00:00Lors de la présentation de son rapport annuel sur le mal-logement en France,
00:04la fondation Abbé Pierre met en lumière l'une des conséquences méconnues de la précarité croissante,
00:09le surpeuplement des logements qui se traduit par l'entassement de familles entières dans quelques mètres carrés.
00:15Ça met en difficulté les familles, la simple possibilité de vivre en famille, de manger ensemble,
00:21de se laver tranquillement, de ranger, de faire des stocks.
00:25C'est vraiment une atteinte à la vie quotidienne.
00:27On a du mal à dormir quand on est en surpeuplement.
00:29Et quand on a du mal à dormir, ça a des répercussions en cascade sur la capacité à se concentrer,
00:33à être en bonne santé, à ne pas être trop stressé.
00:36Et en plus, c'est un phénomène qui est en aggravation.
00:38Alors que ça avait décliné pendant des décennies, pour la première fois, entre 2006 et 2013,
00:43les personnes en surpeuplement accentuées, là où c'est le plus grave, leur nombre a augmenté de 17%.
00:48Donc on a aujourd'hui 934 000 personnes qui vivent en surpeuplement accentuées, dont 300 000 enfants.
00:54Pour qui, parfois, ça peut être une cicatrice à vie.
00:56Parce qu'à vie, ils auront des lacunes scolaires, d'apprentissage, simplement à identifier les couleurs, etc.
01:02Mais il faut que les gens en surpeuplement accentuées se voient attribuer des logements sociaux en urgence.
01:08Autre solution assez simple à mettre en œuvre, plus facile,
01:11c'est qu'il y a aussi des personnes en sous-peuplement dans le parc social.
01:14Il y a 117 000 ménages qui ont 3 pièces ou plus par rapport à la norme d'habitation normale.
01:22Et parmi ces personnes-là, il y a des gens qui veulent déménager, qui veulent un logement plus petit.
01:26C'est des personnes âgées dont les enfants sont partis en général.
01:28Et à qui on ne répond pas favorablement la plupart du temps.
01:31Le taux de réponse favorable pour les gens qui veulent un logement plus petit, c'est 20% seulement par
01:35an.
01:36Donc ça veut dire que la moyenne, c'est 5 ans d'attente.
01:38Pendant 5 ans, les gens restent dans un grand logement qu'ils veulent quitter.
01:41Là, c'est absurde.
01:42Il faut donner la priorité absolue aux gens qui veulent quitter leur grand logement
01:45pour que ce grand logement soit attribué à des familles nombreuses qui sont aujourd'hui en surpeuplement.
01:49Même si le droit au logement opposable est de plus en plus connu
01:53et qu'il a permis de reloger à peu près 100 000 personnes, 100 000 ménages,
01:59depuis son vote en 2007 et son application en 2008,
02:03il y a beaucoup de personnes qui sont aujourd'hui à la rue,
02:06qui sont aujourd'hui menacées d'expulsion sans solution,
02:08qui sont aujourd'hui dans des logements totalement indignes
02:11et parfois même le fait de marchands de sommeil qui profitent de la pauvreté
02:14pour louer cher des logements pourris,
02:17qui pourraient bénéficier de ce droit au logement opposable.
02:19Donc il y a un enjeu très fort, bien sûr, de communication, d'information,
02:23mais aussi d'accompagnement au droit.
02:25À la Fondation Abbé Pierre, on développe des permanences d'accès au droit
02:28pour justement faire connaître ce droit et accompagner les ménages
02:30pour le faire valoir, ce droit.
02:32Mais il y a un gros travail.
02:34Mais le gros sujet d'inquiétude sur le droit au logement opposable à ce jour,
02:38c'est qu'on voit qu'il y a un certain nombre de territoires
02:42où, parce qu'ils n'ont pas finalement les logements à proposer au bout, aux personnes,
02:48ils finissent par dire, on va essayer d'être un peu restrictifs
02:50dans la manière dont on reconnaît la priorité à tel ou tel ménage.
02:53Et ça, ce n'est pas acceptable.
02:55Le droit, c'est le droit.
02:56Les catégories qui peuvent en bénéficier, c'est une lecture juridique qu'il faut avoir.
03:00Donc là, il y a un énorme enjeu à travailler aussi pour le quinquennat.
03:03L'occasion pour Christophe Robert de pointer les contradictions
03:06entre les objectifs affichés du gouvernement
03:09et sa politique économique et fiscale qui pénalise les plus fragiles.
03:13Le gouvernement dit, on va faire plus de pensions de famille,
03:16des logements adaptés pour ces personnes,
03:18plus de mobilisation du parc privé pour apporter des réponses aux mal logés.
03:23Ça, c'est plutôt dans un changement de stratégie qui est positif.
03:26Mais en fait, simultanément, quelques mois après,
03:29alors qu'on est à 8 mois du quinquennat,
03:33on voit des coupes sur les APL très importantes.
03:36On voit des coupes sur les bailleurs sociaux
03:39qui produisent du logement pour les personnes en difficulté très importantes.
03:43Et on se dit, si d'un côté, on fait une politique du logement d'abord
03:46qui peut permettre à certains de sortir du mal le logement,
03:48et de l'autre, la politique du logement,
03:51pas mal pilotée quand même par Bercy pour des raisons d'économie budgétaire,
03:54conduit à davantage de fragilité,
03:57on n'aura pas forcément gagné grand-chose au bout de l'histoire.
04:01Il y a deux poids, deux mesures qui nous préoccupent profondément.
04:05Et c'est là aussi où cette remise du rapport de la Fondation Abbé Pierre
04:10se veut un électrochoc pour dire au gouvernement,
04:13il est encore temps de faire autrement.
04:16On a la responsabilité collective d'apporter des réponses dignes
04:19à chacun des personnes qui s'ouvrent dans notre pays.
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