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  • il y a 2 semaines
Les poupées de la collection Deborah Neff exposées pour la première fois en France à La Maison rouge à Paris jusqu'au 20 mai racontent une histoire des Noirs Américains entre 1850 et 1940, à travers ces objets aux fonctions multiples et parfois énigmatiques. Explications avec Nora Philippe, commissaire de l'exposition.

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Transcription
00:00Les poupées de la collection Déborah Neff, exposées pour la première fois en France à la Maison Rouge à Paris
00:05jusqu'au 20 mai,
00:07racontent une histoire des Noirs américains entre 1850 et 1940, à travers ces objets aux fonctions multiples et parfois énigmatiques.
00:16Au XIXe siècle aux Etats-Unis, dans les premières décennies du XXe, avec quoi, avec quelles poupées les enfants américains,
00:23quelles que soient leurs couleurs de peau, jouent-ils et elles ?
00:25Eh bien c'est avec des poupées plutôt manufacturées et avec des poupées blanches.
00:30Lorsque les manufactures américaines produisent des poupées noires, ce sont des poupées qui sont majoritairement racistes dans les traits,
00:40dans les costumes, dans les fonctions, c'est-à-dire que ce sont des poupées qui véhiculent les stéréotypes en
00:45vigueur,
00:45que la femme noire est une cuisinière ou une servante, l'homme noir est un travailleur, un esclave, etc.
00:54Et donc ces poupées s'inscrivent complètement à rebours de ces représentations-là.
01:00Tout d'un coup, ces poupées, qui disent des singularités, qui disent en quelque sorte des sujets qui ne sont
01:06pas standardisés,
01:08représentent une diversité des communautés, des allures, des individus, des personnes en quelque sorte.
01:14Elles représentent la dignité, la beauté. Elles représentent des personnes âgées, elles représentent des bébés, des adolescents, des adolescentes,
01:22des femmes de la bourgeoisie urbaine, des travailleurs.
01:27On a donc cette diversité qui est à l'œuvre et que l'on ne retrouve pas du tout, en
01:31fait, dans les représentations à l'époque,
01:33qui sont fabriquées par, que ce soit des jouets ou des images fabriquées par les Blancs.
01:37Donc on imagine, de par la beauté et la dignité véhiculées par ces poupées, que ce sont des africaines-américaines
01:43qui les ont réalisées pour leurs enfants,
01:46leurs enfants noirs, parfois métissés, mais aussi les enfants blancs, dont elles avaient la charge.
01:50Ces poupées sont des créations, pour certaines, de femmes, surtout au XIXe siècle, invisibles, dénuées d'absolument tout,
02:04de droits, de reconnaissance, de capital, d'accès à l'éducation,
02:10et qui, de nuit, de jour, avaient, avec des bribes, des chutes de tissus, une aiguille,
02:17et les ressources qui étaient là, du cuir, des perles, des choses qui sont là, dans la maison,
02:25et qui, à partir de ces matériaux composites et recyclés, effectivement, faisaient œuvre, littéralement.
02:30Certaines sont assez mystérieuses.
02:32Les top-seater-vie ont deux têtes opposées, l'une noire, l'autre blanche,
02:37séparées par une jupe qui cache alternativement l'une des faces de la poupée.
02:41Ce qu'on peut déceler dans ces objets,
02:43c'est évidemment toute l'histoire extraordinairement violente de la ségrégation nord-américaine,
02:50en fonction de la couleur de la peau,
02:51et aussi un monde où ces deux extrêmes ne se rejoignent, ne peuvent communiquer.
02:57Ce ne sont pas des objets qui sont faits pour dialoguer,
02:59les deux côtés de la poupée ne sont pas faits pour être face à face,
03:03mais au contraire, occultés.
03:05C'est vraiment deux côtés qui partagent un même corps.
03:11Baldwin l'a développé magnifiquement, je veux dire, les États-Unis.
03:15C'est un corps monstrueux qui est basé en son cœur sur l'esclavage
03:19et sur la dégradation des Noirs.
03:22Et les top-seater-vie viennent, à mon sens, symboliser ce corps monstrueux.
03:30Après, on imagine Robin Bernstein, par exemple, une universitaire américaine
03:33qui enseigne à Harvard, imagine que dans ces jupes qui se retournent,
03:38il y aurait là le témoignage des viols, des accouchements, du métissage.
03:42Et c'est très frappant quand on imagine que ces objets-là
03:45finissaient dans les bras de tout petits enfants noirs comme blancs.
03:50Ils exprimaient donc toute la complexité, la douleur,
03:53derrière notamment les maternités et les féminités noires.
03:56Donc la poupée est aussi un objet politique.
03:59Donc dès le XIXe, y compris pendant la guerre de sécession,
04:02il a des poupées dans cette collection qui sont faites par des abolitionnistes,
04:04noirs ou blancs, on ne sait,
04:07qui ont fabriqué absolument consciemment des poupées noires, dignes, belles,
04:14représentant par exemple des gentlemen très urbains, noirs,
04:16qui représentent la vie libre, la vie digne,
04:20que les abolitionnistes défendaient pendant la guerre de sécession, par exemple.
04:24Ce ne sont pas des objets qui ont été créés pour être montrés.
04:26Donc il fallait composer avec à la fois l'intentionnalité d'origine,
04:31avec ce qu'elles sont, c'est-à-dire encore et toujours des poupées,
04:35pas des statues, pas des objets voudous, pas des sculptures,
04:39enfin c'est vraiment, ce sont des poupées.
04:41Et en même temps, les rendre visibles aux spectateurs, aux spectatrices.
04:45Moi je voulais vraiment rendre compte qu'elles sont debout,
04:47qu'elles ont tenu et que c'est vraiment une sorte de peuple qui manque,
04:53qui nous revient, qui nous regarde.
04:54Je voulais vraiment que chacune individualisée avec son socle,
04:59donc en fait chaque socle est un peu un hommage à leur singularité respective,
05:05qu'elles nous regardent, qu'elles nous convoquent
05:08et qu'on soit autant regardés nous qu'elles,
05:11elles sont regardées par nous, le public.
05:23Sous-titrage Société Radio-Canada

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