00:02Stanislas Boger, vous êtes conducteur de camions transportant des matières dangereuses, c'est ça ?
00:08Oui, c'est ça. Je transporte des matières dangereuses depuis 14 ans.
00:12D'accord. Et vous êtes actuellement en grève ?
00:15Je suis actuellement en grève avec les autres camarades grévistes sur les dépôts pétroliers de La Rochelle.
00:24De La Rochelle. Quelle est la situation ?
00:28La situation, pour l'instant, nous véhiculons l'information, donc nous arrêtons les camions de matières dangereuses.
00:36Nous leur donnons nos revendications, nous leur expliquons le pourquoi de ces revendications.
00:43Et comme les conducteurs s'aperçoivent que c'est vraiment des revendications pour faire avancer leurs conditions de travail,
00:50eh bien, beaucoup d'entre eux nous rejoignent après sur le barrage.
00:54Alors, qu'est-ce qu'on transporte dans des camions du type du vôtre ?
00:59Alors, dans le mien, je ne transporte que des hydrocarbures, mais mes collègues peuvent transporter des produits chimiques, des acides,
01:09un peu de tout.
01:10D'accord. Les employeurs, c'est principalement les groupes pétroliers, Total, etc. ?
01:17Les donneurs d'ordre, oui. Pas nos employeurs.
01:21D'accord. Alors, qui sont les employeurs ?
01:23Les employeurs, ce sont les groupes tels que Samat, Autier, Péchavie, XCO.
01:32D'accord. Et c'est auprès d'eux que ça coince au niveau des revendications ?
01:35Oui. C'est auprès d'eux que ça coince. C'est auprès de leur fédération de transporteurs que, malheureusement, ils
01:45ne veulent pas nous entendre.
01:47Alors, quelles sont les revendications ?
01:49Alors, les revendications, elles sont principalement orientées sur la sécurité, la sûreté, ainsi que la santé des conducteurs.
02:00Pour être concret, nous demandons d'avoir une journée de travail maximum de 10 heures, puisque, en ce moment, on
02:13peut travailler 12 heures.
02:14Certains, malheureusement, sont obligés, par certains employeurs, de faire plus de 12 heures, avec des 15 heures d'amplitude.
02:23Ce n'est pas raisonnable quand on transporte 24 tonnes d'acide ou 38 000 litres d'essence.
02:30On ne peut pas être vigilant en embauchant à 3 heures du matin et en étant encore en train de
02:36conduire à 17 heures ou 18 heures.
02:38Il y a par ailleurs un suivi médical spécifique parce que vous êtes exposé à ces matières dangereuses ?
02:44Oui, nous sommes constamment exposés à ces matières dangereuses, quelles qu'elles soient, qu'on soit en chargement d'acide,
02:51par le dôme ou en chargement d'hydrocarbures.
02:56Nous sommes constamment au contact des produits et à chaque fois, on nous dit que ça ne craint rien, ça
03:02ne craint rien, mais on s'aperçoit bien autour de nous
03:04que beaucoup de nos collègues partent en retraite et profitent de la retraite 3-4 mois et après, ils décèdent
03:13pour ceux qui arrivent jusqu'à la retraite.
03:16Donc, on a vraiment peur et on n'a pas envie d'être considérés ou d'être le deuxième dossier
03:24de l'amiante.
03:25Les autorités, notamment préfectorales, je pense à celle du Val-de-Marne par exemple, nous disent qu'il n'y
03:29a pas de pénurie aujourd'hui
03:30et que c'est les automobilistes qui vont faire le plein. Est-ce que c'est vrai, pas vrai ?
03:36Alors, sur la région parisienne, il y a quand même beaucoup de stations qui sont en situation de pénurie.
03:44Sur la Charente-Maritime, quelques stations sont à sec, mais ce n'est pas la majorité. On trouve encore du
03:52carburant.
03:53D'accord. Est-ce que vous êtes de nouveau reçu à la table de négociation ou est-ce que c
03:57'est toujours le silence radio de l'autre côté ?
04:00C'est toujours malheureusement le silence radio, alors que pourtant, ces revendications, comme je l'ai dit, sont axées sur
04:08la sécurité des personnes, des biens et de l'environnement.
04:12Et ne pas être entendu là-dessus, c'est quand même dommage, sachant que ça fait plus d'un mois
04:18qu'ils ont nos revendications, qu'ils font la sourde oreille et c'est pour ça qu'on en arrive
04:22à un conflit.
04:24Quel est l'accueil que vous recevez sur les points de barrage ou les points de distribution de tracts ?
04:30Alors, écoutez, l'accueil est très très bon, puisque les conducteurs se rendent compte que c'est pour eux que
04:38nous faisons ça.
04:39Donc, on a vraiment des barrages où il n'y a aucune tension à constater.
04:46D'accord. Mais il n'y a pas de barrage d'automobilistes, lambda ?
04:50Ah non, non, non, non, non, de toute façon, la CGT Transport n'appelle pas au barrage.
04:55D'accord.
04:56Elle appelle à la cessation de l'activité du conducteur.
05:00Merci beaucoup Stanislas.
05:02De rien.