:45« Depuis près de 20 ans, il rêve de battre la grande nation latine rivale. »
41:54« Il n'imagine pas encore l'ampleur des défaites qui l'attend. »
42:02« Lancé à l'assaut des Alpes contre les Français,
42:04les Italiens, très supérieurs en nombre, ne parviennent pas à percer. »
42:11« Quelques kilomètres seulement de gagnés sur la côte d'Azur et en Savoie. »
42:16« Des gains territoriaux mineurs. »
42:20« Des soldats qui, une nouvelle fois, le déçoivent. »
42:27« Humilié, Mussolini choisit la fuite en avant et attaque la Grèce. »
42:33« Seul, en imaginant pouvoir se passer de Hitler. »
42:38« Il lui annonce par surprise, le matin même, lors d'une visite à Florence. »
42:43« Cette fois, il en est sûr. Ça ne peut que marcher. »
42:47« Alors, avec l'assette de cette éventuelle, nous direons que nous nous traversons les rênes. »
42:59« La Grèce. »
43:04Il y a un bloc de 250 millions d'enfants.
43:09Ce bloc, il y a un feu de la victoire.
43:17Une nouvelle fois, il rêve.
43:21Son offensive, bloquée par la résistance acharnée des Grecs, tourne à la catastrophe.
43:28Trois mois plus tard, l'armée italienne aura reculé sur son propre territoire.
43:36Les Italiens, si tu leur donnes un empire, ok.
43:40Mais si tu dois le conquérir avec des guerres à ce moment-là, non.
43:47Un désastre.
43:50Une humiliation aussi.
43:52Il ne faut que trois semaines à son allié Hitler qui lui porte secours pour battre la Grèce et s
43:58'emparer du pays.
44:00Pour le Duce, le chemin de croix ne fait que commencer.
44:06Car en Libye aussi, Hitler doit le soutenir à bout de bras, au point de lui envoyer Rommel, l'un
44:13de ses meilleurs généraux.
44:16Le Duce a cru pouvoir s'emparer de l'Égypte.
44:19Mais après une avancée dans le désert, ses troupes ont été bloquées par les Britanniques.
44:27Pire, Churchill, lui, vole l'Éthiopie.
44:30La perle de son empire.
44:42Musolini, terrassé.
44:45Même s'il le cache encore.
44:52Sa stratégie est un échec.
45:00Il souffre d'un ulcère à l'estomac, de mal de dos, calme ses angoisses aux commandes de son bombardier
45:07personnel en volant pendant des heures au-dessus de l'Italie.
45:17Et il s'en prend aux Italiens.
45:18Je suis humilié de ne pas avoir réussi à transformer ces gens en peuples d'acier et de courage.
45:33Ces rêves s'effondrent définitivement en juillet 1943, quand en provenance d'Afrique, les alliés débarquent en Sicile.
45:45« Dès que les ennemis auront tenté de débarquer, hurle Musolini, il faudra les anéantir jusqu'au dernier. »
45:55Mais ce n'est pas ce qui se passe.
45:59À Rome, soutenu par le roi et les milieux d'affaires,
46:03deux hauts responsables du parti, dont son propre gendre Ciano,
46:07ont décidé de lancer la révolte pour arrêter la catastrophe.
46:14Elle est déclenchée deux semaines plus tard au palais Venezia,
46:18lors d'un grand conseil du fascisme.
46:21« Fais-les tous arrêter, Benito », lui a dit sa femme Raquelé avant la réunion.
46:27Mais Musolini n'écoute plus personne.
46:31Après 21 ans de pouvoir, il est destitué en quelques heures par ses camarades du parti.
46:36« On a été complètement perdus. Et qu'est-ce qu'on fait maintenant ? »
46:49« Je pensais qu'il était temps que quelqu'un se rebelle. »
46:55« Musolini est arrêté par ordre du roi.
46:58Mise au secret dans une île au large de la Sardaigne,
47:02puis transférée dans un hôtel de montagne, à 100 kilomètres de Rome.
47:07« Mon étoile s'est éteinte à jamais, » dit-il.
47:13« Ça y est, une époque s'achève. »
47:18« Mais tout de suite, la situation a tourné au tragique. »
47:24« Car Hitler décide une nouvelle fois de porter secours à son allié. »
47:29« Il lui envoie un commando de parachutistes en pleine montagne pour le libérer. »
47:35Posé en planeur sur un sommet, les Allemands désarment ses gardiens et filment la scène.
47:42« Duce, vous êtes libre. »
47:47« Faites de moi ce que vous voudrez. J'ai besoin de repos. »
47:54« J'ai exulté. »
47:56« On s'est dit, de quoi ils sont capables, ces Allemands ? »
48:02« Je dois dire qu'on a ressenti pour Mussolini une sorte de peine. »
48:12« C'était triste de voir cet homme comme ça,
48:15et de le voir maintenant avec son petit manteau, son petit chapeau. »
48:24Évacué vers l'Allemagne, il a rendez-vous avec Hitler,
48:27qui l'accueille les larmes aux yeux.
48:31« Un homme fini. »
48:34« Un état d'ébêtement. »
48:35racontera son fils Vittorio, qui est présent.
48:42Halluciné, le stratège déchu ne demande plus rien,
48:45juste la possibilité de prendre sa retraite en Romagne, sa région natale.
48:52Mais ce n'est pas ce qu'a décidé Hitler.
48:55« Dès demain, vous annoncerez à la radio que la monarchie est déposée
48:59et que l'État fasciste italien est né, dit-il. »
49:05Il lui laisse entendre que s'il refuse,
49:07les villes de Milan, Turin et Gênes seront rayées de la carte.
49:15« Il parle à l'italien. »
49:20« Missionaire, italien et italiennes. »
49:25« Après un long silence,
49:26c'est ici, au bord du lac de garde,
49:41à Salo, replié au nord de l'Italie,
49:44que Mussolini fonde son nouveau régime.
49:49Avec sa femme et plusieurs de ses enfants,
49:51il va résider dans cette villa pendant un an et demi,
49:55le temps qu'il lui reste à vivre.
49:59Sa maîtresse Clara Petacci s'établit à dix kilomètres dans une autre villa.
50:07Elle le pousse à se venger des traîtres.
50:11Aujourd'hui, c'est le sang seul qui doit laver la honte.
50:17« Je suis un cadavre vivant, » lui répond le Duce.
50:25Il n'est plus que la marionnette d'Hitler.
50:29Il a tout perdu,
50:31à part le soutien de quelques dizaines de milliers d'admirateurs
50:34qu'ils rejoignent par haine du communisme.
50:38Ils sont envoyés à l'assaut des Maki
50:40contre ces mouvements socialistes,
50:42communistes et démocrates
50:44qui, après vingt ans de dictature,
50:46prennent les armes.
50:56Des milliers de partisans sont liquidés par les nazis
51:00et leurs alliés fascistes.
51:04De nombreux Juifs aussi,
51:05qui, malgré les persécutions,
51:07avaient été laissés en liberté.
51:10Ils sont regroupés dans des camps de transit italiens
51:13avant leur départ vers Auschwitz.
51:17Près de 8 000 ne reviendront pas.
51:28Les deux dictateurs se revoient une dernière fois
51:31en juillet 1944,
51:33après le débarquement allié de Normandie
51:35et la chute de Rome.
51:38Mussolini, secrètement heureux.
51:42Hitler vient d'échapper à un attentat
51:44commis par des officiers allemands.
51:48Pour la première fois,
51:49il lui apparaît vulnérable,
51:51comme il l'est, lui, depuis si longtemps.
52:01Jusqu'au bout,
52:02il a obéi aux fureurs.
52:08Mussolini a accepté de punir Ciano,
52:11son gendre,
52:12pour sa trahison de juillet 1943.
52:16Ciano est fusillé
52:17après un procès sommaire.
52:20Quand le sort de Rome
52:22était en jeu,
52:23les pères romains
52:25n'hésitaient jamais
52:26à sacrifier leur propre fils,
52:28dit-il.
52:34Alors que l'Italie
52:35se libère du fascisme
52:36et des Allemands,
52:37c'est ici,
52:39à Milan,
52:40que Mussolini
52:41va réapparaître
52:41une dernière fois.
52:43Mais mort.
52:48Capturé avec sa maîtresse
52:49alors qu'il tentait de fuir
52:51à bord d'un convoi allemand,
52:53le Duce est arrêté
52:54puis exécuté
52:54dans un village.
53:00Leurs corps sont livrés
53:01à la foule.
53:07La fin d'un mythe.
53:13Il aimait l'Italie
53:14et l'Italie l'aimait.
53:17Après, ils ont changé.
53:20Je ne comprends même pas
53:21pourquoi ils ont changé.
53:23Je crois que c'est vraiment
53:27un désastre
53:29que des gens comme ça
53:30puissent être mis
53:31à la tête d'une nation.
53:39En maltraitant son cadavre,
53:43n'est-ce pas un peu
53:44sur eux-mêmes
53:45qu'ils exercent
53:45leur sévice ?
53:46Sous-titrage Société Radio-Canada
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