00:02Il est 16h30, la cafétéria de l'antenne Clignon-Cours de l'université Paris 4 est en pleine effervescence.
00:09Des étudiants venus du monde entier s'apprêtent, comme chaque après-midi, à entrer en cours.
00:14Depuis la rentrée 2015, des étudiants de la Sorbonne ont fondé l'association Infléchir,
00:19qui propose sans condition de niveau ni de situation administrative, des cours de français
00:25et un accompagnement personnalisé pour aider ces jeunes Syriens, Soudanais ou Érythriens à reprendre leurs études en France.
00:32On s'est rendu compte qu'il y avait un grand besoin, qu'il y avait quelque chose à faire,
00:37qu'on ne pouvait pas rester les bras croisés, que la société civile devait faire quelque chose
00:43et en appeler aux institutions aussi pour qu'elles puissent ensuite prendre le relais.
00:47Ça a été à ce moment-là qu'on a commencé véritablement à s'engager dans cette démarche-là.
00:51Et ensuite, après l'évacuation du squat de Jean Carré et des différents camps, de La Chapelle et d'Osterlitz,
00:57on s'est dit que s'il y avait un endroit dans lequel on pouvait continuer nos actions,
01:00c'était les universités, les établissements d'enseignement supérieur.
01:04Le fait qu'on soit reconnu, que l'université nous aide en mettant à disposition ses locaux, etc.,
01:11c'est vrai que c'est une reconnaissance du besoin.
01:13Et c'était notre mission première, de toute façon.
01:16Ça a été de mettre sur la table le fait qu'il y a des étudiants migrants,
01:19et des étudiantes migrantes, qui ont besoin d'accéder à l'université,
01:23qu'il y a des passerelles qui doivent être créées,
01:24que pour le moment, il n'y avait rien qui existait,
01:27que les associations historiques comme la CIMAD, le GISTI, étaient absolument débordées de toute façon,
01:32que les cours de français étaient absolument débordés aussi,
01:35que donc il fallait qu'on fasse quelque chose
01:36et que l'université, ce n'est pas juste un espace où on consomme des cours
01:43et puis on produit comme ça des étudiants à la chaîne qu'ensuite on lâche dans le monde du travail.
01:46C'est aussi un espace d'émancipation, un espace de solidarité, un espace d'humanisme,
01:51là où on peut faire valoir le droit à l'éducation,
01:53qui est quand même une de nos valeurs universelles.
01:55En fait, on a des valeurs et l'université doit servir à ça.
01:58L'objectif de ces jeunes que la guerre a arraché à leur scolarité
02:01est de passer leur diplôme en France et d'y voir leurs compétences reconnues et valorisées.
02:06Je m'appelle Aya Aslo, j'ai 21 ans, je suis syrienne, je viens de Damas.
02:13Je suis en France depuis 2015, novembre 2015.
02:17Je voudrais faire le droit.
02:18Tu avais déjà commencé le droit à Damas ou est-ce que tu...
02:22En fait, j'ai eu mon bac en Syrie et après j'ai quitté mon pays.
02:29Et pourquoi le droit alors ?
02:31En fait, c'est un choix après tout ce que j'ai vécu.
02:37Oui, c'est vraiment le droit très important dans la vie en général
02:41pour faire des liens entre les hommes pour l'humanité, vraiment pour l'humanité.
02:49Alors donc, on imagine que tu seras plutôt avocate que juge.
02:53Oui, en fait, je voudrais étudier le droit international.
02:57C'est très important pour apprendre le français après je vais rentrer à l'université.
03:02Dans le pays, j'ai étudié à télécommunication.
03:06J'ai terminé à l'université.
03:09Mais je vais étudier ici en informatique.
03:11Je viens de Bangladesh et je suis en France depuis deux ans et demi.
03:20J'apprends la langue française pour reprendre mes études en France.
03:26Parce que quand j'étais dans mon pays, j'étais étudier de sciences économiques.
03:34Et je pense que je voudrais aussi reprendre mes études sur économie gestion ou séances économiques.
03:44On a différentes nationalités.
03:48Quelqu'un qui vient du Cadarecin, quelqu'un qui vient du Soudan, quelqu'un qui vient de Syrie.
03:54Différentes cultures, différents genres.
03:58Vous arrivez à communiquer ?
03:59Oui, bien sûr. En français, c'est mieux qu'on parle juste le français pour pratiquer la langue.
04:09Maintenant, on est devenu les amis.
04:12Les cours sont assurés par des étudiants en Master 2 de langue française appliquée
04:17qui bénéficient de l'aide de bénévoles pour assurer un meilleur suivi.
04:21On apprend énormément de choses d'un point de vue culturel, bien sûr,
04:23parce qu'on a énormément d'échanges, par exemple interculturels entre la France et leur pays.
04:27Comment ça se passe là-bas ? Ce n'est pas toujours évident de l'aborder,
04:30parce que c'est souvent, la plupart du temps, des pays en guerre, on est d'accord.
04:34Mais malgré tout, on a quand même des échanges.
04:37Donc c'est très important, ça.
04:38Mais c'est aussi un apprentissage humain.
04:41Encore une fois, c'est des personnes qui sont toujours là, qui luttent énormément,
04:44qui sont toujours bien, qui arrivent toujours en cours avec une attitude extrêmement positive.
04:48Et je pense qu'on a beaucoup à apprendre aussi à ce niveau-là, de leur force.
04:51Riche de son succès, cette expérience s'étend maintenant à d'autres universités et grandes écoles dans toute la France.
04:58Il y a des cours qui ont commencé à s'ouvrir à l'ENS, avec l'association Migrants,
05:01qui a fait un travail absolument monstrueux.
05:03Il y a des cours aussi à l'EHSS qui ont commencé à s'ouvrir.
05:05Nous, on a entamé notre travail aussi pour ouvrir des classes au sein de Paris 4,
05:09donc de Paris-Sorbonne, et plus largement de Sorbonne Université.
05:15Ça a fait des petits, c'est-à-dire qu'en fait, on a créé ensuite, en mars, le collectif
05:19Réseum,
05:19qui est le réseau d'études supérieures d'orientation des migrants et des exilés,
05:22qui regroupe toutes les initiatives qui ont lancé des mouvements dans les universités
05:27et les établissements d'enseignement supérieur en Seine-Paris.
05:31Au début, c'était un mouvement très parisien.
05:33Ensuite, on s'est étendu à toute la France, parce que l'une des missions du Réseum,
05:36c'est de partager des documents, de mettre en place une documentation, une expertise qu'on puisse transmettre
05:45et aider les personnes qui voulaient monter des programmes dans leurs universités à les monter
05:49avec un échange d'expertise, un échange de bonnes pratiques, etc.
05:52Et donc ça, c'est un truc qui a bien fonctionné, puisqu'en fait, il y a beaucoup d'universités,
05:56beaucoup d'écoles qui ont ouvert quelque chose et qui ouvrent encore et encore et toujours
06:00des espaces d'accueil, des programmes d'accueil.
06:03Donc il y en a une vingtaine maintenant, à l'heure actuelle, dans toute la France.
06:07Une quinzaine qui appartient ou qui sont directement affiliés au Réseum dans toute la France.
06:12D'accord ?
06:12Donc quel est le mot qui ne va pas avec les autres, c'est ?
06:15Samedi et ton.