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  • il y a 3 heures
« Jusqu’à ce que la dernière goutte de bitume soit versée ». Samedi 10 octobre, au moins un millier d’opposants à l’autoroute A69 ont de nouveau manifesté dans le Tarn contre cette infrastructure au cœur d’une intense contestation depuis le début du chantier en 2023, alors que l’inauguration est prévue début novembre.

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Transcription
00:00Aujourd'hui, elle est là. Qu'est-ce que ça vous fait au quotidien de la voir ?
00:03Quand je sors, en effet, ça me met la boule au ventre,
00:06parce que quand je vois le carnage qu'il y a eu,
00:09elle ne nous sert à rien finalement,
00:11et on a ce trou-là, enfin, qui nous embête, quoi, voilà.
00:16C'est la fin d'une longue, très longue saga.
00:18D'ici quelques semaines, on devrait pouvoir rouler sur l'A69,
00:21ce controversé projet d'autoroute
00:23qui a connu mille et un rebondissements depuis le début du chantier en 2023.
00:27Les travaux sont presque terminés,
00:29et l'inauguration devrait avoir lieu début novembre.
00:31Ce week-end, je suis donc de retour dans le town pour voir ça de plus près
00:34et suivre la mobilisation des opposants
00:36qui ont décidé de marquer le coup à leur manière.
00:39L'un des lieux emblématiques des conséquences de la construction de cette autoroute,
00:43c'est la petite commune de Saint-Germain-des-Prés,
00:44qui maintenant est traversée par l'A69.
00:47Il faut emprunter un pont pour rejoindre certains lotissements
00:50de cette commune de 900 habitants.
00:52J'ai rendez-vous avec Alexandre Lafon,
00:54il est membre d'un collectif d'opposants locaux
00:55qui bilite depuis longtemps contre l'autoroute.
00:58Au passage, je précise ici que si vous ne connaissez pas déjà tout sur ce projet d'autoroute,
01:02vous pouvez aller voir les deux reportages
01:04que j'ai déjà fait sur le sujet en 2024 et en 2025.
01:06Vous pouvez les retrouver facilement sur notre chaîne YouTube
01:09ou sur notre site web.
01:17Alors voilà la balafra qui divise la commune.
01:21Ah la commune en deux là, elle est divisée en deux.
01:25On le voit, ils ont creusé sur je ne sais pas combien moi, 10 mètres au moins.
01:29Et donc on a une superbe autoroute qui suit le tracé de l'ancienne nationale
01:35et qui divise la commune en deux et qui aujourd'hui aboutit à une seule entrée dans la commune.
01:44À quoi ça ressemblait le paysage ici avant ?
01:48Comme le nom l'indique, Saint-Germain-des-Prés.
01:50C'est une commune rurale, agricole.
01:53Et à la place par exemple là du grand fossé que vous voyez de bitume,
01:58il y avait donc des champs qui étaient cultivés, des arbres,
02:02quelques maisons qui étaient juste là au pied du rond-point.
02:07Et tout a été saccagé, détruit.
02:10Et on se retrouve avec des maisons d'habitation,
02:13ce lotissement complètement collé à l'autoroute
02:16avec des beaux murs anti-bruits bien gris.
02:19Donc pour nous, on est quelques-uns à ne plus parler de Saint-Germain-des-Prés
02:23mais de parler de Saint-Germain-du-Bitume.
02:24Ces derniers jours, la société a pu révéler une information très attendue,
02:28le tarif de l'autoroute.
02:30Il en coûtera 20,40 euros pour faire l'aller-retour entre Castres et Toulouse.
02:34Ça, c'est davantage que les 17 euros qui avaient été annoncés au départ du projet.
02:39Le département misait beaucoup sur un montage avec des subventions publiques
02:42pour faire baisser ce prix.
02:43Mais ça a été retoqué récemment par le Conseil d'État.
02:46Même le président du Conseil départemental du Tarn,
02:49Christophe Ramon, un grand promoteur du projet,
02:51a avoué que c'était un fiasco pour le portefeuille des usagers.
02:55Les tarifs qui sont proposés par Atosca,
02:58c'est tellement énorme que c'est ridicule.
03:01C'est du racket, c'est de force.
03:03En gros, on vous détruit la nationale
03:06et puis on vous met une belle autoroute
03:09pour que vous puissiez engraisser le concessionnaire.
03:17J'ai croisé d'autres habitants
03:19qui ne voulaient pas apparaître face caméra,
03:21notamment des familles.
03:22Et vraiment, je n'ai croisé personne vraiment enthousiaste
03:24face à l'arrivée de cette autoroute.
03:26Ce qui revient beaucoup, c'est le prix.
03:27Pour eux, ça n'en vaudra pas vraiment la peine,
03:29d'autant plus vu les impacts sur leur commune.
03:35Bonjour, monsieur.
03:36Je sais que juste derrière, chez vous,
03:37il y a le mur.
03:39Oui, on peut venir voir.
03:40On peut venir voir, d'accord.
03:43C'est le mur anti-bruit,
03:44mais je dis que c'est anti-vu.
03:47Qu'est-ce que vous en pensez de ce mur ?
03:49Est-ce que ça vous déçoit, j'imagine ?
03:52C'était pas là au début.
03:53Ça cache la vie, oui.
03:54Il n'y avait rien.
03:56C'est comme ça.
03:57Vous allez l'utiliser, l'autoroute ?
03:58Ah non, pas du tout.
04:00Vous avez l'air un peu défaitiste.
04:02Non, pas précisément, non.
04:04Vous les abusez ?
04:06Non, c'est un rapport à la vie, tout ça.
04:10Elle est là, il faut faire avec.
04:11Mais vous, vous n'allez pas l'utiliser ?
04:13Non, non, pas du tout.
04:15Et pourquoi ?
04:16Déjà, le prix...
04:17Pour vous donner un exemple
04:18de l'influence de l'autoroute
04:19sur le milieu naturel,
04:21Franck me disait qu'avant,
04:22il y avait un ruisseau
04:23qui coulait derrière chez lui.
04:24Ce n'est plus le cas aujourd'hui.
04:25Et en fait, l'eau, maintenant,
04:26elle va s'écouler
04:27à travers ces deux cavités en béton.
04:38Au début de la lutte,
04:39le collectif d'Alexandre
04:41revendiquait une centaine de membres.
04:42Aujourd'hui, il me dit
04:43que c'est compliqué de parler
04:44à certains d'entre eux.
04:45Ils sont assez résignés.
04:49Bonjour, Marie-Anne.
04:50Bonjour, je suis journaliste,
04:51je suis un remportage
04:52sur la tour de voile.
04:54Aujourd'hui, elle est là.
04:55Qu'est-ce que ça vous fait
04:56au quotidien de la voir ?
04:58Alors oui, quand je sors,
05:00en effet, ça me met la boule au ventre
05:02parce que quand je vois
05:03le carnage qu'il y a eu
05:05au niveau de tout,
05:09de la campagne,
05:11de cette inutilité, en plus,
05:15elle ne nous sert à rien, finalement.
05:17et on a ce trou-là,
05:19qui nous embête.
05:22Au début, on a fait ce collectif
05:25et on essayait de faire
05:28des petites actions à notre niveau.
05:33mais ça a permis, finalement,
05:35de connaître d'autres personnes
05:36qu'on ne connaissait pas
05:37dans le village.
05:39Ça avait ce bienfait-là.
05:42Mais c'est vrai que maintenant,
05:44ça y est, pour moi,
05:45elle est faite,
05:46donc je passe à autre chose.
05:49Les opposants ont dressé un camp
05:50à environ un kilomètre de l'autoroute,
05:52là-bas, dans un champ à Sémalins.
05:54Les caméras sont interdites à l'intérieur.
05:56Ils auraient aimé être plus près,
05:58mais la préfecture a interdit
05:59tout rassemblement
06:00à moins de 200 mètres du chantier.
06:08Est-ce qu'il est trop tard ?
06:10Parce qu'elle est construite, maintenant.
06:11Elle est construite.
06:14Ça me rend triste.
06:15Moi, j'ai eu l'expérience de lutte
06:17qui a fonctionné.
06:19La période a changé.
06:21Maintenant, c'est un passage en force.
06:23Malgré tout, il y a de la mobilisation
06:25des gens qui continuent
06:26à s'opposer de façon plus générale
06:28à l'ensemble des projets écocides
06:30qu'on peut avoir en France.
06:32Et vous avez,
06:33alors même que cette autoroute
06:34aurait dû servir de leçon,
06:36vous avez le gouvernement
06:37qui lance l'autoroute à 412
06:38en Haute-Savoie.
06:40Rien ne leur sert de leçon.
06:42Attention, attention !
06:44Vous participez à l'abstomac
06:46de l'Esprit-Saint-Valois.
06:48Vous devez vous disperser.
06:50Quittez les lieux !
06:51Les opposants ont quitté le camp
06:52pour manifester vers l'autoroute.
06:54Ils aimeraient bien s'approcher,
06:55mais il y a un accueil imposant.
07:06Alors, qui a peur ?
07:07C'est l'État !
07:09C'est ton cœur !
07:13Elle est terminée à toute fin pratique.
07:15Est-ce que ça vaut la peine
07:16encore de manifester ?
07:17Mais si on ne fait rien,
07:18on a déjà perdu.
07:19Là, l'autoroute,
07:21elle est avancée,
07:21on ne va pas l'arrêter.
07:22Mais on espère qu'il y ait
07:23une conscience.
07:24Moi, je suis curieux de savoir
07:25les gens comment ils regardent
07:26leurs enfants.
07:27Ce monde de demain,
07:27ça va être eux.
07:28Donc, si on ne manifeste pas,
07:30on fait quoi ?
07:30On baisse les bras
07:31et on laisse aller ?
07:32Non, nous sommes citoyens.
07:33Nous avons des représentants
07:34qui devraient représenter
07:35nos intérêts.
07:36Nous leur montrons
07:36quels sont les nôtres.
07:37La faune et la flore,
07:38ça nous concerne tous.
07:39Ça concerne les générations d'après.
07:40Et en vrai de vrai,
07:42l'écologie, aujourd'hui,
07:43c'est aussi ça.
07:43Il faut qu'on arrête
07:44cette société où on pense
07:45juste aujourd'hui
07:46et puis c'est OK.
07:47Non, il faut faire une société
07:48où on pense le monde d'après.
07:49Il y a d'autres projets
07:50en vrai de vrai.
07:50Celui-ci, OK,
07:51il est terminé.
07:52Il y a une lutte
07:52qui a été faite.
07:53L'État, un jour,
07:54il dit oui,
07:54un jour, il dit non
07:55et en fait,
07:55ils le font quand même.
07:57Aujourd'hui, il y a celle-ci.
07:58Il y en aura plein d'autres.
07:59Cette lutte,
07:59elle a fait changer la perception
08:00que les Français peuvent avoir
08:02sur les projets routiers.
08:03Donc, même si cette autoroute,
08:04elle ouvre,
08:05c'est quand même
08:06un petit grain de sable,
08:07cette lutte qui aura fait
08:08que toutes les autres
08:09seront plus difficiles
08:10à faire à l'avenir
08:11et on y réfléchira davantage
08:13avant de faire une nouvelle route.
08:21Sous-titrage Société Radio-Canada

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