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  • il y a 13 heures
Une victoire des partisans de la sortie de la Grande Bretagne de l’Union Européenne, ce jeudi, accentuerait encore une dérive européenne vers le national-libéralisme.Bruno Odent, journaliste à l’Humanité, auteur de « Europe, état d’urgence », souligne dans notre interview que ce nationalisme n’est pas une sorte de phénomène obscène surgi de nulle part face auquel le seul salut viendrait de la soumission aux canons de l’Europe conventionnelle. Il est en fait la consécration du «modèle austéritaire», ordo-libéral européen... S’aligner sur lui revient donc à alimenter la montée des périls. Réalisation : Abrahim Saravaki.

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Transcription
00:01Avant tout, qu'est-ce que c'est le Brexit ?
00:05Je dirais que c'est tout simplement la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union Européenne,
00:08c'est Great Britain Exit, sortie de la Grande-Bretagne.
00:12Et donc, dans le contexte actuel en Europe, c'est extrêmement grave,
00:18car la question qui est posée, c'est de savoir si on accepte un peu plus de national-libéralisme,
00:26ou un peu moins, c'est le triomphe du national-libéralisme qui s'impose dans ce type de consultation.
00:34Est-ce que ça va changer quelque chose pour les autres ?
00:38Non, mais si, ça va changer énormément de choses, parce que ce qui compte, ce n'est pas...
00:44Il va y avoir une période de deux ans sur le plan technique,
00:47où la Grande-Bretagne va devoir regarder les droits de douane, tels qui existaient jusque-là, etc.
00:53Donc, pendant deux ans, sur le plan concret, il ne va pas y avoir de grandes différences.
01:00Mais c'est sur le plan politique, immédiatement, aujourd'hui, que le danger est énorme,
01:06parce qu'encore une fois, on a cédé aux revendications populistes, nationalistes dans cette affaire,
01:15et qu'Emron, en Grande-Bretagne, et ses partenaires de l'Union Européenne,
01:22et c'est cela qui peut générer, en renforcer encore, le mouvement auquel on assiste malheureusement aujourd'hui,
01:28le mouvement nationaliste en Europe.
01:31Et donc, un mouvement de dislocation de l'Union Européenne qui est très grave.
01:35Quelles sont les responsabilités des chefs d'État et de gouvernement de l'Union Européenne dans cette éventualité ?
01:43Ce n'est pas une éventualité.
01:45Leurs responsabilités sont énormes dans le fait même qu'ils aient cédé à David Cameron.
01:53Sur quoi ils ont cédé à David Cameron ?
01:55Le plus important, c'est de créer un principe de préférence nationale pour l'accès à la sécurité sociale britannique.
02:05Il y a tout un tas de citoyens qui vivent en Grande-Bretagne aujourd'hui,
02:10des millions de personnes qui vivent en Grande-Bretagne aujourd'hui,
02:13qui sont d'origine immigrée,
02:15et qui ne pourront pas toucher, qui n'auront pas droit à la même couverture sociale que leurs homologues britanniques.
02:22C'est donc l'ouverture des vannes vers la préférence nationale,
02:28et c'est extrêmement grave.
02:29On voit bien quelles forces politiques en France pourraient profiter de ce type de choses.
02:34Je pense que les forces européennes sont elles-mêmes alignées sur un modèle ordo-libéral,
02:45un modèle de construction qui les amène à lancer des passerelles,
02:55à créer une situation favorable pour ce national-libéralisme.
03:00Dans toute l'Europe.
03:01Dans toute l'Europe, mais aussi d'abord en Grande-Bretagne.
03:04Mais la Grande-Bretagne risque d'avoir un effet, encore une fois, un effet d'entraînement considérable.
03:08Dans votre livre, vous présentez le carcan de règles austéritaires,
03:14adaptées au fil des traités par le pays de la zone euro,
03:17comme le principal déclencheur de cette dérive nationale généralisée.
03:22Pourtant, la Grande-Bretagne n'est pas dans la zone euro.
03:25C'est vrai, vous avez tout à fait raison.
03:29Mais il faut savoir que la zone euro a tellement relégué à l'insignifiance
03:35les principes de coopération et de solidarité
03:38qu'elle a affiché au moins à son démarrage.
03:41Il en reste encore quelque chose, mais c'est de plus en plus ridicule.
03:44De plus en plus, l'Union européenne a adopté un budget
03:49et même ce budget est en diminution.
03:51Il était déjà ridicule, il était en diminution par rapport au budget précédent.
03:56Donc, au niveau de la solidarité, il se passe de moins en moins de choses.
03:59Il y a de moins en moins ce principe de solidarité et de coopération
04:02et de moins en moins mis en œuvre.
04:04Par contre, le principe qui est de plus en plus mis en œuvre
04:07et de plus en plus cadré par les différentes,
04:09différentes depuis le traité de Maastricht jusqu'au dernier traité européen,
04:13traité budgétaire européen, c'est le principe de compétition.
04:18Or, quand on déclenche la compétition,
04:20comme ça, on met des gens en compétition,
04:22on met des États en compétition, les peuples en compétition,
04:26eh bien, naturellement, on nourrit le nationalisme.
04:29Maintenant, elle se réfère complètement au principe de compétition
04:31et ça, ça va dans le sens, complètement dans le sens
04:35du national-libéralisme de David Cameron.
04:38Et ce n'est pas étonnant, dans ces conditions-là,
04:40que l'Europe ait cédé aussi facilement aux exigences de David Cameron.
04:47Le débat en Grande-Bretagne ne prouve pas que
04:51ces évolutions européennes vers le national-libéralisme
04:55sont aussi résistibles ?
04:57C'est vrai.
04:59Est-ce qu'il n'y a pas une émergence vers une autre Europe,
05:03une recherche d'une autre Europe ?
05:05Oui, alors, évidemment, le rapport de force n'est pas favorable,
05:09aujourd'hui, compte tenu de la question posée,
05:14qui est question posée, qui, encore une fois,
05:16c'est entre nationalisme et ultra-nationalisme.
05:20Non, il y a une force qui a émergé en même temps
05:23et qui pointe les vrais problèmes.
05:27Cette force, c'est celle qui a émergé avec Jérémy Corbyn
05:31et qui se bat pour, contre les mesures d'austérité
05:36adoptées par Cameron,
05:39parce que Cameron a adopté en Grande-Bretagne
05:43des plans d'austérité drastiques
05:45qui correspondent parfaitement aux plans d'austérité
05:48qui sont recommandés dans les pays européens
05:51par le traité budgétaire européen,
05:55par les diverses recommandations
05:57de la Commission européenne sur le sujet, etc.
06:01Et qui sont adoptées et qui donnent lieu aussi
06:04à des réactions extrêmement négatives
06:10de la part des peuples,
06:12comme on a pu le voir également en Italie dimanche dernier,
06:15où un populiste a été élu à la mairie de Rome.
06:19Donc, il y a là une force anti-austérité
06:23qui émerge avec Jérémy Corbyn,
06:24mais vraiment qui se réclame,
06:26qui brûle, qui ronde avec des années et des années
06:30de blairisme,
06:31et qui ne se bat pas contre la sortie de l'Europe,
06:35mais qui veut une autre Europe,
06:37qui veut instaurer,
06:39qui a bien repéré que l'un ou l'autre,
06:44que ce soit Cameron qui l'emporte
06:46ou les nationalistes qui l'emportent,
06:49l'un ou l'autre,
06:50ça va générer encore plus de politiques libérales,
06:54austéritaires, etc.
06:55Donc, ce qu'il veut,
06:57c'est dresser des ponts
06:59avec les forces progressistes européennes.
07:02Et il le fait.
07:02Il a commencé de le faire.
07:04Il s'est entouré de Yanis Varoufakis,
07:08l'ancien ministre grec des Finances.
07:10Il a pris des contacts,
07:11il a des relations très étroites
07:12avec le gouvernement grec en Syriza aujourd'hui.
07:17Il a des contacts très étroits également
07:19avec le gouvernement portugais
07:22qui a déclaré aussi,
07:24qui s'est lancé aussi avec des mesures très concrètes
07:27dans une politique anti-austérité.
07:29Donc, il y a là aussi l'émergence potentielle.
07:33Et c'est important pour toutes les forces européennes,
07:35pour les forces en France
07:36qui se battent aujourd'hui même
07:38contre la loi travail,
07:40qui va dans le sens que j'évoquais tout à l'heure,
07:43de l'austérité de l'Europe,
07:46de tous contre tous.
07:48Eh bien, cette émergence-là est très importante
07:52pour construire, pour commencer à construire
07:55une Europe qui soit totalement refondée,
07:58qui soit totalement remise sur ses pieds
08:01et qui enfin obéisse au principe de coopération
08:05et de solidarité que j'évoquais au début de cet entretien.
08:08Et ces deux forces opposées,
08:12un côté national-libéralisme
08:14et l'autre des forces progressistes
08:16qui cherchent des solutions pour le monde du travail,
08:20ils font une évolution parallèle en progrès en Europe ?
08:26Je trouve qu'il y a du progrès par rapport à l'année dernière
08:32quand le gouvernement Syriza
08:34s'est retrouvé totalement isolé
08:36avec un rapport de force catastrophique
08:40qui a conduit à ce putsch financier de juillet 2015, etc.
08:46Je ne reviens pas là-dessus.
08:47Mais c'est une situation qui a évolué dans le bon sens.
08:51On va voir quel sera le résultat dimanche prochain
08:54des élections en Espagne.
08:56Mais là aussi, on attend une nouvelle percée
08:58du parti de Podemos qui est unie,
09:01qui s'est alliée avec Iscaldá Unida,
09:05c'est-à-dire l'union de la gauche espagnole,
09:10dans laquelle il y a le parti communiste espagnol.
09:13Donc voilà, il y a un changement de rapport de force.
09:15C'est encore très insuffisant,
09:17même en Grande-Bretagne, c'est très insuffisant
09:19parce que Corbyn, il est dans l'opposition.
09:21Mais les partisans les plus radicalisés,
09:25les plus sectaires, les plus fanatisés,
09:30j'allais dire, de l'Europe nationale libérale,
09:38c'est-à-dire les nationalistes pur sucre,
09:43ont montré à quel point ce mouvement les inquiétait.
09:47Puisqu'il y a quelques jours,
09:49ils ont, l'un d'entre eux,
09:53criant Great Britain First,
09:55c'est-à-dire Britain First,
09:56c'est-à-dire la Grande-Bretagne d'abord,
09:59l'un d'entre eux a assassiné
10:01une députée travailliste
10:03qui menait campagne avec Corbyn
10:04contre la sortie de l'euro,
10:06mais dans le sens que j'indiquais tout à l'heure,
10:08c'est-à-dire pour une Europe
10:09qui, enfin, qui soit refondée
10:11sur des bases sociales,
10:14solidaires, de coopération, etc.
10:16Merci.

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