Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 21 heures
Au fond de la cour pavée de la cité artisanale, rue Daguerre à Paris, la galerie Corinne Bonnet présente la bibliothèque de Babylone. Une exposition concoctée par Pacôme Thiellement pour laquelle il a demandé à une vingtaine d’artistes de créer une œuvre originale illustrant la couverture de livres imaginaires ou disparus. Une occasion rare de voir réunis les travaux de Scott Batty, Arnaud Baumann, Stéphane Blanquet, Captain Cavern, Olivia Clavel, Lucie Dobaria, Sandra Ghosn, Killoffer, Mattt Konture, Philippe Lagautrière, Yann Legendre, Bertrand Mandico, Jean-Christophe Menu, Muzo, Pascal, Thomas Perino, Kiki Picasso, Placid et Aline Zalko.

Jusqu'au 15 juillet à la galerie Corinne Bonnet, 63 rue Daguerre, 75014 Paris.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:02Au fond de la cour pavée de la cité artisanale, Rue d'Aguerre, à Paris,
00:07la galerie Corinne Bonnet présente la Bibliothèque de Babylone,
00:11une exposition concoctée par Paco M. Tillman,
00:14pour laquelle il a demandé à une vingtaine d'artistes de créer une œuvre originale
00:19illustrant la couverture de livres imaginaires ou disparus.
00:23Une occasion rare de voir réunis les travaux de Scott Batty,
00:27Arnaud Beaumann, Stéphane Blanquet, Captain Caverne, Olivia Clavel,
00:34Lucie Dobaria, Sandra Gossen, Kilofer, Matt Contur,
00:41Philippe Lagautrière, Yann Le Gendre, Bertrand Mandicot,
00:46Jean-Christophe Menu, Musso, Pascal, Thomas Perrineau,
00:52Kiki Picasso, Placide et Aline Zalco.
00:56En fait, c'est quasiment une déclaration d'amour que j'ai faite à Paco M.
01:01J'ai rencontré Paco M il y a quelques années maintenant,
01:04dans le cadre d'expositions d'artistes qu'il aimait, il est venu, etc.
01:09Il a fait des dédicaces de livres.
01:11Et un jour, je lui ai tout simplement dit que sous le charme de ses livres,
01:18du souffle de ce qu'il a écrit, qui est à la fois extrêmement érudit,
01:22on ne lâche pas les livres de Paco M, et en même temps, jamais aucune pédanterie,
01:26toujours une espèce d'humanité qui irradie comme ça le monde qui fait du bien.
01:30Et une grande profondeur aussi.
01:32Je lui ai dit, j'ose te proposer une carte blanche.
01:35Et il l'a tout de suite acceptée.
01:36Donc on est parti comme ça, dans cette aventure de la Bibliothèque de Babylone.
01:40En fait, l'idée, c'était de travailler sur des livres qui ont été soit perdus,
01:44soit détruits, soit simplement fantasmés par leur auteur.
01:47Quand Corinne Bonnet m'a proposé de faire, c'est un mot que je déteste,
01:51commissariat, mais donc organisation ou proposition d'exposition dans sa galerie,
01:57j'estimais que je devais travailler un petit peu cette fois-ci.
02:00Pas juste commanditer des œuvres à des artistes qui devraient, eux, faire tout le boulot,
02:04et moi, rester peinard, juste attendre et regarder.
02:07Donc je me suis dit, très bien, travaillons sur des livres dont on ne sait pas grand-chose,
02:12essayons de trouver le maximum d'informations sur eux,
02:16et réalisons au moins des textes qui présentent ces livres-là.
02:19Et pour chaque livre, demandez à un de mes artistes préférés
02:22une image qui aurait pu servir de couverture à ce livre,
02:25qui pourrait servir de couverture à ce livre si on venait à le retrouver.
02:28C'était un peu comme une sorte de jeu.
02:32Au départ, je leur ai envoyé une lettre pour leur demander
02:35s'ils étaient d'accord sur le principe de l'exposition,
02:37s'ils étaient d'accord pour se voir attribuer un livre
02:40et faire la couverture de ce livre.
02:42Ils ont accepté, et après, je leur ai renvoyé le titre du livre
02:48et ce qu'on en savait.
02:50Mais en fait, chaque livre a été choisi en fonction aussi d'un artiste.
02:55Disons que le choix des artistes est fait en même temps que le choix des livres.
02:58L'expo est protégée par deux œuvres de deux artistes
03:01qui ont fait énormément de couverture dans leur vie,
03:03au moins 300 chacun, qui sont Kelec et Nicolet.
03:07Donc, j'ai pu avoir par Nicolet une œuvre de Kelec et une œuvre de Nicolet,
03:12qui fonctionnent comme des anges supplémentaires à l'ange de la galerie.
03:17Et l'expo est également accompagnée par deux textes,
03:20l'un sur les livres perdus de François Angéliet
03:23et l'un sur l'art de la couverture de Jean-Pierre Dionnet.
03:25Des livres qui n'ont pas été écrits, qui ont juste été rêvés.
03:29Donc ça, c'est vraiment une très belle idée, très poétique.
03:33Donc voilà, moi, il m'a...
03:34Choisir Rimbaud en plus, c'est cool, c'est très beau.
03:38Donc voilà, bien sûr, tout de suite, j'ai accepté.
03:41Votre œuvre est derrière vous ? Est-ce que vous pouvez nous en dire un mot ?
03:44C'est un peu Rimbaud-Tintin, qui est sur le fleuve.
03:51Qui était un peu une couverture de Tintin, c'est pour ça.
03:54D'ailleurs, il y a le fantôme de Tintin derrière, qui est là.
03:59Et Rimbaud, avec une pagaie qui est vivante.
04:05Le fleuve est déjà très scintillant et bizarre.
04:08Donc là, il y a un esprit qui le suit.
04:10Justement, il y a la chasse spirituelle.
04:12Il y a l'esprit d'une fée aussi qui est là.
04:15Puis tous les petits esprits dans le bois.
04:17Mais il y a quand même un chat, parce que moi, j'aime les chats.
04:20Et voilà, donc c'est ça.
04:22Dans des forêts un peu magiques et mystérieuses.
04:26Vous disiez que vous étiez contentes qu'on vous ait choisi Rimbaud.
04:29Pourquoi ? Vous avez quel rapport avec ce poète ?
04:31J'aime beaucoup Rimbaud.
04:32C'est pas...
04:33Si c'est un des poètes préférés, c'est peut-être pas le plus.
04:36Mais si, il fait partie quand même du...
04:38C'est le poète ado, vraiment, qui a écrit que quand il avait 16 ans.
04:43Et après, plus jamais.
04:46Et des poésies qui sont encore toujours là, qui sont toujours merveilleuses.
04:50Donc c'est sûr que c'est un grand poète français.
04:54Et justement, je suis fière d'être française pour ça.
04:56Grâce à des gens comme Rimbaud, Baudelaire, Genet, Desnos et plein d'autres.
05:03Là, il y a un bon côté de la France.
05:05Il n'y a pas que la France qui craint, quoi.
05:09Du Front National et compagnie.
05:10Il y a aussi cette France-là.
05:12Des artistes qui est importante.
05:14De l'humanité, justement.
05:16En fait, le livre s'intitule « Ulysse blessé par une épine ».
05:19Donc Sophocle a écrit la suite de l'histoire d'Ulysse.
05:22Après Homère, Ulysse est censé...
05:24Enfin, Homère avait décrit une histoire où Ulysse rentrait chez lui à Ithac.
05:29Retrouver sa femme qui a attendu pendant deux longues années.
05:32On ne sait pas combien.
05:33Et voilà.
05:34Et avoir vécu une happy end.
05:38Mais en fait, non.
05:39Parce que Sophocle revient après.
05:40Et il tue Ulysse avec son fils.
05:43Enfin, c'est son fils qui revient.
05:44Le fils qu'il a eu avec Circé.
05:46Donc la magicienne qu'il a rencontrée.
05:49Et voilà.
05:50Donc fin d'une cosmogonie.
05:52Fin d'une civilisation.
05:54Fin de la verticalité.
05:57Mort des héros.
05:59Voilà.
05:59J'ai un goût assez prononcé pour la tragédie.
06:02Et là, il s'agissait de Sophocle.
06:04Donc c'était parfait.
06:06En plus, il s'agissait de faire une image pour un livre que je n'ai pas lu.
06:10Donc ça m'a fait d'autant plus plaisir.
06:12Parce que ça donne une espèce de liberté d'imaginer l'histoire.
06:16On a quand même des fragments.
06:18Mais on peut...
06:19Voilà.
06:19C'était très amusant.
06:20Je travaille à la plume.
06:22Et puis j'aime bien tremper mon dessin dans de la cire d'abeille à la fin.
06:25Pour vraiment figer.
06:27Parce que j'ai quand même des obsessions.
06:28J'ai tendance à revenir sur le dessin, à noircir, etc.
06:31Et ça, ça me permet vraiment de m'arrêter là.
06:33Ensuite, c'est peut-être des obsessions.
06:35J'ai du mal à parler de...
06:37Je ne sais pas.
06:37Enfin, je ne sais pas ce qui...
06:39J'ai peut-être des obsessions récurrentes qui reviennent.
06:42J'aime beaucoup dessiner des corps.
06:43Je suis quand même...
06:44J'ai été fascinée petite par cette espèce d'imagerie...
06:50Enfin, chrétienne.
06:51Parce qu'on allait à l'église.
06:53Mes parents m'amenaient à l'église petite.
06:55Et j'étais vraiment fascinée par cette espèce de symétrie,
06:58regard vide, comme ça, des images, des personnages.
07:03Donc je pense que ça, c'est des choses qui...
07:05Je ne sais pas, que je fais peut-être ou qui traversent ce que je fais.
07:08Et je trouve que c'est une exposition très joyeuse.
07:10Je suis très, très heureuse d'être là.
07:12Je trouve que c'est très hétéro...
07:13Enfin, c'est très différent.
07:15Il y a une diversité.
07:16En même temps, il y a quelque chose qui se communique comme ça,
07:19entre les œuvres.
07:22C'est joyeux.
07:23En même temps, c'est très inspirant.
07:26Là, on est à côté d'une œuvre de Scott Batty.
07:29Est-ce que vous pouvez nous en dire un mot ?
07:31Scott Batty, c'est un artiste que je connais et que j'aime depuis plus de 15 ans.
07:36Il est peintre.
07:37Il fait des collages.
07:39Il chante.
07:40Il écrit des poèmes.
07:41Il écrit aussi des nouvelles.
07:44Le groupe avec lequel il joue en ce moment s'appelle Larrings and Clow.
07:49Et Scott, pour Scott, j'ai pensé à la grande révélation
07:52qui est attribuée à Simon le magicien,
07:54qui est donc le texte du premier agnostique
07:57et dont on parle dans les ouvrages qui sont des réfutations des agnostiques.
08:02Donc, Irène et de Lyon, Épipha, Nippolyte parlent tous de la grande révélation
08:07qui était supposée être l'évangile de Simon le magicien.
08:10Je pensais que ça fonctionnait bien avec l'univers de Scott et son collage est si beau
08:14que ça dépasse même ce que j'en pensais.
08:18En accord avec Paco, on s'est dit que ce serait mieux que j'ai un regard sur l'ensemble
08:23des œuvres.
08:25D'une part parce que beaucoup de ces artistes qui sont exposés,
08:29je les ai photographiés, je les connais pour certains depuis 20 ans, voire plus.
08:33Et comme je fais un travail qui s'appelle « Artiste peint »
08:36que j'ai commencé il y a presque 7-8 ans,
08:40je trouvais que c'était l'occasion de le montrer,
08:45sans trop dévoiler le travail, de le montrer utilement.
08:50Et je suis parti sur l'idée d'un photomontage
08:53comme une sorte de cabinet de curiosité ou de musée imaginaire.
08:58D'ailleurs, j'appelle ça « Musée imaginaire des auteurs de la bibliothèque de Babylone ».
09:03J'ai passé beaucoup de temps à remplacer les tableaux d'origine
09:08par mes photos d'artistes peints
09:10et aussi les œuvres des artistes qui sont exposées ici à la galerie
09:16de manière à ce qu'on puisse avoir une vision de la totalité de ce qui est exposé.
09:22Ça tient aussi à tout le positionnement de cette galerie,
09:25à tout le travail et à toute la mission de cette galerie
09:28qui a été quand même très largement pensée et rodée maintenant depuis 8 ans.
09:33L'idée étant au départ, avec un mot qui m'a valu quelques ricanements,
09:39mais que je continue à revendiquer et que je vois se répandre un peu partout,
09:43qui était l'idée d'un réenchantement du monde.
09:46Et en me disant, pour aller très vite,
09:49qu'aujourd'hui l'art appartenait à des sphères extrêmement élitistes,
09:53soit sur le plan économique, soit sur le plan intellectuel,
09:56mais au fond, perdait une de ces vocations majeures, à mes yeux en tout cas,
10:01qui était d'être en contact avec le monde, de renvoyer des choses au monde.
10:04Et quand je dis le monde, c'est tout le monde.
10:06D'où le choix de cet endroit rue Daguerre et de cet espace assez poétique.
10:10D'où le choix aussi de cet emblème de l'ange qui veille sur cette galerie.
10:15Et d'où le choix des artistes qui sont tous des artistes vivants,
10:20des artistes qui travaillent aujourd'hui,
10:22et qui ont globalement comme caractéristique commune
10:24d'avoir pris des positions esthétiques, pas négociables jamais,
10:29et des positions politiques pas négociables jamais,
10:32en particulier avec le marché de l'art,
10:33en particulier avec un certain nombre de grands sujets comme cela.
10:37Donc du coup, c'est un peu une gageure,
10:38où à la fois c'est une galerie,
10:40c'est-à-dire on présente des expositions,
10:42les oeuvres sont à la vente au fond,
10:45mais les ventes des oeuvres permettent à des artistes de tenir,
10:48permettent à la galerie de tenir aussi,
10:50et finalement créent cette espèce d'état d'esprit
10:53qui fait que cette galerie est un lieu où on vient,
10:55mais où on reste, où on revient,
10:57et où il y a une qualité néanmoins de la programmation
11:00et surtout des oeuvres présentées qui est réelle, je crois,
11:05et en même temps qui veille toujours à ce que des oeuvres soient très accessibles
11:09sur le plan économique,
11:11c'est-à-dire que tout le monde puisse acquérir,
11:12ou presque tout le monde,
11:14une oeuvre, la plupart du temps d'ailleurs originale,
11:17à un prix raisonnable,
11:18et en même temps où les artistes puissent présenter chaque fois,
11:21parce que c'est une autre caractéristique,
11:23leurs tout derniers travaux.
11:25ghost of a dream,
11:29dream of a ghost.

Recommandations