00:01Bonjour.
00:03J'ai une question idiote.
00:05Vous croyez au Père Noël ?
00:06Non, je ne crois pas au Père Noël.
00:07Je n'y crois plus. J'y ai cru quand j'étais gamine.
00:09C'est un truc pour les gamins.
00:10Je pense qu'il faut arrêter de croire au Père Noël.
00:13Il faut arrêter de penser que quelqu'un va nous sauver.
00:18Je crois que c'est très important.
00:19Souvent nous nous-mêmes ?
00:21Aide-toi, le ciel t'aidera, etc.
00:24Je crois qu'il faut commencer.
00:24Les premières choses, il faut les faire à son niveau,
00:28dans ses possibilités, etc.
00:31Je crois qu'il ne faut pas attendre après un homme providentiel.
00:36Il ne faut pas attendre après le Père Noël.
00:37Il ne faut pas attendre après le bon Dieu.
00:39Pas d'homme providentiel.
00:41On est à la veille d'une élection présidentielle en France.
00:45Juliette et la politique ?
00:47Elle s'en occupe.
00:49Je m'en occupe pas mal.
00:50Je m'en occupe parce que ça m'intéresse.
00:52Parce que je vis dans ce monde et dans cette société.
00:55Je sais qu'il y a des gens qui sont mandatés par nos soins
00:59pour s'occuper de nous.
01:00Et apparemment, ce n'est pas trop ce qu'ils font.
01:03Je suis un peu militante quand même de gauche.
01:09On vous voit quelquefois.
01:10De vraie gauche, évidemment, forcément.
01:12Parce que maintenant, on ne sait plus ce que ça veut dire.
01:14Il y a un sujet d'actualité en ce moment
01:16qui vous préoccupe, qui vous révolte
01:18ou qui vous fait du bien ?
01:20Qu'est-ce qui me préoccupe ?
01:22Je suis comme tout le monde.
01:23J'attends un petit peu cette histoire de présidentielle chez nous.
01:26Voir ce que ça va donner.
01:29Tout en m'activant un petit peu au point de vue de la parole,
01:33quand je peux, pour dire
01:34attention, faites attention à ce que vous faites.
01:35C'est une arme fatale.
01:38Le bulletin de vote, parfois on l'a vu.
01:41Les Anglais ont quitté l'Europe sur un malentendu.
01:44Les Américains ont élu Trump sur un malentendu.
01:46Je ne suis pas sûre, quoi, en fait.
01:47Je pense que c'est une arme et que les gens doivent réfléchir
01:50avant de mettre un bulletin de vote dans l'urne,
01:53de savoir si c'est leur intérêt de le faire, tout simplement.
01:57De voter pour cette personne ou pour une autre.
01:59Je pense qu'il faut avoir...
02:00Il faut peut-être porter le débat aussi sur les idées
02:03que défendent les gens et pas seulement sur leur belle gueule
02:05ou sur leur forte voix ou sur leur punchline,
02:09comme on dit maintenant, parce qu'on n'élite pas quelqu'un
02:13sur des titres de journaux, quoi.
02:15Enfin, sur des chapeaux et sur des petites phrases
02:17et sur des choses comme ça.
02:18Je crois qu'il faudrait quand même qu'on soit un petit peu au fait
02:22de ce que ces gens-là veulent nous proposer
02:24comme modèle de société.
02:26Voilà.
02:26Donc, informons-nous.
02:29Alors, justement, Juliette et la presse.
02:31Juliette lit beaucoup la presse.
02:32Putain, je vais parler de moi la troisième personne en permanence.
02:35C'est horrible.
02:35Non, je lis beaucoup la presse, effectivement.
02:38Depuis qu'il y a des presses online,
02:42les grands titres ont tous leur site internet.
02:45Donc, je suis à peu près abonné à à peu près
02:47tous les sites d'information parce que ça m'intéresse
02:51et parce que j'aime bien avoir aussi la jolie,
02:54aussi bien le Figaro que l'Huma,
02:55parce que j'aime bien avoir les points de vue, les recoupés.
02:59Voire, pour me faire une idée, je pense que c'est le meilleur moyen
03:02d'avoir à la fois un point de vue qui n'est pas le mien
03:04et en même temps un point de vue qui est plus dans mon sens politique à moi.
03:10Je trouve que confronter les points de vue,
03:12c'est toujours une bonne idée.
03:13Je trouve qu'on manque de vrais débats, d'ailleurs,
03:14en ce moment, dans notre société.
03:16Pas seulement, je ne veux pas dire en France, si, etc.
03:19J'ai l'impression que c'est un peu partout au mondial.
03:21On n'a plus vraiment de gens qui débattent.
03:24On a des gens qui s'engueulent, qui s'insultent.
03:25On a aussi, encore une fois, ces histoires de petites phrases,
03:28de punchlines qui sont l'essentiel de la communication politique.
03:32Et d'ailleurs, ça s'appelle de la communication.
03:35Voilà, je trouve que c'est un peu dommage, c'est un peu laborieux
03:38et en même temps, ça maintient aussi la société dans un état d'attente, d'attentisme.
03:45Qu'est-ce qui va se passer ? On ne sait pas, on verra.
03:48Si c'est Trump président, on ne sait pas, on verra.
03:50Et si c'est Marine Le Pen, on ne sait pas, on verra.
03:52Donc, c'est cette espèce de chose-là qui m'agace un peu aujourd'hui
03:58dans la réception qu'ont les gens de ce discours politique tronqué,
04:04pas intéressant, très communiquant, pas du tout de fond.
04:09Et cette attitude d'acceptation des gens se déprime un petit peu.
04:13C'est-à-dire que maintenant, on va se dire, tiens, on va de nouveau entendre des discours
04:16pour dire, on va voter pour Marine Le Pen parce qu'on n'a jamais essayé.
04:20Alors, j'aime beaucoup ça, moi, comme formule politique.
04:23On va essayer. Vous allez essayer quoi ?
04:25Vous allez en prendre plein la gueule pendant cinq ans ?
04:28Vous allez essayer d'en prendre plein la gueule pendant cinq ans.
04:31Ouais !
04:31– Est-ce qu'écrire une chanson et la chanter, c'est un acte de communication ?
04:35– C'est un acte de communication.
04:36C'est même, je pense, un acte politique, pour le coup.
04:38À partir du moment où vous donnez aux autres votre vision du monde
04:42et vous considérez très égoïstement et très égocentriquement, je ne sais pas si vous avez dit,
04:49que votre parole est importante et intéressante, c'est donc une tentative de modifier un petit peu le monde,
04:57de modifier un peu la perception que les gens peuvent en avoir en faisant partager votre point de vue,
05:01même si ça semble être des sujets vastes, légers ou pas vraiment dans l'air du temps
05:09et puis bien, comment on dirait, fact-checkés.
05:13On peut parler, on peut faire de la poésie et en même temps dire des choses sur aujourd'hui, oui,
05:16bien sûr.
05:17– Qu'est-ce que vous lisez, qu'est-ce que vous écoutez justement comme poésie ?
05:21Quelle œuvre aujourd'hui culturelle de l'esprit vous nourrit en ce moment ?
05:28– Écoutez, je lis beaucoup, j'ai beaucoup lu et ces derniers temps,
05:33ça a été un peu là-dessus que j'étais sur des choses étrangères essentiellement,
05:39sur des romans américains notamment, qui font à peu près l'essentiel de ma lecture depuis un bon moment.
05:48Et puis quoi ? Qu'est-ce que je peux dire d'autre ?
05:51Je ne suis pas très… En ce moment, je suis très centrée sur mon écriture aussi,
05:55parce que je suis partie sur l'écriture d'un nouvel album et d'un nouveau spectacle,
05:59donc ça m'occupe beaucoup.
06:01Donc je me suis nourrie avant et là maintenant, je déverse ce que je digère et je rends.
06:09C'est horrible ce que je viens de dire, c'est dégoûtant.
06:11– Et on va mieux une fois qu'on a rendu ?
06:13– Non, ce n'est pas simple, parce que ça prend un peu de temps.
06:16Et puis il se pose justement cette question,
06:20puisque je participe aujourd'hui à la conférence de rédaction,
06:22il se pose toujours cette question pour moi, même en tant que chanteuse,
06:25de dire de quoi je vais parler qui dans six mois ne sera pas hors sujet,
06:30ou obsolète, ou démodée.
06:32Je dis six mois, je suis gentil, mais en général c'est un an entre l'écriture
06:35et le moment où les gens vont entendre une chanson.
06:37Alors évidemment, on sait très bien qu'une chanson ne bouleverse pas le monde, etc.
06:41J'en ai très conscience, mais en même temps,
06:43je n'ai pas envie d'être hors champ, d'être hors sujet.
06:47Peut-être que dans un an, le monde sera hyper optimiste.
06:50Donc on ne va pas commencer à dire que ça va mal, on est malheureux, etc.
06:54Je n'y crois pas trop.
06:55En six mois, je ne suis pas sûre qu'on soit optimiste.
06:57Mais voilà, je suis dans ces questionnements-là, dans les questionnements de
07:00de quoi on parle pour ne pas être obsolète dans le futur.
07:07C'est mon sens de la postérité, ça.
07:09J'ai toujours été comme ça, j'ai un côté blam blam.
07:12Donc en ce moment, je me nourris assez peu.
07:16J'écoute assez peu de choses, je me distrais beaucoup.
07:19Je joue aux jeux vidéo.
07:20– Chouette.
07:21– Ouais.
07:22J'attends d'ailleurs le Père Noël qui doit en apporter.
07:24– Voilà, justement, on y revient.
07:27Non, non, ce n'est pas le Père Noël, c'est moi qui vais m'en charger.
07:29Mais voilà, pour l'instant, je suis plus dans du divertissement
07:32que dans de l'approfondissement de certaines choses.
07:38Ceci étant dit, voilà, je suis dans le dernier Stephen King
07:41et dans le dernier, pas le dernier d'ailleurs, c'est un assez ancien
07:46parce qu'il est sorti en poche de Joyce Carol Oates.
07:51Mais ne me demandez pas le titre parce que je ne vais pas m'en souvenir.
07:54Je ne l'ai pas encore commencé.
07:55– Allez, si on était dans un questionnaire de Proust, on dirait votre insulte préférée ?
08:01– Connard.
08:03Je crois que c'est ce que je dis le plus souvent.
08:05Connard.
08:06Ouais.
08:07Espèce de connard.
08:09Ouais.
08:09Souvent, c'est mon insulte préférée.
08:11Je peux dire connasse aussi, bien sûr.
08:12Ça se féminise assez bien.
08:14C'est assez sonore.
08:15C'est une bonne insulte, je trouve, connard.
08:19Voilà.
08:20Votre devise.
08:22Aide-toi, le ciel t'aidera.
08:23Ça, c'est ma devise depuis toujours.
08:25Ce que j'oublierai, c'est ma vie entière.
08:28La rue sous la pluie, le quartier désert.
08:31La maison qui dort, mon père et ma mère.
08:34Et les gens autour, noyés de misère.
08:37En partant d'ici, pour quel paradis ?
08:40Ou pour quel enfer ?
08:43J'oublierai mon nom, j'oublierai ma ville.
08:46J'oublierai même que je pars pour l'exil.
08:49Il faut du courage pour tout oublier.
08:55Sauf sa vieille valise et sa veste usée.
09:00J'aimerais beaucoup qu'on arrête de parler de migrants.
09:03Et j'aimerais beaucoup qu'on parle de réfugiés.
09:05Parce que ces gens-là fuient quelque chose.
09:07Et qu'il est de notre devoir de leur donner abri.
09:10et assistance.
09:11Parce que personne ne peut dire de quoi demain sera fait.
09:15Personne ne peut dire qu'un jour,
09:16on ne sera pas nous autres, Européens,
09:17obligés de frapper aux portes de la Syrie.
09:19Pour qu'ils acceptent de nous prêter asile.
09:24Ça s'est vu, d'ailleurs, dans l'histoire déjà.
09:27Et puis, parce que nous sommes humains.
09:29Rien de ce qui est humain ne doit nous être étranger.
09:31On ne va pas changer depuis Terrence.
09:34Et voilà.
09:35Et je pense que c'est juste un non-sujet.
09:38C'est-à-dire que ça ne devrait même pas être débattu.
09:41Je pense que c'est tout simplement humainement indiscutable
09:44que nous devons prêter assistance à des gens en danger,
09:48en danger de mort, de mort de faim, de mort de guerre,
09:51de mort de toutes ces choses-là.
09:52De mort d'ailleurs dont, pour une bonne partie,
09:55nos politiques anciennes sont responsables.
09:58Je ne dis pas nos politiques d'aujourd'hui.
09:59Vous voyez, comme je suis en plus très diplomate.
10:02Mais nous sommes responsables, oui, effectivement,
10:04à titre collectif de beaucoup d'appauvrissements,
10:06dont l'appauvrissement de l'Afrique, par exemple.
10:08Et je crois qu'il est de notre devoir d'accueillir ces gens-là
10:11et puis d'essayer de faire en sorte
10:13et de construire ensemble un avenir dans lequel eux pourront rentrer.
10:16Parce que figurez-vous que je suis sûr,
10:19puisqu'ils y sont nés, qu'ils seraient très heureux
10:21de pouvoir vivre heureux dans leur pays.
10:23Pour tout oublier
10:26Sauf sa vieille valise
10:28Et sa veste usée
10:31Au fond de la poche
10:34Un peu d'argent pour
10:37Un ticket de train
10:39Allez, sans retour
10:42Allez, sans retour
10:45Sous-titres par Juanfrance