00:07Ils rêvaient de travailler librement et les voici esclaves d'un système qui les exploite.
00:11Aujourd'hui, tous ces jeunes qui veulent travailler se retrouvent complètement piégés.
00:17Les conditions dans lesquelles ils ont commencé chez Uber ne sont plus les mêmes aujourd'hui.
00:22Le rapport n'est pas un rapport de contrat, encore moins un rapport de travailleurs indépendants,
00:27mais ils sont pieds et mains liés avec Uber qui décide de la rémunération, qui décide de la nature du
00:33contrat,
00:34sans qu'eux ne peuvent absolument rien dire.
00:36Donc aujourd'hui, ils en sont à faire des semaines de 60, 70, voire davantage d'heures de travail
00:42pour un salaire horaire de 3,50 euros, 3,15 euros même pour certains,
00:49ce qui est absolument hors loi, hors cadre du point de vue du droit français.
00:56Malgré des pressions de la part d'Uber, plusieurs dizaines de chauffeurs VTC manifestaient ce lundi 16 janvier, place de
01:03la Bastille à Paris.
01:04J'ai été désactivé un jour avant le jour de l'an par rapport aux manifestations,
01:07car je manifeste à visage découvert, ce qui est tout à fait normal.
01:11La problématique, c'est qu'il y a une terreur qui s'est installée au niveau des chauffeurs,
01:14qui fait qu'ils ne peuvent pas venir.
01:15Il y a des mesures disciplinaires et répressives de la part des plateformes,
01:18et ça c'est compliqué, surtout d'Uber.
01:19Bien décidés à obtenir justice de la part du géant américain,
01:23ils ont fondé un syndicat, et avec le soutien de leurs avocats,
01:26ils mobilisent leurs collègues, bien conscients que seule leur action collective fera plier Uber.
01:31Notre volonté aujourd'hui, c'est de mener une action collective,
01:36c'est-à-dire de réunir tous les dossiers,
01:38et qu'on aille en masse devant le Conseil du Prud'homme,
01:41dans des salles d'audience qui soient pleines,
01:43où puissent s'exprimer tous les manquements commis,
01:47et toutes les infractions commises par Uber.
01:50Mais notre deuxième idée, c'est de porter plainte au pénal,
01:53parce qu'il y a un délit qui existe en droit français,
01:57ça s'appelle le travail dissimulé,
01:59et le fait d'employer comme travailleur indépendant,
02:01celui qui en réalité est un salarié,
02:03puisqu'on lui donne des consignes,
02:05on contrôle ses consignes,
02:06et on sanctionne en cas de non-respect,
02:09ça s'appelle du travail dissimulé.
02:10Et notre objectif est donc de traduire les dirigeants Uber
02:13devant le banc du tribunal correctionnel,
02:17pour qu'ils aient à répondre de cette dissimulation, de cette fraude.
02:21Alors, ça ne s'appelle pas escroquerie,
02:23on n'en est pas loin,
02:24mais c'est en tout cas une qualification pénale.
02:26Avec l'appui d'élus de gauche,
02:28ils en appellent aussi à l'État,
02:29pour réglementer le secteur,
02:31et assurer des droits équitables pour tous.
02:33Ça suffit, on ne peut rien faire,
02:35on ne peut rien faire,
02:36l'autorité de la concurrence, l'Europe, machin, etc.
02:38Il faut trouver des solutions.
02:39Aujourd'hui, il y a environ 25 chauffeurs qui sont venus me voir,
02:41qui sont en train de préparer une application chacun de son côté.
02:44Donc chacun dépense 50, 100, 200 000 euros pour une plateforme,
02:47et ce ne sera pas viable derrière,
02:49ce sera compliqué.
02:50Mieux vaut une structure nationale officielle en open source,
02:53qui permettra à tout le monde de travailler.
02:55Et ça, c'est un projet qu'on porte depuis, on va dire, un mois,
02:58et on va essayer de faire en sorte que tout le monde se greffe sur le projet,
03:02pour qu'on puisse avancer.
03:03En se mobilisant, comme ils le font depuis plusieurs semaines,
03:06ils ne font que répéter ce qu'a été l'histoire des luttes en France,
03:09c'est-à-dire qu'on part d'une situation difficile, extrêmement précarisée,
03:14et en se mobilisant, en faisant adhérer l'opinion publique à son mouvement,
03:20comme c'est le cas aujourd'hui des chauffeurs Uber,
03:22on arrive à faire bouger les lignes.
03:24Moi, ce que j'attends du gouvernement,
03:26il vient de nommer un médiateur,
03:27ça veut dire qu'il a quand même pris conscience
03:29qu'il y avait une situation absolument inacceptable,
03:33que des pays qui sont beaucoup moins encadrés
03:36du point de vue du droit du travail,
03:37comme la Californie ou l'Angleterre,
03:42ont vu les chauffeurs gagner devant les tribunaux anglais
03:46ou devant les tribunaux américains
03:47pour remettre Uber ou pas et faire respecter les règles.
03:50Alors, ce serait quand même un paradoxe
03:51que dans un pays comme la France,
03:52on regarde de ce qu'est son droit du travail
03:54et de ce qu'est son histoire,
03:55qu'il n'en soit pas ainsi.