00:01Avant tout, qu'est-ce que c'est le Brexit ?
00:05Je dirais que c'est tout simplement la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union Européenne,
00:08c'est Great Britain Exit, sortie de la Grande-Bretagne.
00:12Et donc, dans le contexte actuel en Europe, c'est extrêmement grave,
00:18car la question qui est posée, c'est de savoir si on accepte un peu plus de national-libéralisme,
00:26ou un peu moins, c'est le triomphe du national-libéralisme qui s'impose dans ce type de consultation.
00:34Est-ce que ça va changer quelque chose pour les autres ?
00:38Non, mais si, ça va changer énormément de choses, parce que ce qui compte, ce n'est pas...
00:44Il va y avoir une période de deux ans sur le plan technique,
00:47où la Grande-Bretagne va devoir regarder les droits de douane, tels qui existaient jusque-là, etc.
00:53Donc, pendant deux ans, sur le plan concret, il ne va pas y avoir de grandes différences.
01:00Mais c'est sur le plan politique, immédiatement, aujourd'hui, que le danger est énorme,
01:06parce qu'encore une fois, on a cédé aux revendications populistes, nationalistes dans cette affaire,
01:15et qu'Emron, en Grande-Bretagne, et ses partenaires de l'Union Européenne,
01:22et c'est cela qui peut générer, en renforcer encore, le mouvement auquel on assiste malheureusement aujourd'hui,
01:28le mouvement nationaliste en Europe.
01:31Et donc, un mouvement de dislocation de l'Union Européenne qui est très grave.
01:35Quelles sont les responsabilités des chefs d'État et de gouvernement de l'Union Européenne dans cette éventualité ?
01:43Ce n'est pas une éventualité.
01:45Leurs responsabilités sont énormes dans le fait même qu'ils aient cédé à David Cameron.
01:53Sur quoi ils ont cédé à David Cameron ?
01:55Le plus important, c'est de créer un principe de préférence nationale pour l'accès à la sécurité sociale britannique.
02:05Il y a tout un tas de citoyens qui vivent en Grande-Bretagne aujourd'hui,
02:10des millions de personnes qui vivent en Grande-Bretagne aujourd'hui,
02:13qui sont d'origine immigrée,
02:15et qui ne pourront pas toucher, qui n'auront pas droit à la même couverture sociale que leurs homologues britanniques.
02:22C'est donc l'ouverture des vannes vers la préférence nationale,
02:28et c'est extrêmement grave.
02:29On voit bien quelles forces politiques en France pourraient profiter de ce type de choses.
02:34Je pense que les forces européennes sont elles-mêmes alignées sur un modèle ordo-libéral,
02:45un modèle de construction qui les amène à lancer des passerelles,
02:55à créer une situation favorable pour ce national-libéralisme.
03:00Dans toute l'Europe.
03:01Dans toute l'Europe, mais aussi d'abord en Grande-Bretagne.
03:04Mais la Grande-Bretagne risque d'avoir un effet, encore une fois, un effet d'entraînement considérable.
03:08Dans votre livre, vous présentez le carcan de règles austéritaires,
03:14adaptées au fil des traités par le pays de la zone euro,
03:17comme le principal déclencheur de cette dérive nationale généralisée.
03:22Pourtant, la Grande-Bretagne n'est pas dans la zone euro.
03:25C'est vrai, vous avez tout à fait raison.
03:29Mais il faut savoir que la zone euro a tellement relégué à l'insignifiance
03:35les principes de coopération et de solidarité
03:38qu'elle a affiché au moins à son démarrage.
03:41Il en reste encore quelque chose, mais c'est de plus en plus ridicule.
03:44De plus en plus, l'Union européenne a adopté un budget
03:49et même ce budget est en diminution.
03:51Il était déjà ridicule, il était en diminution par rapport au budget précédent.
03:56Donc, au niveau de la solidarité, il se passe de moins en moins de choses.
03:59Il y a de moins en moins ce principe de solidarité et de coopération
04:02et de moins en moins mis en œuvre.
04:04Par contre, le principe qui est de plus en plus mis en œuvre
04:07et de plus en plus cadré par les différentes,
04:09différentes depuis le traité de Maastricht jusqu'au dernier traité européen,
04:13traité budgétaire européen, c'est le principe de compétition.
04:18Or, quand on déclenche la compétition,
04:20comme ça, on met des gens en compétition,
04:22on met des États en compétition, les peuples en compétition,
04:26eh bien, naturellement, on nourrit le nationalisme.
04:29Maintenant, elle se réfère complètement au principe de compétition
04:31et ça, ça va dans le sens, complètement dans le sens
04:35du national-libéralisme de David Cameron.
04:38Et ce n'est pas étonnant, dans ces conditions-là,
04:40que l'Europe ait cédé aussi facilement aux exigences de David Cameron.
04:47Le débat en Grande-Bretagne ne prouve pas que
04:51ces évolutions européennes vers le national-libéralisme
04:55sont aussi résistibles ?
04:57C'est vrai.
04:59Est-ce qu'il n'y a pas une émergence vers une autre Europe,
05:03une recherche d'une autre Europe ?
05:05Oui, alors, évidemment, le rapport de force n'est pas favorable,
05:09aujourd'hui, compte tenu de la question posée,
05:14qui est question posée, qui, encore une fois,
05:16c'est entre nationalisme et ultra-nationalisme.
05:20Non, il y a une force qui a émergé en même temps
05:23et qui pointe les vrais problèmes.
05:27Cette force, c'est celle qui a émergé avec Jérémy Corbyn
05:31et qui se bat pour, contre les mesures d'austérité
05:36adoptées par Cameron,
05:39parce que Cameron a adopté en Grande-Bretagne
05:43des plans d'austérité drastiques
05:45qui correspondent parfaitement aux plans d'austérité
05:48qui sont recommandés dans les pays européens
05:51par le traité budgétaire européen,
05:55par les diverses recommandations
05:57de la Commission européenne sur le sujet, etc.
06:01Et qui sont adoptées et qui donnent lieu aussi
06:04à des réactions extrêmement négatives
06:10de la part des peuples,
06:12comme on a pu le voir également en Italie dimanche dernier,
06:15où un populiste a été élu à la mairie de Rome.
06:19Donc, il y a là une force anti-austérité
06:23qui émerge avec Jérémy Corbyn,
06:24mais vraiment qui se réclame,
06:26qui brûle, qui ronde avec des années et des années
06:30de blairisme,
06:31et qui ne se bat pas contre la sortie de l'Europe,
06:35mais qui veut une autre Europe,
06:37qui veut instaurer,
06:39qui a bien repéré que l'un ou l'autre,
06:44que ce soit Cameron qui l'emporte
06:46ou les nationalistes qui l'emportent,
06:49l'un ou l'autre,
06:50ça va générer encore plus de politiques libérales,
06:54austéritaires, etc.
06:55Donc, ce qu'il veut,
06:57c'est dresser des ponts
06:59avec les forces progressistes européennes.
07:02Et il le fait.
07:02Il a commencé de le faire.
07:04Il s'est entouré de Yanis Varoufakis,
07:08l'ancien ministre grec des Finances.
07:10Il a pris des contacts,
07:11il a des relations très étroites
07:12avec le gouvernement grec en Syriza aujourd'hui.
07:17Il a des contacts très étroits également
07:19avec le gouvernement portugais
07:22qui a déclaré aussi,
07:24qui s'est lancé aussi avec des mesures très concrètes
07:27dans une politique anti-austérité.
07:29Donc, il y a là aussi l'émergence potentielle.
07:33Et c'est important pour toutes les forces européennes,
07:35pour les forces en France
07:36qui se battent aujourd'hui même
07:38contre la loi travail,
07:40qui va dans le sens que j'évoquais tout à l'heure,
07:43de l'austérité de l'Europe,
07:46de tous contre tous.
07:48Eh bien, cette émergence-là est très importante
07:52pour construire, pour commencer à construire
07:55une Europe qui soit totalement refondée,
07:58qui soit totalement remise sur ses pieds
08:01et qui enfin obéisse au principe de coopération
08:05et de solidarité que j'évoquais au début de cet entretien.
08:08Et ces deux forces opposées,
08:12un côté national-libéralisme
08:14et l'autre des forces progressistes
08:16qui cherchent des solutions pour le monde du travail,
08:20ils font une évolution parallèle en progrès en Europe ?
08:26Je trouve qu'il y a du progrès par rapport à l'année dernière
08:32quand le gouvernement Syriza
08:34s'est retrouvé totalement isolé
08:36avec un rapport de force catastrophique
08:40qui a conduit à ce putsch financier de juillet 2015, etc.
08:46Je ne reviens pas là-dessus.
08:47Mais c'est une situation qui a évolué dans le bon sens.
08:51On va voir quel sera le résultat dimanche prochain
08:54des élections en Espagne.
08:56Mais là aussi, on attend une nouvelle percée
08:58du parti de Podemos qui est unie,
09:01qui s'est alliée avec Iscaldá Unida,
09:05c'est-à-dire l'union de la gauche espagnole,
09:10dans laquelle il y a le parti communiste espagnol.
09:13Donc voilà, il y a un changement de rapport de force.
09:15C'est encore très insuffisant,
09:17même en Grande-Bretagne, c'est très insuffisant
09:19parce que Corbyn, il est dans l'opposition.
09:21Mais les partisans les plus radicalisés,
09:25les plus sectaires, les plus fanatisés,
09:30j'allais dire, de l'Europe nationale libérale,
09:38c'est-à-dire les nationalistes pur sucre,
09:43ont montré à quel point ce mouvement les inquiétait.
09:47Puisqu'il y a quelques jours,
09:49ils ont, l'un d'entre eux,
09:53criant Great Britain First,
09:55c'est-à-dire Britain First,
09:56c'est-à-dire la Grande-Bretagne d'abord,
09:59l'un d'entre eux a assassiné
10:01une députée travailliste
10:03qui menait campagne avec Corbyn
10:04contre la sortie de l'euro,
10:06mais dans le sens que j'indiquais tout à l'heure,
10:08c'est-à-dire pour une Europe
10:09qui, enfin, qui soit refondée
10:11sur des bases sociales,
10:14solidaires, de coopération, etc.
10:16Merci.