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##CAGE_AUX_FOUS-2026-10-09##

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Transcription
00:00Bonjour Thomas, qu'est-ce que je peux faire encore aujourd'hui pour vous ?
00:04Docteur, André nous a quitté.
00:07Oh, pardon, toutes mes condoléances, je ne savais pas, c'était un proche.
00:12Oui, très proche, il était à 5 minutes à peine à pied de chez moi.
00:15Je l'avais toujours connu, il faisait partie du quartier.
00:17Je sais que ces derniers temps, il n'allait pas très bien.
00:20Trois fois de suite, on avait réussi à le remettre sur pied, comme on dit.
00:23Alors je pensais qu'il s'en tirait encore.
00:25Il était âgé ?
00:27130 ans.
00:28130 ans ? Mais vous parlez de quoi ? De qui ?
00:29André, André le chausseur, le fabricant de chaussures, liquidation judiciaire.
00:35Et voilà, fondé en 1896, vous imaginez ?
00:39Alors je crois que je souffre de nostalgite commerciale aiguë.
00:43Je comprends, je comprends.
00:45Pourtant, moi j'étais fidèle.
00:46Pendant 30 ans, je suis passé devant, tout le temps.
00:49Seulement, apparemment, ils avaient un modèle économique assez exigeant.
00:52Oui, ils voulaient aussi qu'on entre dans le magasin et qu'on achète.
00:56Mais moi j'aurais bien aimé qu'André continue d'exister.
00:59Oui, pour continuer à ne pas y aller, surtout.
01:01C'est ça.
01:01Oui, vous avez raison.
01:03Oui, c'est ce que vous dites depuis tout à l'heure.
01:05Mais attention, André, ce n'est pas le seul, docteur.
01:06Il y a aussi Minelli, qui a fermé.
01:09Et puis Brandt aussi, avant eux.
01:10Et puis Duralex, il est sur le point de fermer aussi.
01:12Vous imaginez Duralex ?
01:14Alors là, c'est les verres de notre cantine, de notre enfance.
01:17Moi, je croyais qu'ils étaient incassables.
01:19Ils auraient dû fabriquer l'entreprise dans la même matière que dans les verres.
01:23Alors à force, à force, moi, j'ouvre les pages économiques, là, comme ça.
01:26Et puis, j'ai l'impression de lire le carnet de décès de mon enfance.
01:29C'est vrai, c'est triste.
01:30Vous savez quoi ?
01:31Je crois que je vais finir par envoyer des fleurs à une marque de grippe.
01:33Enfin, voilà.
01:34Alors, quand une vieille enseigne française comme André ferme,
01:38c'est à ce moment-là que je me mobilise.
01:40Et là, je me réveille.
01:41Brans le bas de combat.
01:42Moi, je suis prêt à tout.
01:43Je suis un dingue.
01:44Je veux bien signer des pétitions.
01:47Ouais, non, à la mondialisation.
01:48Je vais écrire au ministre.
01:50Enfin, c'est tout.
01:51C'est un peu tard.
01:52Oui.
01:52Enfin, presque tout.
01:54Presque jusqu'à aller acheter une paire de chaussures.
01:57Mais oui, mais le problème, c'est qu'ils ne l'ont pas en acajou,
01:59telle que je les aime bien.
02:00Vous voyez ce que je veux dire ?
02:00Je vois très bien.
02:01Mais alors, le problème, docteur,
02:03derrière tout ça,
02:04c'est que c'est ma rue qui disparaît aussi.
02:06Toutes ces enseignes,
02:07eh ben voilà, ça nous servait de repère.
02:08À droite, le chausseur.
02:09À gauche, le petit bistrot de quartier.
02:11Et puis, si on enlève tout ça,
02:12qu'est-ce qui va rester ?
02:13Rien.
02:13Je vais finir par quoi ?
02:15Par fouiller les vieilles photos ?
02:17Pour retrouver le village de mon enfance ?
02:20Moi, j'ai peur de revenir un jour chez moi
02:22et de demander mon chemin à une enseigne de vaporette électronique.
02:26Ah ben oui, ça peut arriver, c'est sûr.
02:28Alors oui, oui, c'est vrai.
02:29Oui, André me manque.
02:30Et je n'avais pas besoin de ses chaussures pourtant.
02:32J'avais besoin qu'il soit là.
02:34Moi, je comptais sur les autres pour en acheter.
02:36Eh ben voyons.
02:37Voilà.
02:38Et moi, je lui apportais mon soutien moral.
02:40Bien sûr.
02:40Bon, il faut croire que finalement, ça ne suffisait pas.
02:44La prochaine fois, Thomas,
02:45présentez votre cadre bancaire.
02:47Avant vos condoléances,
02:48je pense que ce sera beaucoup plus efficace.
02:50Eh oui.
02:52Réfléchissez à ça.
02:53Quand c'est trop tard, c'est trop tard.
02:54C'est facile, vous prenez la porte,
02:56vous faites,
02:56Guiling, bonjour, je viens pour acheter quelque chose.
02:59Faites-le voir.
03:00Guiling, bonjour, je viens pour acheter.
03:02Oui, mais ils ne l'ont pas en acajou.
03:04Oui, ben oui, qu'est-ce que Guiling vous dise.
03:06Revenez demain à 17h45,
03:07on verra votre pointure.
03:08J'en ai peut-être une à vous offrir.
03:10En acajou.
03:11En acajou.
03:11Sous-titrage Société Radio-Canada

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