Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 1 semaine
En fausse ingénue vénale, la comédienne nous livre une analyse féroce du comportement des 1% qui detiennent la richesse mondiale. Si le titre de son spectacle "Comment épouser un milliardaire", évoque une comédie légère, c'est un véritable cours d'économie, et de cynisme que nous dipense, tout en finesse, la belle Audrey, entre exercice de pole danse et essayage de robe de mariée. On se dit que si ce dont elle parle n'était pas tragique, ce serait drôle. Et grace à son talent, durant 1h20 ça l'est !
Toutes les dates : http://audreyvernon.com/

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:02Parce que finalement, un footballeur, c'est juste quelqu'un qui vit de son travail.
00:09Cidane, c'est lui qui marque les buts.
00:11C'est pas un petit chinois qui court à sa place.
00:16Alors que PDG, ça vit du travail des autres.
00:19Des bénéfices, des dividendes, et puis c'est un métier honnête.
00:24Tu fais travailler des gens, c'est sympa, ça leur fait des petits sous.
00:29Et puis toi, derrière, tu fais ta marge.
00:31De toute façon, je réfléchis.
00:33Soit tu travailles pour eux, soit tu achètes leurs produits.
00:35Alors autant se marier avec...
00:37Audrey Bernon, bonjour.
00:39Bonjour.
00:39Alors on vous rencontre à la sortie de votre spectacle « Comment épouser un milliardaire »
00:43que vous jouez sur la péniche, la nouvelle scène, tous les dimanches, soir, jusqu'à la fin du mois.
00:48Vous jouerez aussi un autre spectacle.
00:50Je crois qu'il y a un jour où c'est prévu que vous jouiez le dimanche 26 juin à
00:5318h.
00:54Vous allez jouer votre tout nouveau spectacle.
00:57Chagrin d'amour.
00:57Chagrin d'amour, voilà.
00:58Alors on va s'intéresser un peu à celui-là quand même.
01:00C'est très étonnant de vous voir comme ça en fausse naïve.
01:04On se demande un peu où est-ce que vous avez appris tout ça, toutes ces théories économiques.
01:09Quelle est votre formation ?
01:10En 2009, quand j'ai eu envie d'écrire ce spectacle sur les inégalités, sur les riches et les pauvres,
01:15j'ai passé beaucoup de temps à la bibliothèque.
01:17Donc j'ai lu les ouvrages déjà à l'époque de Piketty qui parlaient de l'explosion des inégalités.
01:24J'ai lu beaucoup de livres sur Warren Buffett, sur Steve Jobs, comment ils avaient battu leur fortune.
01:29Et aussi sur ceux qui se sont un peu accaparés les richesses publiques, sur le modèle du Mexicain,
01:35Carlos Slim est lu un peu pas mal de Russes et tout ça.
01:38Donc en fait, j'ai passé beaucoup de temps à la bibliothèque.
01:40J'ai lu, toutes les semaines je lisais Challenge.
01:43Dans Challenge, il y a un très bon petit passage où c'est que des chiffres.
01:46Il y a une page très instructive.
01:49C'est là par exemple que j'ai appris que 95% de la population mondiale n'avait jamais pris
01:52l'avion
01:52ou que 80% des gens qui vivent en ville vivent dans des bidonvilles.
01:56Tous ces chiffres, ça m'a permis de découvrir un peu la réalité de l'économie mondiale.
02:02C'était avant la crise des subprimes que j'ai écrit et j'ai commencé à jouer juste après.
02:07Donc c'était une époque où on ne parlait pas trop encore de l'austérité, de la crise.
02:12Et donc au début, les spectateurs disaient que j'exagérais.
02:16Et c'est marrant parce qu'aujourd'hui, il y a presque des gens à la fin qui me disent
02:20que je ne vais pas assez loin.
02:21Donc en 7 ans, ça a beaucoup changé.
02:23C'est vrai que dans tous ces magazines, tous ces journaux,
02:26c'est très sérieux et très propriété des gens que vous voulez épouser dans le spectacle en général d'ailleurs.
02:33Ils donnent des informations, c'est beaucoup de données.
02:36Mais pour avoir une réflexion sur ces données, un esprit critique,
02:40ça, ce n'est pas dans ces magazines-là qu'on le trouve.
02:42Non, mais ça, je pense que c'est dans la vie quotidienne.
02:45C'est le minimum de conscience sociale.
02:47Ce que je dis, je pense que beaucoup de gens le pensent.
02:50Il suffit de marcher dans les rues de Paris, de voir la misère qui, aujourd'hui, s'expose au grand
02:55jour,
02:56bien plus qu'il y a 10 ans d'ailleurs.
02:58Je pense que ce que je dis, c'est...
03:00Peut-être que je mets des images plus claires que ce qu'on peut ressentir,
03:04mais je pense que tout le monde a la même analyse aujourd'hui.
03:08Et puis, quand on voit que les grèves et puis les gens dans la rue, nuit debout, etc.,
03:13c'est arrivé à un point de rupture qui fait que je pense qu'il y a beaucoup de gens
03:17qui sont quand même très d'accord sur cette analyse,
03:20que ces inégalités sont insoutenables.
03:24C'est ridicule.
03:251810 personnes qui possèdent 50% de la richesse mondiale,
03:29ça n'a aucun sens.
03:30Je veux dire, à cause d'eux, on n'a pas d'argent pour les écoles,
03:34pour les hôpitaux, pour l'éducation.
03:37Ils repeignent ces écoles, vous nous dites qu'ils les repeignent, au pinceau.
03:40Donc, vous voyez, quand même, vous êtes un peu injuste, Audrey.
03:43Mais alors, c'est un spectacle, certes, on va dire anticapitaliste,
03:47contre le capitalisme financier,
03:49mais c'est aussi, j'ai trouvé, un spectacle très féministe.
03:52Parce qu'à travers votre...
03:54Vous donnez une image qui nous pousse à réagir, nous, les femmes.
03:56La fille qui veut épouser un milliardaire,
03:59la fille qui trouve normal qu'un homme ne sache pas se servir d'un aspirateur,
04:03qui trouve suspect un homme qui s'y intéresse.
04:06À rebours, vous nous poussez quand même dans nos retranchements.
04:10J'avais besoin d'un personnage pour pouvoir dire tout ça.
04:13Et j'ai trouvé que ce personnage-là incarnait bien les valeurs de l'époque.
04:18Elle a un côté vénal, tout à fait assumé.
04:20Elle ne juge pas ça.
04:23Et les médias, je veux dire,
04:26toute l'époque nous disent que c'est important de gagner de l'argent
04:29et d'être riche.
04:30Et Macron, il a dit, il faut que tout le monde rêve de devenir milliardaire.
04:33Donc voilà, j'ai créé ce personnage de fille
04:35qui a intégré ces injonctions.
04:37Et du coup, elle n'a aucun jugement moral vis-à-vis de ça.
04:40Et elle dit, puisque la chose la mieux au monde,
04:44c'est d'être très très riche,
04:45je vais tout faire pour le devenir.
04:47Après, c'est vrai que, voilà, le côté...
04:51C'est vrai que, par exemple, quand je fais le passage du pole dance,
04:55forcément, je pense à toutes les filles
04:56qui sont obligées de vendre leur corps.
05:01Et c'est vrai qu'il y a peut-être un côté un peu...
05:03Les femmes sont victimes de la misère,
05:06parfois plus que les hommes.
05:08Et en l'occurrence, votre personnage est une victime consentante,
05:11puisqu'elle a décidé de se vendre à durée indéterminée
05:16à quelqu'un qui a de l'argent, beaucoup d'argent.
05:18Oui, oui, je ne sais pas si c'est une victime.
05:20Je ne sais pas si c'est une victime, elle est maligne, quoi.
05:23C'est une vie que vous enviez, la vie de milliardaire ?
05:27Ben oui, j'adore le luxe, j'adore les palaces, j'adore l'avion.
05:31Mais après, je trouve qu'on devrait être 7 milliards à avoir cette vie-là.
05:36Il n'y aurait plus de planètes, à priori.
05:38Il n'y aurait plus de planètes, c'est vrai.
05:39Mais à partir du moment où eux sont les seuls bénéficiaires de ce luxe,
05:45je veux dire, les gens aujourd'hui ne se battent pas pour avoir un jet.
05:48Ils se battent juste pour ne pas avoir moins que ce qu'ils avaient avant.
05:52Et ce que je trouve très injuste, c'est qu'à cause d'eux,
05:56on est obligé de vivre dans la peur du lendemain,
06:01dans la peur de la précarité, dans la peur de la misère.
06:03Alors que c'est à eux que ça profite.
06:07Je veux dire, la destruction de la planète profite uniquement aux grands capitalistes.
06:11Elle ne profite pas, elle ne profite pas à nous, quoi.
06:14Je veux dire, c'est eux qui poussent à cette hyper-production,
06:18cette hyper-consommation.
06:19La Terre est en train de devenir une poubelle à cause d'eux.
06:23C'est pas nous, enfin, c'est à eux que profite le crime et pas du tout à nous, quoi.
06:28Voilà, parce que parfois, on culpabilise les consommateurs,
06:30vous n'avez qu'à pas aller chez Zara, vous n'avez qu'à pas aller.
06:34Sauf que c'est caché, tout ça.
06:36C'est caché et on nous fait croire que c'est bien de consommer.
06:39Même, par exemple, sur l'énergie,
06:41plutôt que prôner les économies d'énergie,
06:44ce qui serait le plus intelligent, je pense,
06:47on fait de la pub pour l'électricité et tout ça,
06:49pour que les gens continuent à consommer de façon...
06:53Enfin, c'est un système étrange, quoi.
06:55Mais bon, j'espère que ça va changer très, très vite.
06:57Vous voyez une issue ?
06:59Je pense que l'issue, c'est soit la destruction de notre espèce
07:05et soit une issue...
07:09Je ne pense pas qu'il y ait deux solutions.
07:11Je ne pense pas que ça va pouvoir continuer comme ça.
07:13Un mot en révolution ?
07:16Ça vous dit quoi ?
07:20Révolution...
07:21Ouais, révolution.
07:22Vous allez nous faire un comment épouser un syndicaliste,
07:24bientôt, ou ce n'est pas prévu ?
07:26En tout cas, c'est grâce aux syndicalistes
07:28qu'il y a eu toutes ces avancées sociales.
07:30On critique beaucoup les syndicats aujourd'hui,
07:32mais la sécurité sociale, les retraites,
07:37tout ça, ça a été, je crois,
07:39grâce au Conseil national de la résistance,
07:40à la sortie de la guerre,
07:41les patrons, les entreprises ont été nationalisées
07:44parce qu'ils avaient collaboré et tout ça.
07:46Et je veux dire, il faut...
07:47Il y avait un rapport de force qui était plus...
07:49Ouais, mais il ne faut jamais oublier
07:51que c'est grâce aux syndicalistes
07:53qu'il y a eu tout ça.
07:54Et par exemple, j'ai appris il n'y a pas très longtemps
07:55que c'est grâce à la CGT des Métallos
07:57qu'il y a eu l'accouchement sans douleur en France.
08:00Donc je trouve que...
08:01Comment ça ? Je ne savais pas.
08:02Alors, dites-nous pourquoi.
08:04Ça, je ne sais plus, mais en tout cas,
08:06c'est grâce à eux, c'est eux qui l'ont amené.
08:07Et du coup, je me dis, voilà,
08:09on est très injustes avec eux,
08:10alors que c'est eux qui ont apporté
08:11toutes ces bonnes choses pour les gens.
08:14Eux, ils se battent juste pour des choses positives.
08:17Et alors qu'il faut toujours se méfier des gouvernements
08:19parce que c'est quand même les gouvernements
08:19qui mettent des gens dans les trains.
08:21Donc ça, je pense que la défiance vis-à-vis des gouvernements,
08:24elle est quand même super saine.
08:26Il ne faut jamais oublier qu'ils ne sont pas de notre côté.
08:31Alors, dernière question à propos de votre nouveau spectacle,
08:33Chagrin d'amour.
08:34Est-ce que c'est la suite ?
08:36Alors, pas du tout.
08:37Ça n'a rien à voir.
08:38C'est sur l'économie du psychisme.
08:40Donc c'est un spectacle qui parle de Freud,
08:43qui parle de toutes les femmes qui sont mortes
08:46à cause d'un chagrin d'amour.
08:47En fait, c'est un spectacle sur le deuil
08:49et sur ce grand mystère
08:53qui est le mystère de la douleur
08:55qui survient après la perte d'un proche et tout ça.
08:58Et donc, c'est un spectacle sur une fille qui ne peut plus jouer.
09:01Elle est censée jouer Fèdre.
09:03Et puis, en fait, elle n'a plus du tout envie de jouer.
09:05Elle n'a plus du tout envie de vivre.
09:06Elle va essayer de savoir comment faire pour ne pas mourir
09:08et comment faire pour ne pas que Fèdre meurt.
09:11Voilà.
09:12Donc c'est une comédie.
09:13C'est un spectacle assez amusant
09:16sur comment on fait pour survivre à un chagrin d'amour.
09:19Apparemment, les salles sont pleines.
09:21Oui, les salles sont pleines.
09:22Mais il y a des milliardaires
09:24qui sont en train de racheter des pâtes dans Paris.
09:26Donc voilà, il y a certaines salles
09:28qui malheureusement ne me sont pas accessibles.
09:32Probablement pas à cause de ça.
09:33Mais voilà, je pense qu'il faut être assez vigilant quand même
09:36parce qu'ils sont en train de s'accaparer
09:38plein de lieux, plein de lieux de culture.
09:40Les journaux, c'est fait.
09:42La télévision, c'est fait.
09:44Mais malheureusement, ils sont en train de s'attaquer au théâtre aussi.
09:46Et je me dis, mais...
09:48À tout ce qui pourrait fermer les esprits, en fait.
09:51C'est ça.
09:52Je n'y avais pas pensé.
09:53Je n'avais pas vu le lien.
09:54Bravo, c'est exactement ça.
09:55Merci de vous faire.
09:56Sous-titrage Société Radio-Canada
10:02Sous-titrage Société Radio-Canada

Recommandations