- il y a 1 jour
La Parlement européen a été unanime pour dénoncer l'attaque des Kurdes par la Turquie à Afrin, ainsi que les atteintes majeures aux droits de l'homme et à la démocratie par le régime d'Erdogan en Turquie.
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00:11Bonjour et bienvenue dans ce débat depuis le Parlement européen de Strasbourg.
00:16Il y a trois semaines, la Turquie, un peu plus de trois semaines,
00:18a attaqué une enclave habitée essentiellement par des Kurdes dans le nord-ouest de la Syrie,
00:23bombardant la ville et le canton d'Afrine.
00:26Bombardements qui ont déjà fait, vous le savez sans doute, plusieurs dizaines,
00:30sans doute même centaines de morts, de victimes, beaucoup de civils, beaucoup de femmes et d'enfants.
00:35Alors, ce n'est certes pas la première fois que le régime turc, et Erdogan tout spécialement, s'en prend
00:40aux Kurdes.
00:41On va en parler avec vous tout à l'heure.
00:43Et que la Turquie agresse cette communauté.
00:45Là, ça se passe en plus en territoire syrien, donc en dehors du territoire de la Turquie.
00:50Il y a eu un débat ici au Parlement européen hier sur cette question de la situation de la Turquie,
00:55et de ce que l'Europe doit faire dans cette conjoncture.
00:58On en parle avec vous.
00:59Marie-Christine Vergia, vous êtes députée européenne, gauche unitaire, européenne, gauche verte nordique.
01:04José Bové, vous êtes député européen des Verts, Alliance Libre Europe.
01:08Et Jean-Paul De Dano, vous êtes socialiste et démocrate.
01:11Alors, simplement un petit mot, rapidement, si vous voulez bien.
01:14Que pensez-vous d'abord de cette nouvelle escalade du régime d'Erdogan
01:18contre une communauté qui, en rien ne menaçait la Turquie ?
01:21Tout le monde est d'accord là-dessus.
01:22Et comment est-ce que vous analysez cet acte ?
01:25Marie-Christine Vergia, vous pouvez vous dire tout de suite.
01:28Moi, je crois que M. Erdogan est fidèle à lui-même depuis quelques années,
01:31et notamment dans ses attaques contre la communauté kurde,
01:35qu'elle soit sur son territoire ou ailleurs.
01:38Il a toujours mis un signe égal entre le PKK et Daesh.
01:43Et dans les faits, je dirais que même, il est plus un allié de Daesh que du PKK
01:48et des forces assimilées au PKK, dont les PYD,
01:54qui ont été dans les principales forces, qui se sont opposées
01:56et qui ont permis la libération quasiment totale aujourd'hui du territoire syrien,
02:01des forces de Daesh, parce que la situation syrienne est encore très, très compliquée.
02:06Donc, il profite du moment, je dirais, pour lancer cette offensive
02:13et continuer de régler ses comptes avec les Kurdes.
02:16Et ça s'est très bien vu, y compris sur le territoire de la Turquie,
02:21puisque tous ceux qui ont dénoncé cette offensive militaire illégale,
02:27contraire au droit international, en Turquie,
02:30se sont immédiatement fait arrêter et qu'il en a profité
02:33pour donner un tour de vis supplémentaire à l'état d'urgence.
02:35Il y a eu plusieurs centaines d'arrestations, encore une fois,
02:37depuis cette intervention sur Afrin, il y a trois semaines.
02:41José Bové, la manière dont vous analysez ça, vous également.
02:45Sachant qu'on n'en finit pas.
02:47Oui, je suis d'accord déjà avec ce qu'a dit Marguerite,
02:50parce qu'effectivement, on est dans une situation singulière.
02:53C'est-à-dire que la Turquie s'arroge le droit d'occuper illégalement
02:59partie d'un territoire, de Syrie, tout le nord.
03:03Et là, on commence dans la première poche.
03:06Son objectif est de contrôler tout le territoire de la frontière,
03:10en gros toute la partie kurde de la Syrie,
03:13parce qu'il ne supporte pas qu'il puisse y avoir une autonomie de ce territoire,
03:17et ça depuis le début.
03:19Donc c'est vrai que là, c'est quelque chose qui est, à mon avis,
03:22stratégique de sa part, à un point absolument invraisemblable.
03:26Donc moi, je pense que là-dessus, qu'est-ce qui va se passer ?
03:30Parce que là, les alliances sont très bizarroïdes en ce moment-ci,
03:33puisque les États-Unis avaient soutenu que cette zone serait sous le contrôle des Kurdes
03:41et qu'ils soutiendraient pour mettre un certain nombre de bases
03:43pour effectivement éviter des rentrées nouvelles de gens de Daesh.
03:48Aujourd'hui, la Turquie, en attaquant les Kurdes,
03:52en fait, rend service à Daesh de manière très claire,
03:56puisqu'en fait, il permet une certaine porosité.
03:58Et en gros, Daesh n'aurait jamais été alimenté par autant de personnes venues de l'extérieur
04:04s'il n'avait pas laissé les frontières et les gens passer par là,
04:07avant que les Kurdes ne tiennent le territoire.
04:09Donc ça, c'est une problématique.
04:10Deuxième problématique, Erdogan se situe à un moment très singulier
04:14où il n'y a aucune négociation sur la Syrie
04:18et où toutes les initiatives de négociation tombent à l'eau systématiquement.
04:23Quand c'est organisé par la Russie à Solskjaer,
04:27évidemment, ça ne pouvait pas fonctionner.
04:29Les États-Unis ne font rien et personne ne s'y intéresse.
04:32Et on voit bien que maintenant, on a des forces très contradictoires dans cette affaire,
04:36avec l'Iran qui revient aussi,
04:38parce qu'il faut quand même rappeler qu'en ce moment même,
04:41l'Iran a chaud aux fesses avec les manifestations qui se passent au territoire chez eux
04:46et notamment avec la partie kurde de l'Iran
04:49où il y a aussi, c'est là où il y a eu des tremblements de terre,
04:53où les gens sont dans la misère la plus importante
04:55et il y a aussi beaucoup de révoltes.
04:57Donc je dirais qu'il y a une espèce de coalition aujourd'hui bizarroïde
05:01en fait contre les Kurdes dans quelques pays que ce soit.
05:04C'est ça. Jean-Paul Dano, un mot quand même des réactions internationales assez inexistantes,
05:10il faut quand même bien le dire, depuis cette invasion, on n'entend pas grand monde.
05:13Oui, c'est inquiétant effectivement,
05:15mais je crois qu'Erdogan a une véritable obsession envers le peuple kurde,
05:21que ce soit le peuple kurde interne à la Turquie
05:24ou le peuple turc dans les pays voisins.
05:27et effectivement, il mise tout sur cette obsession pour renforcer son pouvoir
05:34et je crois que c'est grave.
05:36Et l'Union, enfin l'international devrait intervenir davantage,
05:40notamment l'Union européenne,
05:41et nous sommes un certain nombre hier soir à être intervenus
05:43pour dire que l'Union européenne ne peut pas rester silencieuse.
05:46Pour l'instant, elle est en fait.
05:48Qu'est-ce que vous avez pensé de là ?
05:49Mme Mogherini est très inquiète.
05:51Oui, mais voilà, c'est ça.
05:53Hier soir, les réactions de tous les collègues députés dans l'hémicycle
05:57étaient assez unanimes sur cette question,
06:00en disant qu'il faut maintenant que l'Union européenne
06:02non seulement parle, mais agisse.
06:04Et l'Union européenne peut agir sur la Turquie.
06:07Et je crois qu'elle a les moyens de le faire,
06:09et il faut qu'elle le fasse.
06:10Aujourd'hui, on est dans le discours.
06:12Il faut maintenant passer aux actes.
06:13Alors, ce qui est clair, on en dit deux mots avec vous,
06:16Marie-Christine Vergia, c'est qu'effectivement,
06:18hier, dans le débat qui a eu lieu au Parlement européen,
06:21il y avait une vraie unanimité, ce qui est rare tout de même,
06:23sur une question internationale en plus,
06:25sur une question de guerre en plus,
06:26qui est une question extrêmement sérieuse.
06:28Il y avait quand même une assez large majorité de députés
06:31qui étaient contre, un, cette intervention,
06:34et pour aussi sanctionner tout de même
06:37ce régime d'Erdogan pour ce qu'il fait en matière de démocratie,
06:40de non-démocratie plus exactement,
06:42et de non-respect des droits de l'homme dans son pays.
06:44On ne va pas rappeler la litanie des journalistes,
06:48des fonctionnaires, des juges...
06:53Plus de 100 000 fonctionnaires licenciés,
06:55des députés kurdes, des élus des villes kurdes, etc.
07:00Quasiment plus aucune ville kurde n'est gérée
07:02par des Kurdes élus démocratiquement.
07:05Ils ont tous été remplacés, mis sous tutelle,
07:08par des fonctionnaires aux ordres d'Ankara.
07:11Alors, mais en même temps, on sentait tout de même
07:14qu'il y avait de la part des représentants des Européens,
07:17que vous êtes ici dans le Parlement européen,
07:19une certaine unanimité pour que ça cesse.
07:21Mais comment ?
07:23D'abord, je dirais qu'il ne faut pas être dupe de cette unanimité.
07:26Oui, bien sûr.
07:27À l'intérieur du Parlement européen.
07:28Parce que tout le monde n'a pas les mêmes motivations.
07:30Bien sûr.
07:31Je crois que tous les trois, nous pouvons être d'accord sur une chose,
07:34c'est que nous soutenons la population de Turquie.
07:40Et dans ceux qui, dans l'hémicycle,
07:45attaquent le gouvernement et Erdogan,
07:47il y a des gens qui sont anti-turcs,
07:50anti-musulmans primaires même,
07:52et qui, en fait, bataillent...
07:53Anti-migrants, anti...
07:55Oui, mais bataillent contre l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne.
07:59Et donc, ils sont trop contents de trouver des prétextes.
08:01Donc, nous, ce n'est pas notre sujet.
08:03Notre sujet, c'est le respect de l'état de droit,
08:06de la démocratie, des droits de l'homme,
08:07pour un pays qui frappe aux portes de l'Union européenne
08:10et qui demande son adhésion.
08:12On est tous unanimes.
08:13En tout cas, la majorité du Parlement européen
08:15a voté un gel de la demande d'adhésion de la Turquie.
08:19Est-ce que ça suffit, ça ?
08:21Moi, je suppose qu'on aille plus loin.
08:24Je ne sais pas, d'ailleurs,
08:25ce qu'Emmanuel Macron met derrière les mots
08:28quand il dit
08:29« Je suis pour qu'on gèle l'adhésion,
08:32mais pour qu'on fasse un partenariat avec la Turquie ».
08:34Ce partenariat, il existe.
08:35Il est en cours de rénovation.
08:38Ça s'appelle l'union douanière.
08:39Et donc, c'est là-dessus qu'il faudrait agir.
08:42Moi, je pense que c'est ces négociations-là
08:43qu'il faut bloquer.
08:44Parce que l'argent, c'est le nerf de la guerre.
08:48Et que la question économique, si on veut agir,
08:50c'est sur les questions économiques
08:51qu'il faut arriver à agir.
08:52Or, M. Erdogan se sert de l'adhésion à l'Union européenne
08:57pour faire du chantage sur l'Union européenne.
08:59C'est ce qu'il a mis en place
09:01avec ce qu'il est convenu d'appeler la crise migratoire
09:03et qui n'est pas une crise migratoire,
09:05mais une crise de l'accueil des réfugiés.
09:07Qu'on le dise et qu'on le répète,
09:08M. Erdogan a créé les moyens de pression
09:11sur l'Union européenne.
09:13Et il continue.
09:14À chaque occasion,
09:15il était encore interviewé dans la Stampa dimanche,
09:18il ramène cette question du chantage à l'immigration.
09:22Et nos gouvernements sont frileux,
09:25même tétanisés par cette question-là,
09:27ce qui est dramatique.
09:28On a effectivement les moyens de faire pression
09:30sur la Turquie si on le veut.
09:31Est-ce que c'est encore un vrai argument,
09:32cette histoire des migrants ?
09:33Ou est-ce que ça n'en est plus un ?
09:35Parce qu'on sort ça à chaque fois,
09:36on dit que l'Europe ne fait rien,
09:38parce que vous comprenez,
09:38il y a la question des migrants,
09:39on a signé avec lui,
09:40donc on lui donne de l'argent,
09:41il fait le travail à notre place, etc.
09:43On l'a bloqué d'un coup.
09:43Est-ce que cet argument-là
09:45ne finit pas par s'user aussi un petit peu à l'heure actuelle ?
09:47Je pense que l'argument use,
09:49sauf qu'on a bien vu,
09:50qu'effectivement, il se sert de cela.
09:52Et qu'il y a un certain nombre de pays européens
09:54qui sont très contents de cet argument.
09:56Je pense à la Hongrie
09:58et à quelques autres dans le secteur.
10:01Ils savent très bien qu'effectivement,
10:03si Erdogan ouvre les vannes des frontières,
10:06il organisera lui-même l'Exode.
10:09Je ne vais pas dire que c'est lui
10:10qui sait ce qu'il a déjà fait.
10:12Il ne va pas forcément gonfler lui-même
10:14les bateaux pneumatiques,
10:15mais enfin, c'est quasi.
10:16On en est là.
10:17Donc, il se sert de ça de manière très cynique.
10:19Je dirais aussi qu'il joue un jeu
10:21complètement invraisemblable
10:22sur toute la sphère dans cette région.
10:25Puisqu'on a vu quand il était en Italie,
10:27à la fois il défend son attaque
10:30contre les Kurdes
10:31et ensuite il défend Jérusalem
10:35contre les Etats-Unis
10:36et contre le fait que l'ambassade des Etats-Unis
10:38puisse reconnaître cette capitale unique
10:40et entière uniquement pour Israël.
10:42Il joue sur tous les tableaux en même temps.
10:44On a l'impression qu'Erdogan
10:45est en train de revenir
10:47au fantasme et au rêve ottoman.
10:50On en est là.
10:51C'est-à-dire que ce type-là aujourd'hui,
10:52il est dans un rêve ancien
10:56où la Turquie est au centre du monde
11:00musulman, moyenne orientale, etc.
11:02Il est dans ce fantasme-là.
11:04Et donc à un moment,
11:05il faut prendre des positions claires.
11:06Et l'Union européenne n'a pas
11:07de courage politique.
11:08À un moment, il faut dire
11:09qu'on stoppe au niveau économique.
11:11Mais là, après, on revient
11:12sur la question allemande
11:13avec la grande communauté turque
11:15en Allemagne.
11:15Et donc là, il y a une pression à nouveau
11:17de déstabilisation de Mme Merkel
11:19par l'intermédiaire à la communauté turque.
11:21Donc il essaie de jouer
11:22sur tous ces tableaux.
11:23Comme l'Europe n'est pas claire,
11:25en fait, tout le monde accepte son chantage.
11:28Oui, mais de quoi disposerait ?
11:30Alors, ça a été dit hier
11:31dans le débat, bien sûr.
11:33On a parlé, vous en parliez
11:34il y a deux secondes, José Bové,
11:35on a parlé de sanctions économiques.
11:37Qu'est-ce que ça voudrait dire
11:38concrètement aujourd'hui ?
11:40Ceux qui nous regardent,
11:40ça les intéresse aussi de savoir ça.
11:42Que pourrait faire l'Europe
11:44en termes de sanctions
11:45contre un pays comme la Turquie
11:46pour essayer de les obliger à plier
11:48en leur montrant que finalement,
11:50tout de même,
11:51on n'est pas tout à fait d'accord.
11:52Si tant est, qu'elle en a envie,
11:53comme vous disiez.
11:54En fait, on se retrouve
11:56dans un schéma malheureusement classique,
11:58les droits de l'homme
11:58contre le business.
12:00C'est la vraie question
12:01qui est posée aujourd'hui.
12:02C'est pour ça aussi
12:02que la réaction internationale
12:04n'est pas ce qu'on attendrait.
12:06Je crois qu'il faut
12:07qu'on ait ce courage politique
12:08de dire à un moment
12:10les droits de l'homme
12:11priment par rapport
12:12à toutes les actions
12:14de business
12:14qu'on peut avoir avec la Turquie.
12:16Alors, ceci dit,
12:18moi, je ne suis pas partisan
12:19de lâcher complètement la Turquie.
12:21Parce que si on la lâche complètement,
12:22elle va partir vers d'autres cieux.
12:24Moi, ça, c'est un argument européen
12:25un peu généralisé.
12:27C'est ce que dit la Commission aussi.
12:28Je pense qu'effectivement,
12:30il faut la tenir par un élastique,
12:32quelque part.
12:33Et c'est vrai que le gel
12:35de l'intervention
12:36des fonds de préadhésion
12:37est une bonne formule.
12:39De mon point de vue, en tout cas,
12:40cette formule-là,
12:42il faut qu'on la pousse jusqu'au bout.
12:43C'est-à-dire que maintenant,
12:43il faut que la Commission
12:45s'en empare
12:45et fasse en sorte
12:46que les choses rentrent
12:47dans les faits.
12:48Parce que c'est comme ça,
12:49je crois,
12:50qu'on va essayer d'avancer.
12:51Alors, il semblerait
12:52qu'il y ait en prévision
12:53une rencontre au mois de mars
12:55entre Erdogan
12:56et Jean-Claude Juncker.
12:59J'espère que l'Union européenne
13:01aura le courage
13:02de dire un certain nombre de choses,
13:04de dire à Erdogan,
13:05si vous continuez
13:06à bafouer les dos de l'homme
13:07comme vous le faites,
13:08à intervenir militairement
13:10dans d'autres pays
13:11en violation totale
13:13des conventions internationales,
13:14eh bien, vous allez être victime
13:16d'une sanction,
13:18une vraie sanction
13:19par rapport
13:20parce que les fonds d'adhésion
13:22ne sont pas neutres en Turquie.
13:23Moi, je suis allé en Turquie
13:24il y a un an maintenant
13:26et on a regardé
13:27au titre de la Commission budget
13:28comment les fonds d'adhésion
13:29ont été utilisés.
13:30Eh bien, ils sont utilisés
13:32surtout pour les compétences
13:32d'Erdogan, pour tout dire.
13:34Donc, voilà.
13:34Et donc, là,
13:35il y a un vrai problème
13:35de fonds qui est posé
13:36et l'Union européenne
13:37devrait vérifier davantage
13:39ce qui se passe
13:40avec ces fonds d'adhésion.
13:42Votre point de vue,
13:43sachant que pour l'instant,
13:43ça lui a quand même été dit
13:44par l'Europe à Erdogan
13:46ce qu'on est en train de dire là
13:47avec finalement peu d'effet.
13:49Disons aussi
13:49que le Conseil de l'Europe,
13:50par exemple,
13:51qui est ici à côté,
13:52a mis la Turquie
13:53en procédure de suivi
13:54pour les questions intérieures
13:56de non-respect
13:57de l'État de droit, etc.
13:58Que la Commission de Venise
14:00également est contre
14:01la Constitution
14:03qui a été soumise
14:04à référendum
14:05et qui a été votée.
14:06Ce qui n'empêche pas finalement
14:07Erdogan de dire à chaque fois
14:08qu'il n'en a pas grand-chose à faire.
14:10C'est exactement ça.
14:11Ça fait 18 mois aujourd'hui
14:12qu'on est dans une situation
14:13en Turquie
14:14qui est insupportable
14:15du point de vue
14:16des droits de l'homme,
14:17du point de vue
14:17de la démocratie.
14:18Des centaines de milliers
14:20de personnes
14:20ont été licenciées,
14:22arrêtées.
14:22Tous ceux qui s'opposent
14:25à Recep Erdogan
14:27se retrouvent immédiatement
14:30emprisonnés
14:31sans la plupart du temps
14:33qu'ils sachent même
14:33sur quelle base,
14:35sans qu'ils aient accès
14:36à des avocats.
14:37Donc toutes les bases
14:38de l'État de droit
14:39sont sapées en Turquie.
14:40et les récentes arrestations
14:43vont encore dans ce centre-là.
14:45Et moi, je ne trouve pas
14:46que l'Union européenne
14:47dise quoi que ce soit.
14:48On lui déroule le tapis rouge.
14:49On lui a déroulé
14:50le tapis rouge en France.
14:51Il a été reçu
14:52par M. Macron.
14:54On vient de lui dérouler
14:55le tapis rouge
14:57en Italie
14:58et il en profite
14:59pour faire sa propagande
15:01sans qu'il n'y ait
15:01aucun frein.
15:04Et moi, je suis d'accord
15:05pour dire qu'il ne faut pas
15:06couper tous les ponts
15:07parce que, bien évidemment,
15:08y compris nos amis kurdes
15:09disent
15:10qu'il ne faut pas couper
15:11tous les ponts.
15:11On a besoin
15:12que vous soyez à nos côtés
15:13pour continuer.
15:13Mais en même temps,
15:14il faut arriver
15:15à dire des choses
15:16qui sont solides.
15:18Et moi, je ne crois pas
15:19que la question du gel
15:20des crédits préadhésion
15:22suffise.
15:23Je pense qu'avec
15:24l'Union douanière,
15:25je le répète,
15:26avec la réforme
15:27de l'Union douanière
15:28qui est en cours aujourd'hui,
15:29là, il y a
15:30un instrument pertinent
15:31parce que, contrairement
15:31à ce qu'on croit
15:32de la situation économique
15:33de la Turquie,
15:33n'est pas si florissante
15:35que ça.
15:36Monsieur Erdogan
15:36est en difficulté.
15:38Et oui, il y a
15:38beaucoup de corruption
15:39en Turquie.
15:40Donc, qu'on appuie
15:43sur les questions
15:44et les échanges économiques.
15:46Un mot, je vous ai bouillé
15:46sur la mobilisation,
15:47tout de même,
15:48à laquelle a donné lieu
15:49en Europe
15:52cette attaque
15:52de Erdogan
15:53contre le canton d'Afrine.
15:55On a vu quand même
15:56beaucoup de manifestations.
15:57On a vu des gens
15:58où, soudain,
15:59on ne savait pas forcément
16:01qu'il y avait eu
16:02une conscience
16:02un peu de citoyennes
16:04européennes
16:04sur ces questions
16:06des Kurdes
16:07et sur cette question
16:08de l'invasion
16:08de la...
16:09de Kurdistan,
16:11une partie du Kurdistan
16:12syrien.
16:12C'est important,
16:13à l'heure actuelle,
16:14d'autant que ça fait
16:15plusieurs jours
16:16que cette mobilisation
16:17se poursuit
16:18dans un certain nombre
16:18de villes européennes,
16:19en France aussi,
16:20d'ailleurs.
16:20Et on a vu
16:21qu'il y avait
16:21du monde dans les rues.
16:22Alors moi,
16:22je pense que c'est important,
16:23mais je pense que
16:24ce n'est pas un hasard.
16:25Ça fait très longtemps
16:26qu'il y a une conscience
16:27par rapport à ce qui se passe
16:28en Turquie
16:29et de solidarité
16:30avec le peuple kurde
16:32à travers toute l'Europe.
16:33Ça, c'est quelque chose
16:33qui est constant
16:34et important.
16:35On a travaillé
16:36les uns et les autres
16:37d'une manière
16:38ou d'une autre
16:38pendant des années
16:40pour essayer
16:41de construire
16:42les passerelles
16:43pour construire
16:44une sortie pacifique
16:46au conflit
16:48entre la Turquie
16:49et la reconnaissance
16:51du peuple kurde.
16:52moi, j'y suis allé
16:52sur place, etc.
16:54Et plein d'autres
16:54l'ont fait, etc.
16:55Mais on a été
16:57à un moment
16:57où on a cru
16:58qu'il y avait quelque chose
16:59qui était en train de passer.
17:00Il y a eu un moment
17:02de démocratisation
17:03et d'ouverture.
17:04Sous Erdogan, même.
17:05Sous Erdogan, même.
17:05Au début.
17:05Parce que les négociations
17:06avaient entrepris
17:07avec le PKK.
17:07Et même les négociations
17:08avec le PKK.
17:10Et il y avait effectivement
17:10même des prises de position
17:12d'Otchala
17:12depuis sa prison
17:13qui allaient vraiment
17:14dans cette direction-là.
17:15Et là, on a espéré quelque chose.
17:17Et là, les choses
17:18se sont développées.
17:18Et ensuite, un coup brutal.
17:20Je dirais qu'aujourd'hui,
17:21on a à la fois,
17:22il faut le dire,
17:23il faut employer les mots,
17:24un dictateur.
17:25Ce n'est pas
17:25une démocratie dure.
17:27Non, c'est une dictature
17:29avec,
17:30pour reprendre
17:31les questions économiques,
17:32pourquoi il faut être
17:32beaucoup plus clair
17:33sur les questions économiques,
17:34un complexe militaro-industriel
17:37parce que,
17:38comme dans beaucoup
17:38de dictatures,
17:39ce sont les militaires
17:40qui contrôlent
17:41plus d'un tiers
17:42de l'économie
17:43en Turquie.
17:45Et ça,
17:45ça pose un véritable problème.
17:47C'est-à-dire qu'en fait,
17:47on a une économie
17:48qui est au service
17:49de petits copains
17:50mais dont souvent,
17:51ce sont les militaires.
17:52Et donc,
17:53ça crée effectivement
17:53une économie très singulière
17:55et très particulière
17:56qui échappe aux règles
17:57classiques de l'économie.
17:59Donc après,
18:00moi, je pense
18:00qu'il faut être très ferme
18:01là-dessus.
18:02À un moment,
18:03il faudrait se poser
18:03la question aussi
18:05devant quel tribunal
18:06international,
18:07peut-être,
18:07il faudrait à un moment
18:09conduire Erdogan.
18:10Est-ce que déjà,
18:11dans un premier temps,
18:12il ne faudrait pas faire
18:14un tribunal
18:16Russell
18:17de la pratique
18:19de...
18:19En mars à Paris.
18:20Voilà,
18:20donc ça c'est bien,
18:21comme ça,
18:22ça permet de l'annoncer.
18:23Il y en a un, voilà.
18:23Et ensuite,
18:24de voir à partir de là
18:25où on va.
18:26Mais je crois
18:27qu'il faut aller plus loin.
18:28Il faut vraiment,
18:29là-dessus,
18:29il ne faut pas
18:30qu'il y ait d'ambiguïté.
18:31Parce que,
18:32je finis avec ça,
18:34ce qu'on est en train
18:35de voir,
18:35c'est que les Kurdes
18:36aujourd'hui en Syrie,
18:38ils se posent même
18:39la question
18:40de discuter
18:42avec le régime
18:45de Bachar.
18:45Bien sûr.
18:46Parce qu'ils sont pris
18:47dans un éton.
18:47Ils sont pris,
18:48ils sont coincés.
18:49Donc ça recomplexifie
18:50encore les histoires.
18:51Donc on est effectivement
18:52à un moment un peu crucial.
18:54Et si l'Europe
18:55n'est pas claire
18:55par rapport à la Turquie,
18:57on repart pour un tour.
18:58Sachant que ce foyer
18:59nouveau de guerre
19:00est un nouveau foyer
19:01de guerre au Moyen-Orient
19:02en règle générale.
19:03C'est-à-dire que c'est aussi,
19:04ça attise la guerre
19:04dans l'ensemble du Moyen-Orient.
19:06Ça ne va pas faciliter
19:07les solutions de paix.
19:08Voilà, c'est ça.
19:09Peut-être que ce qu'on n'a pas
19:10assez dit,
19:11c'est que M. Erdogan
19:12est appuyé
19:13dans son intervention militaire
19:15sur des forces
19:17qui sont de la recomposition
19:19de Daesh
19:19et sur des...
19:20et de la recomposition
19:21d'Al-Qaïda.
19:22Al-Nostra et compagnie.
19:24Issue d'Al-Qaïda, etc.
19:25C'est les hommes de terrain,
19:27c'est ceux qui sont
19:28derrière les temps.
19:28Je pense qu'il faut le dire
19:29et le répéter quand même
19:30parce que ça joue aussi
19:32dans le règlement
19:33du conflit syrien en général.
19:36Les alliés de M. Erdogan
19:38ne sont pas n'importe qui.
19:40Voilà, merci à vous.
19:41Bien sûr, c'est un débat
19:42qu'on va continuer à avoir
19:43ici au Parlement européen
19:44et une actualité
19:45qu'on va continuer à suivre
19:46parce qu'on est en plein dedans.
19:47Merci à vous
19:48et puis merci à vous
19:49qui nous avez suivis.
19:49Au revoir, à bientôt.