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  • il y a 13 heures
A quelques heures du deuxième tour de l'élection présidentielle, le débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen a donné du grain à moudre à Maurice Ulrich, éditorialiste de l’Humanité.
Réalisation : Abrahim Saravaki

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Transcription
00:01A quelques dizaines d'heures du second tour, évidemment tout le monde en parle, que ce soit dans les familles
00:05à table, dans les entreprises, etc.
00:07On parle aussi bien sûr de ce débat qui a rassemblé quand même devant les écrans plus de 16 millions
00:13de téléspectatrices et spectateurs.
00:16Ce débat un peu curieux parce que finalement des commentateurs au lendemain ont semblé découvrir que Mme Le Pen pouvait
00:26être agressive.
00:27Ils ont parlé d'un débat où il y avait de la boue, un combat de cash, etc.
00:32Oui, ils découvrent quoi ? Le Front National ? Ils découvrent que Marine Le Pen est la fille de son
00:36père.
00:36On se souvient quand même de Jean-Marie Le Pen, il y a le temps, vitupérant, etc.
00:41Alors ils ont même parlé de Trumpisation, de Marine Le Pen.
00:45Oui, c'est le terme à la mode, et puis après tout c'est pas faux.
00:47Enfin, on oublie un petit peu que dans ce domaine-là, Jean-Marie Le Pen avait déjà largement précédé Donald
00:54Trump.
00:54Donc sur la forme, reconnaissons d'ailleurs qu'Emmanuel Macron, au fond, était plutôt calme et en répondant quand même
01:02assez intelligemment,
01:03oui, disons-le, sur la question des valeurs, etc., mettant en cause, je dirais, la politique du Front National à
01:09cet égard.
01:10Mais il y a une chose qu'Emmanuel Macron ne pouvait pas faire et qu'il n'a pas faite,
01:14bien évidemment.
01:15C'est démasquer profondément la démagogie sociale du Front National.
01:19Cette démagogie sociale, elle n'a pas hésité, visiblement, à faire pratiquement du copier-coller avec certains thèmes de la
01:26gauche,
01:27certaines questions de gauche en critiquant la loi El Khomri, etc.
01:30Remarquons au passage qu'au moment des grandes grèves, des grandes manifestations contre la loi El Khomri,
01:36elle s'était élevée contre ces manifestations.
01:39Remarquons qu'au lendemain du 1er mai, elle a parlé, en lui instrumentalisant, je dirais, cette dramatique et ces scandaleuses
01:46agressions contre un policier,
01:48elle a parlé de chien-lit en visant à l'évidence tous les manifestants.
01:51Donc sa démagogie sociale est là, déjà là, ses limites.
01:54Mais plus profondément, ce qu'Emmanuel Macron aurait pu lui dire, ça aurait été que, Mme Le Pen,
02:00vous instillez dans les consciences le poison de la haine de l'autre et du nationalisme
02:06à la place de la conscience des luttes à mener pour changer réellement la situation des salariés, des privés modestes,
02:11des employés, etc.
02:12Mais pourquoi il ne pouvait pas le faire ?
02:14Eh bien parce que lui, il se situe bien évidemment du côté du capitalisme et de la finance.
02:18Donc il ne pouvait pas dénoncer chez Marine Le Pen le fait que sa politique de haine laisse intacte la
02:24finance et le capitalisme.
02:26Mme Le Pen, il faut le remarquer, parfois effectivement, oui, elle parle de la finance, elle fait des phrases,
02:30mais au bout du compte, elle aboutit toujours sur quoi ? Sur les immigrés.
02:33Donc qu'ils sont responsables ? Les capitalistes ou les immigrés ?
02:36Pour Mme Le Pen, on le sait, c'est clair, et il s'agit au fond de, oui, d'instiller
02:41ce poison dans les têtes
02:43et du coup de désamorcer complètement les luttes à mener.
02:46Et c'est précisément parce que le Front National, fondamentalement, c'est cela,
02:50c'est-à-dire cette coquille vide de propositions qui, en réalité, ne contiennent que de la démagogie
02:57et de la xénophobie et de la haine de l'autre,
03:00eh bien c'est justement pour cela qu'il faudra, bien dimanche, prendre un bulletin Emmanuel Macron,
03:06disons-le clairement, pour battre Marine Le Pen.
03:08Mais au lendemain, nous le savons, il va falloir se rassembler déjà pour les législatives,
03:12pour laisser de côté les querelles partisanes, etc.,
03:16pour se rassembler à gauche, pour véritablement créer et mettre en place une force d'opposition
03:20au Parlement en élisant de nombreux députés de gauche.
03:23Cette force, elle peut être constituée de communistes, de gens d'ensemble, de gens d'assoumis,
03:27mais cette force, elle doit exister au plan électoral.
03:30Ensuite, bien sûr, il va y avoir le temps des luttes sociales,
03:33et même Macron, on le sait, veut passer par ordonnance dès le mois de juillet,
03:37eh bien, bien sûr, il va falloir s'y opposer.
03:40Alors, dans cette période, on a presque parfois envie de dire, avec Paul Valéry,
03:45avec cette belle phrase, à la fois tragique,
03:49« Le vent se lève, il faut tenter de vivre, parce que les temps sont durs, les temps sont incertains.
03:53»
03:53Mais on veut la renverser, cette phrase, si on peut se permettre.
03:56La renverser comment ?
03:57Eh bien, cette force, ces 7 millions d'électeurs qui ont voté pour Jean-Luc Mélenchon,
04:03ces syndicalistes, ces gens des associations, ces communistes, ces assoumis, ces gens d'ensemble,
04:09ces gens qui sont intelligents, qui ont une vision de l'avenir,
04:12qui ont une pensée profonde de la transformation de la société,
04:15ces gens, il faut les rassembler, ils doivent se rassembler pour lutter,
04:18c'est à eux de faire que le vent se lève.

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