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  • il y a 3 semaines
Pour ses 25 ans, comme nous l’explique son fondateur François Campana, le dispositif national « Passeurs d’images » réunit tous les passionnés de cinéma, amateurs, professionnels, anciens du réseau pour voir des films, échanger, partager et faire la fête les 17, 18 et 19 novembre 2016 au Centquatre à Paris. Nouveauté cette année : les ateliers « EN JEU » gratuits et ouverts à tous durant lesquels le public, les jeunes et de tous les professionnels mobilisés à cette occasion, pourront s’essayer à la caméra, à la modélisation, au détournement d’affiches et même au Mashing, grâce à la géniale invention de Romuald Beugnon !

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Transcription
00:02François Campana bonjour. Bonjour. Alors on fête les 25 ans de passeurs d'image,
00:07quelle est la genèse de ce dispositif ? Au passeur d'image, d'abord au départ ça s'appelait
00:11un été au ciné, donc on a fait des actions dans les quartiers dits difficiles pour les
00:16jeunes dits difficiles en 1991. En gros il s'agissait de répondre aux émeutes de
00:24Vos Envelin à l'époque, tout ça demandé par la chef du gouvernement Edith Cresson à l'époque
00:29pour qu'on y fasse des choses. Et bon, puis petit à petit c'est devenu un gros dispositif
00:36qui travaille maintenant sur 450 villes à peu près, qui fait tout un tas d'actions très
00:42très différentes. Notre travail fondamental a été de réfléchir à ce que ça veut dire
00:47l'éducation à l'image. Et dès le départ on est parti sur l'idée qu'il fallait voir
00:51des films, mais aussi apprendre à en faire. Comme on est envahi d'images, on ne peut
00:57pas restreindre cette éducation aux simples professionnels ou aux spécialistes. Donc
01:05il faut que ça soit pour tout le monde. Donc là on est effectivement dans l'idée
01:08d'éducation populaire évidente. Mais après se poser la question effectivement, est-ce
01:15que apprendre à faire les images c'est seulement en discuter avec le réalisateur ? Et on a très
01:21très vite compris en fait qu'il fallait que l'on construise les images pour comprendre
01:25ce que voulaient dire aussi les réalisateurs. L'un ne va pas sans l'autre. Alors voir
01:30faire et puis bien évidemment réfléchir. Est-ce qu'il y a des choses qui ont vraiment
01:33changé dans le rapport des jeunes particulièrement aux images ?
01:37Ah bah évidemment tout a changé. La question c'est qu'ils sont nés avec les images, ils
01:41sont nés avec les réseaux sociaux maintenant et qu'ils ont une manière de pratiquer ces choses-là.
01:46Alors quand on a commencé en 91, on faisait des ateliers de grattage sur pellicule. Après
01:52on est passé à la vidéo, après on est passé au numérique, après on est passé aux caméras
01:58de poche, au téléphone portable. On fait maintenant des ateliers avec du mash-up.
02:05Alors le mash-up en anglais, tout mash-up ça veut dire faire de la purée. Alors bien sûr
02:09ce n'est pas un atelier de cuisine, c'est un atelier de cinéma. Parce qu'en art, faire un
02:13mash-up, c'est créer une nouvelle oeuvre à partir de tronçons d'oeuvres existantes.
02:19Et là, en l'occurrence, on va faire une purée de cinéma. On va prendre des morceaux
02:22de films, les mélanger et créer un nouveau film.
02:26En fait vous allez faire du montage ?
02:27Tout simplement. Et comme je suis un garçon assez basique, on m'a dit pour faire du montage
02:31il faut une table de montage. Moi j'ai fabriqué une vraie table avec quatre pieds et un plateau.
02:35Mais c'est une table un peu magique.
02:37Un peu magique. Alors il va falloir nous expliquer pourquoi elle est magique.
02:41Elle est magique parce qu'on n'utilise pas d'ordinateur. Ce que je viens de dire est
02:44un gros mensonge, l'ordinateur est juste là, mais on n'a pas l'impression d'utiliser
02:47un ordinateur. On n'utilise pas un clavier, une souris. Ce n'est même pas du tactile
02:50où on toucherait des objets virtuels avec les doigts. C'est une interface où on utilise
02:55des objets réels, des objets qu'on peut toucher. En l'occurrence, ce sont des cartes
02:59comme ceci, qu'on peut toucher, qu'on peut manipuler, qu'on peut échanger, qu'on peut
03:03déchirer si on ne les aime pas. Et en fait on essaie de retrouver ce que moi j'ai appris
03:08quand j'appris à faire du cinéma, c'est le plaisir de toucher des images. Quand on
03:11montait des films en 35 mm avec de la pellicule, on avait un rapport physique aux choses qu'on
03:16a perdu avec l'ordinateur.
03:17Dans un contexte d'éducation à l'image, est-ce que ça a vraiment un intérêt ?
03:21C'est un intérêt très fort, c'est qu'en quelques minutes, on peut apprendre à des
03:25élèves ce qu'est le montage en tant que langage. Moi j'avais fait beaucoup d'ateliers
03:30de montage en utilisant les logiciels professionnels qu'on connaît tous comme Final Code
03:34ProAvid, etc. Et ce que moi je constatais, c'est que les enfants, les élèves faisaient
03:40des films de montage, en fait, ils faisaient des films d'ordinateur. Ils étaient très
03:43préoccupés sur comment comprendre comment fonctionne le logiciel, en explorer toutes les possibilités
03:48et ne se posaient plus les questions de récits. Qu'est-ce que je veux dire avec ces images-là
03:51?
03:52Qu'est-ce qu'elles me racontent à moi ? Et ils n'étaient pas là-dedans parce qu'ils
03:55étaient trop préoccupés par la haute technicité du logiciel. Donc j'ai cherché des logiciels
04:00plus simples, il n'y en avait pas. J'ai décidé de créer, de créer aussi avec une interface
04:04où on a un rapport physique avec les choses. Vous avez vu, je parle beaucoup avec les mains
04:08et je pense qu'on réfléchit mal assis sur une chaise à juste faire clic clic. On a besoin
04:13d'utiliser ses mains pour réfléchir. On réfléchit mieux avec son corps et avec ses mains.
04:16Donc c'est de prendre une carte. Vous voyez par exemple ici j'ai la carte horloge. Quand je
04:19la pose sur la table, la vidéo qui correspond s'affiche à l'écran. Donc là c'est un plan.
04:26Vous voyez, ça m'indique le plan numéro 1. Je vais en prendre une deuxième. Là c'est
04:30quelqu'un qui joue de la guitare. Donc je la vois en entier. Et là vous voyez, plan
04:371, plan 2. À partir du moment où je commence à avoir deux plans, je peux commencer à faire
04:40du montage, c'est-à-dire choisir un ordre. Donc là je vais mettre par exemple en premier
04:44le guitariste. Et là on va trouver une troisième image. Voilà, un cœur brisé. Donc là j'ai
04:53mis trois plans, mais évidemment je pourrais en mettre autant que je veux. Disons au plus
04:5925 ou 36 suivant si on arrive à aller mettre film minutieusement sur la table. Et là pour
05:04monter le film, je ne vais pas utiliser un ordinateur, je vais simplement utiliser la carte montée.
05:07Donc en posant la carte montée, tout de suite, ça m'enchaîne le plan numéro 1, le plan
05:15numéro 2 et le plan numéro 3. Donc là je vais enlever les images. Ça y est, elles sont enregistrées.
05:22Je vais chercher du son. Alors en son, je peux avoir par exemple de la musique. J'ai des
05:26boucles musicales. Plus c'est haut, plus c'est fort. Si j'en mets deux, elles se mélangent.
05:38Là ça ce sont les musiques. J'ai aussi des bruitages. Et j'ai aussi, là je ne peux pas
05:44le prendre
05:45parce que j'ai déjà votre micro à la main, un micro qui permet d'enregistrer sa voix par-dessus
05:48les images. Si j'étais satisfait de ce chef-d'oeuvre du 7e art, je pourrais le sauver avec la
05:54carte
05:54sauvée comme ceci. Là ça rediffuse mon film et il est enregistré sur l'ordinateur. Je
05:59peux le récupérer sur clé USB, repartir avec, le mettre sur YouTube, faire ce que je veux.
06:02Mais où est-ce qu'ils sont archivés ces films ? Parce que c'est vrai que souvent les
06:05quartiers populaires, les bidonvilles, tous ces lieux-là n'ont pas de mémoire.
06:08Donc chaque structure dans les 27 régions capitalise ces images. Ensuite il y a les
06:15cinémathèques régionales, il ne faut pas oublier. Et puis nous on a déposé tous les
06:19films à la BNF. Donc ça sera, ça est accessible aux sociologues, surtout aux chercheurs parce
06:27que je pense que c'est important de voir des films de 1991 et de réfléchir à la manière
06:33dont les jeunes pouvaient voir ça. Par exemple on a un gros panel de films qui ont été faits
06:39sur la déconstruction des tours. C'est des gens qui regardent l'implosion d'une tour et
06:46voilà c'est un vieil ouvrier qui est là, c'est toute sa vie qui se casse.
06:51Merci beaucoup François. Il n'y a pas de souci, merci.
07:04Merci.
07:05Merci.
07:06Merci.
07:08Merci.

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