00:00C'est un des enjeux, je pense, qui n'est pas assez souligné.
00:09C'est que compte tenu du contexte géopolitique nouveau du Nord Kenya,
00:13de l'état naissant du Sud-Soudan,
00:15et de la faiblesse et donc de la nécessité pour Al-Shabaab
00:20de se repositionner stratégiquement dans une logique de guerre,
00:23il y a dans l'acte qui vient d'être perpétré à Nairobi
00:27une tentative d'exporter la guerre sur les territoires voisins.
00:32Alors, cette exportation de la guerre, elle suit différentes logiques.
00:35D'abord, le Nord du Kenya, effectivement, c'est des populations somaliques
00:39qui sont comparables à celles de la Somalie.
00:41Il y a des différences du point de vue de leur pertinence religieuse.
00:44On est plus dans des contextes, disons, catholiques dans le Nord du Kenya.
00:47Il y a quand même des musulmans, mais ce n'est pas des djihadistes
00:52comme les gens de Al-Shabaab.
00:54Cela étant, au début des années 60 jusqu'en 67,
00:58il faut se rappeler que dans toute cette région
01:00qui part un peu au centre du Kenya
01:04jusqu'à la frontière éthiopienne,
01:07on a eu une guerre qu'on a appelée la guerre du Shifta
01:10et qui était une tentative de sécession des populations somalistes,
01:13c'est-à-dire de faire sécession de l'état kényan
01:15pour se rattacher à la grande Somalie.
01:18Et là, les Shebabs ont tenté de jouer sur cette corde-là
01:21pour justement ramener les Somalies kényans vers la Somalie.
01:26Ça ne marche pas tellement parce qu'en fait,
01:28les Somalies kényans se sentent plus kényans aujourd'hui que Somalie.
01:32Ceci dit, on est dans des contextes de grande pauvreté.
01:36L'état kényan a très très longtemps et durablement marginalisé
01:40les populations somaliques qui sont au Nord.
01:41Et on voit quand même apparaître des affiliations
01:45dans le groupe terroriste qui a attaqué le Westgate.
01:49On a un kényan originaire de Garissa
01:51et depuis un an, on sait que...
01:55Alors Garissa, c'est à proximité de la frontière somalienne,
01:57mais depuis un an, on sait qu'il y a des troubles...
02:00Enfin, il y a... C'est pas on sait.
02:01Il y a des troubles fréquents à Garissa qui font des morts
02:04et on sait que les Shebabs essaient de recruter dans cette région-là
02:07et manifestement, ils ont quand même quelques petits succès.
02:14Je reste très sceptique.
02:16Pour deux raisons.
02:17D'une part, parce que le contexte ouest-africain
02:20n'est pas du tout le même que celui de l'Afrique de l'Est.
02:22On est dans des univers culturels très différents
02:26et puis dans des historicités de la guerre aussi très différentes.
02:29C'est-à-dire la Somalie, il y a 30 ans de guerre quand même.
02:31On a des enfants qui agissent aujourd'hui comme des djihadistes,
02:33mais qui sont nés dans la guerre.
02:35Et il faut se rendre compte de la manière
02:37dont ça peut structurer un individu.
02:40Deuxième élément de réponse,
02:42c'est qu'il y a peut-être un arc de guerriers
02:50ou de mercenaires ou de professionnels de la guerre
02:53qui sont liés à cette nébuleuse Al-Qaïda
02:55et qui circulent sur les différents théâtres d'opérations.
02:59ACMI, Boko Haram
03:02et aujourd'hui Afrique de l'Est avec Al-Shabaab.
03:05Ça ne veut pas dire qu'il y a des liens entre les organisations,
03:07mais ça veut dire qu'il y a effectivement quelque chose
03:09à un niveau supra qui fait éventuellement le lien
03:12entre les différentes organisations
03:13et qui à des moments de façon très opportuniste,
03:16en fait, trouve des terreaux fertiles pour mener des actions.
03:19Ça signifie quoi ?
03:20Ça veut dire que, de mon point de vue,
03:23effectivement, l'Afrique est extrêmement vulnérable au terrorisme
03:26parce qu'elle n'a pas les moyens de se défendre.
03:28Et donc, effectivement, s'il y a des politiques de coopération à développer,
03:32c'est dans ce secteur-là.
03:33Ça ne veut pas dire, effectivement,
03:35qu'il faut élaborer des plans vigipirates en Afrique
03:39qui ne servent à rien, etc.
03:41Mais il est clair que c'est le continent le plus vulnérable
03:44et c'est parce qu'il est vulnérable
03:45qu'il est attaqué aujourd'hui par les terroristes.
03:47Donc, d'une certaine manière,
03:49s'il y a des coopérations,
03:50il faut développer les coopérations
03:51et il faut surtout ne pas isoler les pays
03:54qui sont victimes du terrorisme,
03:55mais au contraire, maintenir les relations avec ces pays.
03:58C'est fondamental, ça.
04:02C'est d'autant plus fondamental que...
04:05Enfin, la deuxième conclusion,
04:06c'est qu'en fait, les pays sont vulnérables,
04:09ils sont attaqués par des professionnels du terrorisme,
04:12mais en réalité, ces attaques pourraient très bien survenir
04:15en Europe, en Asie centrale, en Inde.
04:18Enfin, ça a été le cas à Bombay récemment.
04:19Et en fait, ce sont les pays pauvres
04:21qui pâtissent du terrorisme aujourd'hui.
04:23Donc, effectivement, la lutte internationale
04:25contre le terrorisme, c'est aussi une lutte contre la pauvreté.
04:29Une lutte contre la pauvreté
04:31et éventuellement, une lutte contre des États
04:35qui ont des modes de gestion pas clairs
04:41de la criminalité organisée sur leur territoire.
04:44Ça aussi, c'est fondamental de le prendre en compte.
04:47Donc, les enjeux en termes géopolitiques
04:49sont vraiment importants, quoi.
04:50Mais ce que je veux souligner, c'est que
04:52il faut vraiment prendre garde
04:53à ne pas marginaliser l'Afrique dans cette bagarre.
04:56Et d'une certaine manière...
04:58Et pourtant, je ne suis pas un partisan de Kibaki
05:00et de Ourourou,
05:02mais on peut dire que les Kényans,
05:03en s'attaquant à la question de la Somalie,
05:05ont eu un comportement extrêmement courageux, quoi.
05:08Merci.
05:08Merci.
05:09Merci.
05:10Merci.
05:11Merci.
05:11Merci.
05:11Merci.
05:11Merci.
05:11Merci.
05:11Merci.
05:11Merci.
05:12Merci.