00:02Parce que finalement, un footballeur, c'est juste quelqu'un qui vit de son travail.
00:09Cidane, c'est lui qui marque les buts.
00:11C'est pas un petit chinois qui court à sa place.
00:16Alors que PDG, ça vit du travail des autres.
00:19Des bénéfices, des dividendes, et puis c'est un métier honnête.
00:24Tu fais travailler des gens, c'est sympa, ça leur fait des petits sous.
00:29Et puis toi, derrière, tu fais ta marge.
00:31De toute façon, je réfléchis.
00:33Soit tu travailles pour eux, soit tu achètes leurs produits.
00:35Alors autant se marier avec...
00:37Audrey Bernon, bonjour.
00:39Bonjour.
00:39Alors on vous rencontre à la sortie de votre spectacle « Comment épouser un milliardaire »
00:43que vous jouez sur la péniche, la nouvelle scène, tous les dimanches, soir, jusqu'à la fin du mois.
00:48Vous jouerez aussi un autre spectacle.
00:50Je crois qu'il y a un jour où c'est prévu que vous jouiez le dimanche 26 juin à
00:5318h.
00:54Vous allez jouer votre tout nouveau spectacle.
00:57Chagrin d'amour.
00:57Chagrin d'amour, voilà.
00:58Alors on va s'intéresser un peu à celui-là quand même.
01:00C'est très étonnant de vous voir comme ça en fausse naïve.
01:04On se demande un peu où est-ce que vous avez appris tout ça, toutes ces théories économiques.
01:09Quelle est votre formation ?
01:10En 2009, quand j'ai eu envie d'écrire ce spectacle sur les inégalités, sur les riches et les pauvres,
01:15j'ai passé beaucoup de temps à la bibliothèque.
01:17Donc j'ai lu les ouvrages déjà à l'époque de Piketty qui parlaient de l'explosion des inégalités.
01:24J'ai lu beaucoup de livres sur Warren Buffett, sur Steve Jobs, comment ils avaient battu leur fortune.
01:29Et aussi sur ceux qui se sont un peu accaparés les richesses publiques, sur le modèle du Mexicain,
01:35Carlos Slim est lu un peu pas mal de Russes et tout ça.
01:38Donc en fait, j'ai passé beaucoup de temps à la bibliothèque.
01:40J'ai lu, toutes les semaines je lisais Challenge.
01:43Dans Challenge, il y a un très bon petit passage où c'est que des chiffres.
01:46Il y a une page très instructive.
01:49C'est là par exemple que j'ai appris que 95% de la population mondiale n'avait jamais pris
01:52l'avion
01:52ou que 80% des gens qui vivent en ville vivent dans des bidonvilles.
01:56Tous ces chiffres, ça m'a permis de découvrir un peu la réalité de l'économie mondiale.
02:02C'était avant la crise des subprimes que j'ai écrit et j'ai commencé à jouer juste après.
02:07Donc c'était une époque où on ne parlait pas trop encore de l'austérité, de la crise.
02:12Et donc au début, les spectateurs disaient que j'exagérais.
02:16Et c'est marrant parce qu'aujourd'hui, il y a presque des gens à la fin qui me disent
02:20que je ne vais pas assez loin.
02:21Donc en 7 ans, ça a beaucoup changé.
02:23C'est vrai que dans tous ces magazines, tous ces journaux,
02:26c'est très sérieux et très propriété des gens que vous voulez épouser dans le spectacle en général d'ailleurs.
02:33Ils donnent des informations, c'est beaucoup de données.
02:36Mais pour avoir une réflexion sur ces données, un esprit critique,
02:40ça, ce n'est pas dans ces magazines-là qu'on le trouve.
02:42Non, mais ça, je pense que c'est dans la vie quotidienne.
02:45C'est le minimum de conscience sociale.
02:47Ce que je dis, je pense que beaucoup de gens le pensent.
02:50Il suffit de marcher dans les rues de Paris, de voir la misère qui, aujourd'hui, s'expose au grand
02:55jour,
02:56bien plus qu'il y a 10 ans d'ailleurs.
02:58Je pense que ce que je dis, c'est...
03:00Peut-être que je mets des images plus claires que ce qu'on peut ressentir,
03:04mais je pense que tout le monde a la même analyse aujourd'hui.
03:08Et puis, quand on voit que les grèves et puis les gens dans la rue, nuit debout, etc.,
03:13c'est arrivé à un point de rupture qui fait que je pense qu'il y a beaucoup de gens
03:17qui sont quand même très d'accord sur cette analyse,
03:20que ces inégalités sont insoutenables.
03:24C'est ridicule.
03:251810 personnes qui possèdent 50% de la richesse mondiale,
03:29ça n'a aucun sens.
03:30Je veux dire, à cause d'eux, on n'a pas d'argent pour les écoles,
03:34pour les hôpitaux, pour l'éducation.
03:37Ils repeignent ces écoles, vous nous dites qu'ils les repeignent, au pinceau.
03:40Donc, vous voyez, quand même, vous êtes un peu injuste, Audrey.
03:43Mais alors, c'est un spectacle, certes, on va dire anticapitaliste,
03:47contre le capitalisme financier,
03:49mais c'est aussi, j'ai trouvé, un spectacle très féministe.
03:52Parce qu'à travers votre...
03:54Vous donnez une image qui nous pousse à réagir, nous, les femmes.
03:56La fille qui veut épouser un milliardaire,
03:59la fille qui trouve normal qu'un homme ne sache pas se servir d'un aspirateur,
04:03qui trouve suspect un homme qui s'y intéresse.
04:06À rebours, vous nous poussez quand même dans nos retranchements.
04:10J'avais besoin d'un personnage pour pouvoir dire tout ça.
04:13Et j'ai trouvé que ce personnage-là incarnait bien les valeurs de l'époque.
04:18Elle a un côté vénal, tout à fait assumé.
04:20Elle ne juge pas ça.
04:23Et les médias, je veux dire,
04:26toute l'époque nous disent que c'est important de gagner de l'argent
04:29et d'être riche.
04:30Et Macron, il a dit, il faut que tout le monde rêve de devenir milliardaire.
04:33Donc voilà, j'ai créé ce personnage de fille
04:35qui a intégré ces injonctions.
04:37Et du coup, elle n'a aucun jugement moral vis-à-vis de ça.
04:40Et elle dit, puisque la chose la mieux au monde,
04:44c'est d'être très très riche,
04:45je vais tout faire pour le devenir.
04:47Après, c'est vrai que, voilà, le côté...
04:51C'est vrai que, par exemple, quand je fais le passage du pole dance,
04:55forcément, je pense à toutes les filles
04:56qui sont obligées de vendre leur corps.
05:01Et c'est vrai qu'il y a peut-être un côté un peu...
05:03Les femmes sont victimes de la misère,
05:06parfois plus que les hommes.
05:08Et en l'occurrence, votre personnage est une victime consentante,
05:11puisqu'elle a décidé de se vendre à durée indéterminée
05:16à quelqu'un qui a de l'argent, beaucoup d'argent.
05:18Oui, oui, je ne sais pas si c'est une victime.
05:20Je ne sais pas si c'est une victime, elle est maligne, quoi.
05:23C'est une vie que vous enviez, la vie de milliardaire ?
05:27Ben oui, j'adore le luxe, j'adore les palaces, j'adore l'avion.
05:31Mais après, je trouve qu'on devrait être 7 milliards à avoir cette vie-là.
05:36Il n'y aurait plus de planètes, à priori.
05:38Il n'y aurait plus de planètes, c'est vrai.
05:39Mais à partir du moment où eux sont les seuls bénéficiaires de ce luxe,
05:45je veux dire, les gens aujourd'hui ne se battent pas pour avoir un jet.
05:48Ils se battent juste pour ne pas avoir moins que ce qu'ils avaient avant.
05:52Et ce que je trouve très injuste, c'est qu'à cause d'eux,
05:56on est obligé de vivre dans la peur du lendemain,
06:01dans la peur de la précarité, dans la peur de la misère.
06:03Alors que c'est à eux que ça profite.
06:07Je veux dire, la destruction de la planète profite uniquement aux grands capitalistes.
06:11Elle ne profite pas, elle ne profite pas à nous, quoi.
06:14Je veux dire, c'est eux qui poussent à cette hyper-production,
06:18cette hyper-consommation.
06:19La Terre est en train de devenir une poubelle à cause d'eux.
06:23C'est pas nous, enfin, c'est à eux que profite le crime et pas du tout à nous, quoi.
06:28Voilà, parce que parfois, on culpabilise les consommateurs,
06:30vous n'avez qu'à pas aller chez Zara, vous n'avez qu'à pas aller.
06:34Sauf que c'est caché, tout ça.
06:36C'est caché et on nous fait croire que c'est bien de consommer.
06:39Même, par exemple, sur l'énergie,
06:41plutôt que prôner les économies d'énergie,
06:44ce qui serait le plus intelligent, je pense,
06:47on fait de la pub pour l'électricité et tout ça,
06:49pour que les gens continuent à consommer de façon...
06:53Enfin, c'est un système étrange, quoi.
06:55Mais bon, j'espère que ça va changer très, très vite.
06:57Vous voyez une issue ?
06:59Je pense que l'issue, c'est soit la destruction de notre espèce
07:05et soit une issue...
07:09Je ne pense pas qu'il y ait deux solutions.
07:11Je ne pense pas que ça va pouvoir continuer comme ça.
07:13Un mot en révolution ?
07:16Ça vous dit quoi ?
07:20Révolution...
07:21Ouais, révolution.
07:22Vous allez nous faire un comment épouser un syndicaliste,
07:24bientôt, ou ce n'est pas prévu ?
07:26En tout cas, c'est grâce aux syndicalistes
07:28qu'il y a eu toutes ces avancées sociales.
07:30On critique beaucoup les syndicats aujourd'hui,
07:32mais la sécurité sociale, les retraites,
07:37tout ça, ça a été, je crois,
07:39grâce au Conseil national de la résistance,
07:40à la sortie de la guerre,
07:41les patrons, les entreprises ont été nationalisées
07:44parce qu'ils avaient collaboré et tout ça.
07:46Et je veux dire, il faut...
07:47Il y avait un rapport de force qui était plus...
07:49Ouais, mais il ne faut jamais oublier
07:51que c'est grâce aux syndicalistes
07:53qu'il y a eu tout ça.
07:54Et par exemple, j'ai appris il n'y a pas très longtemps
07:55que c'est grâce à la CGT des Métallos
07:57qu'il y a eu l'accouchement sans douleur en France.
08:00Donc je trouve que...
08:01Comment ça ? Je ne savais pas.
08:02Alors, dites-nous pourquoi.
08:04Ça, je ne sais plus, mais en tout cas,
08:06c'est grâce à eux, c'est eux qui l'ont amené.
08:07Et du coup, je me dis, voilà,
08:09on est très injustes avec eux,
08:10alors que c'est eux qui ont apporté
08:11toutes ces bonnes choses pour les gens.
08:14Eux, ils se battent juste pour des choses positives.
08:17Et alors qu'il faut toujours se méfier des gouvernements
08:19parce que c'est quand même les gouvernements
08:19qui mettent des gens dans les trains.
08:21Donc ça, je pense que la défiance vis-à-vis des gouvernements,
08:24elle est quand même super saine.
08:26Il ne faut jamais oublier qu'ils ne sont pas de notre côté.
08:31Alors, dernière question à propos de votre nouveau spectacle,
08:33Chagrin d'amour.
08:34Est-ce que c'est la suite ?
08:36Alors, pas du tout.
08:37Ça n'a rien à voir.
08:38C'est sur l'économie du psychisme.
08:40Donc c'est un spectacle qui parle de Freud,
08:43qui parle de toutes les femmes qui sont mortes
08:46à cause d'un chagrin d'amour.
08:47En fait, c'est un spectacle sur le deuil
08:49et sur ce grand mystère
08:53qui est le mystère de la douleur
08:55qui survient après la perte d'un proche et tout ça.
08:58Et donc, c'est un spectacle sur une fille qui ne peut plus jouer.
09:01Elle est censée jouer Fèdre.
09:03Et puis, en fait, elle n'a plus du tout envie de jouer.
09:05Elle n'a plus du tout envie de vivre.
09:06Elle va essayer de savoir comment faire pour ne pas mourir
09:08et comment faire pour ne pas que Fèdre meurt.
09:11Voilà.
09:12Donc c'est une comédie.
09:13C'est un spectacle assez amusant
09:16sur comment on fait pour survivre à un chagrin d'amour.
09:19Apparemment, les salles sont pleines.
09:21Oui, les salles sont pleines.
09:22Mais il y a des milliardaires
09:24qui sont en train de racheter des pâtes dans Paris.
09:26Donc voilà, il y a certaines salles
09:28qui malheureusement ne me sont pas accessibles.
09:32Probablement pas à cause de ça.
09:33Mais voilà, je pense qu'il faut être assez vigilant quand même
09:36parce qu'ils sont en train de s'accaparer
09:38plein de lieux, plein de lieux de culture.
09:40Les journaux, c'est fait.
09:42La télévision, c'est fait.
09:44Mais malheureusement, ils sont en train de s'attaquer au théâtre aussi.
09:46Et je me dis, mais...
09:48À tout ce qui pourrait fermer les esprits, en fait.
09:51C'est ça.
09:52Je n'y avais pas pensé.
09:53Je n'avais pas vu le lien.
09:54Bravo, c'est exactement ça.
09:55Merci de vous faire.
09:56Sous-titrage Société Radio-Canada
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