00:01Musique
00:02Victime de son succès, l'exposition pour un musée en Palestine
00:06est prolongée jusqu'à fin avril à l'Institut du Monde Arabe à Paris.
00:10Composée d'oeuvres d'artistes contemporains de renom,
00:13rassemblées par le plasticien Ernest Pinot-Ernest,
00:16cette collection couvre déjà les courants essentiels
00:18de la création contemporaine de ces 50 dernières années.
00:21De l'abstraction avec Lost et Petit au mouvement support-surface avec Vialla,
00:25en passant par la figuration narrative avec Fromanger et Télémaque,
00:29ou la figuration libre avec Di Rosa et Boiron.
00:33La photographie n'est pas en reste avec Cartier-Bresson, Douano, Martine Franck
00:37et plus récemment Cordès, tout comme la bande dessinée
00:41représentée par Tardy, Fernandez ou Titouan Lamazou.
00:45Mais la valeur de cette exposition est aussi celle d'un juste combat
00:48pour la liberté et l'accès à l'art du peuple palestinien.
00:52Nous sommes là dans la salle du sous-sol de l'Institut du Monde Arabe
00:55qui a très généreusement et avec beaucoup de finesse accueilli
01:01les plus de 100 toiles que Ernest Pinot-Ernest et Elias Sambard
01:06ont réunis ensemble depuis un certain nombre d'années
01:10pour constituer le noyau de ce qui va devenir un jour, nous l'espérons,
01:15la collection permanente du musée d'art moderne.
01:18Ernest Pinot-Ernest qui avait déjà fait cette action extraordinaire de solidarité
01:26lorsque l'Afrique du Sud était en pleine lutte contre la Parda
01:30et lorsque les Chiliens ont été expulsés de chez eux
01:33parce qu'il y a eu un coup d'état militaire.
01:35Il avait à deux reprises aidé des artistes qui voulaient manifester leur solidarité
01:41en envoyant des œuvres que lui-même a prises en Afrique du Sud,
01:44a offert à Mandela lorsqu'il a été libéré et pareil au Chili.
01:47Et aujourd'hui, avec l'ambassadeur de Palestine, Elias Sambard, il récidive.
01:53C'est une initiative orientée et animée par le souci de donner à un peuple
02:02qui vit au niveau quotidien un véritable cauchemar, un accès à des choses belles, tout simplement.
02:10Et c'est surtout un geste qui est un pari sur le fait que la vie sera plus forte au
02:18bout du compte
02:18et que ce pays sera libre et que les enfants pourront venir dans ces musées
02:23et enfin pouvoir découvrir ce qui se fait chez eux et ailleurs.
02:28Car cette collection, bien sûr, aujourd'hui, elle est faite d'œuvres d'artistes travaillants en France,
02:33pas tous français, mais ça y est, nous avons lancé l'appel maintenant, nous avons élargi l'appel
02:38et bientôt, j'espère, elle va présenter des œuvres de toute la planète
02:44qui diront la solidarité entre les gens et le souci de parier sur la beauté plutôt que sur la laideur.
02:52L'écoupation est une chose très laide.
02:55Aujourd'hui, ça peut paraître complètement irréel, irréaliste,
02:58vu qu'on veut garder un peu la situation quotidienne sur le terrain et dans le monde,
03:04de se dire, mais ils sont un peu fous de parier sur cela.
03:08Eh bien, nous, nous ne sommes pas fous du tout.
03:10Je crois que c'est le véritable enjeu et je crois que nous allons le porter.
03:15Nous allons le porter jusqu'au bout. Voilà.
03:17Alors, Ernest Pignot, Ernest, qu'est-ce qui vous rend fière de cette collection ?
03:21Déjà, maintenant, alors qu'on n'en est qu'au début,
03:24elle va témoigner de toutes les questions qui se sont posées dans les arts plastiques
03:29depuis ces 40 dernières années.
03:32C'est vraiment des œuvres pour un musée.
03:35C'est vraiment témoigne d'une grande diversité, de sensibilité, de recherche.
03:41Voilà, vraiment.
03:42Et alors, est-ce que le voisinage de grands artistes appelle d'autres grands artistes ?
03:47Une collection, on a l'impression que plus elle est riche, plus elle va le devenir.
03:50C'est bien probable.
03:51C'est-à-dire que le problème, quand on a l'habitude d'œuvrer dans des trucs militants comme ça,
03:59des fois, on sent qu'il y a des réserves parce que c'est vrai qu'on est sollicité toutes
04:04les semaines.
04:05Je veux dire que depuis le début de l'année, si je fais la liste,
04:08depuis le droit au logement, le secours populaire, voilà.
04:11Alors, les artistes, des fois, on peut les réserves.
04:13Ils se demandent dans quel contexte ils vont être.
04:16Là, si on leur dit qu'il y a brûlé le parc à l'entrée, qu'il y a Velikovitch,
04:21qu'il y a le gars,
04:22qu'il y a des pointures, du coup, ça les conforte.
04:26Il y en a, d'ailleurs, je pense, qui vont nous donner des choses maintenant
04:31parce qu'ils auront vu que l'expo tient le coup.
04:33Là, l'exposition est prolongée pendant encore un mois à l'Institut du Monde Arabe.
04:37Quelle est sa prochaine destination ?
04:40Le projet, c'est qu'il vient de se bâtir un musée à Birset, à côté de Ramallah.
04:49Et on va prêter les œuvres pour l'inauguration de ce musée.
04:52D'ailleurs, il y avait le directeur qui était là parmi nous, là.
04:55Et on va prêter les œuvres.
04:57Elles reviendront, hein.
04:58Parce que l'objectif, c'est qu'un jour, le musée soit dans la capitale,
05:03c'est-à-dire dans Jérusalem-Est, quoi, vraiment.
05:05Donc, le prochain voyage, c'est à Ramallah.
05:08Pourquoi elles ne partent pas tout de suite, c'est sans œuvre ?
05:11Parce qu'on n'a aucune garantie qu'elles ne vont pas être confisquées
05:15à un barrage de l'armée militaire ou à une confiscation.
05:18Vous savez, les Israéliens, depuis 50 ans qu'ils occupent la Palestine,
05:22font ce qu'ils veulent avec tout.
05:23Avec les hommes, les femmes, les familles,
05:26mais aussi avec les œuvres d'art, avec les puits d'eau, avec tout.
05:29Et donc, il n'y a aucune garantie, malheureusement.
05:31Mais ce qui est important, c'est que les jeunes Palestiniens
05:35qui n'ont pas la possibilité de quitter les territoires occupés,
05:38d'aller visiter des musées,
05:41premièrement, prennent connaissance de l'histoire de l'art en France, en Europe,
05:45et surtout, sachent qu'il y a des artistes en Europe qui pensent à eux,
05:49qui croient dans leur avenir,
05:50et qui leur envoient à travers leur œuvre une forme de soutien réel
05:55qu'uniquement des artistes peuvent faire, puisque c'est leur art qu'ils donnent.
05:58Et je pense que cette tradition venant d'autres actions,
06:03comme celle-là en Afrique du Sud et au Chili,
06:05montre combien c'est aussi un acte universel de résistance culturelle
06:11pour le droit de tous les peuples à l'art,
06:14à la connaissance de l'art,
06:16et à l'union un peu de toutes ces cultures, quoi qu'elles représentent.
06:21Alors, nous avons eu, il y a plus de 40 ans,
06:25un ambassadeur qui a été malheureusement assassiné à Paris,
06:28qui s'appelait Ezedine Kalak,
06:30qui était un grand ami de Mahmoud Darwish,
06:32que Ernest a joliment peint ici à Ramallah,
06:35qui avait essayé de faire la même chose,
06:37qui avait réuni des grands artistes.
06:41Malheureusement, cette collection a été détruite
06:43dans les bombardements israéliens de Beyrouth,
06:45et vous voyez, on recommence de nouveau,
06:48et on continuera à recommencer jusqu'à la Palestine,
06:50aient le droit à son propre musée,
06:53et parce que les Palestiniens aient le droit
06:55de voir tous leurs amis artistes du monde
06:57leur monter leurs œuvres.