00:04Patrick Appel-Muner, bonjour. Vous êtes donc le directeur de la rédaction de l'Humanité.
00:10Quelle est votre première réaction à ces résultats du premier tour de l'élection présidentielle
00:15et quelles leçons y aurait-il à tirer de ce scrutin ?
00:18La première chose, évidemment, de nombreux gens l'ont noté, c'est le fait que Marine Le Pen soit au
00:25second tour.
00:25Et nombreux électeurs vont y être sensibles et se mobiliser pour la faire battre.
00:32La deuxième chose, c'est le très bon score de Jean-Luc Mélenchon, un score auquel ont contribué des forces
00:37larges,
00:38non seulement les insoumis, mais les communistes, et d'ailleurs dans les villes communistes,
00:42qui les plaçaient en tête de tous les candidats dans la plupart des cas.
00:47Et ainsi se reconstruit une perspective d'espoir.
00:50Tout cela s'est constitué quand même à l'issue d'une séquence politique.
00:54On a parlé parfois d'une folle campagne, je ne crois pas que ce soit une folle campagne,
00:57je crois au contraire que les Français ont cherché dès le début à éliminer ceux qui avaient une responsabilité lourde
01:04dans la situation qu'ils vivent, dans les difficultés qu'ils connaissent.
01:08Vous vous rappelez, premier épisode, Nicolas Sarkozy est éliminé de la primaire de droite,
01:14puis François Hollande n'est pas capable de se présenter devant l'hostilité de l'opinion,
01:19puis Manuel Valls éliminé également de la primaire socialiste,
01:24et enfin François Fillon ne passe pas le premier tour,
01:31et puis Benoît Hamon, c'est un peu injuste parce qu'il avait fait une campagne
01:36qui marquait des différences assez fortes avec le quinquennat Hollande,
01:40et bien Benoît Hamon paye le bilan du Parti socialiste pendant ces années-là.
01:46Donc ils ont voulu dégager d'une certaine manière le terrain.
01:50Nombreux électeurs ont également été préoccupés d'empêcher François Fillon et Marine Le Pen d'être au second tour,
01:58ils ont cru habile tactiquement de voter Emmanuel Macron,
02:01je crois d'ailleurs que ça ne met pas en cause pour un certain nombre d'entre eux leurs engagements
02:05de gauche,
02:06ils auront, je le crains, à regretter assez vite leur vote,
02:10parce qu'Emmanuel Macron c'est l'homme des financiers,
02:13c'est l'homme que les marchés financiers ont choisi de mettre en selle pour perpétuer leur domination,
02:18accélérer la mise en cause des acquis sociaux,
02:21et qu'il ne renoncera pas à cette politique.
02:24Mais bien entendu, devant la présence de Marine Le Pen au second tour,
02:29avec la politique de haine, de discrimination,
02:32cette politique de division entre les habitants de notre pays qu'elle veut mettre en place,
02:36la mise au pas de la culture,
02:38les menaces aussi qu'elle fait peser sur la paix,
02:39alors qu'on sait que des gens comme Poutine, Erdogan et Trump sont au pouvoir,
02:47et font peser des menaces sur la paix du monde,
02:50et puis est-ce que vous imaginez Marine Le Pen représenter la France à l'ONU,
02:54alors qu'elle est porteuse de tant de racisme et de haine entre les peuples ?
02:59Je crois que les électeurs vont tout naturellement lui faire barrage au second tour.
03:06Je pense que ça leur coûtera quelques fois de mettre dans l'urne le butin de vote d'Emmanuel Macron,
03:12puisque ce sera le seul moyen,
03:13mais surtout ils auront à voir comment, dans la période qu'il vient,
03:17aux élections législatives,
03:18en élisant des députés capables à la fois de résister à la vague libérale,
03:24mais aussi aux discours racistes, aux pulsions sécuritaires que porte Marine Le Pen,
03:29et puis ensuite dans les luttes quotidiennes,
03:30les luttes quotidiennes pour l'égalité, pour la justice,
03:33pour des progrès sociaux, contre des discriminations, pour la fraternité.
03:37Je crois que ce sont autant de combats qui devront mobiliser plus largement
03:40ceux qui ne voulaient pas et qui ne veulent pas de Marine Le Pen à la présidence de la République.
03:45Alors justement, Emmanuel Macron,
03:47là où je vous contundirais peut-être un petit peu sur le dégagisme,
03:50c'est qu'il fait partie du gouvernement sortant, Emmanuel Macron,
03:54et il a été porté en tête de cette élection.
03:56Mais est-il capable, aux législatives, de rassembler une majorité derrière lui ?
04:02Je crois que c'est une autre paire de manches, effectivement,
04:05et les électeurs ont la possibilité, là, d'affirmer des choix sur la politique
04:10qu'ils veulent voir conduite.
04:12Ils ont, effectivement, pour un bon nombre d'entre eux,
04:15cru qu'Emmanuel Macron représenterait un renouvellement,
04:21il relookait un peu la politique de François Hollande,
04:25mais sur le fond, quand on lit son programme,
04:28on s'en aperçoit très rapidement, il veut l'aggraver.
04:31Et donc, je pense que les électeurs auront à cœur de désigner des députés.
04:39Les députés communistes, Front de Gauche,
04:41ont fait la preuve de leur efficacité,
04:43de leur détermination pendant tout le combat contre la loi travail, par exemple,
04:48une loi dont Emmanuel Macron était l'inspirateur.
04:52Ils ont fait aussi preuve de beaucoup de détermination
04:55contre la mise en cause de l'identité nationale pour les binationaux,
05:03qui était un des projets qui était mis en place,
05:06mis en projet, en tout cas, au moment des attentats.
05:09Je crois qu'ils sauront trouver des députés qui savent les défendre.
05:14Merci Patrick Appelmuller.