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  • il y a 2 jours
Après le "non" des Italiens au référendum constitutionnel proposé par leur chef de gouvernement, Gaël De Santis, journaliste à l'Humanité, nous a brossé un rapide tableau des conséquences que pourrait avoir ce résultat sur l'évolution politique en Italie et sa relation avec l'Europe. Réalisation : Abrahim Saravaki

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Transcription
00:01La majorité des électeurs italiens ont répondu non au référendum de Matteo Renzi.
00:08Quel était l'objet de ce référendum et c'était quoi les compositions des forces qui ont dit oui et
00:16non ?
00:17C'était un référendum convoqué en effet par le gouvernement d'Italien, dirigé par Matteo Renzi.
00:24C'était un référendum sur la réforme constitutionnelle qu'il entendait proposer.
00:29Cette réforme constitutionnelle avait plusieurs volets. L'idée était de lutter contre l'instabilité politique en Italie et également de
00:39rendre les institutions plus efficaces.
00:42Pour ce, Renzi proposait la fin du bicaméralisme parfait. Qu'est-ce que c'est ça ?
00:46C'est-à-dire que chaque loi en Italie devait être votée à la fois par la Chambre des députés
00:50et à la fois par le Sénat dans les mêmes termes.
00:53Ça a conduisé, selon lui, à avoir...
00:56Il y a une différence avec le Sénat français et anglais.
01:01Oui, par exemple, en France, au Royaume-Uni, c'est la Chambre des députés, l'Assemblée nationale ici, Chambre des
01:06députés en Italie, qui a la prédominance.
01:10Ça conduisait, selon le gouvernement et selon Bruxelles et selon les agences de notation, à faire que pour adopter une
01:15loi, ça prend du temps.
01:17En réalité, on a vu que certaines lois, les gouvernements italiens ont été capables de les faire passer en vitesse
01:24si jamais il y avait un large consensus à l'Assemblée.
01:27Donc, en gros, Mathéo Renzi souhaitait mettre le Sénat de côté en faisant en sorte que le Sénat, maintenant, ne
01:35soit plus élu au suffrage universel, comme c'est le cas actuellement,
01:38mais que soient désignés des maires, que soient désignés des conseillers régionaux, qui siégeraient au sein du Sénat et, en
01:48gros, dont le vote deviendrait consultatif.
01:50C'est quelque chose qui a été demandé de longue date, mais ça s'inscrit dans l'idée qu'il
02:01faille aller plus vite, plus vite, plus vite, toujours, pour adopter les réformes structurelles européennes.
02:05Et c'est en partie ce qui a fait que des forces politiques ont refusé d'avaliser cette décision.
02:12Ces forces politiques, à gauche, disaient que ça conduisait à une concentration des pouvoirs dans les mains du gouvernement,
02:19puisqu'il ne devait plus avoir la confiance que de la Chambre des députés.
02:23Or, le même Premier ministre, l'an dernier, a décidé de changer la loi électorale,
02:30ce qui fait qu'un parti qui obtient 25% des voix, aujourd'hui, peut obtenir 55% des députés.
02:36C'est la raison pour laquelle, à gauche, l'association des anciens résistants, l'ANPI,
02:42qui est une organisation qui compte 125 000 membres dans la péninsule,
02:46depuis qu'elle s'est ouverte aux non-résistants, à savoir à la jeunesse.
02:52C'est la raison pour laquelle l'ANPI s'est prononcée contre.
02:54C'est la raison pour laquelle la CGIL, la Confédération Générale Italienne du Travail,
02:58la première centrale syndicale de la péninsule, s'est prononcée contre.
03:02C'est la raison pour laquelle les organisations gauche se sont prononcées contre.
03:05C'est la raison pour laquelle, également, une partie du même parti du Premier ministre,
03:11à savoir la gauche du Parti démocrate, s'est également prononcée contre.
03:14Là, c'est la raison pour laquelle, voilà, cette concentration des pouvoirs dans les mains de l'exécutif,
03:18qui, en plus, aurait une majorité à la Chambre des députés,
03:22qui lui permettrait d'élire quasiment seuls les institutions chargées de contrebalancer le pouvoir du gouvernement,
03:28à savoir que, puisqu'un seul parti obtiendrait 55% des sièges,
03:33il serait quasiment en capacité seul de faire élire le Président de la République.
03:37Il serait en capacité quasiment seul de faire élire les membres du Conseil constitutionnel
03:42ou du Conseil supérieur de la magistrature.
03:44En gros, ça affaiblit les contre-pouvoirs.
03:46Ça, c'est une des raisons pour lesquelles la gauche...
03:49C'est la raison principale.
03:51...votait contre.
03:52Après, il y a une autre raison pour laquelle la droite, elle, votait contre.
03:56C'est, voilà, ils ont surfé sur le bilan social de Matteo Renzi.
04:02Il y a un certain malaise qui s'exprime et donc, ils utilisent parfois des tons démagogiques,
04:08comme on a pu l'entendre ailleurs en Europe, pour essayer de prospérer sur le malaise social.
04:14Et comme Matteo Renzi avait dit, je m'en vais si je perds le référendum,
04:18c'était une occasion pour cette droite de jouer cette carte.
04:22Le mouvement 5 étoiles, autour du comique BP Grillo, qui pèse 25% du corps électoral,
04:29lui aussi s'est prononcé contre, à la fois pour les raisons de gauche et à la fois pour les
04:33raisons de droite.
04:35Donc, voilà, en gros, Matteo Renzi a proposé une réforme constitutionnelle,
04:40mais sauf qu'il a négocié tout seul, avec lui, lui-même, son gouvernement,
04:46sans en discuter, sans avoir l'accord des forces d'opposition,
04:49à savoir le mouvement 5 étoiles, à savoir les Berlusconiens de Forza Italia.
04:53Donc, il s'est retrouvé, quelque part, bien seul, bien seul, pour défendre cette réforme.
04:59Et c'est ce qui l'a conduit hier, d'ailleurs, à démissionner,
05:02une fois que 59,1% des Italiens ont voté contre sa réforme.
05:09Surtout, les régionalistes aussi étaient contre ce réforme, surtout Ligue du Nord.
05:14La Ligue du Nord, en effet, c'est une formation d'extrême droite,
05:18très présente dans le nord de la péninsule,
05:20qui a aujourd'hui quasiment le leadership sur la droite,
05:23à savoir que certaines enquêtes d'opinion font que si demain on part aux élections,
05:28la droite se réorganiserait non pas autour des Berlusconiens de Forza Italia,
05:32mais plutôt autour de la Ligue du Nord.
05:34Eux, ils ont salué les résultats d'hier, ils réclament les élections,
05:38anticipés, ils espèrent tirer leur épingle du jeu,
05:42et donc, un peu pour les mêmes raisons que la droite,
05:45ils ont fait campagne pour faire tomber le gouvernement.
05:49À droite, il faut savoir quand même que de longue date,
05:52l'objectif qui était défendu par Renzi,
05:54à savoir concentrer les pouvoirs dans les mains de l'exécutif,
05:56au détriment du Parlement,
05:57c'est un objectif qui est défendu de longue date par la droite,
06:03ça date depuis les années 70,
06:04qu'il y a l'idée, il faut affaiblir le Parlement.
06:08C'est intéressant, c'est qu'il y a des pressions internationales pour affaiblir le Parlement.
06:14J.P. Morgan, une banque américaine,
06:17disait en 2013 que les constitutions des États du sud de l'Europe,
06:22qui étaient issus de l'antifascisme,
06:23prévoyaient des exécutifs faibles,
06:25et elle le déplorait et elle appelait à des changements.
06:28C'est intéressant, c'est que cette réforme constitutionnelle
06:32qui visait à avoir un exécutif fort
06:34a été repoussée par une majorité d'Italiens.
06:37Alors, quelles sont les conséquences de cet échec de référendum de Renzi ?
06:42Bien sûr, la première, c'est sa démission, et la suite ?
06:46Alors, sa démission, elle va être actée aujourd'hui,
06:49il va se rendre au Quillinal, et à savoir le palais de la présidence de la République,
06:54afin de présenter sa démission.
06:58Ensuite, j'ai envie de dire, tout est ouvert.
07:02Normalement, le Parti démocrate, ça reste la principale force au Parlement,
07:06peut, s'il trouve un leader capable,
07:09essayer de reformer une coalition parlementaire.
07:13Il faudra voir comment évoluent les équilibres au sein du Parti démocrate,
07:16parce que la gauche du Parti démocrate, qui avait été mise sous le boisseau
07:20du temps de Renzi, elle va reprendre des couleurs.
07:23Elle est favorable à un gouvernement technique,
07:27ou un gouvernement d'alliance, y compris peut-être avec la droite,
07:31pour changer la réforme électorale.
07:34Forza Italia également souhaite qu'il y ait un gouvernement qui continue.
07:39Forza Italia est actuellement dans l'opposition,
07:42mais n'est pas favorable à de nouvelles élections tout de suite.
07:44Pourquoi, sain, les forces sont réticentes à de nouvelles élections ?
07:50Le problème est que la loi électorale actuelle permet à un parti,
07:54à peine il fait 21-22%, d'avoir 55% des députés s'il arrive en tête.
08:00Demain, si on va aux élections comme ça,
08:01il y a de fortes chances que ce soit le mouvement 5 étoiles.
08:04La gauche du Parti démocrate fait valoir un autre argument de poids,
08:09à savoir, le Conseil constitutionnel ne s'est toujours pas prononcé sur le fait
08:13est-ce que la loi, l'italicum, la loi électorale faite, adoptée par Renzi,
08:18était constitutionnelle ou non.
08:20Et donc, avant d'aller aux élections, il souhaiterait qu'il y ait soit une nouvelle loi électorale,
08:26soit qu'on vérifie que cette loi électorale est bien constitutionnelle.
08:29Il faut savoir que lors des scrutins de 2008 et 2013,
08:33les Italiens sont allés aux urnes avec une loi électorale
08:36qui a été déclarée par la suite non constitutionnelle.
08:40Donc, voilà, on se dirige plutôt vers un gouvernement technique,
08:47un gouvernement d'union nationale,
08:49pour cette raison en politique interne de la loi électorale italienne,
08:53mais y compris en termes de politique internationale,
08:55c'est qu'il y a une forte pression, toujours sur l'Italie,
08:59de la part de ses partenaires européens,
09:02et y compris des marchés financiers, avec les agences de notation et autres,
09:05pour assurer une stabilité.
09:08On sait que si jamais on vote vers de nouvelles élections,
09:11ça pourrait affoler les marchés,
09:14et donc, surtout avec la perspective d'une victoire du mouvement 5 étoiles,
09:19donc les grands partis politiques vont chercher à se maintenir au pouvoir coûte que coûte.
09:28Après, il faudra regarder si ce qui se passe à la gauche de la gauche peut,
09:35est-ce que, voilà, les 3-4 formations qui sont situées à la gauche du parti démocrate,
09:40une partie d'entre elles appelle à de nouvelles élections tout de suite,
09:44et peut-être qu'elles pourraient travailler à une gauche unie,
09:48mais ça, c'est toujours compliqué en Italie,
09:50que la gauche alternative s'unisse,
09:52mais ça peut être quelque chose qui vient dans le calendrier.
09:56En tout cas, à gauche de la gauche, on privilégie des élections tout de suite,
09:59parce qu'on estime que, au niveau de refondation communiste notamment,
10:05ces forces estiment que, voilà, après le camouflet démocratique pour Renzi,
10:10il vaut mieux qu'on retourne aux urnes immédiatement.
10:15L'âge moyen des gouvernements en Italie, c'est à peu près un an par gouvernement,
10:21donc Renzi a résisté un petit peu plus,
10:23mais pas autant pour faire accepter son référendum.
10:29Les conséquences de ce référendum que tu viens d'expliquer sur l'Europe, c'est quoi ?
10:34En Europe, il y a cette peur d'une instabilité,
10:40on voit qu'elle avait été sacrément anticipée,
10:42puisqu'on voit que les...
10:45Alors qu'avant, Chao Bleu, Jean-Claude Juncker avaient dit,
10:49oui, il faut voter oui,
10:51là on voit qu'ils disent, mais ça a été anticipé, ce n'est pas si grave,
10:55et même sur les marchés, il y avait une inquiétude,
10:58sur les banques italiennes, sur les taux d'intérêt, sur la dette italienne,
11:02ce matin, il est vrai que les bourses ont commencé à chuter,
11:05les taux d'intérêt sur la dette italienne a augmenté,
11:09là on voit que la chose avait anticipé,
11:11la bourse reprend son business as usual,
11:15mais, toujours est-il, c'est un nouveau revers.
11:18Cette réforme, pour accélérer l'adoption des lois,
11:22pour faire en sorte qu'il y ait moins d'instabilité en Italie,
11:24était grandement voulue par Bruxelles.
11:30C'était quasiment une des conditions posées par Bruxelles,
11:34pour que Matteo Renzi puisse avoir des marges de manœuvre budgétaire,
11:38on lui disait, tu fais passer ta réforme constitutionnelle,
11:40en échange, tu as le droit de faire un peu de déficit,
11:43donc, ça remet en cause, quelque part, les politiques européennes,
11:46et il faut savoir qu'en Italie, derrière,
11:48voilà, j'ai parlé du malaise social,
11:50mais il y a aussi, c'est pour la première fois, peut-être,
11:53qu'il y ait un vote anti-Union européenne qui s'exprime avec une telle ampleur.
12:01On va voir ce que ça donne,
12:03mais, voilà, le mouvement 5 étoiles est ouvertement anti-euro.
12:07Maintenant, Fort Saital a des propos plutôt anti-commission européenne.
12:13On voit que la Ligue du Nord est complètement, également, contre l'Union européenne.
12:18Il y a ce discours qui est en train de se développer,
12:21et qui se comprend, parce que les politiques de l'Union européenne,
12:24depuis que l'Italie est rentrée dans l'Union européenne,
12:28dans la zone euro, par exemple,
12:30en gros, depuis 2000,
12:32il n'y a quasiment plus de croissance en Italie,
12:35parce que, à force de respecter,
12:39de devoir respecter des objectifs de déficit très minimaux,
12:44il n'y a pas eu la possibilité d'investir,
12:46et donc, ça a fait que cette priorité donnée au remboursement de la dette,
12:51ça a fait que l'État a absorbé une partie de la richesse,
12:55non pas pour développer le pays, mais pour rembourser la dette,
12:57et ça, ça a pesé sur la croissance.
12:59Ça, c'est le premier aspect.
13:00Le deuxième aspect, c'est que l'Italie est un des principaux concurrents de l'Allemagne
13:06dans le secteur industriel.
13:08En Italie, on est quasiment à 30% du PIB
13:12qui est un PIB qui est consacré à l'industrie,
13:15et l'Italie est le principal concurrent d'Allemagne.
13:19Il se trouve que la modération salariale en Allemagne
13:23a conduit à faire en sorte que, relativement,
13:27l'Italie s'est retrouvée moins compétitive.
13:29Et donc, il se trouve que, voilà, c'est un peu...
13:33l'Italie n'a pas réussi à se moderniser pour améliorer son outil de production,
13:38et du coup, se retrouve avec cette concurrence flagrante
13:41avec d'autres pays, et notamment l'Allemagne.
13:43Et ça, ça crée aussi du ressentiment,
13:45mais ça crée aussi beaucoup de chômage,
13:47de délocalisation et de fermeture d'usines.
13:50Et donc, on se retrouve dans cette situation
13:52où ça nourrit un malaise,
13:54un malaise, et ça nourrit un discours anti-Union européenne.
13:58Et donc, voilà, la question, c'est,
14:00est-ce que l'Union européenne va se ressaisir
14:04et proposer autre chose ?
14:06Pour le moment, elle n'a pas l'air d'en prendre le chemin,
14:10mais sinon, elle continue, elle risque de...
14:13on risque d'avoir des déconvenues, comme ça,
14:16un pays après l'autre,
14:17puisque, à privilégier cette politique de la concurrence,
14:22les peuples ne lui font plus confiance,
14:25les Italiens l'ont montré dimanche.
14:27Donc, s'il n'y a pas de nouvelles élections,
14:29la politique européenne d'Italie ne changera pas.
14:35Si jamais la même majorité est reconduite,
14:38les objectifs...
14:40Peut-être qu'il n'y aura pas de réforme constitutionnelle,
14:43c'est fort probable,
14:44mais la politique de réduction des déficits,
14:47il n'y a pas de raison,
14:48si c'est le Parti démocrate en alliance
14:50avec le nouveau centre droit,
14:53et voire même en créant une nouvelle alliance
14:56avec Forza Itali, Adberlusconi,
14:58il n'y a pas de raison qu'il y ait un grand changement
15:01sur la politique européenne de l'Italie.
15:04Ils vont continuer d'accepter de réduire...
15:07de réduire les déficits à la demande de Bruxelles,
15:10et de continuer dans une politique de flexibilisation
15:13du marché du travail.
15:15Il faudra voir ce que ça donne,
15:16mais s'il n'y a pas des mouvements sociaux forts,
15:22ça risque de continuer comme avant.
15:26Après, la question,
15:27est-ce que le jeu politique fera
15:29qu'aucune majorité ne sera trouvée au Parlement ?
15:32Ça, si jamais c'est le cas,
15:33on pourrait aller vers de nouvelles élections anticipées,
15:37mais pour le moment,
15:38il semble que les grands partis politiques
15:40veuillent éviter au maximum
15:43que l'on aille vers cette solution
15:47qui ne leur serait pas favorable
15:50au vu de la loi électorale
15:51qu'ils ont fait eux-mêmes adopter.
15:53Merci beaucoup.

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