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  • il y a 17 ans
Cette semaine Alain Riou et Bernard Achour sont à deux doigts de s`étriper à cause de Ne touchez pas à la hache, le nouveau Jacques Rivette. Un massacre à la tronçonneuse du cinéma pour Alain, une sublime histoire d`amour cannibale pour Bernard. L`amour masqué face à la passion consumée dit Charlotte pour qualifier cette ?uvre qui déchire? nos critiques.

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Transcription
00:05Bonjour à tous, une passion dévastatrice, un amour refoulé et un téléphone diabolique sont à l'affiche cette semaine.
00:13Et pour parler de ces trois grands films dans Paris C'est les sorties, j'ai le plaisir d'être
00:17en compagnie d'Alain Rioux.
00:18Bonjour. Bonjour. Et Bernard Achour, bonjour. Bonjour Alain. Bonjour Bernard.
00:23Allez, honneur au grand maître Jacques Rivette qui signe cette semaine Ne touchez pas la hache.
00:2916 ans après la belle noiseuse, il adapte à nouveau Balzac.
00:33Voilà donc Balzac avec la duchesse de Langeais, vous l'avez reconnu évidemment.
00:38Voilà donc un général français, Montriveau, qui arrive sur une île espagnole et qui retrouve Antoinette de Langeais
00:44qui est enfermée dans un couvent depuis 5 ans.
00:46Ça fait 5 ans qu'il la cherche, 5 ans qu'elle a disparu suite à un jeu de l
00:51'amour et du hasard cruel et pervers.
00:53Ne touchez pas la hache, c'est Jeanne Benibar face à Guillaume Depardieu.
00:57L'amour masqué face à la passion consumée.
01:00Un grand film cette semaine à l'affiche, Bernard.
01:03Deux semaines après ou trois semaines après, Les Témoins d'Entraités Chinés, l'adjectif sublime me vient spontanément.
01:10Carrément.
01:11Carrément, je trouve que c'est un film immense de la part de Jacques Rivette donc qui est un vétéran
01:16de la nouvelle vague.
01:17Alors pour ceux qui seraient légitimement refroidis par le nom de Jacques Rivette qui a fait des expérimentations,
01:23qui a mélangé théâtre, cinéma, comédie musicale dans ses films, La Belle Noiseuse, Aube à Fragile.
01:30Version courte, version longue.
01:31Version longue, Out One Spectre qui a fait Céline et Julie vont en bateau.
01:37Des films amples et un peu lourds et un peu, encore une fois, expérimentaux.
01:42Là, c'est juste une façon de remettre à l'ordre du jour des mots aussi désuets que classicisme et
01:50romantisme dans ce qu'ils ont de plus noble et de plus grand.
01:53Classicisme parce que ça raconte une histoire.
01:55C'est vrai qu'il y a un flashback au début qui n'est pas du tout une coquetterie narrative
02:00mais qui remonte le temps.
02:03Les cadrages sont tout simples, tout sobres avec en même temps des compositions esthétiques magnifiques.
02:08On peut souligner d'ailleurs le chef opérateur qui est William Lubchansky.
02:11Grand chef opérateur de Céline et de la France.
02:12Très très grand et très très belle image.
02:14Et romantisme dans ce que ça peut avoir de douloureux parce que Ne touchez pas à la hache raconte une
02:20histoire d'amour cannibale.
02:21L'histoire d'une femme qui se refuse à un homme pour des raisons d'étiquette, pour des raisons de
02:26parce que ça se fait, parce que ma condition de femme veut que je n'exprime pas mes sentiments.
02:31Et il y a deux acteurs comme on ne les a jamais vus.
02:35Je tiens à dire qu'il y a une question qu'on se pose tous, même si on ne se
02:37l'avoue pas vis-à-vis de Guillaume Depardieu, c'est comment il marche.
02:41On sait qu'il s'est fait couper une jambe suite à une infection nosocomiale dans un hôpital.
02:46Et les trois premières minutes du film sont quelque chose de bouleversant.
02:50C'est à la fois un hommage à Guillaume Depardieu et un documentaire qui répond à la question du spectateur,
02:56comment il marche.
02:57Il y a juste une scène où on le voit se déplacer, sortir d'une église, marcher, trébucher sur une
03:02marche d'escalier.
03:03Je pense que ce n'est pas prévu.
03:05C'est juste histoire de nous débarrasser de cette question parasite que Jacques Rivette, dès l'ouverture du film, nous
03:09dit
03:10« Ben voilà messieurs, dames, comment Guillaume Depardieu marche avec sa jambe en moins et maintenant entrer dans l'histoire
03:15».
03:16Et d'un autre côté, il y a Jeanne Balibar qui a priori m'énerve comme comédienne.
03:19C'est-à-dire le syndrome Fanny Ardent, le syndrome « je joue avec les modulations un peu éterrées ».
03:26Et puis j'ai aussi un problème tout bête avec son physique, c'est qu'elle m'a souvent fait
03:29penser à Olive, la femme de Popeye.
03:31Donc tout ça pour dire que tout ça a été balayé parce que ce que fait Jeanne Balibar dans ce
03:36rôle de femme qui se refuse à un homme est immense.
03:39Il y a un grand chef d'orchestre, Seiji Ozawa, pour trouver le bon tempo, a eu cette phrase qu
03:46'on peut presque prendre comme un mantra de vie en général.
03:49Il a dit à ses musiciens « jouez trop vite pour que je puisse vous retenir ».
03:53Et je trouve que dans le jeu de Jeanne Balibar, il y a ça.
03:56Il y a une marche éperdue vers l'excès, vers le « too much », vers « je m'évanouis
04:02», « apportez-moi mes selles ».
04:03Elle a beaucoup de cocotte, oui.
04:05Et elle se retient juste avant de sombrer dans l'abîme du ridicule.
04:10Et je trouve que cette dynamique au sens propre du terme donne beaucoup de force à son personnage.
04:18Et à l'arrivée, qu'est-ce que je vois ? Et j'en ai fini.
04:20Qu'est-ce que je vois ? Je vois Jacques Rivette, un vieil homme.
04:24Un vieil homme qui est peut-être à l'automne de sa vie, qui, pour la première fois de sa
04:28carrière, s'affronte à l'émotion.
04:32Et qu'est-ce qu'il nous dit ? Qu'est-ce qu'il nous murmure dans le creux de
04:34l'oreille avec « ne touchez pas la hache ».
04:36C'est le plus vital, le plus sage des conseils.
04:39Il nous dit « par pitié, messieurs, dames, si vous avez la chance d'aimer et d'être aimés, surtout
04:44ne cachez pas vos sentiments ».
04:46Et je trouve ça d'une élévation totalement bouleversante.
04:51Ça, si ce n'est pas de l'hommage, Alain, que peut-on rajouter ?
04:54Oui, c'est normal. Écoutez, il y a une chose qu'on peut quand même rajouter, c'est qu'il
04:57y a deux façons de faire des films.
04:59Il y a faire des films pour Bernard Achour et puis faire des films pour le public.
05:03Or, tout ce que vient de dire Bernard Achour, qui est un modèle de délire interprétatif, vraiment, on ne peut
05:10pas aller plus loin,
05:10et qui est même, il faut bien le dire, un peu une publicité mensongère, dans la mesure où cette citation
05:15d'Ossawa insiste justement sur la vitesse d'exécution,
05:19alors que ce qui crée les yeux et qui va jusqu'à frapper, jusqu'à énerver beaucoup les non-turiféraires
05:25de Rivette,
05:26c'est l'effroyable lenteur de cette affaire.
05:29Deux heures, trente, pour nous raconter une histoire que Balzac, qui est quand même pas le dernier des mufles, a
05:34traité lui-même en 40 pages.
05:36C'est un de ses plus courts romans, un des plus vifs, un des plus rapides.
05:40Et là, c'est vraiment un film qui ignore totalement tout tempo.
05:46Il se trouve que Rivette a fait des très bons films.
05:48C'est compliqué parce que parfois, les films de Rivette, il n'y a pas si longtemps,
05:51et avec Jeanne Balibar, que moi personnellement j'adore à cause justement de son côté Fanny Ardent.
05:57J'aime Fanny Ardent, j'aime les gens peu ordinaires.
06:00Et donc, elle a fait un film qui s'appelle Va Savoir, avec Rivette,
06:07qui hormis quelques représentations théâtrales un petit peu longues qui auraient mérité de couper,
06:11étaient un délice de légèreté, de tout ce qu'on veut, d'invention, et un film tout à fait original.
06:15Mais celui-là, c'est vraiment, on sent les salons,
06:19parce que ça se passait essentiellement dans les salons, en dehors du flashback et de la fin,
06:24qui sont d'ailleurs dans le roman, ce n'est pas des flashbacks, le roman est écrit comme ça.
06:27Et les longues, les très longues, ça manque de plans.
06:31L'art du cinéma, c'est quand même très souvent de faire des plans.
06:35C'est comme un livre qui serait écrit sans un point, sans une virgule, sans aucune...
06:41Bref, il est relativement maladroit.
06:42Il y a une chose que je ne comprends pas, j'en finirai là,
06:45c'est que tout le monde dit, à propos de Rivette,
06:47« Ah, c'est moderne, c'est moderne ! »
06:49Mais qu'est-ce que ça veut dire, « moderne » dans ces conditions-là ?
06:52Puisque c'est la modernité, par essence, l'art de notre époque,
06:58c'est la rapidité, la concision, et que c'est absolument le contraire.
07:03C'est les tirages, ça a de moderne le chewing-gum.
07:06Ben voilà, top, hop, hop, hop, allez, c'est là, je suis désolée, Bernard, il faut renforcer.
07:11Je vous freine là-dessus, donc ne touchez pas la hache de Jacques Rivette,
07:15éloge de l'amour dévastateur, ou en tout cas passionné pour l'un,
07:21film empesé pour l'autre, à vous de juger.
07:23Je vous rappelle que c'est le dernier film de Jacques Rivette,
07:25avec Jeanne Balibar, Guillaume Depardieu, et Michel Piccoli, et Bulogier aussi,
07:28qu'on n'a pas cité.
07:29On va passer maintenant à un premier film, La tête de maman de Karine Tardieu,
07:33avec Cade Merade, Pascal Elbé, et la grande Karine Viard,
07:37et une toute jeune nouvelle comédienne, Chloé Coulon, absolument remarquable,
07:42qui joue donc une adolescente, un peu tête de mule, un peu bagarreuse,
07:46qui se désespère de voir sa mère à l'orée de la dépression,
07:51complètement amorphe et grise, jusqu'au jour où cette adolescente tombe
07:56sur une photo de sa maman qui date de 20 ans.
07:58Sa mère est là, rayonnante, souriante, et même seint nue.
08:02De quoi mener l'enquête pour l'adolescente,
08:04qui va se mettre à la recherche de l'homme avec qui sa mère était il y a 20 ans.
08:09Je ne sais pas si j'ai bien résumé, si vous...
08:10Oh, très bien.
08:11Oui, ça va, ça vous va ?
08:12Oui, ça me va.
08:13Premier film très acidulé, très coloré.
08:15On pense un petit peu à Jacob Vendormel, non, Alain ?
08:18Ah oui, on peut le dire comme ça.
08:19Oui, mais on peut le surtout.
08:20Moi, j'ai pensé à Karine Tardieu, j'ai pensé à rien.
08:22C'est un film très, très, très original.
08:25Très un petit peu agaçant au début, mais agaçant parce qu'on ne sait pas encore la façon dont on
08:31doit le lire.
08:32C'est agaçant parce qu'on a l'impression d'être un petit peu étranger à cette crise d'adolescence,
08:36à cette haine déversée sur une mer qu'on ne connaît pas en deux temps.
08:40Et puis, brusquement, cette gamine a une idée merveilleuse parce que les idées de cinéma sont aussi des idées de
08:46scénario, des idées d'histoire.
08:47C'est formidable.
08:48Donc, elle va rechercher l'amant de sa mère, l'ex-amant, l'homme qui a, comme vous le dites,
08:54qui a fait le bonheur de sa mère autrefois.
08:56Et alors, je n'en dirai pas plus, mais c'est une fille qui cherche un souvenir d'amour.
09:00Et qu'admérable, là-dedans, c'est un acteur assez intéressant, qu'on voit excessivement souvent, mais enfin, qui s
09:07'est incarné des rôles tellement différents.
09:10Et donc, qu'admérable incarne un souvenir d'amour, incarne la réalité par rapport au fantasme.
09:17Et c'est extrêmement joli.
09:19Ça dit énormément de choses.
09:20Une belle émotion.
09:21Et, ah oui, il y a une très grande émotion.
09:23Alors, le film est perfectible, parce qu'à partir du moment où on a retrouvé cet amour, c'est une
09:30suite d'actions de grâce, si vous voulez.
09:31C'est des saluts, c'est des choses comme ça.
09:33C'est très bien.
09:34Le film devient un petit peu immobile, mais on est très heureux de l'avoir vu.
09:38Et je pense que pour la suite, Karine Tardieu remplira totalement son heure et demie.
09:43Et que ça sera formidable.
09:44On peut souligner aussi Pascal Elbé, qui, à mon sens, trouve l'un de ses premiers rôles vraiment dans l
09:49'émotion et la profondeur.
09:51Un peu moins payant que celui de Cadmerade, je vous l'accorde, mais qui n'est aussi pas du tout
09:55dans la comédie.
09:56Bernard, est-ce que vous avez été séduit ?
09:57Oui, c'est le mot.
09:59Il y a un adjectif qu'elle a employé, que je prends tout à fait à mon compte avec ce
10:01qu'il peut avoir de l'audatif et de l'imité.
10:03C'est joli.
10:04Je trouve que c'est un joli film.
10:06C'est vrai aussi.
10:07Je trouve qu'il patine assez sérieusement dans ses 20 dernières minutes.
10:12Quand ça vire un petit peu à l'émotion.
10:14Quand ça va vers le mélo.
10:17Mais moi, ce qui m'a surtout plu dans le film, outre la jeune comédienne Chloé Delôme.
10:22Coulon.
10:22Coulon.
10:23Chloé Delôme est une écrivain qui n'est rien à voir.
10:25Très bien, on l'embrace, d'ailleurs.
10:27Que je trouve étonnante.
10:28Une jeune pousse agréable, sans tic visible.
10:33Ce qui me plaît surtout dans le film, davantage que l'histoire, qui est en effet assez jolie, assez mélancolique,
10:38c'est l'envie, et là je reprends ce que disait Alain à propos de Rivette, c'est l'envie
10:43de faire du cinéma.
10:44C'est-à-dire que ce n'est pas un film, et on peut encore réduire l'entonnoir,
10:49ce n'est pas un premier film français qui se contente de planter sa caméra
10:53ou de jouer sur l'espace du cinémascope pour laisser faire tout le monde.
10:56C'est un film qui veut créer des images.
10:58Alors quelquefois c'est un petit peu apprêté, quelquefois il y a des affaîteries,
11:01mais dans les mouvements de caméra, dans les surimpressions, dans les projections, dans les cadrages,
11:06il y a une envie de faire de l'image et de faire du cinéma.
11:10Et c'est presque sur tout ça que je retiendrai de ce joli film.
11:14Voilà, dans la tête de maman, ou la tête de maman, parce qu'on se trompe tout le temps,
11:19enfin moi je me trompe, donc premier film de Karine Tardieu avec Karine Viard, Pascal L. B.
11:23Cadmerade et la toute jeune et prometteuse de Chloé Coulon.
11:26Et puis un petit mot pour finir Bernard avec Elfon.
11:29Parce que ça sent mauvais Elfon.
11:32Oui alors, Elfon de James Huth, donc vous savez, Bryce de Nice cassé,
11:37qui là donc part dans le délire d'un adolescent, fan d'ACDC,
11:41qui se retrouve avec un téléphone portable qui porte bien son nom, Elfon,
11:44le téléphone de l'enfer on va dire.
11:46Et là pour le coup vous parlez d'amour du cinéma, il y en a.
11:48Oui mais alors en plus de ça, je parlais du pédigré qui ne donnait pas envie,
11:56James Huth, donc réalisateur de Bryce de Nice.
11:58Jean-Baptiste Monnier, le héros des choristes qui rencontre le réalisateur de Bryce de Nice,
12:02on se dit, et pas plus tard que dans les coulisses de cette émission,
12:06on me disait, ah ça a l'air nul.
12:07Ben non c'est pas nul, c'est une comédie très spectaculaire.
12:11James Huth, avant Bryce de Nice, il y avait réalisé Serial Lover,
12:15qui était une comédie noire en cinémascope, formidablement mise en scène.
12:18Michel Larocque et Isabelle Dantive.
12:20Et Albert Dupontel.
12:21Et je trouve qu'il y a dans Elfon, une vélocité, une rage de cinéma,
12:26de faire du spectacle.
12:28C'est vraiment très travaillé, c'est méchant.
12:31En effet, ça a le côté gremlin de Joe Dante.
12:35C'est pas bête, parce que mine de rien, ça parle de notre dépendance de plus en plus absurde au
12:40téléphone portable.
12:41Il y a un côté film moraliste des années 2000.
12:45Pourquoi pas ? Pourquoi ne pas remettre en cause le fait que le portable soit devenu notre troisième main
12:50ou notre troisième oreille ?
12:52C'est devenu un organe de notre corps.
12:53Et ben le film, mine de rien, avec son grand spectacle comique et encore une fois méchant,
12:59il nous dit que messieurs dames, le portable, il faut faire un petit peu gaffe.
13:03Donc, je milite pour qu'on passe derrière l'image pas très appétissante que donne Elfon,
13:10parce que c'est vraiment une super comédie française.
13:14Et bien voilà, cette semaine, vous avez donc le choix entre du pur divertissement avec Elfon,
13:19de la fantaisie mélancolique avec la tête de maman,
13:23et le film qui aura partagé nos deux critiques aujourd'hui,
13:28le dernier film de Rivette, Ne touchez pas la hache,
13:31grand film d'amour pour l'un, film empesé pour l'autre.
13:34A vous de juger. Bonne semaine.
13:35Sous-titrage Société Radio-Canada
13:40Sous-titrage Société Radio-Canada
13:44Sous-titrage Société Radio-Canada
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