00:02A l'occasion du deuxième anniversaire de l'intervention au Yémen d'une coalition internationale soutenue par la France,
00:09Amnesty International dénonce le rôle ambigu de l'État français dans ce conflit oublié des médias.
00:15A cet effet, huit fausses pierres tombales portant l'inscription « Les civils ne sont pas des cibles » en
00:21arabe et en français,
00:22avaient été installées ce jeudi matin devant le mur de la paix sur le champ de Mars à Paris.
00:27Une action spectaculaire visant à alerter l'opinion.
00:31Il faut savoir que le Yémen, déjà avant, a été le plus pauvre pays de la région.
00:35Alors, depuis le début de ce conflit armé il y a deux ans, la situation est devenue véritablement catastrophique pour
00:41eux.
00:42On est face à 19 millions de personnes qui dépendent de l'aide humanitaire dans le pays,
00:47qui n'ont plus accès aux soins, à l'eau, à la nourriture, il n'y a plus de carburant,
00:56etc.
00:57Il y a trois millions de personnes qui sont déplacées dans le pays également.
01:02Et en plus, c'est les civils qui souffrent évidemment le plus dans ces conflits,
01:07parce qu'ils se trouvent complètement coincés entre les différents partis au conflit qui se combattent.
01:13Donc, il y a des frappes aériennes, il y a des combats au sol entre les fractions pro et anti
01:17-houthis.
01:18Plus, la coalition menée par l'Arabie Saoudite qui bombarde régulièrement les infrastructures civiles,
01:24les hôpitaux, les marchés, les écoles.
01:27Donc, on est face à deux millions d'enfants qui n'ont plus été scolarisés depuis deux ans.
01:31Donc, voilà, on est face à une situation tellement grave qu'il y a une alerte sur une possible famine
01:38qui toucherait le pays.
01:39La communauté internationale ne donne clairement pas assez pour aider ces millions de personnes qui souffrent aujourd'hui au Yémen.
01:47Donc, voilà, ça c'est autre chose que la communauté internationale pourrait faire au lieu de vendre des armes.
01:52On sait qu'aujourd'hui, la Grande-Bretagne et les États-Unis investissent dix fois plus d'argent dans la
01:58vente d'armes
01:59que dans l'aide humanitaire.
02:00Donc, on est face à un grand problème.
02:01La France continue, a priori, à fournir des armes.
02:06En 2015, elle a délivré pour 16 milliards d'euros de licences.
02:09Elle a livré pour 900 millions d'euros d'équipements, rien que pour l'Arabie Saoudite,
02:13sans compter ensuite les autres pays membres de la coalition.
02:16Donc, il y a un soutien militaire.
02:18La question de l'exportation d'armes est absente du débat politique.
02:22Elle n'est pas présente dans les programmes.
02:23Quand on parle d'exportation d'armes, aujourd'hui, ce n'est pas seulement un enjeu politique, économique, stratégique.
02:28Aujourd'hui, vous avez des instruments internationaux, comme le traité sur le commerce des armes,
02:30qui sont autant d'éléments juridiques à prendre en compte, également, dans la décision d'exporter ou non.
02:35Donc, aujourd'hui, on est extrêmement préoccupé, extrêmement inquiet de n'avoir que ce discours présent.
02:39Et ce discours, il est présent et véhiculé par le gouvernement, par le ministère de la Défense.
02:45On vend des armes, on se réjouit du nombre d'emplois créés.
02:49Certes, Amnesty n'est pas contre le commerce des armes.
02:50On est contre la façon dont les armes vont être utilisées et à qui on vend.
02:55Puisque la question, c'est de savoir si ces armes vont se retrouver entre de mauvaises mains.
02:57Et aujourd'hui, avec ce qui se passe au Yémen,
03:00les transferts d'armes de la France à la coalition,
03:03on ne peut que s'inquiéter du fait d'exporter des armes à ce type de pays,
03:07dans un cadre où les civils payent le prix fort.
03:09La France est membre permanente du Conseil de sécurité des Nations Unies
03:13et à la charge de la paix et de la sécurité internationale dans le monde.
03:16Que faisons-nous aujourd'hui pour que la situation change ?
03:18Nous parlons d'une famine dans trois mois qui va atteindre tous ces gens
03:21et qui vont être en état de stress parce que pas d'accès à l'eau,
03:25pas d'accès à des produits alimentaires, pas d'accès à des soins de santé.
03:27Donc oui, il y a une forme de complicité dans une situation qui ne change pas.
03:30C'est ce qui se passe.