00:01Alors voilà que ce qu'on appelle maintenant l'affaire Ferrand, ou disons le cas Ferrand,
00:05ressemble quand même un petit peu maintenant à ce que l'affaire Fillon qui a pollué l'irée
00:10de l'élection présidentielle. Alors les deux affaires ne sont pas les mêmes, on en est bien
00:14d'accord. Mais les systèmes de défense, curieusement, se ressemblent. Non, non, mon
00:21intégrité n'est pas en cause, etc. Bon, on connaît, on entend ça. Le fait est qu'aujourd'hui,
00:27l'ouverture par le parquet d'une enquête, le parquet de presse d'une enquête, tend
00:33un petit peu, un petit peu plus les choses. On ne sait pas du tout où ça va déboucher.
00:37Alors ce qui est un peu étonnant quand même là-dedans, c'est de voir que Emmanuel Macron
00:41qui voulait une présidence jupitérienne, qui semblait installée sur les sommets olympiens
00:46et internationaux, a été un petit peu contraint, mais est-ce que c'est une bonne chose de descendre
00:51au ras du sol, au ras des pâquerettes, pour en appeler, en conseil des ministres, à la
00:56solidarité. C'est un petit peu problématique et on peut penser qu'au fond, cette affaire
01:01Ferrand, où serait une sorte de, presque de péché originel du quinquennat à partir
01:07du moment où les principes rentrent en contradiction avec les faits. Donc voilà, l'affaire Ferrand
01:13est un problème et surtout, elle masque au fond les véritables enjeux de la campagne,
01:19parce que bien sûr, dans ces enjeux, il y a la moralisation de la vie politique, chacun
01:23la souhaite, d'ailleurs les Français sont très majoritairement attachés, mais il
01:27y a aussi la question de la politique qui va être menée. Et là, on assiste quand même
01:32à une chose assez étonnante, c'est qu'en réalité, ces derniers jours, François Baroin,
01:38le chef de file de la droite, s'est déclaré prêt à un co-voturage avec Emmanuel Macron.
01:44On sait que le MEDEF approuve sa politique à partir de la mise en cause du compte pénibilité,
01:51approuve la flexibilité, approuve la remise en cause des acquis sociaux, approuve le
01:55référendum d'entreprise pour passer outre les accords de branche et donc casser le
01:59code du travail. Et curieusement, voilà qu'un certain nombre d'électeurs semblent
02:05prêts à monter dans la même voiture, co-voturer donc avec Emmanuel Macron, François Baroin
02:12et le MEDEF dans les bagages, et on y va et on roule comme ça. Mais c'est quand même
02:17extraordinaire parce que les électeurs qui sont prêts à voter pour Emmanuel Macron,
02:21il n'y a pas mal d'électeurs de gauche. Ces électeurs de gauche qui sont prêts,
02:26dit-on d'après les sondages, à donner une majorité absolue à Emmanuel Macron,
02:31avec, on parle de 320, 350 députés, évidemment ce serait très dommageable pour la démocratie.
02:37Bien sûr, il serait mieux qu'à l'Assemblée, il y aurait une opposition solide et valable.
02:42Mais ces électeurs, où croient-ils aller dans ce co-voiturage ? Où croient-ils que la
02:47voiture les emmène ? Elle les emmène à l'évidence vers plus de flexibilité, vers une mise en cause
02:52des acquis sociaux, vers une hausse de la CSG, etc. Or, ça c'est dit, mais personne au fond
02:57ne le voit. Et on a l'impression un peu pour, disons-le, pour s'amuser, mais un petit
03:02peu pour élargir les choses, qu'on se trouve devant ce que Arthur Schopenhauer, le philosophe,
03:08appelait le voile de Maya, c'est-à-dire le voile de l'illusion qui fait prendre le phénomène
03:13pour les choses. Alors le phénomène, on peut dire, c'est Macron, c'est-à-dire le côté
03:17un petit peu apparition dans le paysage comme une étoile filante et le côté qui est apparu
03:22dans les semaines internationaux, sûrs de lui, etc. Mais la chose, c'est la politique
03:27qui va être menée. Et on a l'impression, comme le disait Schopenhauer, que c'est le
03:33voile de l'illusion qui recouvre les yeux des mortels, dont on ne peut dire s'il est
03:38ou s'il n'est pas, c'est un monde qui ressemble aux rêves, au rayonnement du soleil sur le
03:41sable, où de loin le voyageur croit apercevoir une nappe d'eau. Et bien là, le voile de l'illusion
03:47fait que les électeurs ont sans doute l'impression de voir les phares de la modernité,
03:51là où sont les vieilles lunes du capitalisme.