- il y a 17 ans
Cette semaine Charlotte Lipinska et ses deux compagnons, Xavier Le Herpeur et Olivier Pelissson, montrent peu d`ardeur pour le Prix à payer, d`Alexandra Leclere. Sur l`échelle des plaisirs, il ne vaut pas très cher. En revanche, nos critiques retrouvent de la vigueur pour l`Eveil de Maximo Oliveros, premier film phillipin, qualifié de vrai bonheur de cinéma.
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00:05Bonjour à tous, une sexualité qui s'endort et une autre qui s'éveille sont au programme cette semaine de
00:10Paris si les sorties.
00:11Et pour savoir où les situer sur l'échelle du plaisir, j'ai le plaisir d'être en compagnie de
00:16deux étalons.
00:17Xavier Leherpeur, bonjour.
00:19Bonjour Charlotte.
00:19Olivier Pellisson.
00:20Bonjour Charlotte.
00:22Allez, on commence par le prix à payer, la comédie d'Alexandra Leclerc avec un casting assez alléchant ma foi.
00:28Christian Clavier, Nathalie Baye, Géraldine Pellas et Gérard Lanvin.
00:31On complète par Patrick Chenet.
00:33Tout à fait, absolument.
00:35Alexandra Leclerc avait signé il y a peu de temps les Sœurs Fâchées.
00:39Et voilà qu'elle nous plonge là dans un deal assez conjugal et assez particulier, à savoir celui que propose
00:46M. Ménard à sa femme.
00:48M. Ménard a tout pour être heureux.
00:50C'est un riche industriel, il a réussi sa vie, sa vie conjugale, sa vie de père de famille.
00:55Tout va bien, il est marié à Odile, sauf que voilà le hic, c'est que Odile maintenant se refuse
00:59à lui.
01:00Ils font chambre à part, M. Ménard vit la situation extrêmement douloureusement.
01:03Il demande conseil à son chauffeur, incarné par Gérard Lanvin, qui lui propose la solution miracle.
01:10Pas de cul, pas de fric.
01:12Voilà, c'est le deal qu'il propose à sa femme.
01:14Et là, les ennuis vont commencer.
01:15On pourrait dire que comme ça, sur le papier, on peut craindre une comédie assez vulgaire et médiocre.
01:20Xavier, qu'est-ce qu'il en est de ce prix à payer ?
01:23On va rester sur l'échelle du plaisir.
01:25C'est une petite érection, voire pas d'érection du tout.
01:30Ah oui, vous l'avez semi-mole.
01:31Moi, je l'ai carrément, mais ils disent les choses comme elles sont.
01:35Alexandra Leclerc avait donc signé précédemment Les Sœurs Fâchées, un million d'entrées.
01:38Donc on pouvait imaginer que cette femme soit un peu épanouie.
01:40Oui, il semblerait qu'à la lecture du scénario et au résultat final de ce film,
01:44soit quelqu'un qui envoie absolument à tout le monde, à la terre entière.
01:46Elle ne croit en rien.
01:47Et c'est un peu le problème d'une comédie, parce que pourquoi pas le postulat est graveleux, mais pourrait...
01:51Et d'ailleurs, en premier quart d'heure, plutôt alerte, elle a le sens du dialogue et tout ça.
01:54Mais on s'enfonce vraiment dans le désespoir le plus absolu.
01:57Elle ne croit en aucune relation.
02:00Marie, épouse, enfin, évidemment, dès le départ...
02:02Financier, non financier.
02:03Financier, non financier.
02:04Il n'y a aucun rapport de confiance.
02:06Tout est une histoire d'argent, de classe sociale.
02:08Même la relation que Christian Clavier entretient avec sa fille, je crois, est larvée.
02:13Enfin, voilà, je veux dire, on a l'impression qu'elle ne croit plus en aucune forme de relation possible.
02:16L'amour ou l'amitié ou la confiance n'existent pas dans le cinéma d'Alexandra Leclerc.
02:21Et du coup, c'est quand même très difficile de s'embarquer pendant près d'une heure 45 avec des
02:25personnages qu'on n'aime pas,
02:26qui sont tous tombés sur des positions assez discutables, effectivement,
02:29et où le seul trait d'union, ce soit l'argent.
02:31Et on n'a même pas l'impression qu'elle remette vraiment ça en question.
02:34C'est un constat très amer, très noir, très défaitiste,
02:38au terme duquel, en plus, il y a un problème, c'est qu'il y a deux couples, comme vous
02:41l'avez très bien raconté.
02:43Il y en a un qui abandonne à la fin, dont on ne sait pas très bien quelle est la
02:46finalité.
02:46Comme par exemple, c'est le couple, entre guillemets, de pauvres.
02:48On a l'impression que ce qui l'intéresse vraiment, c'est le couple de riches, les gens qui ont
02:51le pouvoir et l'argent.
02:52Du coup, il y a encore une amertume supplémentaire à la sortie du film.
02:55Moi, je trouve ça vraiment... Et en plus, en termes de mise en scène, c'est quand même assez beau.
02:57Oui, c'est vrai.
02:58Alors, en termes d'interprétation, Olivier, parce que quand même, j'entends dire à gauche et à droite que Christian
03:02Clavier est relativement sobre, qu'il a...
03:04C'est vrai que ça change des comédies un peu plus gaudrioles, un peu plus lourdes, qui peuvent moins plaire.
03:11Mais après, c'est vrai que je trouve que c'est vraiment plaqué aussi.
03:13On voit une écriture, un système de scénario, mais ça ne prend pas tellement vie.
03:16Et je trouve que c'était plus réussi dans Les Sœurs Fâchées, quand même, qu'il y avait plus d
03:19'incarnation au niveau de ça et de l'univers qui se confronte.
03:22Là, c'était deux sœurs dans l'ancien.
03:24Là, c'est aussi deux couples de classes sociales différentes.
03:27Mais c'est vrai que je trouve que ça n'a pas beaucoup de relief, quoi.
03:30Alors, moi, j'étais content de retrouver, par exemple, Nathalie Bay et Gérard Lanvin ensemble, parce que ça m'appelait
03:34« Une étrange affaire », « Une semaine de vacances », tout ça.
03:36On peut d'ailleurs s'amuser à des petits parallèles rigolos, puisque Gérard Lanvin retrouve Christian Clavier 18 ans après
03:41« Nos meilleurs copains ».
03:42Et là, dans le film, il est marié à Géraldine Pellas, alors qu'il jouait son père, il y a
03:45peu de temps, dans « Le héros de la famille ».
03:48Oui, c'est vrai.
03:49C'est vrai, mais après, hormis ces anecdotes, je trouve que ça ne fonctionne pas tellement, même si on sent
03:54que c'est soigné d'un point de vue d'écriture.
03:57Et le côté acerbe, il y a notamment cette scène du dîner qui dégénère.
04:00Elle est quand même assez réjouissante, non ?
04:02Alors, oui et non.
04:04Je me rappelle d'une scène avec Nathalie Bay, où elle est chez elle, un peu désemparée, où ça fonctionne
04:09pas mal.
04:09Avec elle, par moment, j'avais envie d'aller… Je crois que c'est le personnage qui m'intéressait le
04:12plus, c'est dans son incartal aussi, sa petite passage avec Patrick Chenet.
04:17Je trouvais ça plus intéressant. Il y avait peut-être un peu d'humanité, un peu moins de trucs, de
04:21scénarios.
04:21Mais je trouve que sur la globalité, c'est quand même pas très…
04:24Ben voilà, deux avis alors. Le prix à payer ne vaut pas très cher. Attendez donc les soldes pour vous
04:29y rendre.
04:30En revanche, l'éveil de Maximo Olivero, cela est un film philippin.
04:36Il nous revient de tous les festivals internationaux bardés de prix.
04:40Écoutez ça, Sundance, Berlin, Montréal, Rotterdam.
04:43Le film a raflé des prix du public et des prix de la première œuvre absolument partout.
04:47Il nous raconte le quotidien de Maximo, un jeune garçon qui s'occupe de sa famille depuis le décès de
04:53sa mère.
04:53Il assume totalement sa part de féminité jusqu'à avoir des relations un peu troubles avec un nouveau flic du
05:00quartier.
05:01D'ailleurs, un adulte. Le film nous raconte donc l'éveil d'une sexualité plus ou moins assumée dans un
05:07contexte assez difficile.
05:08Et en tout cas philippin. Le nom du réalisateur, avant que je ne l'oublie, Auraus Solito.
05:13Je m'excuse par avance.
05:14Vous l'avez laissé avec plaisir.
05:15Oui, vous me l'avez laissé celui-là. C'est avec Pépé Smith et Nathan Lopez, Xavier.
05:20C'est un vrai bonheur de cinéma parce que d'abord, on s'aperçoit qu'on peut encore faire des
05:23films avec 3,50 francs,
05:25quel que soit d'ailleurs l'argent en cours là-bas.
05:28Mais simplement avec un sens de la mise en scène, un sens du regard, un personnage.
05:34Et puis une façon aussi de replacer un personnage dans un contexte social.
05:37Le film est réussi complètement à ce niveau-là.
05:40Il ne se cherche pas. Le gamin, il s'est vraiment trouvé.
05:42Il sera gay, c'est évident. Il aime les garçons. Il le vit pleinement.
05:45C'est vrai que là-bas aux Philippines, ça ne pose pas le même problème d'intégration.
05:48On est dans les favelas. C'est vrai qu'il traverse avec son tee-shirt, ses petites barrettes,
05:52son côté très féminin, dordinant comme ça, sans aucun problème.
05:56Et le metteur en scène suit à la fois le parcours de cet enfant.
05:59Il y a une vraie histoire puisqu'il va tomber amoureux du flic
06:01qui est quand même plus ou moins chargé d'enquêter sur des vols
06:05dont seraient éventuellement coupables le père et le frère.
06:08Donc il va y avoir un vrai axe tragique, j'allais dire.
06:10Mais surtout, il est toujours à la bonne distance du personnage.
06:13C'est quand même ça la mise en scène pour voir cet enfant, pour ne pas le juger.
06:16Ça n'est jamais glauque, ça n'est jamais condescendant.
06:19C'est toujours extrêmement sombre.
06:21Et puis, il est à la bonne distance pour regarder effectivement un pays dans sa réalité,
06:25sordide, mais sans justement en rajouter dans ce domaine-là.
06:28Moi, je trouve ça formidable.
06:29C'est un premier film, quand même, on peut le signaler.
06:32Un premier film. C'est vrai que le cinéma philippin en France,
06:35c'est quasi inexistant.
06:36Il y avait Lino Broca il y a quelques années.
06:37Et donc, c'est aussi une bonne surprise pour ça.
06:39Et c'est vrai que c'est à la fois très fort dans le réalisme,
06:41ce qu'ils nous racontent des philippines aujourd'hui,
06:43de manies qu'on ne connaît pas.
06:44C'est très défavorisé, mais on n'est jamais dans la complaisance,
06:46ni dans ce que disait Xavier, dans le glauque.
06:49Il y a vraiment une force de vie, une force d'âme,
06:52de personnages qu'on suit, qui sont bien incarnés.
06:55C'est assez beau aussi sur l'adolescence,
06:56sur le moment où finalement, on sort un peu du rêve de l'enfance.
07:00Et c'est confronté aussi au réalisme et au désir possible ou pas.
07:04Et en ce sens-là, je trouve que c'est assez fin.
07:06Voilà, l'éveil de Maximo Olivero se réjouit, en tout cas,
07:10nos deux étalons du jour pour placer ce premier film philippin
07:13au summum de l'échelle du plaisir.
07:15On va continuer avec vos deux coups de cœur, mes amis.
07:18Le premier nous vient du Japon, où il est signé Miyazaki,
07:21fils, attention, c'est le fils donc de Miyaho.
07:24Les Contes de Terre-Mère, on est donc là dans le film animé.
07:30Les Contes de Terre-Mère ont fait un carton au Japon
07:32en devançant même au box-office Pirates des Caraïbes 2,
07:35malgré des critiques assez dures, je dois dire,
07:37quant à la qualité de l'animation du film.
07:39Xavier, est-ce que pour autant, vous avez été séduit
07:41par cet univers d'un petit garçon qui se découvre des dons surnaturels ?
07:46Absolument, j'ai été totalement séduit.
07:47D'abord parce que par rapport au père,
07:49parce qu'évidemment, la comparaison s'est faite.
07:50J'imagine que les critiques un peu assassines au Japon
07:53se sont faites dans ce rapport-là.
07:55Par rapport au père, on en revient à un scénario
07:57beaucoup plus tranquille, beaucoup moins, j'allais dire,
08:01foisonnant que les dernières œuvres du papa,
08:02qui a énormément de talent en termes de mise en scène,
08:05mais je ne sais pas, les deux derniers en termes de scénario,
08:06moi j'étais un peu paumé.
08:07Là, on en revient à une vraie histoire,
08:09très tranquille, très classique, j'allais dire.
08:11Il y a les mêmes thèmes quand même.
08:12Il y a les mêmes thèmes, voilà, absolument,
08:13les natures, l'isolement, l'enfant qui s'éveille,
08:16la magie, la difficulté de trouver sa place.
08:19Là, en plus, on a un personnage extrêmement négatif,
08:20beaucoup plus négatif d'ailleurs que les personnages précédents,
08:23j'allais dire, j'ai dit,
08:24puisque le premier acte du gamin, c'est tuer son père quand même.
08:26Et c'est le point de départ du film.
08:28Donc, il a lui-même, d'ailleurs,
08:29il assume avoir cherché à retrouver l'animation de son père du départ,
08:33c'est-à-dire des années 60-70, la ligne est claire,
08:35les couleurs sont claires,
08:36les choses sont vraiment le plus épurées possible,
08:38mais il a une force, il a une inventivité dans le cadre
08:41qui est dans la lignée de ce que fait son papa,
08:43mais sur lequel il a vraiment une personnalité très forte.
08:46Moi, je crois complètement que Goro va être une très belle relève.
08:48En plus, il emmène derrière lui
08:49toute une équipe de jeunes producteurs,
08:52animateurs et réalisateurs des studios Ghibli.
08:54Donc, c'est vraiment une nouvelle génération
08:55et c'est très prometteur.
08:57Ben voilà, petit coup de foudre de Xavier Leherpeur,
08:59on va continuer avec celui d'Olivier Pénisson,
09:02où nous partons là en 1925, figurez-vous,
09:04avec un film inédit d'Ernest Lubitsch,
09:07l'éventail de Lady Windermere,
09:09d'après la célèbre pièce d'Oscar Wall.
09:11C'est la première comédie d'Oscar Wall
09:13qui nous compte les aléas d'un couple
09:16dans la bonne société londonienne,
09:18la mère de Lady Windermere va revenir
09:21alors qu'on la croyait disparue depuis des années.
09:23Et là, les potins, les cancans, les comérages,
09:26tout fout le camp dans cette société corsetée
09:29où il est d'usage d'avoir des bonnes manières.
09:34Olivier, là on retrouve tout le cynisme d'Oscar Wild
09:37avec ce film inédit qui est donc muet puisqu'il date de 1925,
09:41qui ressort pour l'occasion avec une partition musicale originale.
09:44Voilà, une nouvelle partition qui est très très forte.
09:45J'ai eu le plaisir moi de le voir avec le compositeur
09:49qui était dans la salle, donc accompagnement en live.
09:51Mais c'est vrai que la copie sonorisée,
09:53oui c'est vraiment intéressant,
09:54comme ça accompagne les sentiments, les sensations,
09:58un petit peu tout ce qui se passe dans ce film.
10:00Et c'est vrai que c'est...
10:01Je ne connaissais pas trop moi le cinéma muet de Lubitsch
10:04et c'est hyper fin et c'est étonnant
10:06à quel point déjà dans sa mise en scène
10:08et dans la façon dont il cadre aussi la société
10:11et un côté un petit peu vaudeville quelque part,
10:14mais un peu plus cynique, un peu plus fin sur Londres.
10:17Je crois que la pièce passait un peu à l'époque victorienne,
10:19là c'est vraiment contemporain du film,
10:21donc c'est les années 20, un peu plutôt années folles.
10:23C'est très très fin sur la manière dont il traite aussi des comérages,
10:28la façon dont on ne s'épanouit pas, ou oui,
10:31dans une société hyper bourgeoise
10:32et hyper en proie au comérage.
10:35Et puis dans le style, c'est super fin,
10:38c'est très fluide, brillant.
10:41Il a une façon aussi de montrer justement ses comères
10:43dans des plans un peu comme des poules
10:44avec des têtes qui coulissent.
10:46Il y a vraiment quelque chose d'assez fort
10:48et c'est toujours étonnant je trouve
10:49de voir des anciens films comme ça
10:50qui ont, là en l'occurrence, plus de 80 ans
10:53et de voir la force toujours actuelle
10:55en plus d'un film inédit qu'on redécouvre aujourd'hui.
10:58Voilà, une pépite signée Ernest Lubitsch.
11:01J'en profite d'ailleurs pour vous dire
11:02que la pièce d'Oscar Wilde est actuellement
11:03à l'affiche des bouffes parisiens
11:05avec Geneviève Cazil.
11:07On ne dira jamais assez qu'Oscar Wilde sur scène,
11:10ça n'est que du bonheur.
11:11Merci infiniment.
11:12Merci Charlotte.
11:13Merci Charlotte.
11:14Bonne semaine, à la semaine prochaine.
11:15Sous-titrage Société Radio-Canada
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