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  • il y a 1 semaine
Dominique Natanson, enseignant et spécialiste de pédagogie nous présente l’ouvrage collectif qu’il a coordonné : Une parole juive contre le racisme (éditions Syllepse). Alors que l’islamophobie se déchaîne, la négrophobie perdure, et les discours violents d’exclusion se répandent, parfois émanant du sommet de l’état, l’Union juive française pour la paix (UJFP) prend la parole pour prôner la fraternité, l’action solidaire en faveur des réfugiés, des musulmans, des noirs, des Rroms, des palestiniens et de tous des peuples en lutte contre l’oppression.

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Transcription
00:00– Dominique Nathanson, bonjour. Vous êtes membre de l'Union juive française pour la paix
00:06et vous avez coordonné cet ouvrage dont on va parler,
00:09« Une parole juive contre le racisme », qui est paru aux éditions Sileps.
00:14Alors est-ce que vous pouvez tout d'abord nous dire un mot de l'Union juive française pour la
00:18paix,
00:18l'UJFP, une association fondée en 1994, si je ne me trompe pas ?
00:23– Au départ, c'est une association centrée sur la question du Proche-Orient.
00:30Une association de juifs laïcs engagés dans les mouvements sociaux
00:38qui décident d'agir pour soutenir les droits du peuple palestinien
00:42et les droits à une paix juste, équitable,
00:46où chaque citoyen de la région du Proche-Orient voit le respect de ses droits.
00:52Par la suite, on s'est rendu compte qu'on ne pouvait pas rester sur la seule question
00:59d'Israël et des territoires occupés qu'il fallait aussi s'investir dans les débats ici,
01:06ne serait-ce que parce qu'une série de campagnes se sont lancées en France même
01:11sur la question palestinienne, mais aussi dans les divers mouvements sociaux.
01:17Et donc ça nous a amenés à parler aussi, par exemple, du racisme en France.
01:20– Alors ce livre traite bien sûr du racisme,
01:23mais y avait-il besoin d'une parole spécifiquement juive sur le racisme ?
01:28À qui s'adresse ce livre ?
01:30– Alors d'abord, c'est une parole juive et pas la parole juive,
01:34parce que le problème quand même qu'on a,
01:36c'est qu'un certain nombre de gens usurpent le droit de représenter
01:41la totalité des Juifs de France comme si tous les Juifs de France,
01:44par exemple, soutenaient la politique criminelle de l'État d'Israël.
01:48Et nous ne prétendons pas représenter les Juifs,
01:52mais nous avons une parole juive sur cette question-là.
01:57Alors évidemment, il y a une parole par rapport à ce que nous sommes.
02:01Nous sommes souvent des enfants, petits-enfants de déportés,
02:07de gens qui ont vécu, ou d'enfants cachés,
02:11qui ont souffert, sinon nous directement, du moins au moins nos familles,
02:18dans la question de l'antisémitisme des années 30 et 40.
02:25Mais, et donc ça nous donne une légitimité à parler sur le racisme.
02:30Et en même temps, nous sommes solidaires du peuple palestinien,
02:33et donc nous voyons aussi qu'il y a aujourd'hui d'autres formes de racisme.
02:41Et donc nous voudrions intervenir aussi sur ces questions-là.
02:46Notre tradition juive, c'est quand même une tradition de Juifs dispersés à travers le monde
02:52qui ont lutté contre les injustices.
02:55Les Juifs du Bound, par exemple, en Europe de l'Est,
02:59les Juifs qui font de la diaspora un internationalisme,
03:05et donc ça nous amène à parler aussi de ces questions-là.
03:07Alors dans ce livre très pédagogique,
03:10vous déconstruisez notamment la notion de race,
03:12qui a récemment refait surface dans le discours politique.
03:16Et puis vous insistez également sur l'instrumentalisation du racisme
03:21et la notion de racisme d'État.
03:23Est-ce que vous pouvez développer un petit peu ce point ?
03:26Il y a un paradoxe qui consiste à dire que les races n'existent pas,
03:30mais du point de vue scientifique, ça n'existe pas.
03:33On rappelle et on redémonte les notions scientifiques dans le début du livre.
03:37Mais les races n'existent pas et le racisme existe.
03:40Donc il y a un problème.
03:43Derrière ce paradoxe, il y a la question fondamentale, à mon avis,
03:46c'est à quoi sert le racisme ?
03:48Le racisme a été, c'est toute une partie historique qu'on développe là,
03:52un instrument de domination et il a été utilisé pour justifier l'esclavage,
04:02pour justifier la colonisation, pour justifier aujourd'hui les divisions
04:07dans la société française et la mise à l'index d'un certain nombre de communautés
04:11ou de groupes désignés comme tels, depuis les Roms, les Noirs, les Musulmans.
04:20Et donc on a une utilité, il y a une utilité du racisme,
04:27c'est le racisme comme instrument de domination.
04:30Et alors en l'occurrence, on ne peut pas faire l'impasse puisque vous en parlez aussi dans le livre,
04:34la politique d'Israël qui est une politique de colonisation et de domination d'un peuple,
04:38en l'occurrence le peuple palestinien.
04:40C'est un peu paradoxal que des gens qui se revendiquent juifs,
04:44donc qui ont aussi cette histoire dont vous parliez tout à l'heure,
04:47se comportent comme ça vis-à-vis d'autres.
04:50Comment peut-on l'expliquer ? On a du mal à comprendre quand même.
04:52Peut-être qu'on ne va pas faire non plus nous une essentialisation de tous les Israéliens
04:57se comportant comme, nous avons aussi des amis israéliens,
05:03il y a les Refusnik, il y a un certain nombre de gens qui refusent la politique de l'État
05:09d'Israël.
05:09Il y a aussi beaucoup de gens qui, sans la dénoncer véritablement, quittent Israël aujourd'hui.
05:15Par exemple des francophones, on parle beaucoup de l'ALIA, d'un certain nombre de Français qui iraient en Israël.
05:20Nous, on constate aussi beaucoup de retours et beaucoup de gens qui trouvent la société israélienne
05:25de plus en plus difficile à vivre à cause du militarisme, de cet apartheid qui existe,
05:32de l'impasse politique auquel mènent les crimes du gouvernement israélien.
05:36En l'occurrence, ce gouvernement israélien se targue d'être élu démocratiquement.
05:41Vous me direz, en France aussi, on élit des gens démocratiquement,
05:43puis ils ne font pas forcément ce qu'on voulait.
05:45Mais là, en l'occurrence, il y a quand même une récurrence dans l'élection de gens
05:48qui radicalisent la situation.
05:51– C'est un gouvernement démocratique en France qui a mené la guerre d'Algérie, par exemple.
05:55Enfin bon, on pourrait prendre la situation de colonisation.
05:58La colonisation, elle a été menée dans ses débuts, on le rappelle, par Zulféry,
06:05par la Troisième République triomphante qui émancipait le peuple par l'école, etc.
06:10et qui, en même temps, mettait sa patte sur l'ensemble de l'empire colonial français.
06:18Donc la question de la démocratie, ce n'est pas la question principale pour nous.
06:23– Alors, est-ce qu'on peut parler d'un racisme spécifique à l'égard des juifs,
06:26à la fois d'un point de vue hystérique et aussi actuellement ?
06:29– Tous les racismes sont spécifiques.
06:32– D'abord, initialement, ce qu'on a voulu faire dans ce livre,
06:36c'est dire, j'ai développé une parole juive,
06:39mais il y a aussi contre le racisme, et pas contre les racismes.
06:44Pour nous, il y a le racisme, instrument de domination,
06:48de désignation, de spoliation, de discrimination.
06:53Et à l'intérieur de ce racisme, il y a des spécificités
06:56selon les groupes qui sont désignés comme racisés.
07:01Et évidemment, il y a une spécificité de l'antisémitisme et de ses ressorts.
07:07Mais pour nous, ça n'est plus, même s'il y a un antisémitisme réel
07:14qui fait des victimes, enfin qui, bon,
07:17ça n'est plus le racisme majeur de notre société.
07:20Notre société est plutôt dominée aujourd'hui par l'islamophobie,
07:25la négrophobie qu'on a souvent tendance à sous-estimer.
07:29Et puis, le racisme contre les Roms, le racisme contre les Asiatiques,
07:36éventuellement aussi, dont on parle.
07:38Donc, nous voulons appartenir à l'ensemble des racisés, victimes du racisme,
07:46et c'est avec les victimes du racisme que nous entendons le combattre,
07:51et aux côtés des musulmans visés par l'islamophobie et par un racisme d'État aussi.
08:00L'affaire des mamans à qui on refuse d'accompagner les sorties scolaires
08:05parce qu'elles portent un foulard, c'est aussi une forme de racisme d'État,
08:09parce que c'est quand même une circulaire qui est à la base de ces comportements.
08:14Donc, nous voulons construire, en fait, un nouvel antiracisme
08:18qui soit basé sur l'unité des mouvements.
08:24Et d'ailleurs, nous avons sorti ce livre dans un meeting commun
08:29avec la Voix des Roms, le collectif contre l'islamophobie de France,
08:34et puis les brigades anti-négrophobie, et non, l'Union juive-française pour la paix.
08:40Sur ces bases-là, nous voulons reconstruire le mouvement antiracisme,
08:43antiraciste qui s'est, évidemment, fourvoyé dans l'ensemble de...
08:47qui aujourd'hui, peut-être à coup de subvention gouvernementale,
08:53n'est plus ce qu'il a été dans ses débuts, je pense, à un mouvement en particulier.
08:58Oui, on a tous compris que vous parliez des SOS racisme.
09:02Donc, mais alors justement, dans le livre aussi,
09:04vous vous méfiez de l'antiracisme, vous vous méfiez de la judéophilie,
09:09enfin, des choses qui vont, qui sont un peu le miroir inversé du racisme.
09:14Alors, sur la spécificité, je n'ai pas tout à fait terminé sur la spécificité de l'antisémitisme.
09:19Bon, il y a une spécificité qui est la Shoah, certes,
09:23mais en même temps, nous rappelons parce qu'il y a eu d'autres génocides
09:30et qu'il faut aussi, qu'il y a un danger à sacraliser la Shoah
09:37comme l'unique génocide, en quelque sorte, ce qui est parfois fait,
09:42parce que ça empêche de voir les autres génocides
09:46et ceux qui sont en préparation, y compris parfois de façon inattendue,
09:50quand un certain débuté d'extrême droite israélien
09:54disent qu'il faut tuer les mères des terroristes
10:00parce qu'elles abritent des serpents, etc.
10:06On est dans un danger, au moins dans un discours qui est très génocidaire.
10:13Mais sur l'antisémitisme, ce qu'on peut quand même remarquer,
10:16c'est qu'il y a un parallèle, quand même, qu'on peut faire
10:19entre l'islamophobie actuelle et l'antisémitisme des années 30.
10:25Aujourd'hui, l'antisémitisme des années 30 n'est plus à la mode,
10:27mais rappelons-nous ce qu'on disait des Juifs dans les années 30.
10:31Ils avaient beau avoir des papiers français, ils n'étaient pas véritablement français,
10:35c'est-à-dire qu'on leur retirait leur nationalité,
10:37la déchéance de nationalité a été faite par le maréchal Pétain
10:41en concernant ces Juifs nouvellement devenus français.
10:45Ils n'avaient pas les mêmes mœurs que les Français.
10:49Leur religion les conduisait à des conduites communautaristes
10:53qui les excluaient de la République.
10:55Le discours antisémite des années 30, on peut l'appliquer aujourd'hui.
11:00On pourrait ajouter le fait aussi que ces émigrés venus de Pologne,
11:05ils étaient pouilleux, ils prenaient tout le travail à bas prix, etc.
11:12On peut presque plaquer ça sur l'islamophobie actuelle.
11:16En même temps, il y a un phénomène nouveau
11:19et qui nous paraît aussi dangereux pour les Juifs.
11:22C'est le philosémitisme d'État qui consiste à prendre les Juifs
11:28et à les mettre en avant, alors qu'ils ont été rejetés
11:32par la société française pendant des siècles.
11:36Aujourd'hui, on a tendance à les mettre en avant,
11:38mais les mettre en avant, c'est aussi les mettre à part.
11:42À les mettre en avant et...
11:45comme en fait des gens qui se sont bien intégrés,
11:49qui sont de bons républicains aujourd'hui.
11:53Et si on le fait, on a une raison pour le faire.
11:56On a une raison, c'est de montrer que cette communauté-là
11:59était intégrable, alors que d'autres ne le sont pas.
12:02Et donc, ce philosémitisme, il vise à opposer les Juifs bien intégrés
12:09aux musulmans qui seraient incapables de s'intégrer dans la société française.
12:13Et donc, ce philosémitisme, il a l'air d'être un amour des Juifs,
12:19mais en réalité, pour nous, c'est une mise à l'écart d'une forme particulière
12:25qui risque de se retourner contre les Juifs.
12:28Et à cet égard-là, elle est dangereuse.
12:31Et je pense que des gens comme Manuel Valls jouent avec le feu.
12:34Quand, par exemple, il fustige le port du foulard à l'université,
12:43donc les signes extérieurs d'appartenance religieuse
12:47seraient à bannir de la vie publique.
12:51Et puis, il y a un incident grave antisémite à Marseille.
12:56Le rabbin dit, ne portez plus la kippa dans les rues de Marseille.
13:00Et mon Manuel Valls qui dit, mais si, mais si, mais si, portez la kippa.
13:05Alors là, il y a une espèce de contradiction,
13:07de poids, de mesure qui est insupportable.
13:10Et qui, à terme, se retourne contre les Juifs
13:13et n'est pas favorable aux Juifs.
13:17Je distinguerai aussi, là encore, clairement, Juifs et Israéliens.
13:24Parce que, moi, j'ai un peu l'impression que
13:28quand les Juifs quittent l'Europe occidentale ou les États-Unis
13:35pour aller vers Israël,
13:36ils perdent une partie de leur qualité de Juifs.
13:39Ils deviennent plus des Hébreux que des Juifs.
13:43Et parce que, dans la...
13:47C'est les Juifs d'Europe, ça a été plutôt un domaine de diversité.
13:53Et amalgamer une communauté juive française
13:56qui serait un bon exemple dans la société française,
14:00c'est quelque chose qui ne correspond pas à la réalité,
14:02à la diversité des Juifs,
14:03ni à l'intérêt des Juifs de France.
14:06Alors, une dernière question concernant un mot
14:08qu'on emploie très fréquemment actuellement,
14:10c'est le mot laïcité.
14:11Est-ce que la laïcité sert à combattre réellement le racisme
14:15ou à l'attiser, au contraire,
14:17à travers la stigmatisation d'une ou plusieurs religions ?
14:20La laïcité, c'est évidemment une valeur majeure.
14:23J'ai été enseignant.
14:26Bon, la laïcité, c'est un instrument d'émancipation,
14:30de liberté de pensée, etc.
14:32Sauf qu'aujourd'hui, elle est instrumentalisée,
14:38de plus en plus instrumentalisée,
14:40et en particulier par l'extrême droite,
14:45contre les musulmans,
14:48dont la religion serait intolérable dans l'espace public,
14:51dont on va parler à l'instant.
14:52Et à cet égard-là, on arrive,
14:56à force de dire laïcité, laïcité,
14:59et de ne pas aborder les questions,
15:03d'interdire certaines paroles à l'école, etc.
15:06On aboutit, en fait, à faire haïr la laïcité
15:10par ceux pour qui elle pourrait être un instrument d'émancipation.
15:15Moi, je crois qu'il faut revenir à ce qu'est la laïcité.
15:18La laïcité n'est pas l'interdiction
15:22de la religion dans l'espace public.
15:25Dans ma bonne ville de Soissons,
15:27il y a eu récemment une grande procession catholique
15:31dans les rues.
15:34Personne, depuis 1905,
15:36personne n'a trouvé à redire
15:37à des manifestations religieuses dans l'espace public.
15:43Et puis, la laïcité actuelle,
15:47la nouvelle laïcité pure et dure,
15:50elle vise essentiellement les musulmans.
15:55Et on en parlait pour l'instant,
15:57sur les signes religieux, par exemple,
15:59il n'y a que le foulard qui serait une oppression,
16:02alors que le fait de porter une perruque
16:08quand on est une femme juive, par exemple,
16:10pour ne pas montrer ses cheveux,
16:12ce n'est pas considéré comme un signe
16:15qui serait un signe d'oppression des femmes juives
16:18à qui d'autres femmes diraient
16:20« Non, non, ça, ce n'est pas bien,
16:21ce n'est pas libéré, ça. »
16:25Merci beaucoup, Dominique Nathanson.

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