00:02Rendez-vous incontournable des petits parisiens qui viennent y découvrir les animaux de la ferme,
00:07le salon de l'agriculture se tient à Paris jusqu'au 5 mars.
00:10Mais bien au-delà des vaches, cochons, chevaux, lapins,
00:14et en l'absence cette année d'animaux à plumes, pour cause de grippe aviaire,
00:18il s'agit aussi de découvrir une agriculture en pleine mutation.
00:21En témoignent les tracteurs, treilleuses et autres moissonneuses-batteuses truffées de technologies.
00:27Les paysans sont désormais connectés.
00:29De quoi donner un sacré coup de jeûne à l'image du métier,
00:32et le rendre plus attractif pour ceux que Jérémy De Serles, le président des jeunes agriculteurs, espère convaincre de se
00:39lancer.
00:39Jérémy De Serles, bonjour.
00:41Bonjour.
00:41Donc vous êtes le président des jeunes agriculteurs.
00:44La première question va concerner justement le rajeunissement de cette profession qui a tendance à vieillir.
00:49Alors le métier d'agriculteur est réputé un métier de grande solitude,
00:53où les gens sont endettés, où les gens travaillent énormément,
00:57comment attirer des jeunes avec une telle réputation ?
01:00En essayant d'être malgré tout le plus optimiste, tout en restant réaliste bien entendu,
01:05mais en montrant aussi à la société, aux politiques, à tous les acteurs aussi économiques de ce pays,
01:11l'importance de maintenir une agriculture forte de ces hommes.
01:15Et si on veut maintenir des hommes et des femmes dans le métier, il faut les renouveler.
01:18Donc voilà, on a besoin de montrer les atouts et l'aspect positif de l'agriculture,
01:22et c'est ce qui permettra aussi de continuer d'attirer des jeunes.
01:25Mais malgré tout, il y a encore beaucoup de jeunes qui sont attirés par le métier.
01:28Les écoles d'agriculture montrent un niveau encore, en tout cas un potentiel de jeunes qui souhaitent rentrer dans l
01:35'agriculture.
01:36Alors vous, comment vous l'avez choisi ce métier ?
01:38Bon écoutez, c'est sans doute un peu par filiation.
01:40Mes parents étaient agriculteurs, enfin mon père était agriculteur.
01:43J'ai toujours vécu un petit peu auprès des animaux, auprès de la terre.
01:48Et c'est vrai que du coup, voilà, c'est sans doute un peu de la filiation,
01:51mais c'est aussi de la passion de travailler avec le vivant, d'être son propre patron.
01:55C'est toujours gratifiant ou attirant en tout cas.
01:59Et alors, sur le salon de l'agriculture où on est là aujourd'hui, d'ailleurs, on recrute.
02:03Il y a des métiers qui recrutent.
02:06Quels sont les secteurs de l'agriculture qui recrutent le plus ?
02:08Tout un tas de secteurs aujourd'hui recrutent.
02:11Je ne sais pas s'il y a forcément un secteur qui est plus en voie que d'autres.
02:15On voit des choses nouvelles arriver par contre,
02:17où du coup, on peut considérer, enfin comme les start-up qui viennent aussi,
02:21du coup apporter une valeur ajoutée aussi à l'agriculture.
02:24Donc dans ce domaine-là aussi, on voit qu'il y a une recrudescence aussi
02:28et que ça peut aussi servir l'agriculture.
02:30L'agriculture est riche de tout l'environnement qui l'entoure,
02:33l'environnement économique, les acteurs aussi, voilà, en termes de filières et tout ça.
02:38Donc ça, on sent qu'il y a encore du potentiel pour recruter et créer de l'emploi.
02:44Alors on en revient à la passion d'agriculture.
02:47Vous, vous êtes éleveur.
02:48Quels sont les instants de votre journée, de votre métier qui vous plaisent le plus ?
02:53Travailler avec les animaux, le soin aux animaux, bien entendu.
02:56Puis après, de temps en temps, faire un peu de tracteur aussi, ça fait toujours du bien.
03:00Donc voilà, c'est un peu ça qui rythme nos journées.
03:04Voilà.
03:05Alors on parle beaucoup des fermes-usines.
03:07On a beaucoup parlé des millevaches, mais il y a aussi les millevaux, etc.
03:11Vous, ce n'est pas votre type d'agriculture, ce n'est pas cette agriculture-là que vous défendez ?
03:16On vend, on défend et on vend une agriculture diversifiée, diverse.
03:20On essaye tout simplement de ne pas opposer les modèles.
03:24Effectivement, que la ferme des millevaches n'est pas forcément le modèle économique qu'on souhaite mettre en avant, qu
03:28'on souhaite défendre.
03:29Mais néanmoins, on ne passera pas notre temps non plus à le décrier, à le déglinguer, par exemple.
03:33Et nous, ce qu'on veut, c'est plutôt mettre en avant le modèle de type familial.
03:38C'est encore le plus...
03:41Celui qui est encore le plus imposant aujourd'hui en France.
03:45Et en tout cas, c'est celui qui est le plus présent.
03:47C'est celui qu'on veut mettre en avant, où les hommes et les femmes sont vraiment au cœur des
03:51exploitations.
03:53Et encore, la maîtrise globale de l'exploitation.
03:56Et vous avez quand même évoqué la ferme des Milvaux.
03:58La ferme des Milvaux, c'est un concept où il y a une quarantaine d'agriculteurs,
04:02qui sont une quarantaine d'exploitations agricoles, qui se sont réunis pour faire des choses,
04:07notamment l'engraissement, quelque chose qui ne s'est encore pas développé en France.
04:10Alors ça, pour le coup, ce n'est pas un modèle économique auquel on s'oppose.
04:14C'est des agriculteurs qui se sont organisés pour faire quelque chose de nouveau,
04:17et apporter aussi une certaine attractivité économique à un territoire,
04:20et aussi rendre rentable leur système d'exploitation.
04:24Donc pour le coup, ça, c'est plutôt des choses qu'on a aussi envie de pousser,
04:27l'organisation des hommes, afin de dégager une valeur ajoutée aussi sur un territoire.
04:32Justement, c'était ma question.
04:33Comment vous vous inscrivez dans des filières où il y a beaucoup de transformations,
04:36où il y a aussi des rapports avec la grande distribution qui ne sont pas simples ?
04:40Écoutez, là, on est en pleine négociation en ce moment sur les prix du lait,
04:44entre la distribution, la transformation.
04:47On attend aussi beaucoup, là, pour le coup, des pouvoirs publics,
04:50pour qu'ils, justement, en légiférant, prennent bien en compte aussi l'équilibre nécessaire
04:55entre la production, la transformation, la distribution,
04:59mais aussi la consommation et donc le consommateur.
05:02Et donc là, dans le rapport de force, nous, aujourd'hui,
05:04si la loi Sapin, notamment, et ses décrets n'agissent pas très rapidement,
05:09on aura encore du mal à s'en sortir dans ce jeu de ping-pong
05:13entre la transformation et la distribution qui pèsent quand même sur les prix agricoles.
05:17Alors, qu'est-ce que vous attendez des pouvoirs publics,
05:19qu'ils soient français ou européens,
05:21et qu'est-ce que vous attendez aussi des consommateurs ?
05:24Je pense que les consommateurs, si on leur apporte, voilà, une certaine vérité,
05:30une certaine importance aussi derrière l'agriculture,
05:34ils suivront.
05:35Et donc, on attend des politiques qui nous accompagnent aussi dans ces démarches-là,
05:39en termes de communication, toujours,
05:41pour positiver encore un peu plus sur le métier.
05:44Et les pouvoirs publics, après, doivent aussi,
05:46quand la profession sera assez claire et aura redéfinie les objectifs
05:52qui sont ceux qu'on doit redéfinir maintenant,
05:54les politiques devront, bien sûr, être là pour mettre les mécanismes en place
05:57et les politiques publiques, du coup, en place,
06:00politiques financières, bien entendu, aussi,
06:03pour accompagner un maximum les agriculteurs.
06:05Alors, vous avez évoqué des mesures, quelles sont-elles, les principales ?
06:08Nous, voilà, là, on pense que l'important dans ce pays,
06:12c'est qu'on a un objectif pour ne plus perdre de paysans.
06:16On a perdu plus de 20% des agriculteurs,
06:1920 à 30% des agriculteurs ces dix dernières années,
06:21et on voit bien qu'au vu de la situation agricole aujourd'hui,
06:26perdre des agriculteurs, c'est pas non plus une solution.
06:28Et nous, on compte et on croit beaucoup en la richesse humaine,
06:32donc aux hommes et aux femmes qui travaillent la terre et qui soignent leurs animaux.
06:37Et donc, nous, on demande aux pouvoirs publics
06:40qu'ils remettent le paquet sur le renouvellement des générations
06:42et qu'on fasse en sorte qu'on ne perde plus un paysan dans ce pays
06:45dans les années à venir.
06:46Et ça nécessite aussi que l'Europe, alors ça, au niveau national,
06:50on doit être tous d'accord là-dessus,
06:51et ça nécessite que l'Europe, après, mette des politiques publiques aussi,
06:54qui défendent un peu plus l'actif agricole,
06:57donc le professionnel, finalement, et peut-être un peu moins les hectares.
07:01Voilà, nous, on part sur quelque chose de sensiblement plus humain.
07:06Est-ce que ça va aussi dans le sens des modes de distribution différents,
07:10c'est-à-dire la vente directe, les coopératives de petite taille, etc. ?
07:14Exactement, quand on parle de diversification,
07:17c'est justement là aussi où on peut trouver une certaine valeur ajoutée.
07:21Mais encore une fois, pour que ça marche pour tout le monde,
07:24il ne faut pas qu'on oppose.
07:26Bien sûr, les circuits courts, c'est bien.
07:27Bien sûr, le bio, c'est bien.
07:28Mais le conventionnel, ce n'est pas nul non plus.
07:31Et puis, ça répond aussi à une demande.
07:33Et il ne faut pas qu'on parte tous dans le même système
07:35ou qu'on défende tous le même système
07:38en disant que tout le reste est dégueulasse.
07:40Et donc, voilà, on doit réussir à faire coexister
07:44les différents systèmes d'exploitation
07:45parce qu'il y a une demande en face aussi.
07:48Et alors, les questions d'actualité aussi concernant l'élevage,
07:51c'est aussi concernant ensuite le traitement des animaux.
07:53Il y a beaucoup de choses qui sont sorties sur les abattoirs, etc.,
07:56qui rejaillissent, qu'on le veuille ou non, sur les paysans.
07:59On a l'impression que les paysans traitent mal leurs animaux.
08:01Qu'est-ce que vous pouvez répondre à ça ?
08:03C'est pareil.
08:04Je pense qu'il faut aussi se rendre compte.
08:06Et nous, c'est ce qu'on a essayé de faire
08:08autour d'une campagne de communication,
08:10c'est de montrer aussi tout ce que ça apporte.
08:12Le bien-être animal, c'est comme l'environnement
08:14et l'écologie sur nos sols.
08:16Voilà, c'est nos moyens de production.
08:19Donc, aucunement les paysans ont envie de maltraiter les animaux.
08:24Donc, voilà, on met souvent en avant les abattoirs aujourd'hui.
08:30Mettons aussi en avant ce que les agriculteurs, éleveurs font de bien
08:33et les cultivateurs aussi font de bien.
08:35En un mot, qu'est-ce que vous diriez à un jeune
08:37qui n'est pas du tout issu d'une famille d'agriculteurs
08:40et qui voudrait se lancer ?
08:41Je lui dirais, il y a encore de l'avenir dans le métier.
08:44Il y a surtout beaucoup d'organisations qui sont prêtes à t'accompagner
08:46pour que tu puisses rentrer dans des conditions favorables dans le métier,
08:50même si c'est dur, même si on peut imaginer que ça manque d'attractivité.
08:54Il y a moyen d'en trouver de l'attractivité
08:55en se faisant accompagner, en se faisant aider, en se faisant soutenir,
08:59malgré tout en restant maître de son outil de production.
09:02Alors, moi, j'habite à la campagne.
09:03Je sais qu'il y a beaucoup de solidarité entre les paysans,
09:05en tout cas, il y avait.
09:06C'est toujours le cas, on n'en parle pas beaucoup.
09:09C'est un peu peut-être moins vrai qu'à une époque,
09:13mais parce que, pareil, le métier perdant un peu d'attractivité,
09:17les revenus n'étant pas là,
09:19il y a une crise aussi morale qui s'installe
09:21et qui, du coup, n'aide pas à cette solidarité.
09:28On a tendance peut-être à se recroquiller un petit peu sur soi-même.
09:32Ce n'est pas la solution, mais on est aussi à nous les jeunes
09:35pour justement ramener cet élan de solidarité.
09:37On a la responsabilité en tant qu'organisation de défense professionnelle
09:42de ramener justement tous ces agriculteurs autour de la table
09:46pour trouver des solutions assez rapidement
09:49et trouver des solutions pour le long terme.
09:51Merci beaucoup.
09:52Merci beaucoup.