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  • il y a 1 semaine
Pour les eurodéputés ultramarins, Louis-Joseph Manscour (Martinique, Socialistes et Démocrates ), et Younous Omarjee (La Réunion, GUE-GVN ), les îles sont aujourd'hui aux avant-postes des problèmes sociaux et environnementaux de la planète. Entretien.

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Transcription
00:11Bonjour et merci d'être avec nous pour cet entretien depuis le Parlement européen de Strasbourg.
00:16A propos de la situation dans les Caraïbes, suite bien sûr au passage des ouragans,
00:20alors deux députés européens ultramarins vont nous en parler.
00:25Louis-Joseph Monscourt, je rappelle que vous avez été maire de la Trinité à la Martinique pendant 26 ans, je
00:29crois, c'est ça.
00:30Vous avez été également député au Parlement français pendant une dizaine d'années
00:33et actuellement vous êtes député européen, socialiste et démocrate.
00:36Votre expérience, bien sûr, d'élu des Antilles, va nous être précieuse pour comprendre la situation
00:42puisque vous avez vous-même déjà été confronté à des situations de ce type.
00:47Younous Omarji, bonjour à vous aussi.
00:49Vous êtes réunionnais, député européen de la gauche unitaire européenne, gauche verte nordique, ne l'oublions pas.
00:55Vous êtes spécialiste, vous aussi, des questions qui concernent les territoires ultramarins.
01:00Je rappelle que c'est vous qui, en juin, avez présenté un rapport devant le Parlement européen,
01:04un rapport pour tenter effectivement d'améliorer, on va dire, la prise en compte des territoires ultramarins par l'Europe.
01:10Alors, première question déjà que j'ai envie de vous poser à tous les deux,
01:14vous qui connaissez bien les situations qu'on va évoquer,
01:16est-ce que cet événement qui vient de se produire dans les Caraïbes ?
01:20Alors, on le répète, ça concerne toutes les Caraïbes.
01:24Les ouragans, il y en a eu plusieurs, dont le fameux Irma, bien sûr, ont commencé en gros au nord
01:28de la Cualdoupe
01:29et ont parcouru tout l'arc des îles et des archipels des Caraïbes jusqu'à la Floride.
01:35Une partie même du Mexique a été touchée.
01:36Donc, c'est vraiment l'ensemble des Caraïbes.
01:39On parle bien sûr des îles plutôt, nous, on a plutôt en France tendance à parler des îles françaises,
01:43mais c'est tout l'ensemble, l'arc des Caraïbes qui a été touché.
01:47Donc, est-ce que cette série noire d'ouragan, qui a fait des victimes et des destructions,
01:51qui sont impressionnantes, est pour vous un événement exceptionnel ?
01:55Et par ailleurs, est-ce qu'il était prévisible ?
01:57C'est une question que je voudrais vous poser à vous, Louis-Joseph Mancecourt, tout de suite.
02:01Et il est exceptionnel, cet événement, par son ampleur.
02:04Nous avons eu pas mal de cycles, on est d'ouragan, mais il y a des forces beaucoup moins importantes,
02:10jusqu'à 300 km.
02:11Mais cette fois-ci, il paraît qu'on a eu des vents jusqu'à 360 km heure.
02:16Je ne sais pas si vous voyez ce que ça représente, quelque chose d'extraordinaire et de dévastateur, en tout
02:21cas.
02:22Alors, est-ce que c'était prévisible ?
02:23Est-ce qu'on pouvait imaginer qu'à un moment donné,
02:26un événement météorologique aussi exceptionnel que celui qu'on vient de connaître
02:30pouvait se dérouler, que ce soit bien sûr aux Antilles ou dans d'autres parties,
02:34je pense à l'océan Indien, puisque vous connaissez aussi bien la situation dans cette partie du globe, du Nosso
02:39-Margie ?
02:39Oui et non.
02:42Oui, parce que, d'abord, nous sommes dans la période des ouragans dans les Caraïbes.
02:49Donc, on s'attend, on se prépare à ces cyclones tropicaux.
02:54Et nous savons, depuis les rapports du GIEC, que les changements climatiques sont en cours
03:01et qu'il faut se préparer à des phénomènes climatiques extrêmes,
03:08c'est-à-dire des ouragans de plus en plus intenses, de plus en plus violents.
03:14Cela fait des années et des années que les membres du GIEC alertent sur ce risque.
03:22C'est le groupe intergouvernemental sur le changement climatique, sur l'évolution du climat.
03:31Donc, nous savons qu'avec les changements climatiques qui sont en cours,
03:37ces phénomènes vont se multiplier.
03:39Mais il est vrai aussi qu'il est extrêmement difficile de prévoir l'intensité d'un cyclone
03:50dont l'intensité évolue au fur et à mesure de son déplacement.
03:57Et ce sont une série de facteurs climatiques, atmosphériques, océaniques,
04:03qui font que ces cyclones vont être violents ou vont se dégonfler.
04:08Mais il est bien évident que nous devons aujourd'hui,
04:13aussi bien dans la Caraïbe, l'océan Indien que le Pacifique,
04:18entrer dans ce monde nouveau du risque permanent de phénomènes extrêmes,
04:26parce que ce qui est extrême risque malheureusement,
04:30bien malheureusement, de devenir la norme.
04:33C'est ça. Vous diriez ça également, Louis-Joseph Mancecourt.
04:38Les îles, par exemple les Caraïbes, mais aussi dans l'océan Indien,
04:42sont des guetteurs à l'heure actuelle de cette situation dont on parle.
04:46Alors, on ne va pas entamer ici le débat scientifique,
04:48mais tout de même, vous en parlez en plus, vous, député européen,
04:50ainsi régulièrement, vous avez des informations,
04:53vous avez des rapports qui sont faits là-dessus.
04:56Sur ce réchauffement climatique, ce sont ces îles,
04:59ce sont ces parties, aussi bien l'océan Indien qu'à l'ouest,
05:05l'océan Pacifique, qui sont un peu les guetteurs
05:07de ce qu'on appelle le réchauffement planétaire
05:09et le réchauffement climatique.
05:10Vous diriez ça comme ça aujourd'hui ?
05:12Vous feriez ça ?
05:13Je voudrais ajouter, pour qu'on puisse bien comprendre,
05:15ce que depuis maintenant 20 ou 30 ans,
05:20on a identifié une période cyclonique
05:22qui part du 15 août jusqu'au 15 novembre.
05:26Il y a une commission dans chaque commune, dans chaque département
05:30qui se réunit régulièrement en amont
05:33pour pouvoir préparer cette période.
05:37Donc par conséquent, nous sommes en quelque sorte rompus à cette situation,
05:41à cette période cyclonique, nous y sommes préparés.
05:43Maintenant, concernant Irma, je vous l'ai dit,
05:47c'est vraiment la première fois au monde, il paraît,
05:50qu'on a un cyclone de si forte intensité.
05:53Donc par conséquent, ça a surpris tout le monde.
05:56Mais il ne faut pas croire qu'il n'y a pas de réunion organisée avant
05:59où les maires, le préfet, on ne prépare la sécurité,
06:05mais aussi les pompiers, l'argent d'armée,
06:07tout le monde ne se prépare.
06:08Il y a des réunions qui sont faites en amont.
06:10Alors ce que vous dites là, c'est que l'anticipation,
06:13parce qu'il y a un débat, vous le savez,
06:15un grand débat médiatique, un déballage sur cette question-là.
06:18Polémique parfois.
06:18Voilà, et l'anticipation existe,
06:21mais il existe au regard de phénomènes
06:23qui n'étaient pas mesurés
06:25ou qu'on n'anticipait pas à la hauteur
06:27de ce qui vient de se passer là.
06:29C'est un peu ce que vous êtes en train de dire là.
06:31Oui, pour répondre à votre question,
06:34est-ce que les îles sont des points d'observation ?
06:39Oui, pardon, on revient sur cette question-là.
06:39Je crois que c'est une question très importante.
06:41Les îles du monde, en général,
06:44sont les postes avancés de l'observation
06:48des phénomènes climatiques et des changements climatiques
06:52parce que nous savons que c'est sur la bande intertropicale planétaire
06:57que se forment et naissent et meurent les phénomènes climatiques.
07:02Les eaux chaudes.
07:03Donc les îles ont ce rôle extrêmement important.
07:06Mais surtout, par rapport au continent,
07:10les îles ont une vulnérabilité beaucoup plus forte
07:14compte tenu de leurs caractéristiques géographiques
07:18et une vulnérabilité aussi économique.
07:21Regardez, s'agissant de Saint-Martin
07:25et aussi Saint-Barthélemy,
07:28souvent ce sont des îles qui fonctionnent sur un seul pilier
07:32pour leur économie, le tourisme.
07:34Que restera-t-il du tourisme dans ces îles
07:38où il y a très peu de reliefs ?
07:40Que restera-t-il des plages
07:42si le niveau des océans monte ?
07:46Que restera-t-il au fond de toute cette économie ?
07:50Et c'est pourquoi je pense que dans la reconstruction,
07:53nous devons penser aussi
07:56à un nouveau Saint-Martin,
07:58une nouvelle économie
08:01adaptée à ces évolutions liées au changement climatique ?
08:05Les types de construction aussi, il faudra revoir l'héritat.
08:07Alors, types de construction, parlons-en,
08:08puisque effectivement, j'allais dire,
08:10aux yeux du néophyte, de celui qui ne connaît pas,
08:12on constate quand même que les dégâts sont absolument ahurissants,
08:15mais pas partout.
08:16Il y a tout de même des endroits qui ont résisté
08:17et on peut se demander, et tout le monde se demande,
08:20si les conditions de construction,
08:23c'est-à-dire les normes de construction,
08:24étaient suffisantes pour étaler,
08:26comme on dit en termes marins,
08:28des événements comme ceci.
08:30Oui, mais vous voyez bien que c'est toujours encore
08:32les plus faibles, les plus démunis.
08:33C'est ça.
08:34Ceux qui n'ont pas forcément les moyens,
08:36qui ont des habitats qui sont très précaires
08:38et qui subissent, par exemple, ces assauts.
08:41C'est ça la réalité.
08:42Je pense que quelqu'un qui a les moyens,
08:44il a un bâtiment qui respecte les normes sismiques,
08:48parce que ça existe aussi, surtout aux Antilles,
08:50et que par conséquent, on voit bien
08:51que ce sont des poches de pauvreté
08:53qui connaissent davantage les difficultés
08:55lors de ces moments difficiles.
08:59Younous Margie, vous feriez aussi le procès
09:02de ces constructions rapidement établies,
09:05peut-être pour des bénéfices, par exemple,
09:07touristiques rapides également ?
09:09Oui, Louis-Joseph a raison de dire
09:11que les catastrophes naturelles
09:12sont un formidable révélateur
09:15des inégalités sociales.
09:17Bien sûr.
09:17Et elles éclatent aux yeux de tout le monde aujourd'hui.
09:20Sauf que la situation à Saint-Martin,
09:24avant le passage du cyclone,
09:27était une situation très inégalitaire,
09:30une situation de violence, d'insécurité,
09:33un pays qui est aussi un pays
09:36où il y a des carrefours pour la drogue
09:39dans la Caraïbe.
09:41Enfin, une série de problèmes
09:42qui émergent aujourd'hui
09:43avec cette catastrophe.
09:47La question qui était posée,
09:49je ne m'en souviens plus.
09:50Non, on parlait du retard
09:53de ces territoires ultramarins,
09:54tout simplement.
09:55Vous avez parfaitement travaillé là-dessus.
09:57Et du retard de la situation sociale,
09:59de l'énorme fossé,
10:02du creusement de ces écarts sociaux
10:05au sein même de ces îles
10:07qui deviennent aussi,
10:08de ce point de vue-là,
10:08on en parlait pour les raisons climatiques,
10:10mais du point de vue social
10:11qui deviennent aussi des révélateurs.
10:12C'est ce que je disais,
10:14reconstruction.
10:15Oui, reconstruction.
10:15Mais c'est surtout une occasion
10:18un peu inespérée, peut-être,
10:21si on peut tirer du bénéfice de tout cela,
10:24pour repenser le développement de ces pays.
10:28Autrement, nous passerons à côté.
10:30Mais vous savez une chose,
10:32même si on voit ça en métropole,
10:34ce qui se passe,
10:35il y a les familles
10:37qui refusent parfois de partir
10:39l'île d'or.
10:41Refusent.
10:41Même quand on leur propose ailleurs,
10:43parce qu'en période de beau temps,
10:45c'est formidable de vivre
10:46à Saint-Martin, sous la mer,
10:48les cocotiers avec de belles plages,
10:50le sable bleu, etc.
10:51C'est bien.
10:53Mais parfois,
10:54les autorités ont beaucoup de difficultés
10:57à faire respecter, justement,
11:01les normes,
11:02les normes environnementales
11:04et parfois les normes du bâti
11:06et qui font qu'aujourd'hui,
11:09on a ces difficultés-là.
11:10C'est le cas d'un élu local.
11:12Je l'ai dit tout à l'heure,
11:13vous avez été maire.
11:14C'est le cas d'un élu local.
11:16Un élu local a un pouvoir réel
11:19de réglementer
11:19ou de ne pas donner son aval
11:21à une construction
11:22qui n'est pas très normal.
11:23Il y a ce qu'on appelle
11:24le plus le plan local d'urbanisme
11:26qui fixe les conditions
11:27dans lesquelles on doit pouvoir construire.
11:29Donc, par conséquent,
11:30dans chaque collectivité,
11:31dans chaque commune,
11:32il y a un plan local d'urbanisme.
11:34Mais le faire respecter,
11:36c'est déjà autre chose.
11:37C'est très difficile
11:38de faire parfois des familles...
11:41On voit ça aussi en métropole,
11:42sur les littorales,
11:43on a les mêmes difficultés.
11:45Donc, c'est un combat
11:46et c'est difficile.
11:47Ce n'est pas facile.
11:48Je vous assure
11:48que ce n'est pas une sinécule
11:49d'être élu et d'être maire.
11:51Alors, bien sûr.
11:52Et vous, vous êtes député européen.
11:53Vous êtes...
11:54Alors, il y a des conséquences
11:55dramatiques immédiates, quand même.
11:56C'est une réalité.
11:58Qu'est-ce qui doit être fait ?
11:59On va en parler, quand même.
12:00Qu'est-ce qui doit être...
12:01Parce que c'est aussi
12:02un élément qui est dans l'actualité.
12:04Qu'est-ce qui doit être fait immédiatement ?
12:06D'abord, il y a les réponses d'urgence
12:09qui sont apportées par l'État
12:11au moment où notre émission est enregistrée.
12:14Les moyens de l'État sont mobilisés sur place.
12:18Le président de la République s'y trouve.
12:21Et il faut répondre aux urgences.
12:23Donc, rétablir l'ensemble des services publics,
12:26apporter des réponses à la souffrance aussi
12:28des personnes qui sont traumatisées.
12:31Enfin, une série de réponses
12:33dans tous les domaines.
12:34Mais au-delà, il faut aussi très rapidement
12:40des investissements massifs
12:42pour reconstruire les infrastructures.
12:46Mais en tenant compte des leçons.
12:50Et c'est ce qu'on ne fait pas parfois assez souvent.
12:52Et sur ce plan, je pense que l'Union européenne
12:55a un rôle à jouer.
12:57La solidarité européenne
13:00doit s'exprimer.
13:02Elle s'exprimera.
13:03Elle a commencé à s'exprimer.
13:05Pierre Moscovici a très clairement indiqué,
13:08il y aura un débat d'ailleurs
13:10en plénière demain ou après-demain
13:12à ce sujet.
13:14Mais nous avons voté, nous,
13:15en commission régie récemment,
13:18un règlement
13:19suite au tremblement de terre
13:21en Italie
13:22qui permet aujourd'hui
13:25un cofinancement
13:26à hauteur de 95%
13:28par l'Union européenne
13:31sur les fonds du FEDER.
13:3395% de cofinancement
13:36pour les opérations de reconstruction.
13:39C'est pourquoi
13:39j'ai adressé hier un courrier
13:41au président de la République
13:43en lui demandant
13:44d'activer au maximum
13:46tous les instruments.
13:47Il y a d'abord aussi
13:48le fonds de solidarité
13:49et puis le nouvel instrument
13:51qui est aujourd'hui voté
13:54et d'activer l'ensemble
13:55des instruments
13:56pour que l'Europe
13:57apporte sa solidarité.
13:59Il faut dire aussi
13:59que la commission
14:01vient de nous accorder
14:02hier 200 millions d'aides
14:06d'aides pour pouvoir
14:08de première nécessité
14:09pour pouvoir permettre
14:10de sortir des difficultés
14:11pour qu'elles soient
14:12toutes les différentes familles.
14:13Alors est-ce que par ailleurs
14:15en dehors de ce que vous dites
14:16des aides européennes financières
14:18est-ce que l'Europe
14:19est à la bonne échelle
14:22pour aborder ces questions
14:23que vous commenciez
14:24à aborder tout à l'heure ?
14:25Alors évidemment
14:26toutes les îles concernées
14:27par les ouragans
14:28qui se sont déroulées
14:29dans la Caraïbe
14:29ne sont pas des îles
14:31qui ont un lien avec l'Europe.
14:32Il y a juste effectivement
14:34Saint-Barthélemy,
14:35Saint-Martin qu'on partage
14:36que la France partage
14:38avec les Pays-Bas.
14:38Je plaisais, la CP ont des liens.
14:39Voilà, c'est ça.
14:40Il y en a un certain nombre.
14:42Mais est-ce que ces îles
14:44ayant un lien avec l'Europe,
14:46on va le dire comme ça,
14:47par l'intermédiaire
14:48de plusieurs pays,
14:48dont la France bien entendu,
14:50sont celles qui peuvent poser
14:52des questions un peu générales
14:53que nous posions,
14:54tant sociales qu'environnementales,
14:56aujourd'hui dans les Caraïbes.
14:57Est-ce que vous pensez
14:58que ce débat peut émerger
14:59du coup au niveau européen
15:01à partir de ces exemples
15:02que nous avons dans nos îles,
15:04entre guillemets,
15:05dans les îles qui concernent l'Europe ?
15:06Oui, je crois vraiment.
15:08Il faut voir que les îles,
15:11c'est dans les îles
15:12où se concentre finalement
15:13l'ensemble des problèmes...
15:14Des laboratoires.
15:16Des laboratoires.
15:17L'ensemble des problèmes planétaires,
15:19mais aussi l'ensemble
15:20des problèmes européens.
15:22Donc l'Europe a beaucoup à apprendre
15:25de ce qui se joue dans les îles.
15:29La question insulaire
15:31est l'une des grandes questions
15:33aujourd'hui au niveau international.
15:36Hier soir,
15:37je rencontrais le ministre
15:39des Affaires étrangères
15:40de l'île Maurice,
15:41ainsi que des îles Fidji
15:43et de beaucoup d'autres
15:44petites îles du monde.
15:46Et nous avons la conviction
15:48qu'entre les régions
15:49ultra-périphériques européennes,
15:52les pays et territoires
15:54d'outre-mer européens,
15:55les îles ACP,
15:57il y a des défis communs,
15:59il y a des intérêts communs,
16:02il y a des vulnérabilités communes.
16:04Et nous devons aujourd'hui
16:06construire des partenariats
16:09et nous attendons le soutien
16:12de l'Union européenne.
16:14Tout ceci ne fait que commencer.
16:17Et c'est pourquoi
16:18je n'ai pas encore discuté
16:20avec mes collègues de tout cela.
16:22Donc je le dis à Louis-Joseph maintenant.
16:24Je vais proposer au président Juncker
16:28ou au président Macron
16:30que nous prenions l'initiative
16:32de réunir à Bruxelles
16:35ou à Paris
16:36l'ensemble des petites îles du monde.
16:39Vous savez, dans les pays ACP,
16:41la majorité des pays ACP,
16:42ce sont des petits États insulaires.
16:45La question insulaire
16:47est devenue fondamentale
16:48avec le changement climatique.
16:50Il y a tout l'enjeu
16:52par rapport à l'adaptation, etc.
16:54C'est à l'Europe de le faire,
16:56sans doute beaucoup plus
16:57que les États-Unis
16:58qui sont aujourd'hui très en recul
17:00par rapport aux engagements
17:01de la COP21.
17:02Donc nous proposerons,
17:04j'espère,
17:04au président Juncker
17:06de prendre l'initiative
17:07de réunir ici à Bruxelles
17:09l'ensemble des petites îles ACP
17:12du monde
17:12avec les régions
17:14ultra-périphériques françaises,
17:16avec les pays et territoires
17:18d'outre-mer européens,
17:19avec les rues portugaises
17:21et espagnoles,
17:22et créer, finalement,
17:24un moment fondateur
17:25de quelque chose de nouveau.
17:27C'est votre point de vue aussi,
17:28j'imagine,
17:29Louis-José François.
17:30Oui, je partage cette idée.
17:32Dans la mesure où, effectivement,
17:33cette question des îles
17:34devient une question fondamentale,
17:36importante, j'allais dire,
17:37pour nous tous,
17:38pour tout le monde,
17:38pour la planète entière
17:39à l'heure actuelle.
17:39Tout à fait.
17:40Ce qui n'est pas forcément
17:42dans la conscience
17:43de tout le monde,
17:44de ceux qui nous regardent,
17:44de ceux qui nous écoutent.
17:45Pour l'instant,
17:46on a l'impression
17:48un peu que les choses
17:48sont traitées sous l'angle
17:49de, bon,
17:50il y a eu un fait divers terrible,
17:51voilà,
17:52il faut parer au plus pressé.
17:54Mais ce qu'on est en train
17:55de dire là,
17:55c'est que cette question
17:57que pose cet événement
17:58par rapport
17:59à la situation
18:01et sociale
18:02et environnementale
18:03des îles
18:05du monde entier,
18:06est aujourd'hui
18:07une question fondamentale,
18:09centrale,
18:09pour tout le monde.
18:10Et puis,
18:10il faut surtout
18:11que l'Europe
18:12prenne conscience
18:12que sa dimension
18:14est,
18:16comment dirais-je,
18:17mondiale,
18:18grâce justement
18:19aux différents territoires
18:20insulaires
18:20qui se trouvent
18:21un peu partout
18:23dans le monde,
18:24dans les cinq océans.
18:26Et ça,
18:26ça me paraît
18:26important
18:27de pouvoir comprendre
18:29cela.
18:30Et ça,
18:30parfois,
18:30ce n'est pas toujours
18:31bien compris
18:31au niveau des Européens.
18:34vous avez bon espoir
18:35les uns et les autres
18:36que ce qui débute,
18:38ce qui est en train
18:38de démarrer,
18:39puisse aboutir,
18:40c'est-à-dire qu'on puisse
18:41prendre en compte
18:42tous ces éléments
18:43pour reconstruire
18:45entre guillemets
18:45et construire
18:46tout simplement
18:47une autre manière
18:48d'aborder
18:49les questions,
18:50les rapports sociaux
18:51et aussi
18:51les rapports
18:52avec l'environnement
18:53sur ces territoires.
18:55Pardon.
18:56Je voulais dire une chose.
18:57Moi,
18:57j'ai une crainte.
18:59Vous savez,
19:00après un tel phénomène,
19:02il y a beaucoup
19:02d'agitation.
19:03On en parle beaucoup.
19:04Et puis,
19:05deux mois,
19:05trois mois,
19:06six mois,
19:07un an après,
19:08tout est oublié.
19:08Et c'est ça
19:09qui me chagrine un peu.
19:11Et on a oublié
19:12où se trouve
19:13Saint-Martin,
19:14où se trouve
19:15Saint-Barthélemy.
19:16Et je pense là,
19:17peut-être que
19:17ce que tu as proposé là,
19:20c'est un moyen
19:21de raviver un petit peu
19:22dans l'esprit
19:23de chacun
19:24qu'il y a
19:25ces territoires
19:26et qui sont
19:27des laboratoires
19:27où on peut puiser
19:28un certain nombre
19:29d'expériences,
19:30notamment au niveau
19:32climatique
19:32et au niveau
19:33du réchauffement
19:33de la planète.
19:34Et Dieu seul sait.
19:35Le phénomène cyclonique,
19:36ça part dans les eaux chaudes.
19:38C'est bien pour cela
19:39que nous avons
19:40des cyclones
19:41d'aussi forte intensité.
19:42Et on remarque
19:43qu'une fois
19:44qu'ils abordent
19:46les terres,
19:47eh bien,
19:47ils diminuent
19:48en intensité.
19:49Ça prouve bien
19:50que ce sont
19:50les eaux chaudes
19:51qui créent ces phénomènes
19:53et qui font que
19:53c'est aujourd'hui
19:54une forte intensité.
19:54Et d'ailleurs,
19:54en Europe,
19:56il faut observer
19:57avec beaucoup
19:57d'attention
19:58ce qui s'y passe,
20:00ce qui s'y joue,
20:00les réponses
20:01qui sont apportées,
20:01la réaction
20:02des populations
20:03parce que nous savons
20:05aussi avec les travaux
20:06du GIEC
20:07qu'il y aura
20:07une multiplication
20:10en Europe
20:11d'un certain nombre
20:13de phénomènes
20:13climatiques
20:14extrêmes,
20:16aussi
20:18des typhons,
20:19des ouragans.
20:21Donc c'est très important.
20:22En Europe,
20:23il y a aussi
20:24beaucoup à apprendre.
20:25Ce que tu disais
20:26est très juste.
20:28La deuxième catastrophe
20:29qui s'ajouterait
20:30à cette catastrophe
20:32sans nom,
20:33c'est l'oubli.
20:34Et il ne faut pas
20:36ajouter la catastrophe
20:37à la catastrophe
20:38et il ne faut pas
20:41reproduire les erreurs
20:43du passé.
20:44Et on peut tirer
20:45quelque chose
20:46de positif
20:47en allant vers
20:50un développement
20:51qui soit différent
20:53et qui soit durable.
20:56Et je crois
20:57que vous avez
20:58un pays
20:59qui est mis à terre
21:00à 95%.
21:01Il n'y a plus rien.
21:03Eh bien,
21:04il y a aujourd'hui
21:05pour Saint-Martin
21:06d'aller vers
21:08peut-être
21:09une île
21:10qui pourra
21:12préfigurer
21:12de ce qu'il faut faire
21:13partout ailleurs
21:15dans le monde
21:15pour faire face
21:17à ces phénomènes nouveaux.
21:18Alors,
21:19on parle souvent,
21:19on parle surtout
21:20bien sûr,
21:21de Saint-Barthélemy
21:22et de Saint-Martin,
21:23mais est-ce que
21:23les autres îles,
21:24notamment les grandes îles
21:25Cuba, etc.,
21:26de la Caraïbe,
21:27sont également
21:29partie prenante
21:30de cette réflexion
21:31et de cette modification
21:31dont on est en train
21:32de parler là ?
21:33Il y a beaucoup
21:33de réflexions
21:33qui sont menées,
21:34notamment à Cuba.
21:35Dans tous les pays,
21:35je pense qu'il y a
21:36des réflexions
21:36qui sont menées
21:38et qui font
21:39qu'aujourd'hui,
21:41eh bien,
21:41s'il n'y a pas
21:42autant de victimes
21:43de morts,
21:43c'est parce que,
21:44justement,
21:45ils se sont préparés
21:47à de tels événements.
21:48Je pense.
21:50À l'époque,
21:51lorsqu'un cyclone passait,
21:52il y avait des centaines
21:54de morts
21:55et des cyclones
21:56moins intenses
21:57que Irma.
21:58Cela veut dire
21:59qu'y compris
22:00à Saint-Martin,
22:01y compris
22:02à Saint-Barthélemy,
22:04vous avez une culture
22:06du risque
22:07qui est totalement
22:09partagée,
22:11ancrée
22:11dans les Outre-mer
22:13et qu'il y a
22:14beaucoup de choses
22:15qui fonctionnent
22:15et qui ont bien fonctionné.
22:17Sauf que vous avez
22:18un cyclone
22:19d'une intensité
22:20extraordinaire,
22:21il faut aussi
22:22faire un peu preuve
22:23parfois
22:24d'humilité
22:25devant le déchaînement
22:26des forces
22:27de la nature
22:28et il n'est pas possible
22:30toujours,
22:32sur l'instant,
22:32de trouver
22:33des réponses
22:34à de...
22:35Et je vais vous raconter
22:36une anecdote
22:37qui s'est produite
22:38en 1989
22:40lors du passage
22:42du cyclone Hugo
22:43en Guadeloupe
22:44qui avait pratiquement
22:45rasé à 95%
22:48l'île.
22:49Il y avait
22:51un Boeing 727
22:53sur la piste,
22:54parqué sur la piste
22:55puisque
22:56on a ce cyclone
22:57à Avon,
22:57bien parqué.
22:58la force
23:00du vent
23:00a déplacé
23:01le Boeing
23:01de 30 mètres.
23:03Vous imaginez
23:05ce que c'est
23:05que la puissance
23:07des vents
23:08souffrant à...
23:10J'ai vu
23:10des toitures
23:12qui sont parties
23:13ensemble
23:13et qui flottaient
23:15comme un truc.
23:16C'est des sons
23:16extraordinaires.
23:17Est-ce que vous diriez
23:18que cette série
23:19quand même exceptionnelle
23:20d'ouragan
23:21qui vient traper
23:22les Caraïbes
23:23marque un tournant
23:24d'abord
23:25parce qu'elle indique
23:25un état de notre planète
23:26et puis en même temps
23:27une urgence
23:28tout de même
23:28à changer
23:29non pas en surface
23:31ou non pas
23:31sur des petits points
23:33de détail
23:34mais à changer
23:35fondamentalement
23:35les choses
23:36sur notre Terre
23:37aujourd'hui.
23:37Vous diriez
23:37que c'est un tournant
23:38quand même
23:38qu'on va peut-être
23:40penser les choses
23:41à partir d'un événement
23:42comme celui-ci
23:42qui a eu ce marge.
23:43Il a parlé d'oubli.
23:45Il faut espérer.
23:47Il faut espérer.
23:49Mais on sait aussi
23:51les forces
23:53de l'habitude
23:54et la difficulté
23:58parfois
23:58à amorcer
23:59des révolutions
24:01parce qu'il s'agit bien
24:03de révolutions
24:04qu'il faut opérer
24:05dans la manière
24:06dont on appréhende
24:07une série de choses
24:09et les constructions
24:09le modèle de développement.
24:12Donc l'avenir
24:13le dira.
24:15Un mot
24:16je pense court
24:17là-dessus également.
24:18Vous pensez
24:19que cet épisode
24:21exceptionnel
24:22marque quand même
24:23un tournant
24:24ou que c'est quand même
24:25relativement comparable
24:26à ce qui s'est déjà déroulé
24:27et qui n'a pas donné
24:29des modifications
24:30substantielles.
24:30Je ne sais pas
24:31si ça marque un tournant
24:32parce que dans la Caraïbe
24:34nous avons un cyclone
24:35tous les deux ans
24:35de forte intensité.
24:37Pas comme celui-ci.
24:39C'est un ouragan d'ailleurs
24:40comme celui-ci.
24:41Mais on a un petit peu
24:42l'habitude.
24:43Moi ce que je voulais dire
24:44il y a des efforts
24:45quand même
24:45qui sont faits
24:46parce qu'après
24:48le cyclone Hugo
24:49les constructions
24:51sont tout à fait
24:52différentes
24:54au niveau
24:54de ce qu'elles étaient
24:57avant
24:58en Guadeloupe.
24:59Et vous avez le risque
25:00sismique aussi.
25:01Et en compte
25:01on cumule.
25:02Alors justement
25:03ça m'amène à dire
25:04vous voyez comment
25:06nos économies
25:08sont confrontées
25:09à des handicaps
25:10qui sont vraiment structurels
25:11et que
25:11on fait des efforts
25:13qui sont colossaux
25:14et puis
25:15qui sont anéantis
25:16en espace
25:17d'une soirée.
25:18Il faut recommencer
25:19maintenant.
25:20Il faut recommencer.
25:21Et je crains
25:22qu'on ait encore
25:23à recommencer
25:23compte tenu
25:24des conditions climatiques
25:26avec le réchauffement
25:27etc.
25:28Je crains
25:28que nous ne soyons pas
25:30suffisamment armés
25:31pour affronter
25:31les lendemains
25:32qui viennent
25:33et j'espère
25:34qu'ils ne vont pas déchanter.
25:35Mais tirer des leçons
25:36c'est quoi ?
25:37C'est par exemple
25:38dans les aides européennes
25:40notamment pour les infrastructures
25:42que la prise en compte
25:44des infrastructures
25:46c'est-à-dire
25:47s'adapter
25:47au changement climatique
25:49cette prise en compte
25:50de l'adaptation
25:50soit un élément
25:53qui conditionne
25:54les aides
25:55parce que
25:56nous voyons
25:58aujourd'hui
25:58se continuer
25:59un certain nombre
26:00de grands projets
26:01dans les Outre-mer
26:03qui en aucune manière
26:05ne prennent en compte
26:06l'élévation
26:07du niveau de l'océan
26:08l'intensité
26:09des ouragans
26:10etc.
26:11Donc je pense
26:12qu'au niveau
26:13de la commission régie
26:14on travaillera
26:15sans doute
26:16sur ces conditionnalités
26:17bon merci à vous
26:18on va essayer
26:19de notre côté
26:20en tous les cas
26:20de ne pas oublier
26:21on en reparlera
26:22on ne laissera pas passer
26:24un an avant de reparler
26:25de ce qui se passe
26:26et des conséquences
26:27de tout ce qu'on est en train
26:28de dire là
26:28et des décisions
26:29que l'entreprise
26:30Juste un mot pour dire
26:31que communément
26:33Louis-Joseph et moi
26:34par notre commission régie
26:36nous avons demandé
26:37un débat
26:39en plénière
26:40parce que nous voulons
26:42que le Parlement européen
26:43exprime sa solidarité
26:45à ces peuples
26:46qui sont éprouvés
26:48et que nous puissions aussi
26:51que les peuples
26:53des Caraïbes
26:53puissent entendre
26:55les réponses
26:56que l'Europe
26:57peut apporter
26:57et ce débat aura lieu
26:59cette semaine
27:00au Parlement européen
27:01Merci à vous
27:02Louis-Joseph Monscour
27:03Merci à vous
27:05qui nous avez suivi
27:06à bientôt
27:07au revoir
27:07Merci
27:08Merci

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