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  • il y a 1 semaine
Le tirage au sort a voulu que Jean-Luc Mélenchon soit le premier des onze candidats à l'élection présidentielle à s'exprimer sur France 2. A trois jours du 1er tour, chacune et chacun avait "15 minutes pour convaincre". Revoir l'extrait.

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Transcription
00:00Bonsoir Jean-Luc Mélenchon.
00:02Bonsoir messieurs dames.
00:03Bonsoir Jean-Luc Mélenchon, soyez le bienvenu.
00:06Pour commencer ces entretiens, nous avons demandé à chaque candidat d'apporter un objet qu'il garderait dans son bureau
00:14présidentiel s'il était élu,
00:16un objet emblématique de ce qu'il est ou de son projet.
00:20Jean-Luc Mélenchon, quel est votre objet ?
00:22Alors, ce n'était pas le plus simple à trouver, c'est celui-ci en réveil.
00:25Il est là pour me dire du matin au soir, il est temps.
00:29Il est temps, il est temps parce que le changement climatique est commencé, il faut changer notre manière de produire,
00:34de consommer, d'échanger.
00:36Il est temps de consommer, pardon, il est temps de sortir du nucléaire parce que c'est dangereux.
00:41Il est temps de répartir la richesse justement pour que l'on puisse vivre de son travail, de sa retraite
00:47ou dans ses études dignement.
00:49Il est temps de sortir de la monarchie présidentielle, il est temps d'une France indépendante qui soit le champion
00:54mondial de la paix.
00:55Donc ce réveil, il sera sur votre table présidentielle ?
00:59Maintenant oui, puisque je vous l'ai dit, donc je veux le faire.
01:02Et je me dirai, tâche de te rendre utile, profite le temps, du temps qui passe, tâche de te rendre
01:07utile et tu seras heureux.
01:09Et j'ai le même message à apporter à nos compatriotes, tâchons de nous rendre utile à l'humanité et
01:14nous vivrons heureux.
01:15Alors, deux précisions sur votre programme économique d'abord, Jean-Luc Mélenchon.
01:19Et d'abord, vous voulez établir un droit opposable à l'emploi.
01:23Qu'est-ce que ça veut dire ? Est-ce que ça veut dire que tout chômeur pourra en dernier
01:26ressort se retourner contre l'État
01:28et que l'État sera tenu de lui fournir un emploi ?
01:31Alors, ce n'est pas la seule mesure, c'est celle que vous avez choisie dans le programme et elle
01:35est intéressante et je vais vous en parler.
01:38La Constitution dit que chacun a le droit à un travail et le devoir de travailler.
01:46C'est dans la Constitution.
01:47Alors, que valent les principes qui n'ont aucune conclusion concrète ?
01:50Et j'ai donc imaginé que l'on prendrait une loi qui existe, dont on modifierait peut-être les conditions
01:56d'application, s'il le faut, déjà au vu de l'expérience.
01:58On l'appelle cette loi ATD Carmond, car c'est eux qui en ont eu l'idée.
02:02Et c'est un député, je crois, du PS, M. Grand-Guillaume, qui l'a portée.
02:05Elle a été adoptée à l'unanimité.
02:07Ça signifie que toute personne qui est un chômeur de longue durée représente un coût, de toute façon, des allocations,
02:16des aménagements ici ou là de prestations.
02:20Bref, plutôt que l'argent vienne de cette façon, on le concentre pour en faire un salaire et on le
02:25complète.
02:25Et on installe cette personne dans un contrat coopératif, pour ma part, je pense qu'il faut le mettre à
02:315 ans,
02:32pendant lesquels cette personne, si elle le souhaite évidemment, il ne s'agit pas de faire du travail forcé,
02:36peut prendre un travail qui est proposé par une coopérative.
02:39Donc l'État, vous précisez dans votre programme...
02:40L'État finance la coopérative qui elle-même finance pour la part du salaire qui reste à pouvoir.
02:47L'État est tenu d'offrir du travail à quelqu'un...
02:49Eh bien oui, ou alors...
02:50Un chômeur de plus d'un an.
02:51Voilà, ou alors...
02:52Sinon on attaque l'État, qu'est-ce qui se passe ?
02:54Eh bien oui, sinon ce n'est pas la peine d'écrire dans la Constitution des choses qu'on n
02:57'applique pas.
02:58Donc moi je vais les appliquer.
02:59Et j'étais là, à Juratrie, avant-hier, où l'on voyait comment...
03:04Pour vous donner un exemple, des innombrables choses qu'il y a à faire dans ce pays.
03:08Ils ont organisé un ramassage des déchets, vous savez, les réveils comme celui-ci.
03:14Bon, et on trie, c'est une mine urbaine.
03:16Bon, eh bien qui est là ?
03:17Des gens qui prennent soin de ceux qui viennent travailler, car souvent ce sont des blessés de la vie.
03:21Pourquoi je donne cet exemple ?
03:23Parce que je veux vous montrer que ça existe déjà, des emplois aidés de cette manière, d'utilité générale.
03:29Et j'ajoute qu'il faut que tout le monde y ait son compte.
03:33Et pas seulement ceux qui ont fait les grandes études ou ceux qui ont des diplômes.
03:36Tant mieux, on est très contents.
03:37Eux aussi doivent avoir du travail.
03:39Mais aussi les braves gens qui veulent juste vivre de leur vie avec un salaire qui permet d'avoir une
03:45vie digne.
03:46Et moi c'est à eux que je pense.
03:47Voyez-vous, 2000 morts dans la rue, dans la cinquième puissance du monde, ce n'est pas admissible.
03:529 millions de pauvres, ce n'est pas supportable.
03:54Autre mesure, vous voulez taxer les très hauts salaires à 90% d'impôts sur le revenu.
04:00Qui vous a parlé de salaire ?
04:02Les revenus.
04:02Oui, c'est ça.
04:03Les revenus en général.
04:04En gros, à partir de 30 ou 35 000 euros par mois, l'État prend quasiment tout.
04:08Est-ce que ça concerne tout le monde, y compris les créateurs, les artistes, les footballeurs, les sportifs ?
04:14Je m'attendais aux footballeurs, mais ce n'est pas le cas le plus courant.
04:17Ce qui est le plus important à faire comprendre, c'est que oui, je suis porteur d'une philosophie de
04:21la vie
04:22dans laquelle accumuler sans limite n'est pas regardé d'un bon oeil.
04:25Aujourd'hui, c'est l'inverse, on dit, soyez milliardaires, naturellement, personne n'y arrive,
04:29sauf un très petit nombre de gens, mais au motif que tout le monde pourrait l'être, on désorganise tout.
04:34Donc oui, en effet, à partir d'un certain niveau, comme l'ont fait les États-Unis d'Amérique un
04:38temps,
04:38on taxe à 90%, parce qu'à 100%, ça serait confiscatoire, et ce n'est pas possible.
04:43C'est l'idée d'un salaire maximum.
04:44Alors voilà, il y a deux aspects, il y a le revenu maximum, puisque de toute façon,
04:48en haut de la fourchette de l'impôt, vous savez que je crée 14 tranches d'impôt pour lisser l
04:53'effort,
04:53pour que la classe moyenne cesse de tout porter sur son dos, puisque certains ne veulent pas payer,
04:58alors qu'ils ont beaucoup.
04:59Donc je lisse, et la dernière tranche, en effet, on prend le 90%, ce qui leur laisse 34 000 euros
05:05par mois, ça va.
05:06Est-ce que vous ne craignez pas, Jean-Luc Mélenchon, dans un monde ouvert, que les créateurs, notamment...
05:10Non, je ne le crains pas.
05:12Ceux décident de s'installer ailleurs.
05:13Voilà, je ne le crains pas, et ceci pour deux raisons.
05:15La première, c'est que beaucoup d'entre eux sont des patriotes et aiment leur patrie,
05:18et ne partent pas simplement à la raison de leur portefeuille.
05:21La deuxième raison, c'est que ça concerne très peu de monde, vous savez, plus de 34 000 euros.
05:26Et qui plus est, moi, mon but n'est pas de confisquer.
05:29Ce n'est pas ça, mon objectif.
05:30Mon objectif, c'est que chacun contribue à proportion de ses moyens.
05:33Par conséquent, je suis tout à fait disposé à ce qu'on examine un statut fiscal particulier pour les gens,
05:39dont les revenus connaissent de très fortes variations d'une année sur l'autre.
05:42Les footballeurs, par exemple, qui jouent pendant 10 ans...
05:45Voilà, à partir d'un certain âge, je ne sais plus lequel, d'ailleurs, pouf, ils ne peuvent plus jouer
05:50au football au même niveau.
05:51Bon, on peut parfaitement imaginer que pendant une série d'années, ils ont un impôt qui est proportionnel,
05:57mais qui tient compte du fait qu'une partie est mise en réserve pour qu'on puisse évaluer la somme
06:01à la fin.
06:01Tout ça, c'est de la technique. Ce qui compte, c'est de dire que tout le monde participe à
06:06proportion de ses moyens.
06:08Et on cesse avec la situation actuelle.
06:09Quant à ceux qui se sauveraient, ils peuvent aller où ils veulent.
06:12Je les encourage à voyager dans le monde tant qu'ils veulent.
06:14Pas en avion parce que c'est polluant.
06:16Mais ils peuvent faire comme ils veulent.
06:17De toute façon, l'impôt sera universel.
06:19Il suffit d'être français et dès lors, on paiera son impôt où que l'on soit à la France.
06:23Pour la part qui reste à payer, car naturellement, on paye les impôts dans le pays où on est.
06:27Jean-Luc Mélenchon, vous disposez, comme à chacun des autres candidats, d'une carte blanche, une carte maîtresse.
06:33C'est-à-dire une mesure que vous avez portée durant cette campagne et sur laquelle vous avez envie de
06:37revenir aujourd'hui à trois jours du vote.
06:39Merci. Oui, parce que c'est très difficile de savoir laquelle, comme vous en avez 357 dans votre livret.
06:44Mais j'ai pensé que la plus importante, et qui résumerait peut-être le mieux cette idée de la force
06:49du peuple,
06:50c'est qu'il est temps d'abolir la monarchie présidentielle et de mettre fin au règne de la caste
06:54qui est là,
06:55à cheval entre les affaires privées et les affaires de l'État, qui commande à tout,
06:59qui le plus souvent est absolument impunie, quoi qu'elle fasse,
07:02et qui dirige les affaires générales en fonction de son intérêt.
07:06C'est la raison pour laquelle je pense qu'il faut qu'on convoque une assemblée constituante
07:10où le peuple redéfinira la règle du jeu politique du pays, ce qui est permis, ce qui est interdit,
07:15et ce qu'il faut faire et quels sont les droits que chacun se reconnaît mutuellement.
07:19Ça sera un moment de refondation du peuple français.
07:22À quel moment ? Juste après votre élection ?
07:23Alors oui, mais de toute façon, il n'y a pas le feu.
07:26Donc on commence par convoquer la constituante, ils prennent le temps qu'il faut pour travailler sur le sujet,
07:31ce seront des gens qui n'auront été élus nulle part avant pour qu'ils ne soient pas pris dans
07:34les routines.
07:34Est-ce qu'ils seront tirés au sort ?
07:37Alors moi je pense qu'il faut qu'il y ait une partie qui soit tirée au sort, bien sûr.
07:40C'est-à-dire que notre nouvelle constitution sera établie par des gens qui sont tirés au sort ?
07:43Alors non, vous avez bien compris que les uns sont élus et les autres tirés au sort.
07:47La proportion reste à fixer.
07:48Mais l'idée du tirage au sort, c'est pour que cette constituante ne soit pas entièrement
07:53le résultat du vote normal de gens qui vont avoir à opiner, à choisir,
07:57entre régime présidentiel, régime parlementaire, mais qui est aussi le tout venant des Français.
08:01Vous savez, les jurys d'assises, c'est quand même ceux qui prennent les décisions les plus graves.
08:06La perpétuité, autrefois, c'était même la peine de mort.
08:08Peut-être plus simple quand même et encadré par des magistrats que d'écrire, de proposer une nouvelle constitution.
08:15Oui, mais les gens ne sont pas fous, ils ne sont pas bêtes.
08:18Sans doute faudra-t-il qu'il y ait une proposition au départ.
08:21Pourquoi pas ? Le président ou le gouvernement en fera une et puis ensuite ils travailleront.
08:25Mais pendant qu'ils font ça, naturellement, le pays est gouverné.
08:28Il est gouverné dans le cadre de la Ve République et avec les moyens de la Ve République.
08:33Et faites-moi confiance pour en exercer tous les pouvoirs.
08:36Mais alors, dans cette nouvelle constitution, vous préconisez la mise en place d'un référendum révocatoire.
08:42C'est-à-dire qu'un million, peut-être un million et demi, deux millions de personnes,
08:47pourraient signer et qu'un référendum se tiendrait pour ou contre le chef de l'État.
08:51Tout le monde, même le conseiller général du coin, le maire, voilà.
08:55À tous les niveaux, mais y compris à celui du chef de l'État.
08:57Est-ce que dans l'État politique du pays, on voit que c'est très clivé,
09:01ou on voit que c'est très opposé, que c'est très tendu, ça ne rend pas la France un
09:06gouverneur ?
09:06Non, parce que d'abord, il ne faut pas croire que les Français sont une bande d'agités
09:11qui, à tout moment, veulent intervenir et touchent en boulet.
09:15Ils veulent à la fois la stabilité des institutions, et moi j'en suis d'accord,
09:18je ne suis pas un homme de pagaille,
09:20et deuxièmement, ils veulent pouvoir intervenir de manière décisive.
09:24Imaginez, par exemple, M. Pujadas, que la Constituante vienne à décider
09:28qu'elle choisit le statut d'un président pour 7 ans non renouvelable.
09:33Elle peut le décider.
09:34Eh bien, vous aurez en cours de parcours la possibilité de lui dire
09:37« Ah ben non, ça ne sera pas 7 ans, ça ne sera que 4 ans ou ça ne sera
09:40que 5 ans. »
09:40– Et voyez l'état de l'opinion sur le précédent quinquennat, ou celui d'avant ?
09:43– Mais M. Pujadas…
09:44– Une opposition ?
09:45– Oui, mais les institutions sont faites pour organiser pacifiquement
09:49la vie d'un peuple agité comme le nôtre, bon, et passionné.
09:52Eh bien voilà, alors si vous avez des raisons…
09:54– Mais vous n'avez pas peur que ça soit ingouvernable ?
09:56– Jamais de la vie.
09:57Pourquoi serait-il ingouvernable ?
09:59Il y a deux États américains qui font ça,
10:01il y a deux ou trois États latino-américains,
10:03ce n'est pas la pagaille permanente, c'est l'inverse.
10:05Mais les gens ont le pouvoir, vous comprenez ?
10:07Ça change la mentalité de tout le monde,
10:08de savoir que les gens peuvent se mettre au travail
10:11pour collecter le nombre de signatures
10:12qui permet d'organiser un référendum révocatoire.
10:15Mais enfin les amis, ça s'appelle la démocratie,
10:17il ne faut pas avoir peur du peuple.
10:19– Mais la philosophie de votre 6e République, Jean-Luc Mélenchon,
10:22c'est quand même de décentraliser, d'un pouvoir plus horizontal.
10:25Est-ce que vous êtes sûr que c'est le moment d'avoir ça,
10:27quand on voit que dans le monde il y a Donald Trump,
10:30Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan ?
10:32Est-ce que vous êtes sûr qu'on peut prendre le risque
10:35d'un pouvoir qui ne soit pas fort ?
10:37– Mais le pouvoir sera fort du moment que le peuple y consent.
10:40Aucun pouvoir n'est fort si personne n'en veut.
10:42Vous pouvez imaginer un président de la République
10:45qui a les pouvoirs monarchiques à celui-ci aujourd'hui,
10:48et vous voyez bien que ça ne réussit pas.
10:50Vous ne pouvez pas appeler un pouvoir fort,
10:51ce qui existe en ce moment.
10:53On n'est fort que du soutien populaire et de son appui.
10:55Et lorsqu'on ne l'appuie, on s'en va.
10:57Le général de Gaulle a fait ça.
10:58Le jour où il a proposé un référendum,
11:00les gens ont dit non, il est parti.
11:02C'est les autres, depuis qu'ils s'accrochent,
11:03quel que soit le vote.
11:04– Mais justement, ça semble étonnant,
11:05vous qui citez souvent le général de Gaulle,
11:07l'esprit, si, si, vous le souhaitez pas mal dans vos discours,
11:10l'esprit de la Vème République,
11:11cette rencontre d'un homme et d'un peuple,
11:13c'est tellement vous.
11:14Alors pourquoi vous voulez tellement changer ?
11:16– Mais parce que, vous êtes bien aimable de dire
11:19que c'est tout à fait moi,
11:20mais moi je ne me représente pas les choses comme ça.
11:22Je pense que la force vient de l'intelligence collective.
11:25Bien sûr, chacun doit assurer le rôle qui lui est confié,
11:28le mandat,
11:28mais il faut rester sous le contrôle et en rapport.
11:31Un chef d'État, un maire, un conseiller général
11:36qui ne parlerait avec personne,
11:38qui n'essaye de convaincre personne.
11:39Ce n'est pas un élu du peuple, c'est autre chose.
11:41Nous ne sommes pas dans un régime aristocratique,
11:44nous sommes dans un régime démocratique.
11:46Faites confiance à l'intelligence des gens.
11:48Faites confiance à l'intelligence collective
11:50et vous verrez, ça marchera,
11:52parce que notre peuple est cultivé,
11:55notre peuple est éduqué.
11:56Et puis je vais vous dire une chose,
11:57une constituante, la première fonction que ça remplit,
12:00c'est de refonder le peuple français.
12:02Parce que les gens vont discuter,
12:04comme en ce moment pour les présidentielles,
12:05ça discute dans toutes les familles.
12:07Eh bien imaginez-vous une constituante,
12:08les gens en discuteront.
12:10Préfère-tu ceci ?
12:11J'ai entendu dire qu'ils veulent reconnaître
12:13des droits à la nature.
12:14L'autre dira, mais ça ne va pas.
12:15Pourquoi ? Quelle drôle d'idée.
12:16Et ainsi de suite.
12:17Ou aux animaux.
12:18Aux animaux ?
12:19Monsieur Mélenchon, où allez-vous ?
12:20Et ainsi de suite.
12:21Et cette passion collective
12:23reformatera le peuple français,
12:24qui a tellement changé.
12:26Depuis le début de la Ve République,
12:27ce n'est plus un peuple rural,
12:29c'est un peuple métissé,
12:30c'est un peuple qui va et qui vient.
12:31Allez, c'est le moment de refonder la France ensemble.
12:34Et comme ça, elle sera à nous tous.
12:36Alors, deux questions de politique étrangère.
12:38On vous caricature parfois par rapport à la Russie.
12:42Mais quand vous dites que vous voulez sortir de l'OTAN,
12:46que vous vous défiez de l'OTAN,
12:47que vous ne voulez pas d'une Europe de la défense,
12:49parce que ce serait la guerre, dites-vous,
12:51ou qu'on pourrait renégocier les frontières en Europe,
12:54est-ce que ça ne vous place pas de fait du côté de la Russie ?
12:59Moi, ma position, je préfère la préciser tout de suite.
13:03Je ne connais ni maîtres, ni ennemis pour la France.
13:07Donc, ni les Russes, ni les Américains, ni les Chinois
13:10ne seront jamais nos maîtres,
13:11en tout cas si c'est moi qui m'en occupe.
13:12Et ce ne sont pas non plus des ennemis,
13:14parce que la France a toujours reconnu des nations,
13:17et non pas des régimes ou des personnes.
13:19Donc, voilà.
13:21Dans les objections qu'on me présente,
13:23souvent, elles ne sont pas sérieuses.
13:24Il faudrait...
13:25Je parle de ces trois projets,
13:26parce qu'on a l'impression quand même
13:28que vous changez la France de position.
13:31Traditionnellement, nos alliés, c'est les Etats-Unis,
13:33c'est l'Occident,
13:34et que vous la recentrez,
13:36que vous la ramenez un peu vers la Russie.
13:37Vous avez raison.
13:38Moi, je suis pour une France indépendante,
13:40qui soit championne du monde de la paix.
13:42Donc, très orientée vers le système ONU.
13:45Parce que c'est la seule organisation
13:46dans laquelle toutes les nations sont représentées,
13:49et peuvent prendre part.
13:50Je ne suis donc hostile aux G8, les G20,
13:53et tous ces petits clubs de riches
13:54qui font la loi dans le monde.
13:56Il vaut mieux aller à l'ONU,
13:57discuter, avancer.
13:58Beaucoup de choses avancent grâce à l'ONU.
14:00Et aujourd'hui, l'ONU est menacée
14:03par la politique des Etats-Unis d'Amérique,
14:05qui retirent leur crédit ici,
14:06qui retirent leur crédit là,
14:08et par conséquent, affaiblit l'institution universelle.
14:11Elle est menacée par les divisions du monde.
14:13Bien sûr.
14:13Comme au temps de la guerre froide,
14:15quand l'Inde met son droit de veto,
14:16ça paralise.
14:16Oui, mais il y a quand même du bon à se parler.
14:19Et c'est mieux que de jouer des muscles,
14:21d'amener des canonnières tous les 5 minutes.
14:23Mais sur le fond, Jean-Luc Mélenchon...
14:24Pour l'OTAN, venons sur l'OTAN.
14:25L'OTAN est une alliance militaire
14:27qui a été créée à l'époque
14:28où il y avait la guerre froide,
14:30et où la France avait déjà une position singulière,
14:33vous voudrez bien vous en souvenir,
14:35puisque la défense, la dissuasion nucléaire,
14:37est une dissuasion affirmée par le général de Gaulle
14:40comme une dissuasion tous azimuts.
14:42Et alors on lui disait,
14:42comment tous azimuts, monsieur le général,
14:45vous mettez sur le même plan les Russes et les Américains ?
14:47Là, le général disait, je ne m'occupe que d'une chose,
14:49de l'indépendance de la France.
14:50Et bien moi, pareil, je suis dans la tradition,
14:52là je l'admets, gaulo-mitterrandienne.
14:54Je crois à l'indépendance de la France
14:56par-dessus tout l'OTAN.
14:57François Mitterrand, c'était aussi les SS20 face...
14:59Mais, mais, je n'ai pas changé d'avis.
15:01Alors je veux vous reprendre sur un point.
15:03Je n'ai jamais proposé une conférence
15:04pour rediscuter les frontières de l'Europe.
15:06Mais vous laissez l'idée ouverte.
15:07Non, mais écoutez,
15:08les frontières ont été remises en cause.
15:11La Russie, eh bien maintenant,
15:14a bien la crimée dans ses rangs.
15:16Est-ce que vous êtes d'accord
15:16pour que la frontière change
15:17sans qu'on n'ait rien à dire ?
15:19Alors qu'est-ce qu'on fait ?
15:19Il y a deux solutions.
15:20La première solution, c'est de dire,
15:22on ne l'admet pas, on met des troupes,
15:23on met des armées,
15:24et à la fin, ça ne va finir par prendre feu.
15:26Et moi, je suis contre ça.
15:27Voilà pourquoi je ne veux pas de l'OTAN.
15:28Je me permets de vous dire
15:29que les dix jours qui viennent de passer
15:31m'ont donné singulièrement raison.
15:33M. Trump a décidé un bombardement,
15:35ça n'a rien demandé à personne.
15:36À personne, tout seul.
15:37Même pas à son propre congrès.
15:39Vous voyez bien dans quoi
15:40on est entraîné par cet homme
15:41si on se laisse aller.
15:42Donc, cette conférence,
15:44Madame, la conférence appelle OSCE,
15:46l'organisme existe.
15:47Et on discutera des frontières
15:49qui ont été modifiées pour commencer.
15:51Et si les Russes nous disent
15:52que nous nous sentons menacés
15:53à cause de votre comportement
15:55avec les missiles antimissiles
15:57que vous avez installés en Pologne,
15:59nous leur dirons,
15:59ben vous, retirez les vôtres aussi,
16:01qui sont à la frontière.
16:02On parlera depuis Helsinki
16:04et les années 70,
16:05on ne parle plus de paix.
16:06On ne parle plus de désarmement nucléaire.
16:09Tout de même,
16:09c'est une grande question.
16:10D'un mot,
16:11d'un mot sur l'Europe,
16:12parce que le temps presse,
16:13je vous demanderai d'être très court.
16:16Vous avez cité le général de Gaulle,
16:17vous avez cité François Mitterrand.
16:18Les deux ont scellé
16:19la grande alliance avec l'Allemagne
16:21depuis 70 ans.
16:21Notre choix stratégique,
16:22est-ce que vous serez celui
16:23qui assumera de casser
16:25ce couple franco-allemand ?
16:26Mais jamais de l'avis.
16:27Pourquoi le ferais-je ?
16:28Il s'agit d'avoir un dialogue
16:29avec l'Allemagne
16:31et une négociation.
16:32Pour l'instant,
16:32les présidents français
16:33se contentent d'arriver
16:34et demandaient où on signe.
16:35Tout ça est absurde.
16:36Deux présidents français
16:37ont trahi la parole du peuple.
16:39La première fois,
16:40ils avaient voté non,
16:40il a signé oui,
16:41c'est M. Sarkozy.
16:42Et le second a dit
16:43je vais renégocier
16:43les traités budgétaires
16:44et il n'a rien renégocié du tout.
16:46C'est lui un nine de Mme Merkel ?
16:49Non, non, non.
16:49Mme Merkel,
16:50personne ne lui a demandé
16:51quelque chose.
16:52Donc, nous allons avoir
16:53une discussion.
16:54Les Allemands ne sont
16:55ni nos ennemis
16:56ni nos maîtres.
16:56Ce sont nos partenaires.
16:58Et nous devons expliquer avec eux
16:59la difficulté dans laquelle
17:01se trouve la deuxième économie
17:02du continent.
17:03C'est ça la discussion.
17:04Et on va leur dire
17:05qu'il y a quatre lignes
17:06à qui il faut changer.
17:07Un, la Banque centrale
17:08ne peut plus s'occuper
17:09européenne que
17:10de la stabilité des prix.
17:12Deuxièmement,
17:12il faut harmoniser socialement
17:14donc stopper avec l'interdiction.
17:16Harmoniser fiscalement
17:17donc M. Juncker
17:18et prier de nous rendre notre argent.
17:19Ensuite, nous devons avoir
17:22sur les frontières de l'Europe
17:23un protectionnisme solidaire.
17:25Et enfin, on ne peut pas accepter
17:26comme seule norme
17:27les politiques d'austérité.
17:29Et si c'est nine ?
17:30Est-ce que vous nous le dites
17:31à trois jours du vote
17:32on sort de l'Union européenne ?
17:33Mais vous comptez que
17:34je vais vous dire ça sur le plateau.
17:35À qui vous croyez que vous parlez ?
17:36Je m'apprête à gouverner ce pays.
17:38Et vous croyez que je vais vous dire là
17:39pour vous faire plaisir ?
17:40Non, je lis votre programme.
17:41Et voilà ce que je ferai.
17:43Non, j'ai dit ce que j'avais à dire.
17:45Il y a quatre questions
17:46qui doivent être modifiées.
17:48Nous discuterons.
17:49Mais l'idée que la France
17:50puisse se laisser dominer
17:52et contraindre à quelque chose
17:53dont elle ne veut pas
17:54n'existera pas avec moi.
17:55C'est pourquoi je dis
17:56on la change ou on la quitte.
17:58Mais je pense que nos partenaires
17:59voudront que nous restions
18:00parce qu'il n'y a pas d'Europe
18:01sans la France, vous le savez.
18:02Il nous reste une minute
18:04et on a deux questions
18:05à vous poser avec des réponses
18:06sans doute rapides.
18:07Oui, parce que c'est des questions
18:08un peu plus personnelles.
18:11D'abord, sur votre parcours,
18:13on a retrouvé cette photo
18:14où vous étiez jeune sénateur
18:17aux côtés de François Mitterrand.
18:20Je n'étais plus si jeune que ça
18:21à l'époque
18:21et ma cravate est épouvantable.
18:23Est-ce que vous avez envisagé
18:25un jour, Jean-Luc Mélenchon,
18:26de faire autre chose
18:27que de la politique ?
18:28Ça s'est trouvé que ma vie
18:31m'y poussait
18:32et que les circonstances
18:33m'ont permis de le faire
18:34dans une très grande liberté.
18:36Car véritablement,
18:37j'ai énervé beaucoup de monde
18:38tellement mon esprit est indépendant.
18:40Je crois même que j'ai agacé
18:41plus d'une fois
18:41le président Mitterrand
18:43qui me disait
18:43en commençant un entretien
18:44s'il vous plaît
18:45pas votre catéchisme.
18:46Dernière question
18:47et ce sera la même...
18:48Je l'aimais beaucoup
18:49et j'essaye de mettre
18:50mes pas dans les siens.
18:51Quant au bilan
18:51que je fais de la politique,
18:53eh bien le voici.
18:54Voici un bilan
18:55et ça vaut mieux
18:56que tous les procès
18:57sans conclusion.
18:58Ce sera la conclusion
18:59de cet entretien
19:00et ce sera la même question
19:01pour tout le monde.
19:02La campagne arrive à son terme.
19:03Est-ce que vous avez
19:03un regret sur cette campagne ?
19:05Quelque chose que vous n'avez pas fait
19:06ou quelque chose
19:07que vous avez dit
19:07que vous regrettez en quinze secondes ?
19:09Ah, dans la campagne ?
19:10Oui.
19:10Non, non, non.
19:11J'ai plutôt beaucoup d'enthousiasme,
19:13de gratitude
19:13à l'égard des manifestations
19:15d'amitié
19:16qui m'ont été données
19:17et surtout d'avoir eu
19:18des équipes formidables
19:19autour de moi.
19:20Et vous voyez maintenant
19:20d'heure en heure
19:21des tas de gens
19:21se prononcent pour moi.
19:23Il y en a même qui disent
19:24qu'ils vont voter pour moi
19:24au deuxième tour
19:25mais encore faut-il que j'y arrive.
19:26Mais voilà,
19:27le rouge s'allume.
19:28Merci Jean-Luc Mélenchon.

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