00:01Donald Trump arrive et Barack Obama s'apprête à prononcer son discours d'adieu ce mardi 10 janvier à Chicago.
00:10Quelle est votre appréciation sur le bilan de 8 années présidence d'Obama ?
00:16Il faut bien différencier je pense entre la politique intérieure et la politique extérieure.
00:22Le bilan de politique intérieure est assez catastrophique.
00:26D'ailleurs l'arrivée de Donald Trump, les mis jurés d'Obama et de Hillary Clinton à la présidence, le
00:36prouve d'une certaine manière en soi.
00:38Commençons par la politique intérieure. Pourquoi est-il aussi mauvais ?
00:42La victoire de Trump sanctionne la politique intérieure d'Obama.
00:48Alors pourquoi on en est arrivé là ? Il faut savoir qu'Obama est arrivé aux affaires en 2008, c
00:56'est-à-dire juste après le krach financier de 2007-2008.
01:01Et c'est la méthode Obama qui a consisté à faire face à ce krach en renflouant massivement, en utilisant
01:11l'argent public pour renflouer et réutiliser jusqu'à 800 milliards de dollars.
01:16Je ne sais pas, ça fait 720 ou 730 milliards d'euros pour renflouer les banques, renflouer Wall Street.
01:25Or cette politique-là, sans toucher à tout ce qui avait fait l'emballement, l'enflure financière, tout ce qui
01:38avait nourri l'enflure financière dans la période précédente.
01:42Et donc tout cela a évidemment coûté très très cher et presque, je dirais naturellement, ce sont les classes populaires,
01:57les classes moyennes, jusqu'aux classes moyennes,
01:59qui ont été amenées à payer, qui ont été appelées à payer la facture, à payer la facture de la
02:05crise.
02:06Et en particulier, ce sont les classes populaires qui ont trinqué le plus fort.
02:10Ce sont elles qui avaient souscrit le plus massivement ces emprunts subprimes pour accéder à leur logement,
02:18en particulier dans les milieux noirs, parmi les minorités, les milieux...
02:24Hispaniens, etc.
02:26Et donc ceux-là se sont retrouvés confrontés d'un seul coup à des taux d'intérêt qui ont explosé
02:32quand la valeur de leur maison, compte tenu de la crise immobilière, a chuté.
02:37Bon, je ne respecte pas ce processus terrible qui fait que des millions de personnes,
02:44et plus particulièrement les plus pauvres, ont été frappées de plein fouet.
02:48Il y en a qui se sont retrouvés carrément à la rue, il y en a qui se sont retrouvés
02:50endettés,
02:52sur-endettés pour des périodes très très longues.
02:56Donc il y a ça.
02:57À cela s'ajoute la précarisation des classes moyennes,
03:01parce que les classes les plus populaires ont été encore plus...
03:05Les noirs ont été encore plus ghettoïsées, on le voit avec la réapérition,
03:10sinon on ne comprendrait pas, dans la période, enfin, la fin du deuxième mandat d'Obama,
03:16le ressurgissement de ces ségrégations, de ces discriminations à l'égard des noirs,
03:22c'est aussi directement lié à cela, avec cette série de policiers blancs
03:29qui ont tué des noirs désarmés, ce qui a mis le pays en ébullition.
03:33Mais le plus dur, dans cette facture qui a été réglée,
03:39c'est que cette facture qui a été réglée pour sauver Wall Street,
03:43elle a concerné aussi les classes moyennes.
03:45Et ce sont ces classes moyennes, une classe moyenne, on dit classe ouvrière blanche,
03:51pour résumer les choses, qui ont été soit touchées par la perte de leur emploi,
03:57la désindustrialisation de tout ce qu'on appelle la Rust Belt, l'Amérique industrielle du Nord,
04:02ce sont ceux-là qui ont voté massivement pour Donald Trump.
04:06Et ceux-là aussi, ils ont vu, dans la période, leur pouvoir d'achat baisser.
04:10La contradiction, c'est qu'Obama a été porté par un espoir formidable,
04:14un espoir de justice sociale, un espoir de justice raciale,
04:17je mets le mot « raciale » entre beaucoup de guillemets,
04:20mais compte tenu de l'histoire des États-Unis, ce n'était pas à 20 mots.
04:24Ces espoirs-là ont été fortement, ont été totalement déçus
04:28à cause de cette méthode qui l'a conduit à sauver le système avec l'argent public,
04:37plutôt que d'essayer de chercher une autre voie.
04:42Est-ce que ce n'est pas ce désir de réalisation d'égalité raciale
04:48qui n'a pas réveillé, avec l'arrivée d'Obama au pouvoir,
04:53le démon de racisme classique ?
04:57Non, c'est vrai, on dit souvent ça.
04:59On dit souvent ça, mais l'examen de la réalité.
05:03Imaginons qu'il y ait eu une vraie promotion des classes populaires noires
05:09dans la période Obama, une véritable promotion.
05:13Ce racisme aurait été balayé d'un revers de main.
05:17Non, ce qui a mis en échec Obama sur cet objectif-là,
05:23c'est précisément que ces classes populaires noires,
05:27au début du mandat d'Obama,
05:29ils étaient plus riches qu'à la fin, beaucoup, beaucoup, pas tous,
05:32évidemment, il y a une minorité qui est de classe bourgeoise,
05:37mais une immense majorité qui s'est retrouvée plus pauvre aujourd'hui
05:42qu'à cette époque-là.
05:44Et il faut dire que les inégalités sociales en général
05:48se sont approfondies comme jamais dans le pays.
05:52Et c'est cela qui est à la source du succès de Trump.
05:56Mais n'y a-t-il pas quand même quelques points positifs
05:59dans l'action du président Obama,
06:02comme la réforme de l'assurance maladie, Obama-Coeir ?
06:05Oui, vous avez raison de le souligner, c'est vrai.
06:08C'est une avancée.
06:11Le problème, c'est que là aussi, la méthode Obama
06:13a quelque part entravé cette avancée.
06:18Au lieu de recourir à un système de santé publique,
06:21tel qu'on le connaît sans faire de la France un modèle,
06:24tel qu'on le connaît en Europe,
06:25on connaît des systèmes publics,
06:27il en est resté sous la pression de Wall Street,
06:30sous la pression du lobby des assurances privées,
06:33il en est resté à un système,
06:36il a voulu en rester à un système
06:38totalement piloté par le privé.
06:39Et pour ça, il a en fait subventionné
06:42les plus pauvres, les plus démunis,
06:44pour qu'ils puissent s'acheter des assurances privées.
06:47Résultat, il y a des dysfonctionnements extraordinaires
06:51qui sont apparus, je passe sur les détails,
06:53mais au total, cela a provoqué encore
06:56le mécontentement des classes moyennes,
06:59puisque les salariés des classes moyennes
07:02arrivaient tant bien que mal
07:03à se payer leur assurance privée,
07:06leur assurance santé privée.
07:08Mais avec cette réforme-là,
07:12l'an dernier, l'année de l'élection,
07:15ils ont été confrontés à des augmentations
07:17de leurs primes annuelles de 15 à 25%.
07:20Donc déjà, des gens qui étaient touchés
07:23par la précarisation, par les difficultés,
07:25ont vu leurs primes d'assurance santé
07:27augmenter de 15 à 25%.
07:29Donc, Donald Trump, là-dessus,
07:31qui veut, lui, liquider tout ce qui était,
07:35tout l'aspect progressiste de l'Obamacare,
07:38qui veut liquider totalement l'Obamacare,
07:40qui a déclaré que ce serait l'une
07:41de ses premières interventions,
07:43il a joué sur du velours,
07:45parce que les gens,
07:46les gens étaient,
07:47l'Obamacare était dans certains milieux
07:50très impopulaires à cause
07:52de ces augmentations de primes.
07:54Donc, on vient vers la politique extérieure.
07:57Il y a quand même quelques points positifs
07:59pour rattraper cette politique intérieure
08:04néfaste, si on peut dire.
08:06Oui, c'est pour ça que je veux faire
08:09bien la différence entre politique intérieure
08:11et politique extérieure.
08:12Sur le plan de la politique extérieure,
08:14je pense que d'ici quelques temps,
08:16on risque beaucoup, dans le monde,
08:18de regretter la période Obama.
08:23Donc, Obama a essayé de tenir compte,
08:26de tirer enseignement
08:28de ce qui s'est passé
08:30avec son prédécesseur,
08:31de tout ce qui avait dysfonctionné,
08:34ou plus que dysfonctionné,
08:36de tout ce qui avait eu un impact
08:39extrêmement nocif
08:40sur les relations internationales,
08:42sur le monde,
08:43avec la politique de George W. Bush.
08:45Et en particulier,
08:46cette invasion de l'Irak,
08:49l'invasion de l'Afghanistan avant,
08:50mais l'invasion de l'Irak surtout,
08:52qui a conduit,
08:53qui, bon, la plupart des experts maintenant
08:55le reconnaissent,
08:56c'est cette invasion de l'Irak
08:57qui a conduit à l'émergence
08:59de mouvements islamistes,
09:01comme Al-Qaïda,
09:03qui s'est renforcé dans la région,
09:05et puis surtout,
09:06l'État islamique,
09:08qui a profité de cette...
09:10du vide...
09:11D'estabilisation.
09:12D'estabilisation de l'Irak
09:14et de la Syrie,
09:16pour s'engouffrer dedans.
09:17Et Obama a cherché
09:19à tirer enseignement.
09:21Ça, c'est incontestable.
09:22Il a cherché à tirer enseignement de ça.
09:24Il a organisé
09:27le retrait
09:28des troupes américaines
09:29d'Irak et d'Afghanistan.
09:32Il, et surtout,
09:33il n'a pas cédé
09:34à ses alliés,
09:36certains de ses alliés,
09:37qui lui recommandaient
09:39d'utiliser cette méthode Bush
09:42pour d'autres endroits.
09:44Surtout notre président actuel.
09:46Voilà.
09:47Surtout notre président actuel
09:48en Syrie,
09:49qui a essayé,
09:49qui, il y a deux ans,
09:51a essayé
09:52d'entraîner l'OTAN,
09:55d'entraîner ses alliés,
09:56et en particulier
09:57d'entraîner le plus important
09:58d'entre eux,
09:59sans qui une telle intervention
10:01n'aurait pas été possible,
10:02et qui a essayé
10:03d'entraîner Obama.
10:06Donc, François Hollande
10:06a essayé d'entraîner Obama
10:08dans une aventure militaire
10:10en Syrie,
10:10qui aurait été...
10:12la situation est déjà chaotique,
10:14mais elle aurait été
10:16invraisemblablement...
10:16Y contrôlable.
10:18Voilà.
10:18Invraisemblablement difficile
10:19s'il l'avait faite.
10:22Donc, voilà,
10:23ça, ce sont des...
10:26Des points positifs.
10:27Des points positifs.
10:29Il y en a d'autres.
10:30Moi, je pense,
10:31je pense par exemple
10:32à cette avancée
10:35que constitue aussi
10:37le début de normalisation
10:39des relations
10:41avec Cuba.
10:42C'est aussi,
10:43c'est quelque chose
10:43de complètement nouveau
10:44dans les relations.
10:45Ce qui, là,
10:46c'était...
10:46Les relations,
10:47c'était l'embargo
10:48et le boycott total
10:50de Cuba.
10:52Là,
10:53on n'en est pas encore sortis.
10:55L'embargo est toujours là.
10:57Persiste.
10:57économique est toujours là.
10:58Il doit être levé
10:59par le Congrès
11:02et compte tenu
11:02de la majorité républicaine
11:04du Congrès,
11:04les choses ne sont pas faites.
11:06Mais, bon,
11:07il y a...
11:08L'établissement
11:08de relations diplomatiques.
11:10Autre avancée aussi,
11:11c'est sur...
11:12C'est avec l'Iran,
11:13par exemple.
11:14Obama a été
11:16le promoteur
11:18d'un accord
11:19sur le nucléaire iranien.
11:21Là encore,
11:22avec...
11:23Malgré les freins
11:24de certains de ses alliés
11:26comme la France
11:29qui a...
11:31Même retardé.
11:33Hésité,
11:33retardé l'accord
11:35jusqu'au dernier moment.
11:36Mais, enfin,
11:37Obama est arrivé
11:38à obtenir cet accord
11:39qui est le seul point
11:40de la seule éclaircie
11:42qui vienne
11:43de toute cette région
11:44du Moyen-Orient
11:45aujourd'hui.
11:46Bon,
11:48autre...
11:49Point positif.
11:50Autre point positif
11:52avec l'Iran.
11:53Donc,
11:54la Palestine.
11:56Mais là,
11:57la politique
11:58de Barack Obama
11:59a été extrêmement
12:01timide.
12:02Et pendant tout son mandat,
12:03il n'a jamais osé
12:06comment dire,
12:07mettre en cause
12:09le gouvernement
12:11israélien,
12:12y compris quand c'était...
12:12La politique du gouvernement israélien.
12:13Y compris quand c'était
12:14un gouvernement extrémiste
12:15comme celui
12:15de M. Netanyahou.
12:16Il y a juste,
12:17juste,
12:18à la fin,
12:19à la fin,
12:20à l'extrême limite
12:21de son mandat,
12:22il y a une quinzaine de jours,
12:24il a fait...
12:25Alors qu'il y avait
12:26une résolution
12:27du Conseil de sécurité
12:29qui proposait
12:30de condamner
12:31la colonisation
12:32des territoires
12:33palestiniens
12:34en Cisjordanie
12:35par Israël,
12:36par Israël,
12:38par les colons
12:38israéliens.
12:39et là,
12:41Obama a,
12:42pour la première fois,
12:43a refusé
12:44de mettre
12:45son veto.
12:46C'est-à-dire que...
12:47Il s'est abstenu
12:48pour passer,
12:49pour faire...
12:49Oui,
12:50voilà.
12:50Il n'a refusé
12:51de mettre son veto.
12:52Ce qui est nouveau
12:54dans la politique américaine
12:56puisque jusque-là,
12:56toujours,
12:57quand le partenaire israélien,
13:00entre guillemets,
13:00était mis en cause,
13:01il y avait le veto
13:02américain
13:03systématiquement.
13:04Là,
13:05c'est une nouveauté,
13:06mais bon,
13:07évidemment,
13:08Donald Trump arrive derrière
13:10et il a promis
13:10monts et merveilles
13:11à son partenaire Netanyahou,
13:15son partenaire d'extrême droite
13:17qui est Netanyahou.
13:18Merci beaucoup.