- il y a 7 heures
coté scène(s) - 2026 octobre
La Comédie, La Mélancolie des Paquebots (2026)
En marge des classiques, le directeur de la Comédie de St-Etienne et metteur en scène Benoît Lambert créé cette pièce dont le titre est emprunté à Flaubert « La Mélancolie des paquebots ». Cinq clowns vieillissants encore forts en démonstrations, cinq comédiens-personnages blanc d’âge mur dont les digressions laissent sur le tapis remontrances, réflexions, injonctions sur la finitude de cette culture acculée aux changements de société. Une pièce écrite au hasard de collages surréalistes et surprenants, qui rend cette génération insaisissable, incontrôlable et quasi intouchable. Hormis lorsqu’elle fait son mea-culpa sur le fait religieux. Des hommes à la dérive mais qui malgré clichés et faiblesses tiennent encore le gouvernail. Une rencontre et la Mélancolie… en extraits. Irrésistible.
Réalisation : Chantale Joassard
La Comédie, La Mélancolie des Paquebots (2026)
En marge des classiques, le directeur de la Comédie de St-Etienne et metteur en scène Benoît Lambert créé cette pièce dont le titre est emprunté à Flaubert « La Mélancolie des paquebots ». Cinq clowns vieillissants encore forts en démonstrations, cinq comédiens-personnages blanc d’âge mur dont les digressions laissent sur le tapis remontrances, réflexions, injonctions sur la finitude de cette culture acculée aux changements de société. Une pièce écrite au hasard de collages surréalistes et surprenants, qui rend cette génération insaisissable, incontrôlable et quasi intouchable. Hormis lorsqu’elle fait son mea-culpa sur le fait religieux. Des hommes à la dérive mais qui malgré clichés et faiblesses tiennent encore le gouvernail. Une rencontre et la Mélancolie… en extraits. Irrésistible.
Réalisation : Chantale Joassard
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Et bonjour, bonsoir, bienvenue à la comédie de Saint-Etienne pour cette rentrée 2026
00:04et la création de la mélancolie des paquebots de Benoît Lombert.
00:08Et la première image de ce texte, c'est celle-ci.
00:11Quatre ans de dége mûr embarqués dans ce qu'ils pensent être un hommage ultime à l'un des leurs.
00:16Mais, petite aléa, le présupposé n'est pas encore mort.
00:21Bon, alors, fatalement, au bout d'un moment, il finit par déboucher de l'autre côté.
00:28Pendant 1h15, le vertige sera de s'étendre.
00:31Une galerie d'hommes d'âge mûr aux portes d'un monde au bord du gouffre.
00:35Et ces messieurs montrent qu'ils ont encore de l'allon, du vivant, de la réplique, de la répartie.
00:42Pour dire quoi, peu importe.
00:44Non, moi j'ai dit que j'avais lu qu'il était mort.
00:46Ah, lu qu'il était mort ?
00:47Ouais, j'ai lu qu'il était mort.
00:48T'avais dit qu'il était mort ?
00:49Je sais pas, dans le journal.
00:51Dans quel journal t'avais dit qu'il était mort ?
00:53Mais je sais plus, mais dans un journal, il avait « il est mort ».
00:55Dans la mélancolie, ces messieurs ne savent pas trop ce qu'ils veulent.
00:59Les objectifs ne sont pas clairs.
01:01Ce qui rend la pièce éclatante et drôle.
01:04Une pièce pas classique qui emprunte ses errances du côté du collage surréaliste.
01:10Dans la construction, certains évoquent les Montipston.
01:13On pense aussi à du Audiard Lautner, dans cette manière d'exploser le récit, avec des répliques récitées ou détournées.
01:22Des personnages connus mais ratés.
01:24Des autoportraits très auto-centrés.
01:26Un joyeux bazar de notables ou de curés qui, se sachant un peu finis, tentent un dernier tour de piste.
01:34La mélancolie des paquebots, ce titre emprunté à Flaubert, c'est un peu l'éloge de soi-même.
01:41La cruauté des plaidoyers qui tournent à vide.
01:44Les causes inutiles de ces messieurs confient de certitude.
01:49Un monde 100% masculin que Benoît Lombert va gentiment éparpiller par petits bouts, façon puzzle.
01:57Voilà, c'est parti.
01:59Et Benoît, on sent que vous créez un bel espace de liberté face à la finitude du monde patriarcal blanc.
02:07Qui est aussi le sujet de cette pièce.
02:10Peut-être.
02:11Oui, c'est possible.
02:14En tout cas, ce qui a présidé à la fabrication de ce spectacle, c'était aussi l'envie de réunir
02:19ces acteurs-là.
02:20Et de les réunir autour de Robert Angebeau, qui est un acteur, un pédagogue, un metteur en scène,
02:25qui a été important dans l'histoire de plusieurs des acteurs qui sont sur le plateau.
02:29Et dans la mienne aussi, puisque ça a été mon prof.
02:31Et donc c'était aussi une façon de refaire un moment de théâtre avec lui.
02:35Donc je ne vais pas prendre le risque de raconter l'histoire, parce que je ne suis pas sûr qu
02:38'il y ait vraiment une histoire.
02:39Dans ce spectacle, mais disons que c'est, je ne sais pas, quatre clowns vieillissants qui vont visiter leur vieux
02:45maître.
02:46Et ils font tous ensemble une sorte de dernier tour de piste, quoi.
02:49Mais en accumulant quand même beaucoup d'échecs et de renoncements.
02:53Donc c'est aussi un spectacle qui raconte peut-être.
02:57Je ne veux pas présumer de ce qu'ils racontent.
02:59Mais quelque chose qui patine aujourd'hui chez les hommes d'un certain âge.
03:03Et leur façon d'accepter que le monde change plus vite que eux.
03:07Voilà, peut-être quelque chose comme ça.
03:08Écoutez-moi ça.
03:11Allez !
03:20Alors ?
03:21Ah oui ?
03:22Alors ?
03:24Il est pas mal.
03:28Mais qu'est-ce qu'il a ?
03:29Ça lui arrive souvent, c'est d'un autre comme ça ?
03:32Il arrive parfois.
03:33De toute façon, il ne va pas bien depuis la chute du mur.
03:35À mon avis, il a un déficit en testostérone.
03:38Vous avez souhaité faire ce spectacle à partir de collages.
03:43C'est-à-dire peut-être à partir de citations, à partir de dérivations.
03:47En empruntant à la littérature, en empruntant à des auteurs, à des personnages.
03:51Vous avez choisi comment ces citations-là ?
03:54En fait, beaucoup de choses se sont décidées à cause des acteurs.
03:58Encore une fois, c'est-à-dire que je les connais bien tous et j'avais envie de les voir
04:03faire des choses particulières.
04:05Donc c'est un peu ça qui a commandé une suite de numéros qui a été la première architecture du
04:08spectacle.
04:09La première structure, c'était d'imaginer chacun dans un numéro particulier dans lequel je savais que chacun pouvait exceller
04:15et que j'avais envie de les voir.
04:17Je ne sais pas, par exemple, le passage sur l'extrait de Salombo de Flaubert.
04:21Moi j'ai quatre ans, moi j'ai quatre ans, moi j'ai quatre ans.
04:22Moi j'ai deux, c'est possible deux.
04:24Ah, c'est pas l'autre.
04:27Parfait, alors, au travail !
04:30Il y a un extrait de Salombo de Flaubert dans le spectacle.
04:32Ça, c'est très lié à Robert-Angebeau, à son rapport à la langue.
04:37Il y a la figure de Don Quichotte qui traverse.
04:39Il se trouve que l'acteur qui l'interprète, Christophe Brault, l'a joué et puis que c'était un
04:42livre important pour lui.
04:43Pourquoi Don Quichotte ?
04:44Ça a peut-être un rapport avec l'héroïsme.
04:46Enfin, voilà, il y a des choses qui sont un peu liées à des histoires secrètes qui me relient aux
04:51comédiens.
04:51Et tout ça finit par faire une sorte de panorama, ou de suite de numéros,
04:55où on essaierait peut-être encore de faire du théâtre, de dire quelque chose, de raconter une histoire.
05:02Et avec un certain nombre de difficultés, parce que je pense que c'est pas simple actuellement de raconter des
05:06histoires.
05:06Il faut me faire confiance, car je suis ton maître, bonjour.
05:10Oui, non, alors justement, attendez, pardon, mais il y a un problème en fait.
05:14Un problème ? C'est quoi le problème ?
05:16Ben, je m'appelle pas Poncho en fait.
05:18Tu t'appelles pas Poncho ?
05:19Non.
05:20Tu t'appelles alors ?
05:21Je m'appelle Sancho !
05:38Sancho !
05:39En fait, cette forme, elle est quand même très, elle s'inscrit dans une lignée de spectacles que j'ai
05:44fait depuis longtemps,
05:45parce que j'ai toujours fait deux choses, au fond, j'ai monté des textes classiques, on en a vu
05:49un certain nombre ici à la comédie,
05:51et à côté j'ai toujours fabriqué des formes qui n'étaient pas des récits, mais plutôt autre chose.
05:57C'est pour ça que j'ai parlé de collage, ou parfois de cabaret, je parle de cabaret à cause
06:01de la succession.
06:01L'idée de la succession numéro, mais ça n'a pas à voir avec le cabaret, au sens où on
06:05l'entend traditionnellement,
06:06mais l'idée du collage, c'est simplement de mettre des choses côte à côte, de façon parfois même un
06:11peu arbitraire,
06:12et de se laisser surprendre parce que leur télescopage va créer.
06:15C'est des vieux principes surréalistes, c'est des vieux principes qui ont été un peu initiés, inaugurés par le
06:21mouvement surréaliste,
06:22mais qui ensuite ont beaucoup essaimé dans l'histoire des formes et dans l'histoire de l'art, bien entendu.
06:25Donc le collage, ce n'est pas une grande invention, ce n'est pas une nouveauté,
06:29mais c'est assez intéressant comme façon de composer des spectacles.
06:31Il faut accepter l'arbitraire et puis se laisser surprendre parce que les rencontres entre les différentes séquences
06:38vont générer, vont produire comme effet de sens, de récits, et on ne s'attendait pas forcément.
06:43Non, je voudrais, si vous le permettez, profiter de cette occasion qui m'est à nouveau offerte
06:49pour rendre enfin hommage à l'artisanat du rire auquel j'ai consacré toute ma vie
06:53et que vous avez décidé d'honorer à travers ce monde.
06:55Le monde est actuellement plus fou que tout nos récits les plus fous.
06:58Donc c'est aussi une façon d'essayer de capter quelque chose du chaos actuel dans la forme même du
07:06spectacle.
07:07Si l'on veut se saisir de ce propre de l'homme qu'est le rire,
07:10il nous faut mener non pas seulement une enquête anthropologique, mais bien aussi une enquête métaphysique.
07:16Et vous aviez envie d'une comédie ?
07:19Ça je ne sais jamais parce que le rire c'est comme...
07:22Oui, bien sûr, bien sûr.
07:23Et puis il en est beaucoup question dans le spectacle.
07:24Parce qu'au fond, c'est ce que je dis, c'est des vieux clowns ou des vieux comiques, de
07:27musicaux.
07:28Enfin, c'est des gars qui ont eu à voir dans leur parcours avec la question du rire.
07:32Il en est beaucoup question.
07:33Il est beaucoup question du rire et de la mort dans ce spectacle.
07:36Il y a des liens d'ailleurs entre les deux à certains moments.
07:39Donc oui, pour moi, c'est pour ça que je dis que c'est une comédie.
07:42Mais je vois bien que bien souvent, elle tourne court.
07:44Enfin, je ne sais pas comment la rire voyage à l'intérieur de cette forme-là.
07:47Et ma foi, ça c'est une question qui appartient au public, pas à ceux qui fabriquent le spectacle.
07:53Mais je ne te trouve pas très drôle.
07:55Pardon.
07:57Puisqu'apparemment, tu es devenu l'homme le plus drôle du monde.
08:01Alors permets-moi de te dire, à titre personnel, que je ne te trouve pas drôle du tout.
08:06Moi, j'ai beaucoup monté.
08:07J'ai monté essentiellement, pour ne pas dire uniquement, des comédies dans ma vie.
08:10Donc de ce point de vue-là, le spectacle, il fonctionne aussi un peu comme une petite réflexion sur le
08:15théâtre et ses pouvoirs ou le théâtre et ses limites.
08:17Vous avez voulu éviter, tout en vous posant la question de quel est l'avenir de ces hommes d'âge
08:24mûr,
08:25et l'avenir surtout du monde qu'ils ont vécu, construit,
08:31et qu'ils ont voulu lisser pour lui créer un avenir certain.
08:37Vous n'avez pas voulu non plus donner des leçons sur l'après ?
08:42Ah non, non, mais parce que je n'ai aucune idée sur l'après.
08:45Ce que je pense simplement, c'est qu'on est dans un moment très, on peut dire comme ça, anxiogène,
08:50inquiétant, profondément inquiétant,
08:52et que pour moi, cette inquiétude a quand même une sorte de rapport avec quelque chose qui est en train
08:58de finir.
09:00Un monde est en train de finir, je ne vais pas le qualifier rapidement,
09:03mais on pourrait dire, je ne sais pas, le capitalisme, le patriarcat.
09:08Mais on voit bien que dans cette fin programmée, inéluctable, les soubresauts sont violents.
09:13C'est-à-dire les résistances, les tentatives de résister,
09:16et c'est pour ça qu'on voit ressurgir de façon un peu pathologique
09:19des phénomènes historiques qu'on pensait avoir laissés définitivement derrière nous,
09:23et qui ressurgissent et qui sont pour moi les indices de cette réaction.
09:26C'est-à-dire qu'on voit bien qu'on a un phénomène réactionnaire actuellement,
09:29et pour moi, il est quand même assez lié à la menace qui pèse sur le pouvoir masculin.
09:33Sur le pouvoir masculin blanc, d'ailleurs, j'ajouterais.
09:36Et c'est ça qui se crispe aujourd'hui, je pense.
09:38Ah non, pas non ! C'est illégalement que tu m'y connais !
09:43Alors, ça, c'est une inspiration nointaine par rapport au spectacle,
09:46parce qu'il ne traite pas de cette question,
09:48mais c'est vrai qu'elle est le travail de l'intérieur.
09:50Ces gars qui n'arrivent pas à quitter le plateau,
09:52qui n'arrivent pas à quitter la piste,
09:53qui veulent encore être là, qui veulent encore dire des choses,
09:55qui ont encore tant de choses à dire.
09:58Et vous avez envie de les sauver, malgré tout ?
10:00Non, pas particulièrement.
10:02Non, je ne sais pas si j'ai envie de les sauver.
10:05Non, je les regarde, simplement.
10:08Je me retrouve peut-être dans ce qu'ils sont,
10:10mais je ne suis pas sûr qu'il y a grand-chose à sauver.
10:11Non, je ne suis pas certain.
10:12Enfin, en tout cas, pour moi, ce n'est pas le sujet du spectacle.
10:14Ils m'attendrisent, ils m'amusent, ils peuvent m'émouvoir par moments,
10:18mais les sauver, je ne suis pas sûr qu'ils le méritent.
10:24Mais autour des questions qui étaient posées,
10:26quelque chose qui est en train de finir,
10:29une pièce qui parle juste de la moitié de l'humanité,
10:33c'est-à-dire des hommes,
10:34vous aviez envie que ça arrive vers la consistance d'un rêve ou d'un cauchemar ?
10:40Oui, mais ça, la question du rêve ou du cauchemar,
10:42c'est plutôt une question de forme,
10:44c'est-à-dire qu'au fond,
10:46quand on s'engage dans ces principes de collage,
10:47de montage, de télescopage,
10:49on finit par avoir une matière sous les yeux
10:51qui peut avoir la consistance d'un rêve,
10:53c'est-à-dire exactement les effets de sublimation,
10:56de mélange,
10:57le fait que le rêve vient remélanger
11:00de façon étrange, chaotique
11:02et parfois sidérante
11:03les événements de la vie éveillée.
11:08Donc c'est la façon dont la vie éveillée
11:10est retraduite, recomposée,
11:13refragmentée à travers le filtre des rêves.
11:15Donc ça, oui,
11:17tous ces personnages sont probablement en train de rêver
11:18ou de cauchemarder d'ailleurs,
11:20suivant les cadres,
11:20parce qu'il y a des scènes qui sont pour moi,
11:23oui, qui pourraient être des scènes de rêve
11:24ou des scènes de cauchemar,
11:25mais ça c'est plutôt une méthode,
11:27c'est plutôt une façon de s'autoriser
11:30des manières de raconter non linéaires,
11:33non cohérentes.
11:34Alors c'est sans doute une façon de concircuter
11:36le raisonnement pour faire place
11:38à l'imaginaire, au hasard.
11:40En cas de s'autoriser,
11:41c'est aussi l'arbitraire.
11:42C'est important l'arbitraire en art,
11:43parce qu'évidemment,
11:44de tout en temps,
11:45on fait des choix qui ne sont pas tous motivés,
11:47qui sont parfois des choix posés,
11:52qui sont un a priori qu'on va conserver,
11:54parce que c'est ça qui nous permet de démarrer.
11:57Voilà, donc il y a quelque chose
11:58de cet endroit-là dans le rêve,
11:59il y a une forme d'arbitraire dans le rêve,
12:00il y a une forme de surprise permanente.
12:03Il y a un passage qui est un peu plus,
12:05on va dire, concret.
12:06La place des religieux,
12:10et puis de leur mua culpa,
12:13qui pourrait être très très très long.
12:16Systématiquement, vous parlez quand même
12:17de la religion,
12:18et de la place qu'elle tient
12:20dans ce monde d'hommes.
12:23Donc, quand on est sur une société purement masculine,
12:26c'est difficile de part tomber
12:27sur l'institution purement masculine
12:29la plus puissante du monde,
12:30et qui s'appelle encore, je crois,
12:31l'église catholique.
12:32Donc, effectivement, à un moment donné,
12:35cette question de la société d'hommes,
12:36elle nous a fait arriver sur cette question-là.
12:38Je pense, oui,
12:45qu'il y a un lien quand même profond
12:47entre la volonté de puissance de l'Occident
12:50telle qu'elle s'est pratiquée dans les derniers siècles,
12:53la façon dont elle a mis la planète entière
12:55sous coupe réglée,
12:56avec les effets qu'on sait maintenant,
12:58les effets qu'on connaît,
12:59de dévastation dans beaucoup de domaines,
13:01qu'il y a un rapport profond
13:03entre ça et le christianisme.
13:08On s'excuse pour l'inquisition.
13:12On s'excuse.
13:13D'ailleurs, on voit bien
13:14que les pouvoirs réactionnaires,
13:15aujourd'hui,
13:17dans leur volonté de restauration,
13:20une sorte de grandeur occidentale fantasmée,
13:24cherchent aussi l'appui de la religion,
13:26bien entendu.
13:26Tout ça faisait un ensemble
13:29qui faisait qu'on est assez vite tombé
13:31sur ces figures ecclésiastiques,
13:33disons,
13:34à partir du moment
13:35où on s'était enfermé
13:36dans une société d'hommes,
13:38on retombe sur les machines célibataires,
13:40masculines,
13:42qui caractérisent
13:43un certain nombre de religions,
13:44mais le catholicisme en particulier.
13:46Et puis après,
13:46je m'autorise à parler de ce que je connais.
13:48Et ça, je connais bien, pour le coup.
13:50On s'excuse pour les sorcières
13:51et les hérétiques.
13:52Vous avez pensé aux femmes.
13:54Vous avez eu envie entre vous.
13:56De parler des femmes ?
13:57Je crois qu'il en est question
13:58dans le spectacle,
13:59même ne serait-ce qu'en creux,
14:00mais enfin,
14:01à la fin du spectacle,
14:02on entend la parole
14:03d'une jeune femme,
14:03en tout cas,
14:05elle est dite,
14:06elle est énoncée.
14:06Alors évidemment,
14:07dans un pastiche littéraire,
14:08comme si c'était un personnage
14:10d'un roman victorien,
14:11ou que sais-je,
14:12mais oui,
14:13je pense qu'en tout cas,
14:14leur absence est
14:17implicitement nommée
14:18à plein d'égards,
14:19enfin à plein de moments.
14:20Oui, bien sûr que
14:21cette absence crève les yeux,
14:23je pense,
14:23dans le spectacle.
14:24Il en est énormément question.
14:26Ne serait-ce que dans le vide
14:27que ça génère ?
14:28Mais c'est bien la grande question.
14:29C'est bien,
14:30pour moi,
14:31peut-être,
14:32je pourrais le résumer comme ça,
14:33c'est bien ce monde sans femmes
14:34qui est un cauchemar.
14:35C'est pour cela que je ne vous épouserai pas.
14:38Vous pouvez sans tarder
14:39porter vos hommages
14:40à une autre.
14:42Je déteste l'idée
14:44de vous faire perdre votre temps.
14:46Et pour que les choses
14:47soient bien claires entre nous,
14:50dites-vous bien
14:51que vos petits plans
14:52et vos petits projets,
14:54c'est chouette.
14:55Mais sincèrement,
14:56je n'en bats les steaks.
14:58Et cette pièce a pour titre
15:00une énigme,
15:01la mélancolie des paquebots.
15:02C'est tout ?
15:05Non, non, non, non.
15:06Non, mais je n'ai rien compris.
15:07Non, voilà,
15:08je n'ai rien compris.
15:11J'ai rien compris.
15:13C'est une citation de Flaubert.
15:15C'est une phrase
15:16de l'éducation sentimentale.
15:18Alors, on pourrait parler
15:19de Frédéric Moreau
15:20et de l'éducation sentimentale.
15:21Ça apportera encore de l'eau
15:23au moulin
15:23où j'ai essayé d'alimenter
15:24dans notre échange.
15:25Mais c'est la toute fin
15:27de l'éducation sentimentale.
15:28Il y a une sorte d'ellipse temporelle
15:30incroyable
15:30en quelques lignes.
15:31Alors, Flaubert
15:32qui vient de passer
15:33des centaines de pages
15:35à détailler journée
15:36après journée
15:36dans les moindres détails
15:39les journées de juin 48
15:41tout d'un coup
15:42fait une ellipse de temps
15:44de plusieurs années
15:45peut-être même dizaines d'années
15:47et qui commence
15:47par à propos de Frédéric Moreau
15:49par
15:49Il voyagea,
15:50il connut la mélancolie
15:51des paquebots.
15:52C'est vrai que paquebots
15:53pour moi
15:53c'était quand même
15:54une image assez
15:58parlante
15:58de ce que sont ces hommes.
16:00dans le paquebot
16:01c'est lourd
16:01ça coule
16:02ça pollue
16:04donc voilà
16:05je trouvais que c'était
16:05une métaphore
16:07parlante.
16:09Voilà
16:10la mélancolie des paquebots
16:11qui annonçant
16:12la finitude
16:13d'un monde blanc
16:14masculin
16:15du XXe siècle
16:16le regarde survivre
16:17et non couler à pic
16:19dans un décor de salon
16:20qui semble replié
16:22en presque déménagement
16:23on tord la question
16:24de fond
16:25pour mieux voir
16:26le réel
16:26la place des hommes
16:28toujours là
16:29joyeux de rire
16:30complice et malin
16:31magnifique raconteur
16:32d'histoire
16:33il semble éviter
16:34le naufrage
16:35ce qui laisse cruellement
16:37la question en suspens
16:38ces vieux clowns
16:39bien accrochés
16:40au pont du navire
16:41comme à la scène
16:42sont-ils encore
16:43et toujours
16:44le modèle à suivre
16:45question sensible
16:46sur ce
16:47ou en attendant
16:48la suite
16:49on jette l'encre
16:50découvrez
16:51la mélancolie
16:52sur scène
16:52ils sont à la comédie
16:54jusqu'au 16 octobre
16:55avant de partir en tournée
16:56profitez donc
16:57on se retrouve
16:58dans un prochain
16:59côté scène
17:00d'ici là
17:01portez-vous bien
17:02bye