00:00Aujourd'hui, elle est là. Qu'est-ce que ça vous fait au quotidien de la voir ?
00:03Quand je sors, en effet, ça me met la boule au ventre,
00:06parce que quand je vois le carnage qu'il y a eu,
00:09elle ne nous sert à rien finalement,
00:11et on a ce trou-là, enfin, qui nous embête, quoi, voilà.
00:16C'est la fin d'une longue, très longue saga.
00:18D'ici quelques semaines, on devrait pouvoir rouler sur l'A69,
00:21ce controversé projet d'autoroute
00:23qui a connu mille et un rebondissements depuis le début du chantier en 2023.
00:27Les travaux sont presque terminés,
00:29et l'inauguration devrait avoir lieu début novembre.
00:31Ce week-end, je suis donc de retour dans le town pour voir ça de plus près
00:34et suivre la mobilisation des opposants
00:36qui ont décidé de marquer le coup à leur manière.
00:39L'un des lieux emblématiques des conséquences de la construction de cette autoroute,
00:43c'est la petite commune de Saint-Germain-des-Prés,
00:44qui maintenant est traversée par l'A69.
00:47Il faut emprunter un pont pour rejoindre certains lotissements
00:50de cette commune de 900 habitants.
00:52J'ai rendez-vous avec Alexandre Lafon,
00:54il est membre d'un collectif d'opposants locaux
00:55qui bilite depuis longtemps contre l'autoroute.
00:58Au passage, je précise ici que si vous ne connaissez pas déjà tout sur ce projet d'autoroute,
01:02vous pouvez aller voir les deux reportages
01:04que j'ai déjà fait sur le sujet en 2024 et en 2025.
01:06Vous pouvez les retrouver facilement sur notre chaîne YouTube
01:09ou sur notre site web.
01:17Alors voilà la balafra qui divise la commune.
01:21Ah la commune en deux là, elle est divisée en deux.
01:25On le voit, ils ont creusé sur je ne sais pas combien moi, 10 mètres au moins.
01:29Et donc on a une superbe autoroute qui suit le tracé de l'ancienne nationale
01:35et qui divise la commune en deux et qui aujourd'hui aboutit à une seule entrée dans la commune.
01:44À quoi ça ressemblait le paysage ici avant ?
01:48Comme le nom l'indique, Saint-Germain-des-Prés.
01:50C'est une commune rurale, agricole.
01:53Et à la place par exemple là du grand fossé que vous voyez de bitume,
01:58il y avait donc des champs qui étaient cultivés, des arbres,
02:02quelques maisons qui étaient juste là au pied du rond-point.
02:07Et tout a été saccagé, détruit.
02:10Et on se retrouve avec des maisons d'habitation,
02:13ce lotissement complètement collé à l'autoroute
02:16avec des beaux murs anti-bruits bien gris.
02:19Donc pour nous, on est quelques-uns à ne plus parler de Saint-Germain-des-Prés
02:23mais de parler de Saint-Germain-du-Bitume.
02:24Ces derniers jours, la société a pu révéler une information très attendue,
02:28le tarif de l'autoroute.
02:30Il en coûtera 20,40 euros pour faire l'aller-retour entre Castres et Toulouse.
02:34Ça, c'est davantage que les 17 euros qui avaient été annoncés au départ du projet.
02:39Le département misait beaucoup sur un montage avec des subventions publiques
02:42pour faire baisser ce prix.
02:43Mais ça a été retoqué récemment par le Conseil d'État.
02:46Même le président du Conseil départemental du Tarn,
02:49Christophe Ramon, un grand promoteur du projet,
02:51a avoué que c'était un fiasco pour le portefeuille des usagers.
02:55Les tarifs qui sont proposés par Atosca,
02:58c'est tellement énorme que c'est ridicule.
03:01C'est du racket, c'est de force.
03:03En gros, on vous détruit la nationale
03:06et puis on vous met une belle autoroute
03:09pour que vous puissiez engraisser le concessionnaire.
03:17J'ai croisé d'autres habitants
03:19qui ne voulaient pas apparaître face caméra,
03:21notamment des familles.
03:22Et vraiment, je n'ai croisé personne vraiment enthousiaste
03:24face à l'arrivée de cette autoroute.
03:26Ce qui revient beaucoup, c'est le prix.
03:27Pour eux, ça n'en vaudra pas vraiment la peine,
03:29d'autant plus vu les impacts sur leur commune.
03:35Bonjour, monsieur.
03:36Je sais que juste derrière, chez vous,
03:37il y a le mur.
03:39Oui, on peut venir voir.
03:40On peut venir voir, d'accord.
03:43C'est le mur anti-bruit,
03:44mais je dis que c'est anti-vu.
03:47Qu'est-ce que vous en pensez de ce mur ?
03:49Est-ce que ça vous déçoit, j'imagine ?
03:52C'était pas là au début.
03:53Ça cache la vie, oui.
03:54Il n'y avait rien.
03:56C'est comme ça.
03:57Vous allez l'utiliser, l'autoroute ?
03:58Ah non, pas du tout.
04:00Vous avez l'air un peu défaitiste.
04:02Non, pas précisément, non.
04:04Vous les abusez ?
04:06Non, c'est un rapport à la vie, tout ça.
04:10Elle est là, il faut faire avec.
04:11Mais vous, vous n'allez pas l'utiliser ?
04:13Non, non, pas du tout.
04:15Et pourquoi ?
04:16Déjà, le prix...
04:17Pour vous donner un exemple
04:18de l'influence de l'autoroute
04:19sur le milieu naturel,
04:21Franck me disait qu'avant,
04:22il y avait un ruisseau
04:23qui coulait derrière chez lui.
04:24Ce n'est plus le cas aujourd'hui.
04:25Et en fait, l'eau, maintenant,
04:26elle va s'écouler
04:27à travers ces deux cavités en béton.
04:38Au début de la lutte,
04:39le collectif d'Alexandre
04:41revendiquait une centaine de membres.
04:42Aujourd'hui, il me dit
04:43que c'est compliqué de parler
04:44à certains d'entre eux.
04:45Ils sont assez résignés.
04:49Bonjour, Marie-Anne.
04:50Bonjour, je suis journaliste,
04:51je suis un remportage
04:52sur la tour de voile.
04:54Aujourd'hui, elle est là.
04:55Qu'est-ce que ça vous fait
04:56au quotidien de la voir ?
04:58Alors oui, quand je sors,
05:00en effet, ça me met la boule au ventre
05:02parce que quand je vois
05:03le carnage qu'il y a eu
05:05au niveau de tout,
05:09de la campagne,
05:11de cette inutilité, en plus,
05:15elle ne nous sert à rien, finalement.
05:17et on a ce trou-là,
05:19qui nous embête.
05:22Au début, on a fait ce collectif
05:25et on essayait de faire
05:28des petites actions à notre niveau.
05:33mais ça a permis, finalement,
05:35de connaître d'autres personnes
05:36qu'on ne connaissait pas
05:37dans le village.
05:39Ça avait ce bienfait-là.
05:42Mais c'est vrai que maintenant,
05:44ça y est, pour moi,
05:45elle est faite,
05:46donc je passe à autre chose.
05:49Les opposants ont dressé un camp
05:50à environ un kilomètre de l'autoroute,
05:52là-bas, dans un champ à Sémalins.
05:54Les caméras sont interdites à l'intérieur.
05:56Ils auraient aimé être plus près,
05:58mais la préfecture a interdit
05:59tout rassemblement
06:00à moins de 200 mètres du chantier.
06:08Est-ce qu'il est trop tard ?
06:10Parce qu'elle est construite, maintenant.
06:11Elle est construite.
06:14Ça me rend triste.
06:15Moi, j'ai eu l'expérience de lutte
06:17qui a fonctionné.
06:19La période a changé.
06:21Maintenant, c'est un passage en force.
06:23Malgré tout, il y a de la mobilisation
06:25des gens qui continuent
06:26à s'opposer de façon plus générale
06:28à l'ensemble des projets écocides
06:30qu'on peut avoir en France.
06:32Et vous avez,
06:33alors même que cette autoroute
06:34aurait dû servir de leçon,
06:36vous avez le gouvernement
06:37qui lance l'autoroute à 412
06:38en Haute-Savoie.
06:40Rien ne leur sert de leçon.
06:42Attention, attention !
06:44Vous participez à l'abstomac
06:46de l'Esprit-Saint-Valois.
06:48Vous devez vous disperser.
06:50Quittez les lieux !
06:51Les opposants ont quitté le camp
06:52pour manifester vers l'autoroute.
06:54Ils aimeraient bien s'approcher,
06:55mais il y a un accueil imposant.
07:06Alors, qui a peur ?
07:07C'est l'État !
07:09C'est ton cœur !
07:13Elle est terminée à toute fin pratique.
07:15Est-ce que ça vaut la peine
07:16encore de manifester ?
07:17Mais si on ne fait rien,
07:18on a déjà perdu.
07:19Là, l'autoroute,
07:21elle est avancée,
07:21on ne va pas l'arrêter.
07:22Mais on espère qu'il y ait
07:23une conscience.
07:24Moi, je suis curieux de savoir
07:25les gens comment ils regardent
07:26leurs enfants.
07:27Ce monde de demain,
07:27ça va être eux.
07:28Donc, si on ne manifeste pas,
07:30on fait quoi ?
07:30On baisse les bras
07:31et on laisse aller ?
07:32Non, nous sommes citoyens.
07:33Nous avons des représentants
07:34qui devraient représenter
07:35nos intérêts.
07:36Nous leur montrons
07:36quels sont les nôtres.
07:37La faune et la flore,
07:38ça nous concerne tous.
07:39Ça concerne les générations d'après.
07:40Et en vrai de vrai,
07:42l'écologie, aujourd'hui,
07:43c'est aussi ça.
07:43Il faut qu'on arrête
07:44cette société où on pense
07:45juste aujourd'hui
07:46et puis c'est OK.
07:47Non, il faut faire une société
07:48où on pense le monde d'après.
07:49Il y a d'autres projets
07:50en vrai de vrai.
07:50Celui-ci, OK,
07:51il est terminé.
07:52Il y a une lutte
07:52qui a été faite.
07:53L'État, un jour,
07:54il dit oui,
07:54un jour, il dit non
07:55et en fait,
07:55ils le font quand même.
07:57Aujourd'hui, il y a celle-ci.
07:58Il y en aura plein d'autres.
07:59Cette lutte,
07:59elle a fait changer la perception
08:00que les Français peuvent avoir
08:02sur les projets routiers.
08:03Donc, même si cette autoroute,
08:04elle ouvre,
08:05c'est quand même
08:06un petit grain de sable,
08:07cette lutte qui aura fait
08:08que toutes les autres
08:09seront plus difficiles
08:10à faire à l'avenir
08:11et on y réfléchira davantage
08:13avant de faire une nouvelle route.
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